0,^^I ^' P' JOUR^NAL D E P H Y SI Q U E, DE CHIMIE, D'HISTOIRE NATURELLE ET DES ARTS, AVEC DES PLANCHES EN TAILLE-DOUCEj Par J.-Cl. DELAMÉTHERIE, MESSIDOR AN VII I. TOME L I. ^ A PARIS, Chez J.J. FUCHS, Libraire, ruedesMathurins, n^3o4. AN YIII DE LA BÉPUBLIQUE ( 180O V. St. ) 'J î JOURNAL DE PHYSIQUE, D E C H I M I E ET D'HISTOIRE NATURELLE. MESSIDOR AN 8. OBSERVATIONS SUR LE NATRON, Par xe C. BERTHOLLET La vallée des lacs de natron présente des objets dignes d'une attention particulière. C'est un vaste laboratoire où la nature prépare une immense quantité de soude , dont l'emploi , sous le nom de natron , re- monte aux premiers temps de l'histoire. On n'a que la peine d'aller recueillir ce sel ppur l'usage des arts; et il pourra pro- bablement suffire à tous les besoins de la métropole en ce genre. On trouve dans l'eau des six lacs qui sont décrits dans le mé- moire précédent (i) des sels qui différent même dans les parties d'un même lac qui ont peu de communication entre elles. C'est en général du muriate de soude , du carbonate de soude , et un peu de sulfate de soude, mais en proportions variables , de sorte Sue le carbonate de soude domine dans les uns et le muriate ans les autres. ^ Le lac , n". 3 , que nous avons particulièrement observé , est di- visé en deux parties dont les eaux n'ont presque aucune commu- nication ; la partie orientale ne contient que du sel marin , et la partie occidentale ne contient presque que du carbonate de soude 5 de sorte que , par l'évaporation , d'un côté du lac, l'eau iVoyez le calùsi précédent. w fi .:...'; ja_CRN AL D£ PiiVsIQyi:, PE CHIM.IE. abandonne du sel marin , et, Je l'autre côté, du carbonate de soude presque pur. Dans le .décroisscmcnt, ces eaux saturées laissent cristalliser leur sel; lorsqu'elles contiennent du inuriate de soude et du car- bonate de soude, c'est le preinier!quiciiistallise d'aijord, et ensiùte le carbonate de soude ; de sorte qu'il se forme des couches al- ternatives de l'un et de l'autre sel, qui se multiplient toutes les années j lorsqu'on ne vient pas troubler cette opération. IjCS eaux d'une partie du lac n". 3 et celles du lac n". 4 sont rouges ; le muriate de soude qui y cristallise est également rouge: cette couleur est due à une substance qtii n'est pas minérale, mais qui brûle en donnant des vapeiirs aannoniacales. Cette subs- tance noircit lors rju'elle se dépose sur le carbonate de soude. Les masses salines qui cristallisent dans le lac n". 4> ou sur ses bords, sont sur-tout recherchées par les karavânes dont on se sert pour aj)porter le natron à Terrânéh : la couleur rouge qu'il conserve lui fait donner le nom de natron de sultan. On nous a dit qu'on le préferoit pour le blanchiment des toiles et des fils dans le Delta. Ce n'est cependant en grande partie que du sel marin , et il faudroit se garder de l'envoyer en Europe où il ne pourroit que discréditer le commercé de cettcsubstance. Les six lacs sont en partie environnés de roseaux. Le terrein qui les sépare , et qui forme la vallée ^ est en général couvert d'incrustations : la plupart de ces incrustations sont dès masses de carbonate de isoude plus on moins pur ; les auUres S'ont de muriate de soude. Il y a des espaces sablonneux qui fie contien- nent point de sel, d'autres qui sont trop argileux et trop hu- • inectés pour en contenir. Quelques masses de carbonate de son- de ontplus de trois décimètres d'épaisseur et ont acipiisnne dureté qui approche de celle de la pierre. Telles sont celles dont oi} s'est servi pour former les murs du Qasrr. Nous avons pris saVi's 'choix dès 'échantillons denatron's Jda'ns di-fférens eraplacemens atitour des lacs; nous en avons soumis à l'essai un poids déterminé ; on l'a dissous ; on a filtré la disso- lution, séché la terre qui est restée^ sur leliltre, saturé la- partie alkaline du liquide, et comparé la quantité d'acide muriatique qu'a exigée sa saturation avec celle qu'exige un poids égal de carbonate de soude, pourvu de son eau de cristallisation. Oii'- donne dans un tableau les' résultats de cette épreuve,- quiâ^ét-é-- faite avec sain.par,le.citoYen .ftegnault. ._ On pourroit croire que letr-rreiu de la vallée du lac de natron se trouve également imprégné de soude et de muriate de soude, /jui ET D' HISTOIRE NATURELLE. 7 viennent effleurir ou cristallisera sa surface; mais plusieurs cir- constances que nous avons ol)serv(5fS me paroissent pioiiver que le carbonate de soude doit son origine à une décomposition du sel marin. Dans la partie du lac n". 3, que j'ai dit ne contenir que du sel marin , se trouve ime île circulaiie de cinq à six mètres de diamètre j qui est recouverte de natron : le cinquième échan- tillon du tableau y a été pris. Après avoir enlevé l'incrustation de natron , le terrein humide ne se trouve contenir que du mu- riate de soude : le carbonate de soude , qui se trouve là environ- né d'eau qui n'a que du sel marin , et sur un terrein imprégné de sel marin , doit nécessairement sa naissance à ce sel. De même dans plusieurs parties qui sont couvertes de sel marin, on rencontre des petites places qui n'ont pas quelquefois plus d'un décimètre carré, sur les^juelles on trouve du natron formé au milieu du sel marin. Le terrein qui est recouvert par les couches ou incrustations de natron , ne contient pas lui-même une quantité sensible de soude ; mais on le trouve toujours imprégné de sel marin. Il paroît donc incontestable que le sel marin produit par sa décomposition le carbonate de soude qui se trouve dans le natron aux endroits où il n'est pas déposé par l'évaporation de l'eau. Voyons quelles sont les circonstances qui déterminent sa dé- composition. Si le terrein est trop argileux , on ne trouve pas du natron à sa surface , mais du sel marin ; ou du moins il ne contient que très-peu de carbonate de soude. S'il est trop siliceux, on n'y trouve aucun sel : l'eau de pluie en a sans doute entraîné "lout ce qui étoit salin. Le terrein dans lequel s'opère la décomposition du sel marin contient toujours une proportion considérable de carbonate de chaux, et toujours nous l'avons trouvé très-humide. 11 paroît donc certain que c'est le carbonate de chaux qui opère la décom- position du muriate de soude , avec lequel il se trouve en contact au moyen de l'humidité et de la chaleur : il se trouve aussi dans tout le terrein , soit calcaire, soit argileux, soit sablonneux, une petite quantité d'oxide de fer, mais qui probablement n'inllue point sur la formation du carbonate de soude. Comme le muriate de chaux, qui résulte de la décomposition du muriate de soude , est très-déliquescent , il doit se perdre pro- fondément dans l'intérieur du terrein , jusqu'à ce qu'il rencontre ■des causes de décomposition. 8 JOLRNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE J)ans les endroits principalement où la terre est trop argileuse, la formation du natron est singulièrement favorisée par une tige cle jonc, autour de laquelle grimpe et s'élève le carbonate de soude à mesure qu'il se forme, de sorte qu'on voit fréquera- njent autour d'une lige s'élever une masse de natron, pendant rque le terrein quj l'environne ne contient que du muriate de soude, mêlé d'une très-petite proportion de carbonate de soude. Lorsque le natron qui recouvre un terrein en a été enlevé, il laut, à ce qu'on nous a rapporté, quatre ans pour qu'il se repro- duise , si les années sont pluvieuses , et jusqu'à six , si elles sont sèches. Il y a apparence que les pluies qui tombent dans cette partie de l'Egypte , et qui produisent des petits torrens doi)t on voit les tçaces autour des lacs, servent non-seulement à entretenir riiuiuidité nécessaire à la découqjosition du sel marin , mais qu'çlles amènent avec elles le sel marin qui doit imprégner le terrein et servir à la décomposition; et effectivement, dans un plateausupérieur , et près du premier couvent des Cophtes , nous ^vons trouvé une grande étendue couverte d'uùe incrustation épaisse de sel marin; et, dans plusieurs autres partie,s du désert voisin on rencontre également dçs cristallisations de sel marin. Les eaux des pluies, en se rendant dans les lacs, y entraînent non- seulement du sel marin, mais de la soude qu'elles rencontrent; de là vient (jue , selon la route que suivent leurs courans, l'eau des lacs contient ou du sel marin , ou du carbonate de soude ou dili'érentes proportions des deux sels. Il résulte des observations précédentes que les circonstances qid déterminent la formation du carbonate de soude sont, i". un mélange de carbonate de chaux et de sel marin, 2". une humidité assez constante. Les tiges de roseau favorisent cette for- niation en aidant l'efilorescence du carbonate de soude : la chaleur du climat y contribue sans doute. J'établirai ^ sur la Cojisldération de ces circonstances, l'explication de cette pro- duction , dans un mémoire que je présenterai incessamment à l'Institut (1). ' On voit, par le tableau cl- joint , qu'il y a des parties de natron qui contiennent beaucoup, de. carbonate de soude, et qui dolyeat Ml ,:':-i- ■ II.,.; (^1) J'.ii commencé b lecture cle ce incmoire qui a pour litre, Tiecli^rchen sur lea loin de V/iffinil' chimique , dans les rlernières séances de l'Inslifut d'Egyple ansqutlles j'ai assisté. A mon arrivée à Paris je l'ai présenté à l'Inslilut natiojial , où il a été lu. êtrç ET D'HISTOIRE NATURELLE. <* être regardées comme une très-bonne soude, mais que d'autres parties sont fort inférieures, de sorte que, pour que l'usage do cefe substance obtienne de la confiance en Europe, il fciuilroit (|ue le choix en i\xt dirigé par un agent instruit , et qu'on établit differens prix selon les qualités du natron , qui doivent être distinguées, non par des couleurs accidentelles, mais par les proportions de carbonate de sonde qui s'y trouvent : et alors celle exploitation deviendroit une branche importante des revenus publics (le l'Bgypte. Ce qui seroit encore préféraljle seroit de purifier le carbonate de soude dans l'endroit même de l'exploitation, ou à Terrânéii, ni est le lieu où les karavânes viennent déposer le natron , de manière qu'il ne fût point mêlé de terre, qu'il contînt beau- coup moins de sel marin, et qu'il fût dans un état uniforme. Le citoyen Regnault s'est chargé d'établir, par l'expérience, le moyen de parvenir à ce but , eu se servant de la plus grande solubilité du carbonate de soude relativement au niuriate de soude , et de l'évaporation qu'on peut opérer par la chaleur du «oleil. di DE L'INFLUENCE DU SOL SUR QUELQUES PARTIES CONSTITUANTES DES VÉGÉTAUX, Par DE S .\ u s s u ji E , le fils. Lu à la société philoma tique , le i3 germinal au S. §.L On ignore encore si les élémens de plusieurs substances vé- gétales n'y sont qu'accidentels et subordonnés à la nature du sol où elles se sont développées, ou s'ils sont un produit de Ja vé- gétation indépendant des localités. Les expériences propres à ces reclierches sont si difficiles, elles sont sujettes à tant d'erreurs , elles doivent être tellement mul- tipliées, qu'on ne peut se flatter d'établir d'après un petit nom- bre d'entre elles , des lois générales. Je doute même que le travail d'un seul houime pût y suilire. Il faut se contenter de Tûma Ll. MESSIDOR an b. B io JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE recacillir et de comparer les diflereiites observations, et ne pas négliger même les j^lus légers appcrçus. J'ai cru devoir faire connoître les miens et mettre les naturalistes en état de les cons- tater ou de les détruire. J'ai communiqué plusieurs de ces obser- vations i la société de physique et d'histoire naturelle de Genève, le 2 messidor an 7, mois j'en ai depuis lors fait de nouvelles, et i'ai souuiiff les premières à un examen plus approfondi , qui m'a l'orcé de faire à ce sujet un travail absolument neuf. § II. J.orsqu'on passe des montagnes calcaires aux montagnes granitiques , on est frappé des différentes influences ([uc ces deux sols ont sur la végétation (i). Le sol calcaire paroît l'emporter sur le granitique , non-seulement par la vaiiétédes plantes auxquelles il sei t do support , mais encore par l'état de vigueur et de pros- périté où elles s'y trouvent. J'ai cru longtemps, avec la plupart des physiologistes , que les parties constituantes des végétaux étoient les mêmes quelque fût le sol qui leur avoit donné nais- sance. J'attribuois alors les différences qu'on observe dans la fertilité des terreins calcaires et granitiques, aux propriétés phy- siques de ces deux sols ; je pensois que le sol calcaire pouvoit être plus favorable à la végétation , à raison de sa faculté plus ou moins gra;ide de retenir l'humidité, et de la facilité avec la- quelle les racines pouvoient le pénétrer et détruire la force de cohésion qui réunit les molécules calcaires. Mais lorsque j'ai diriçé mon attention sur les vertus nutritives des véçétaux cal- caires et des végétaux granitiques , ou en d'autres termes, des végétaux qui avoicnt cru sur un sol calcaire et sur un sol grani- tilus que le lait des monta- gnes graniticpies étoit moins chargé de parties butireuses et ca- senses (pie celui des montagnes calcaires. Il n'est point de cou- reur de montagnes des contrés que j'habite, qui n'ait pu apper- (1) Plusieurs naturalistes ont cru reconnoitrc que certaines plantes étoient ap • proprices au soi cilcai.e, et que d'autres plantes croissoient de préférence sur un sol graniliqu'.:. (V. Annales chimiques d'Islery.) Le C. Neckcr , mon beau-frère, qui s'est particulièrement occupé (le ces rccli.:Tchcs , n'd jamais trouvé le c/irjsaiil/icmum alphiiim que sur des montagnes gr.uiitiquîs. n T D' II î s ï O I II E N A T U R E L L E, i ^ revoir la dlfféienre de consistance qu'a la oiêije sur le Jura , monragne calcaire, et sur les montagnes granitiijnes attenantes à la vallée de Ch.imouni. Il é:oit naturel de px-iumer dès-!urs que les pallies constituantes des végétaux étoient difiérentes ou varioient dans leurs proportions, à raison du .-ol qui les avoit i'ait croître. Cette conjectiue ctoit liien digne d'cHre vérifiée; elle a été l'objet d'une question souvent déljattoe : Le sol a-t-il quel- qu'iiifluence sur les parties constitnantes des végétaux? §. III. l'our cpie lesexpéiiences propres à répondre à cette qnes- tion eussent de l'exactitnde, il flilloit qu'elles se fissent sur des végétaux recueillis dans la nièuic saison , dans un même climat cpioifjue sur des terreins din'éreiis , mais qui n'eussent pu être modillés par des circonstances étrangères, telles que l'introduc- tion des engrais^ les transports des terres, les bouleversemeiis , les dépôts des torrens et des rivières. Les sommets de qnelqncs-nnes de nos montagnes alpines, et les fréquentes transitions qu'elles présentent du sol granitique au sol calcaire . paroissoient réunir en grande partie les condi- tions exigées pour ces recherches. J ai choisi a cet ellet les vé- gétaux qui croissent sur les montagnes granitiques et calcaires de la lisière occidentale de la chaîne des Alpes couiprise entre la vallée de Chamouni et le Jura. Le Breven , montiigne granitique, et la Salle, montagne calcaire, ont été les postes où j'ai fait, pour la première fois, an mois de thermidor an 6 , les récoltes que jai nommées granitiques et calcaires. J'ai reconnu ensuite (]ue la pierre de la montagne de la Salle , que j'avois considér''e d'aljord , d'après ses caractères extérieurs et l'eflervescence qu'elle produit avec les acides, comme purement calcaire, contenoit une quantité considérable de terre siliceuse. J'ai clierchi} dès- lors une montagne calcaire ([ui fût entièrement dépourvue de cette terre ; je l'ai trouvée seulement cette année sur la monta- gne du Jura, connue sons le nom du Reculey de Tiuury. Mais la saison et l'élévation où j'ai fait ces dernières récoltes, ne m'a pas permis , comme on le verra , de constater toutes les observa- tions que je vais rapporter sur les végétaux qui croissent sur le Breven et sur la montagne de la Salle. Avant de les détailler, il convient de faire coniKjître les parties constituantes de la pierre dont ces deux montagues sont formées. Le JJreien. Analyse de la roclie dont il est formé. §. IV. Le Breven, dont mon père a donné la descrïpiioH lî -î 12 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE ( Voyngc datis les Alpes , parag. 63i; ) , est une montagne de gra- nit veillé composé de qiiaitz, de feldspath et de mica. Dans cette roche le quartz et le feldspath confusément mêlés , sont rangés le plus souvent par tranches séparées d'autres tranches plus minces de mica noir ou hrun (auquel Kirwan a donné , dans ses derniers Elémens de minéralogie , le nom de inicarello) , ce qui donne à la pierre un œil rayé ou rnl)aiuié. L'épaisseur de ces veines alternatives varie à l'iulini, soit dans les diflereates cou- thés de la montagne, soit même dans les morceaux les plus petits de la même couche. Il est donc impossible que l'analyse puisse donner avec exactitude les proportions des principes qui consti- tuent cette montagne ; elle ne nous donne qu'un à-peu-près dont il faut être forcé de se contenter. Outre le quartz , le feld- spath et le mica, cette montagne contient , mais accidentellement, des cristaux de schorl, de grenat, de hornblende, de la chlorite, de là sîeatite lamelleuse. J'ai trouvé, un peu au dessous de son sommet, sur sa face occidentale ^ un lilon d'un pied de large de hornblende verte lamelleuse , qui se rapproche un peu de la smaragdite qu'on trouve alliée au jade dans les cailloux roulés des environs cie Genève. Le granit dont j'ai fait l'analyse étoit dépourvu de ces substances accidentelles, l.e mélange de quartz et de feldspath qui le l'oinioient en partie, offrait des veines de 5. à 4 tnilliinètres d'épaisseur. Les couches de micarelle avoient au plus 2 millimètres dans le même sens. J'ai pulvérisé 2/(.| gram- mes de cette roche, ])rise dans le voisinage des plantes qui fe- ront l'objet de cette dissertation. [a) Cent parties (5 grammes) de ce granit pulvérisé ont été mêlées avec 6\ grammes d'acide muriatique : il ne s'est produit aucune eftervescence. Le mélange a été soumis à l'ébuliiion et filtré. La roche n'a perdu que -{—^ de son poids par celte digestion. (h) Ce résidu insoluble mêlé avec trois fois son poids de soude elHeurie j et soumis à un-e forte chaleur dans un creuset de pla- tine , a formé un verre i demi- transparent , covileur veit de porreau. Ce verre pulvérisé a été mis en digestion dans de l'acide muriatique (jui ne l'a dissous iju'en partie. (c) Ce dernier résidu in.-^ûluble a été traité , comme ci-devant , avec l'alkali et l'acide qui cette fois a paru dissoudre le tout en entier. Les dissolutions muriatiques (a. b. c.) mêlées, ont été évaporées à une douce chaleur. 11 s'est ioimé une gelée qu'on a eu soin de remuer sur le feu juscju'à ce qu'elle fut réduite en poudie sèche par l'agitation et le deosèchejiient. Cette poudre a été mise en digestion dans de l'acide muriatique qui l'a dissoute ET D'HISTOIRE NATURELLE. i3 en partie. Le ré.'idu insohible pesoit, desséche, 7^ parties un quart ; il avoit lous les caractères de la silice pure. H a formé par sa liisioTi avec deux lois son poids de soude eltleurie , un verre transparent légèrciiient brun, entièrement soluble dans l'eau. (d) La dissolution muriatique (c) dépourvue de terre siliceuse a été précipitée par le carbonate de soude. Le mélange soumis à l'cbulition a passé, par cette opération, delà couleur grise an jaune d'ocre Ibncé. Les sidjstances précijùtées séparées par le filtre ont été mises en digestion à plusieurs reprises sur de la potasse caustique , jusqu'à ce que le résidu y parut insoluble. Ce résidu a été séparé par le fdtre et lavé à plusieurs reprises avec de l'eau bouillante. {e) La dissolution par la potasse a été précipitée par l'acide niuriatiqne ; on y a ajouté line quantité d'acide suiïisante pour dissoudre le précipite nouvellement formé, et la dissolution a été précipitée par le carbonate d'ainnuiniaque. Ce précipité re- cueilli et dessècJié à l'air libre a pesé 19 parties un quart. Sa densité et d'autres caractères extérieurs n'y faisoient pas recon- iioître de l'alumine pure , mais plutôt sa combinaison avec la soude; le vinaigre l'a dissoute en totalité, et le carl>onate d'am- moniaque en a séparé i5 parties d'alumine desséchée à l'air. Ces i5 parties se sont réduites à i3 partitrS un quart d'alumine pure par la dessication à une chaleur rouge. (/) Le résidu (d) insoluble par la [lOtasse, a été sursaturé d'a- cide sulphurlque et soumis à une chaleur rouge pendant une heure dans un creuset de platine. On a jeté le résidu de cette opération réduit en poudre dans plusieurs onces d'eau distillée. On a fait bouillir fortement le mélange en renouvellant l'eau à plusieurs repiises. Les oxides métalliques séparés de cette eau par la filtration ont pesé 9 parties. Ils ont été mis en digestion dans du vinaigre distillé, qui en a extrait une petite quantité d'oside de manganèse que le prussite de soude a rendu sensible en la précipitant en rose-fleur de pêcher. La partie insoluble dans ce menstrue s'est dissoute en entier dans l'acide muriatique , et s'est comportée avec les réactifs comme l'oxide de 1er. (o) L'eau des lavages ( /") n'a point manifesté à la saveur et par le mélange de l'eau de chaux, la présence de la ma24 Quoique je n'aie pas trouvé do magnésie dans cette roche , on ne peut regarder cependant le sol du Breveii connue aLsuluinent dépourvu de cette terre, parce que cette moniague contient accidentellement cette substance en assez grande (juantité pour qu'elle puisse être réj)andue par les eaux qui l'arrosent sur toute sa surface ; nous -en verrous la preuve dans la suite de ce travail. Montagne de la Salle. Analyse de la*pierre dont elle est formée. §. V. La montagne de la Salle est située à 5 kilomètres en- viron à l'ouest dn Breven dont elle est séparée par la chaîne du J'net. Elle est formée d'nne pierre couverte à l'extérieur d'une eiflorcsceiice gris-jaunàtre très-mince. Cette même pierre est d'un bleu foncé dans ses parties qui ne sont pas exposées à l'air. Sa cassure est inégale, schisteuse, lamclleuse à grains lins, aigus et brillans , Jiés entr'eux sans aucune substance intermé- diaire. Les lames sont tellement adhérentes entre elles , que la texture grenue est peu sensible lors(pie la cassure est parallèle aux couches planes des lamelles, mais très-sensible lorsqu'elle leur est perpendiculaire. La picire est tianslucide aux fins bords; elle est demi-dure : elle est rayée en gris par une pointe d'acier : elle fait , avec les acides , une vive effervescence : elle n'a au- •cnne action sur l'aiguille aimantée. Je n'y ai découvert d'autre substance accidentelle que des fdons siliceux qui y sont très- rares . Cent parties (4,777 grannucs) de la pierre de la mouiagne de la Salle , dépourvues de substances accidentelles et prises dans le voisinage des plantes que j'y ai recueillies , ont été (nises tn dissolution à froid dans de l'acide muriatique; elles y ont perdu 27 parties. Après le dégagement du gaz , le mélange a été sou- mis à l'ebulition et filtre. Le résidu insoluble avoit la mèine couleur que la pierre pulvérisée : il pesait après son dessèche- ment à une chaleiu- rouge ^^8 parties. Il a été mêlé avec quati'e fois son poids de soudo offleiuie , et exposé dans un crwiset do platine à une chaleur rouge. Ce mélange a produit une ina^se E T D' II I s T O I R E N A T U R E L L E. i5 blanche opaque, cristallisée, Icgèrement verdatre , qui a paru se dissoudre en entier dans l'oxide uiuriatique délayé. La dis- solution soumise à l'évapoialiou , s'est d'abord convertie en gelée qui a été évaporée à siccité avec les soins convenables pour l'exactitude de l'analyse. Le résidu a été soumis à l'ébulition dans de l'acide nuiriatitjue qui en a séparé 3o parties de silice pure. Les dissolutions aiuriatiques mêlées ont été précipitées par du carbonate de soiide. L'aluuiine séparée du pré.;ipité par la potasse, et purifiée par le vinaigre, a pesé 4 parties. Le ré- sidu insoluble par la potasse a été mis en dissolution dans de l'acide niuriatiquej on y a versé de l'ammoniac caustique jusqu'à ce que ce dernier ne formât plus de précipité. On a séparé celui- ci par le filtre; il pesoit après son dessèchement i3 parties : la liqueur filtrée , mêlée avec du carbonate d'ammoniac et soumise à l'ébulition , a laissé précipiter du carbonate calcaire qui a pesé, desséché, 42 parties. Le précipité par l'ammoniac qui pesoit i3 parties , a été mêlé avec de l'acide sulfurique , et soumis ensuite pendant une heure à une chaleur rouge , dans un creuset de platine. Le mélange a été mis en digestion dans de l'eau distil- lée qui n'en a point extrait de sulfate de magnésie. Ces i3 par- ties paroissoient donc être des osides métalliques purs : on les a fait dissoudre dans de l'acide muriatique , et on a mêlé la dissolution jusqu'à supersaturation avec du carbonate de potasse. L'oxide de fer a été précipité ; il pesoit desséché 11 parties. La liqueur filtrée soumise à l'ébulition, a laissé précipiter deux parties de carbonate de manganèse. On voit que la quantité de gaz acide carbonique (27 parties ) obtenue de la simple dissolution de la pierre , par l'acide mu- riatique, est fort supérieure à celle qui doit entrer dans la com- position du carbonate de chaux que j'ai retiré par l'analyse , puisque les 42 parties de carbonate de chaux ne contenoient que 17,64 parties de gaz acide carbonique. Il en résulte que le gaz acide carbonique contenu dans la pierre n'est pas combiné seulement avec la chaux, maïs aussi avec d'autres principes de la même pierre. Je représenterai donc séparément dans le sommaire de cette analyse les quantités de chaux et de gaz acide carbonique. iC JOUUNAL DK PHYSIQUE, DE CHIMIK Cent parties de la pierre de la Salle contiennent. Silice 3a Calce 2.4,36 Gaz acide carbonique 27 .Alumine . . 4 Oxidc de fer et de manganèse. . i3 98,36 §. VI. Les plantes que j'ai cueiilies sur le Breven et sur la Salle, pour les recherches qui m'occupent, ont été prises daiis une même exposition sur la face orientale des deux montagnes et à la même hauteur, savoir à 1986 mètres au-dessus de la mer. Chaque genre a été pris au même degré de maturité. Je iieme suis point attaché à recueillir des plantes rares, parce que je voidois être sûr de trouver les mômes jilantes sur les deux genres de montagnes que Je parcourois. J'ai réuni pour chaf|ue épreuve plusieiirs individus végétaux de la même espèce, alin de n'être pas trompé par les anomalies qu'une seule plante auroit pu pré- senter. Enfin j'ai fait ces récoltes sur des rochers où les bes- tiaux ne pouvoient parvenir, et oiî les racines ne paroissoient pas être en contact immédiat avec des sources souterreines. Pour mettre la plus grande unilbrmité possible dans ces expériences , je n'ai récolté sur chaque végétal que des pousses garnies de leurs feuilles, de 1,08 à i,3 décimètres (4 à 5 pouces de long). Je les ai prises sur le Pin élevé (pîniis abics) de Linnée. Pin mélèze (piiius laiix). Rosage ferrugineux ( rhododctu]ron ferrugineum) . Aire] le myrtille ( vaccinhim m^rt'illus) . Genièvre commun (juniperus communls) . §. VII. Les principes que je me suis proposé de rechercher dansées végétaux sont, l'eau en nature, le charbon, les sels et les terres. Pour ne pas me charger dans le voyage , du poids des ]ilaii- tes que j'aurois pu emporter dans la plaine afin d'en retenir les cendres en quantité suffisante pour eu faire l'analyse, j'ai fait bri'der dans chaque siation , sur des plateaux de rochers bien nets, les végétaux susnommés, et j'en ai recueilli les cendres; elles étoient alors mêlées de charbon dont j'ai opéré la combus- tion dans un creuset de porcelaine. J'ai cinj^orté seulement chez moi 61 à 91 grammes de chaque genre de plante , pesés avec E T D' H I s T O I R F. N A T U 11 E L L E. avec des balances sensibles iininédiatemcnt après les avoir cueil- lies , pour déterminer avec précision les quantités d'eau, de végé- taiion , de charbon et de cendres que ces plantes contenoient. De l'eau contenue dans les végétaux. §. VIII. On évalue ordinairement la quantité d'eau contenue dans les végétaux par la perte de poids qu'ils souffrent en pas- sant de l'état de \erdeur à l'état de dessication cornplette. Cette méthode n'est point rigoureusement exacte, car elle n'indique pas la quantité d'eau qui pourroit s'échapper à une température plus élevée que celle de l'atmosphère , ou qui peut être retenue par des affinités que l'action seule du feu ne pourroit détruire. En second lieu , le gaz oxygène atmosphérique enlève aux végétaux pendant leur dessèchement une certaine quantité de carbone, qui est confondue ici avec celle de l'eau. Ce procédé ne peut servir qu'imparfaitement à estimer les quantités relati- ves de ce fluide , et comme c'étoit sur-tout sous ce dernier rap- port que je voulois analyser les végétaux , il pouvoit être appli- qué ici avec succès. Les plantes que j'examine ont toutes été sèchées à l'air libre ^ à l'ombre et dans le même lieu. Elles ont été pesées dix mois après. leur récolte, et n'ont rien perdu de- puis par un dessèchement ultérieur. Il ne s'agit ici, comme je l'ai dit , que des jeunes pousses garnies de leurs feuilles. Eau, Matière végétale sèche. 100 parties de pin élevé calcaire contiennent 4^,24 5i,76 Pin granitique 5i,i7 4^»^-* Mélèze calcaire 57,i3 A'^fij Mélèze granitique 68,07 4i>9^ Rosage calcaire 62,78 47>^^- Rosage granitique ^0,73 à,o,'2.'j Airelle calcaire. /^j,^ 53,5 Airelle granitique 5o,i 1 49>'^9 Genièvre calcaire 49)4^ 60, 55 Genièvre granitique. . . . 55^,19 44>8i §. IX. Il résulte de ces observations , que les plantes crues sur un sol granitiqus contiennent plus d'eau que celles qui sont crues sur un sol calcaire. Je rechercherai maintenant quelles sont les causes connues Tome LI. MESSIDOR an 8. C 18 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE quî peuvent changer les (quantités d'eau contenues dans les vé- j^étaux. Les chimistes qui , tels que MM. Senebier , Hassenfratz, ont analysé des plantes éiiolées ou qui avoient végété sans le secours de ja lumière , ont reconnu que ces plantes contenoient plus d'eau que celles qui n'étoient point étiolées. Mais les phuites granitiques n'avoieiit aucun des caractères extérieurs des plantes étiolées, et leur situation leur permettoit de recevoir pour le moins autant de lumière que celles que j'ai recueillies sur la montagne de la Salle. On ne peut donc attribuer à cette cause les différentes quantités d'eau qu'elles contenoient. §. X. La quantité d'eau varie dans les plantes suivant leur âge ; mais je crois avoir prévenu cette objection en ne prenant que des pousses de la même longueur, au même degré de maturité^ dans la même saison et dans le même climat. M. Duhamel observe dans son Traité sur l'exploitation des bois, que les plantes q>ii croissent dans un sol surchargé d'eau , deviennent plus légères par le dessèchement que celles qui ont végété sur un sol où ce lluide n'est pas surabondant. Il est re- connu que la terre siliceuse retient moins l'eau que la terre calcaire-: mais comme les granits contiennent, outre la terre siliceuse , une quantité notable de terre argileuse qni retient l'eau en plus grande abondance que la terre calcaire, il étoit possible que les deux eifets se compensassent et que le terreau des montagnes granitiques retînt plus d'eau que celui des mon- tagnes calcaires. §. XL Pour constater par une expérience directe les vertus absorbantes de ces deux sols sous le rapport que je viens d'é- noncer ^ j'ai pris Sur le Breven et sur la Salle, au pied des vé- gétaux qui ont servi à ces analyses , les deux sortes de terreaux qui les avoient fait croître ; je les ai fait sécher à l'air libre et ])asscr au tamis de crin. J'ai placé les mêmes quantités de ces terreaux au fond de deux capsules remplies d'eau : j'ai ensuite hltré à la lisière de drap toute l'eau que les terreaux ne pou- voient pas retenir , et je les ai pesés immédiatement après cette iiltration. Cent parties de terreau calcaire ont retenu 264 parties d'eau. Cent parties de terreau granitique n'en ont retenu que lao parties. Le terreau calcaire retient donc deux fois plus d'eau qixe le terreau gianitique. Il faut donc que la qualité du sol , abstraction faite de l'eau ET D'HISTOIRE NATURELLE. .^ qu'il peut retenir, ait quelqu'iiifluence pour modifier les quan- tités d'eau que contiennent les végétaux. Une conséquence prati- que très-importante qu'on peut tirer de ces observations, est qu'on doit préféier pour les constructions les bois calcaires aux bois e;ranitiques , puisqu'il est reconnu que les bois qui perdent plus d'eau par le dessèchement, sont plus porreux, pUis cassans et de moindre durée que ceux qui en perdent uioins. Ces ré- sultctts sont d'accord avec ceux de Duhamel qui a remarqué que les bois crus sur un sol salilonneux et stérile avoient les mêmes défauts que ceux qui provenoient d'un sol marécageux, et nous avons observé que le sol granitique paroissoit , toutes choses d'ailleurs égales, moins fertile que le sol calcaire. Je rechercherai maintenant si les deux sortes de plantes que j'examine contiennent les mêices quantités de charbon. Uu charbon. §. XTI. Le charbon obtenu par le ré.sidu des substances végé- tales soumises à l'action dii feu sans le concours de l'air, n'in- dique point la (juantité absolue de cette substance contenue dans les végétaux antérieurement à cette opération , parce qu'il y est uni à certaine quantité d'eau qu'il décompose au degré de feu nécessaire pour en produire la séparation. L'oxygène et l'hydrogène s'unissent au charbon et forment des composés vo- latils dans lesquels la quantité de charbon est très-dilficile et même impossible à apprécier. La séparation du charbon par le feu ne peut servir qu'à estimer, et imparfaitement encore , sa quantité relative dans les végétaux réduits à un état de siccité complette. Les autres procédés que nos moyens actuels d'ana- lyse permettoient d'appliquer à ces recherches sont plus compli- qués sans être plus exacts. J'ai enveloppé le végétal sec dans du papier; je l'ai placé au fond d'un cri'K n de fer battu fermé d'un côté et ouvert de l'autre. Ce canon avoit 8,1 centimètres (3 pouces) de haut, et4,o5 cen- timètres (un pouce et demi) de large. Il étoit rempli par le vé- gétal jusqu'à la moitié de sa hauteur; j'ai, appliqué sur le pa- pier une rondelle de. fer. qui occupait avec précisio-n le diamètre intérieur du cylindre. La plaque à été lutée dans cette position avec de l'argile, et recouverte , 1°. d'iuie couche de charbon j a°. d'une autre couche de cendres ; le tout a été exposé pendant deux heures à une chaleur rouge. Le papier qui envelopnoit le.s plantes étoit destiné à empêcher qu'elles n'adhérassent au fer et C 2. ja JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE à mettre obstacle à la circulation de l'air au fond du canon dans le cas où ce iluide se seroit fait jour au travers de l'argiîe et de la poussière de charbon. Les charbons ont été pesés avant leur refroidissement. Si la quantité de charbon contenue dans les végétaux étoit proportionnelle à la quantité de matière végétale sèche qu'ils contiennent , on auroit pu conclure des expériences précédentes, que les végétaux calcaires contiennent plus de charbon que les végétaux granitiques ; mais l'expérience n'a point démontré que cette loi eût lieu pour toutes les substances végétales. Ainsi j'ai trouvé par le procédé décrit plus Jiaut, en soustrayant du char- bon du végétal le poids du charbon du papier , qui étoit connu par une expérience antérieure , que Parties de charbon. Cent parties de pin élevé calcaire contiennent %\.,l\n Pin granitique 21, 85 Mélèze calcaire 24,2^ Mélèze granitique 24>^3 Rosage calcaire 21,98 Rosage granitique 21,98 Airelle calcaire 28^48 Airelle granitique 23,98 Genièvre calcaire 22,70 Genièvre granitique 23,73 On voit que lorsqu'on considère les végétaux calcaires et les végétaux granitiques dans leur état de sicciié , ils contiennent à très-peu-près les mêmes quantités de charbon, ou du moins «(u'il n'y a pas de différence constante entre les produits. Il est facile de déduire de ces observations et de celles qui les pré- cèdent , les quantités de charbon que ces végétaux contiennent dans leur état de verdeur. "Parties de charbon. Cent parties vertes de pin calcaire contiennent 11,11 Pin granitique 10^67 Mélèze calcaire 10^39 Mélèze granitique 10,16 Rosage calcaire. . 10^62 Rosage granitique 9>o5 Airelle calcaire 12,82 Airelle granitique 1 1,96 Genièvre calcaire ii)4^ Genièvre granitique, ....... 10, 63 ET D'HISTOIRE NATURELLE. n Il paroît (pe les végétaux calcaiies considérés dans leur état (le verdeur , comi<.niient plus de charbon que les végétaux gra- nitiques , et que cette substance remplace en partie dans les végétaux calcaires l'eau que ces derniers contiennent en plus petite quantité. Si le sol , comme plusieurs physiologistes le pensent, fournit aux plantes une grande quantité du carbone qu'elles contiennent, cet effet n'est point difticile à explitjuer , puisque le carbone peut leur être fourni en abondance par les montagnes calcaires qui en contiennent presque le quait de leur poids. Cendres des végétaux calcaires et granitiques. §. XIV. Rien n'est moins connu encore que le rôle que jouent les cendres dans les différentes combinaisons de carbone d'oxy- gène, d'iiydrogène et d'azote qui constituent les substances vé- gétales. Nous ignorons si ces matières salines et terreuses sont essentielles à ces combinaisons , si elles sont toujours identiques dans les mêmes végétaux , si le sol a quelqu'influence pour en changer la nature. La plupart des auteurs ont cru qu'elles étoient un produit de la végétation , et ont admis par conséquent que le sol n'avoit aucune inlluence sur leurs parties constituantes. La quantité de cendres obtenue de la combustion des végé- taux varie suivant la manière dont elle s'opère. Si elle est étouf- fée , lente et sans flamme apparente, on doit obtenir moins de cendres , parce qu'il se forme alors des combinaisons vola- tiles et inflammables qui s'échappant sans s'enflammer , sous- trayent une partie des cendres que leur- combustion auroit pro- duit. La quantité de cendres doit varier encore suivant le degré de feu où elle s'opère , en supposant même la combustion com- plette et instantannée , puisqu'elles peuvent être plus ou moins privées du gaz acide carbonique dont les terres absorbantes et les alkalis se saturent pendant la combustion , et puisijue les sels qu'elles contiennent peuvent être plus ou moins volatilisés. §. XV. Pour mettre la plus grande uniformité possible dans l'incinération des végétaux que j'éprouvois, je les ai jetés après leur dessication à l'air libre , dans un grand creuset de fer rougi obscurément j ils se sont enflammés sur-ie-chanip, et quand leurs cendres ont atteint la couleur qui leur étoit propre et qu'on n'y distinguoil plus de charbon , je les ai pesées avant leur refroidisse- ment , et j'ai rédiiit les quantités obtenues à celles que cent parties des végétaux employés auroieut données dans leur état de verdeur. ai JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Parties de cendres. Cent parties de pin ciilcaire vercl contiennent 1,128 Pin granitique ' J187 Mth'ze calcaire 0,926 Melijie gianitique 0,961 Rosane calcaire 0,889 Rosage grimiùqiie, 0,664 Genièvre calcaire 1,082 Genièvre graniti([ue 1,081 Airelle calcaire 1,048 Airelle granitique i,o6c) Les différences dans les quantités de cendres fournies par 1 e* vée,c^taux calcaires et par les végétaux granitiques sont trop peti- tes et les produits de l'incinération trop incertains pour qu'on puisse se hasarder à en tirer des résultats généraux. Il paroi - troit que les végétaux granitiques fournissent plus de cendres que les végétaux calcaires. Si cette observation étoit juste, elle ne seroit point opposée aux observations précédentes et aux pro- portions suivant lesquelles les cendres paroissent se trouver dan les véeétaux ; car il est reconnu que les plantes ligneuses con- tiennent moins de cendres que les plantes herbacées. Les injec- tions faites avec de l'encre dans des plantes en pleine végétation, prouvent que l'eau peut y déposer les niolécnles qu'elle tient en simple état de suspension. Ces inolécults y ariivtront en d'au- tant plus grande abondance , que leur tissu sera plus lâche ou leur donnera par leurs racines un plus libre passage dans l'inté- rieur de la plante. Les racines des plantes herbacées seront donc des filtres moins parfaits que celles des plantes ligneuses. Ces dernièies admettront moins de molécules terreuses en état de suspension que h^s premières , et fourniront moins de cendres , comme l'expérience paroît le confirmer. Duhamel a reconnu que la quantité d'eau contenue dans les végétaux, étoit en raison dcî la porosité de leur tissu , et nous venons de reconnoîlre que les plantes granitiques étoient plus aqueuses : elles ontdozic un tissu plus lâche et doivent contenir plus de cendres que les plantes calcaires, Parties constituantes des cendres. §, XVL J'ai recherché par les analyses dont je vais donner ET D' H 1 S T O I 11 E NATURELLE. 23 les résultats, les quantités de sels, de terre calcaire, d'alumine, de inagnésie , de silice et d'oxide mttalliiiue que contiennent les cendres , je ne donnerai ici les détails de ces analyses que lors- qu'elles différeront très-sensiblement entre elles. Analyse des cendres du pin du Breven. L'esprit-de-vin mis en digestion sur ces cendres , en a extrait un centième qui n'etoit que de la potasse pure. Cette dissolution évaporée à siccité a laisse un résidu que j'ai fait dissoudre dans l'eau et que j'ai éprouvé par les réactifs. Ils ne m'y ont démon- tré aucun autre sel. (a) J'ai fait bouillir , avec 276 grammes d'eau distillée, 3,874, giammes des mêmes cendres qui n'avoient point été traitées par l'esprit-de-vin ; la partie indissoute sèchée à up feu égal à celui qui avolt servi à la combustion des cendres, a pesé 3,58i grammes. , (^) La dissolution des cendres par l'eau bouillante , après avoir été fdtrée , a été évaporée à siccité. Le résidu pesant 344 milligrauiines , a été exposé à l'air libre pendant plusieurs jours et étendu d'eau, elle l'a redissous à la réserve de 26 milligram- mes de carbonate de chaux et de silice qui ont été réunis aux 3,58i grammes (a) insolubles par l'eau. (c) La solution par l'eau des substances salines contenues dans les cendres, a été évaporée de nouveau à siccité et uiêlée avec quelques gouttes de vinaigre afin de séparer la potasse des autres sels suivant le procédé indiqué par Fourcroy. Le mélange a été eva|)oré à siccité et lavé ensuite avec de l'esprit de-vin qui lui a eidevé l'acétite de potasse nouvellement formé. La solution par l'esprit-il-evin , après avoir été filtrée et décomposée par le feu dans un creuset de platine à une chaleur rouge , a laissé pour résidu de la potasse pure pesant \^b milligrammes. Les sels insolubles par i'esprit-de vin pesant 17a milligrammes, ont été. dissous dans l'eau , et leur solution a été précipitée successive- ment par l acétite de baryte et par le nitrate d'argent. Le sulfate de baryte a pesé i35 milligrammes, et le muriate d'argent 53 milligrammes. ^d) Les 3,607 grammes de cendres (a. ^^) qui étoient sé- parées lie leurs sels solubles dans l'eau, ont été jetées dans un inatras à col étroit contenant de l'acide nitrique, et exactement pt se. II s'est produit une vive effervescence : les cendres ont perdu par le dégagement du gasi 663 roilligrarumes. Le résidu 2t JOURNAL DE P II V 6 I Q U E , DE CHIMIE insoluble par l'acide nitrique , a été mis en digestion- sur de l'acide imiriatit|iie , qui ne l'a pas seusibleiiient attaqué. Pour décomposer ce résidu pesant 663 inilligraintnes , et dont la cou- leur grise déceloit l'iuipureté, je l'ai exposé dans un creuset île platine à une chaleur rouge j après l'avoir nielé avec irois fuis son poids de potasse pure. La masse résultante de cette opéra- tion olfroit un verre verdâtre qui a été mis eir digestion dans de l'acide marin : la dissolution a été évaporée à sicclté , et le résidu insoluble par l'acide muriatique, étoit parfaitement blanc, spongieux, formant au feuj avec une dose suffisante d'alkall , un verre blanc entièremeiit soluble par l'eau , et jjrésentant tous les caractères de la silice pure. Il pesoit4i5 milligrammes. (e) Les parties des cendres {d) dissolubles par l'acide nitri- que et par l'acide muriatique, ont été mêlées et précipitëas en- suite par de l'ammoniac non effervescent. Le précipité pouvoit être de l'argile , de la magnésie , une petite quantité de silice restée en suspension dans l'acide muriatique et des oxides mé- talliques. (_/) La liqueur (e) filtrée a été précipitée par une solution de carbonate de soude. Le précipité séché à une douce chaleur et pesant 1,88,3 grammes, étoit du carbonate calcaire parfaite- ment pur. Or si , comme je l'ai constaté par l'expérience ^ le carbonate calcaire perd la 0,42 partie de son poids par sa dis- solution dans les acides , il en résulte que si la terre calcaire des cendres eûit été saturée de gaz acide carbonique , ces cendres aiiroient du perdre 781 milligrammes j mais nous avons vu qu'elles n'ont perdu par cette opération que 663 milligrammes. On en peu conclure qu'elles coiuenoient de la chaux vive mêlée à du carbonate de chaux. (g) Le précipité {e) que j'ai sujiposé en grande partie com- posé d'argile, de magnésie et d'oxldes métalliques , a été redis- sous par l'acide muriatique , à la réserve de 79 milligrammes qui étoient de la silice pure. Cette dissolution a été précipitée par du carbonate de soude et filtrée. Le précipité encore humide a été soumis à l'ébulition avec de la potasse caustique en liqueur. La liq leur filtrée sursaturée d'acide et précipitée par du carbo- nate de soude, a laissé sur le filtre de l'alumine pure, qui , redissoute encore humide par le vinaigre , et précipitée par du carbonate d'ammoniac , pesoit 552 milligrammes après son des- sèchement à une chaleur rouge. (/^)Le résidu insoluble par l'alkali caustique en liqueur, a été mêlé avec quelques gouttes d'acide sulfurique , dans un creuset platine, et exposé à une chaleur ronge. L'acide sul- abandoiiné, uar l'action du feu , les oxidcs inétalliques E T D' H I S T O I R E N A T U R E L L E. z'i creuset de f'urique a a _ et n'est resté nui qu'avec la magnésie. J'ai pulvérisa la niasse résultante de cette opération et je l'ai lavée à plusieurs reprises avec de l'eau bouillante. Le résidu qui y étoit insoluble et qui a présenté tous les caractères d'un mélange d'oxide de fer et de manganèse a pesé 4^4 milligrammes. ( i ) La dissolution par i'cau bouillante {h) avoit le goût amer propre au sull'ate de magnésie ; elle a été soumise à une évapo- raiion ménagée, et a fourni 583 milligrammes de cristaux bien prononcés de ce sel. J'en ai obtenu , en les dissolvant dans l'eau et en les mêlant avec du carbonate de soude en liqueur , 539 milligrammes de carbonate de magnésie. Coninle il étoit possi- ble que le carbonate de chaux obtenu (/) fut mêlé à une petite quantité de magnésie et d'argile , je l'ai saturé avec de l'acide sulfurique, et j'ai fait dessécher cette combinaison à une forte chaleur : je l'ai ensuite lavée avec une petite quantité d'eau froide qui n'en a point extrait de svdfate de magnésie. Le résidu traité avec une beaucoup plus grande quantité d'eau , s'y est entièrement redissous , à la réserve d'une quantité inappréciable de sulfate d'argile devenu presqu'insoluble par la dessication. Cette dissolution par l'eau évaporée lentement, n'a présenté qvie du sulfate de chaux. Les proportions de chaux vive et de carbonate de chaux ayant varié dans les analyses dont je vais donner les lésultats , je supposerai, pour les rendre comparables entre elles la chaux et la magnésie toujours complettement saturées de gaz acide carbonique. Cent parties de cendres du pin élevé granitique contiennent. Potasse 3,6 Muriates et sulfates alkalins. . ' 4,24 Carbonate de chaux 4^j^4 Silice i3,49 Carbonate de magnésie 6,77 Alumine i4>'^'^ Oxides métalliques 10, 52 Tome LI. MESSIDOR an 8. D 3€ JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Cent ])aitLes de cendres du pin élevé calcaire siliceux con- tiennent, Potasse, 7,36 Mariâtes et sulfates alkalins. . . I2,(Î3 Carbonate de chaux 5i,i9 Silice 6,87 Carbonate de magnésie o Alumine 11 ^^5 Oxides métalliques 10 §. XVII. Cent parties des cendres du rosage granitique , con- tiennent (§. IV.) : Potasse et sels neutres 10,82 Carbonate de chaux 3o,oa Silice i4,86 Carljonate de magnésie 5 o Alumine. . . . 28,8 Oxides de fer et de manganèse. 8,4 Cent parties des cendres du rosage calcaire siliceux (§. V.) tontienuent : Potasse et sels neutres 1 2,25 Carbonate de chaux. ... 5j,6 Silice 5,44 Carbonate de magnésie. ..... o Alumine 10, 3 1 Oxidcs de fer et de nianeanèse. 1 1 'O" §. XVIII. On voit par ces analyses , que la nature du sol a ime influence très-marquée sur quelques parties constituanles des cendres des végétaux , et que les montagnes calcaires four- nissent des plantes plus chargées de terre calcaire que les mon- tagnes granitiques^ qui en revanche donnent naissance à des plantes ])lus chargées de terre siliceuse. Une observation également remarquable se présente encore, c'est que le sol du Breven qui ne contient qu'une quantité pres- qu'inserisible de terre calcaire^ sert de support à des végétaux qui contiennent cette terre dans une proportion trop grande pour pouvoir aJa:ettre, peut-être, qu'il la leur ait fournie en totalité. Le gaz acide carbonique que les plantes décomposent , la tient vraisemblablement en dissolution , et il t st peut-être Pinterniède au moyen du jtiel elles l'incorporent à leur propre .••■uLstanccy mais ce n'est encore qu'une conjecture. E T D' H I s T I R E N A T U II £ L L E. -jtr On a vu , §. V , que la pierre qui constitue la montagne do la Salle contenoit de la terre siliceuse , et que les végétaux qui croissent sur son sol en contenoient aussi une petite quantité. Il s'agissoit maintenant de reconnoître si les végétaux provenus d'un sol absolument dépourvus de cette terre en seroient éea- lement privés. La montagne du Reculey de Thoiry m'a offert heureusement, après quelques recherches infructueuses, un sol propre à cette recherche intéressante. J'ai eu à regretter seule- ment que la saison, l'élévation et l'année où j'ai pris sur cette montagne les plantes dont je m'occupe , ne m'aient pas permis de constater les autres observations que j'avoîs faites sur les végétaux de la Salle , comparativement à ceux du Breven ; car ou peut présumer que les quantités d'eau et de charbon que contiennent les végétaux sont subordonnées à ces circonstances , tandis que la nature des principes terreux de ces mêmes végé- taux, en est absolument indépendante. Le Reculey de Thoiry. Analyse de la pierre dont il est formé. §. XIX. La montagne du Reculey de Thoiry est située à 5o on 60 kilomètres à l'ouest du Breven , dans la ligne occidentale la plus élevée de la chaîne du Jura. 11 est formé d'une pierre cal- caire compacte qui prend une couleur d'un gris blanchâtre par le contact de l'air , mais souvent d'un jaune clair à l'intérieur. Sa cassure est ordinairement matte, quelquefois un peu scin- tillante et inégale. Elle est demi-dure ou un peu plus que demi- dure : on y trouve accidentellement et rarement des géodes et des concrétions siliceuses, sur-tout dans la partie basse de la montagne. Les végétaux que j'y ai recueillis ont été pris à une élévation de 1,400 mètres au-dessus de la mer. La pierre cal- caire dont le Reculey de Thoiry est formé se dissout avec une violente effervescence dans les acides 5 elle perd dans cette dis- solution la 0,42 partie de son poids , ce qui équivaut à très-peu- près à la perte (|ue souffre la crème de chaux par cette même dissolution. Lorsqu'on fait dissoudre cette pierre dans un acide muriatique délayé , on sent une odeur très-frappante de pétrole, et il n'y a aucun résidu, si l'on en excepte quelques flocons bruns qui brûlent comme le pétrole , et qui équivalent au plus à la 0,0026 partie du poids de la pierre soumise à l'analyse. Cette dissolution muriatique filtrée laisse précipiter, lors()u'elIe est saturée d'ammoniac non effervescent , quelques flocons jau- D 2 28 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE nâtrcs pesant la o,oi25 parîie de la pitrre. La potasse mise en digestion sur cette 0,0120 partie, en a extrait etivirou la raoitié. La partie dissoute par cette opération étoit de l'alumine et la partie insoluble de l'oxide de fer. La dissolution muriatique dont on avoit séparé l'alumine et l'oxide de fer a été précipitée par du carbonate d'ammoniac et le mélange soumis à rebulition. Le carbonate calcaire obtenu par ce procédé a pesé après sa dessi- cation la 0,98 partie de la pierre. Il résidte de cette analyse que 100 parties de la pierre du Reculey de Thoiry contiennent : Carbonate de chaux 98 Alumine o,6'j.5 Oxide de fer 0,626 Pétrole • . ■ o,25 Je rapporterai maintenant ici les analyses des cendres des plantes prises sur cette montagne pour comparer ces analyses à celles des cendres des mêmes plantes prises sur le Breven et sur la Salle. Analyse des cendres du pin élevé du Reculey de Thoiry. §. XX. Cent parties des cendres des extrémités des branches de ce pin ont été lessivées par l'eau distillée : cette eau traitée de la même manière que dans l'analyse des cendres du pin dti •Breven (§. XVI), a fourni i5 parties de substances salines dont neuf parties étoient de la potasse et six parties des muriates et des sidfiites alkaliiis. Les cendres déjiourvues des substances sa- lines ont été mises en dissolution dans l'aciilo nnjriati(|ue; elles y ont perdu en gaz acide carlionique 25 jiavties ; l'acide muria- • tique a laissé un résidu gris insoluble pesant 3,75 parties, qui a été jnêlé avec quatre fois son poids de soude effleurie et exposé à un feu de fusion. La mase opaque résultante do cette opéra- tion a pu so dissoudre en entier dans l'acide muriatique délayé : les dissolutions muriaiifjues ont été évaporées à siccité, tt le résidu a été mis ensuite en digestion snr du nouvel acide qui l'a dissous en entier à la réserve d'une huitième partie qui avoit les caractères extérieurs de l'argile desséchée (1). (1) Ces réçuluis montrent qu'on ne peut point juger si le» ccn'.ircs contiennent âe la terre siliceuse par h simple opération de leur dlssolulion dans les acides, parce que l'alumine qu'elles contiennent y est de6sèi;hée au point d'être en partie " inioiubie. TE D'HISTOIRE NATURELLE. 29 Les dissolutions inutiatiques des cendres ont été précipitées par le carbonate de potasse : l'alumine séparée du précipité , à l'aide de la potasse pure, a été purifiée par sa dissolution dtiiis le vinaigre et par sa précipitation par le carbonate d'ainmoaiiac. Le résidu insoluble dans la potasse a été mis en digestion à froid dans plusieurs onces de vinaigre distillé ; le résidu qui y étoit insoluble pesoit trois parties : il avoit les caractères des oxi- des de fer et de manganèse. La dissolution dans le vinaigre éprouvée par le prussite de soude , a manifesté des traces de manganèse , mais sa quantité étoit inappréciable. Cette même solution acéteuse a été saturée ensuite par du carbonate d'am- moniac ; le mélange soumis à l'ébulition et filtré a laissé sur lo filtre 66 parties de carbonate terreux. Ces carbonates ont été dissous par l'acide sulfurique , et leur dissolution a été dessè- cliée à une chaleur rouge dans un creuset de platine. Le résidu de cette opération a été mis en digestion à froid dans quatre fois son poids d'eau distillée qui n'a point présenté les carac- tères propres à la dissolution du sulfiite de magnésie. Le résidu a été dissous dans une très-grande quantité d'eau , et a présenté tous les caractères propres au sulfate de cliaux. §. XXI. Cent pîrlies des- cendres du Cent parlies des ccn- Cent parlies des cen- Pin du Breven coatiennent : dres du Pin de la dres du Pin du Re- Salle conlleauent ; culey du Thoiry contiennent : Potasse et sels neutres. 7,84. Carbonate de chaux. . 4'î.34- Silice i3,49. Alumine \i^,'^6. Carbonate de magn . . ^f-jf . Oxides métalliques. . . 10, Sa. 19,99. 51,19. 6,87. 11,95. o 10 i5 63 o 16 o 3 Cent parlies des cendres du Rosage Cent pnrties des cen- Cent parlies des ccn- du Rreven contiennent : dres du Rosage de dres du Rosace du la Salle contien- Reculey de Thoiry nent : contiennent ; Potasseet sels neutres. 10,82. Carbonate de chaux. . 3o,o2. Silice i4-,86. Carbonate de magn . . 5 Alu.^nitp 28,8 . Gxides métalliques. • . 8,4 l?-,20 . . Sj,6 . 5,44 o 10,3 1 . 11 17,76 71,54 o o 5,90 4,86 5j JOUIINAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE §. XXII. Pour constater les rcsultats généraux de ces analy- ses , j'ai analysé des cendres de l'airelle myrtille du Bieven et du Reculey de Thoiry ; sans en donner le détail, je nie con- tenterai de dire que loo parties des cendres de l'airelle myrtille du Reculey de Thoiry se sont dissoutes k la réserve de deux parties et demie dans l'acide muriatique ; que ces deux parties et demie ont été traitées par l'alkali à un feu de fusion et par l'acide muriatique; les dissolutions ont été évaporées à siccité , et ont fourni 1,75 partie de silice pure. Cent parties des cendres de l'airelle myrtille du Brcven mises en dissolution dans l'acide muriatique bouillant , ont laissé un résidu insoluble pesant i5 parties et demie. Ce résidu traité avec la soude à un feu de fusion et ensuite par l'acide muriatique bouillant, a fourni i3,46 parties de silice formant un verre transparent par sa fusion avec deux fois son poids d'alkali fixe. Cent parties des cendres d'airelle Cent parties des cendres d'airelle myrtille du Breven contien- myrtille du Reculey de Thoi- nent . ry contiennent : Potasse et sels neutres. 16, 38 ^3,5 Carbonate calcaire. . . . 40)35 53,7 Silice 13,45 1,75 Alumine ^7t^4 ■.•■••■ li)"^^ Carbonate de magnésie. 5,85 o Oxides métalliques. . . . 6,43 6,8 Résultats généraux: de ces analyses. §. XXIII. Il résulte de ces analyses que les cendres des vé- gétaux contiennent certains principes indépendans du sol qui les a fait croître , tel est le carbonate de chaux et d'autres prin- cipes purement accidentels , telle est la silice. Les principes in- dépendans du sol leur sont vraisemblablement fournis par l'at- mosphère; les principes dépendans du sol doivent être introduits par les racines dans le végétal et s'y trouver en d'autant plus grande abondance , que les canaux ([ui les y conduisent sont plus ouverts. Aussi l'expérience a-t-elk démontré que les plantes graminées et les plantes aquatiques dont le tissu est lâche et spongieux étoient, toutes choses d'ailleurs égales, plus chargées de terre siliceuse. M. Davy a découvert (Bibliothèque britanni- que , n». 86) que l'épideruie de ces végétaux contenoit cette terre en plus grande abondance que leurs autres parties. Cette ET D' HISTOIRE NATURELLE. 5i ■épiderme est destinée , siiîvant la plupart des i^hysiologistcs , ù, mettre au-dehors les produits excrétoires de la végétalion. Or si la silice leur est étrangère et inêiii« nuTsible, comme l'expérience paroît le démontrer, ils doivent tendre à s'en débarrasser, et cette épiderme doit en eft'et en être chargée , comme M. Davy l'a trouvé (i). •$.XXIV. I-es analyses que j'ai rapportées plus haut ne sont pas inutiles pour la géologie : elles nous font présumer que les végétaux accumtdcnt sur un sol siliceux de la terre calcaire , mais qu'ils ne donnent point de t«rre siliceuse sur un sol formé uniquement de cette dernière terre. §. XXV. On peut conjecturer que lorsqu'on connoîtra les élé- mens des cendres des végétaux crus sur différens sols, on pourra avoir par la simple incinération d*un végétal , un apperçu sur la nature du sol qui l'a fait croître. On pourra peut-être même {i) Ce naturaliste conseille (mémoire cilé plus haut), pour éprouver si la «llice est un produit de la végélalion , de confiner dans des rccipiejis reposant Sur le mercure , des graines de roseau ou de bled , et de les y faire végéter dans un terreau formé de quantités ( onnues dos seules terres solubles aux acides. Cette épreuve donneroil sans doute des résultats très-exacts; mais j.; crois qu'elle est impossible à exécuter , parce que ce terreau qui devroit être le résultat de la décomposition de substances végétales ou animales , vicieroit trop l'atmosphère contenue dans les réclpiens, pour que les plantes puf^sent y vivre, et lors même que l'on réussiroit à intercepter la communication du terreau avec l'at- inosplière où In partie supérieure de la plante végéteroit dans le récipient, ce qui seroit Irès-dilEcile à exécuter dans les premiers temps de son développe- ment, elle ne prendroit jamais assez d'accroissement quelque grands et quelque multipliés qu'on suppose les récipiens, pour que l'analj'se des plantes provenues ■de celte manière pût donner des résultais satisfaisans; car l'expérjence m'a prouvé, -ainsi qu'à tous lus naturalistes qui ont fait des expériences de ce genre , que les plantes ne prenoienl que très-peu d'accroissement après leur dévtloppiment hors de la graine, dans une atmosphère non ronouvilée où Thumidité est ex- trême par la transpiration de la plante. On pourroit faire avec plus de facilité, 4nais avec moins d'exactitude les épreuves conseillées par Davy, en relranclnnt les récipiens. M:iis il sera toujours très-difficile (conimc on le verra dans les analyses que je donnerii des terreaux calcaires) d'obtenir un terreau dépourvu de sihce,^a quantité suffisante pour ces expériences. Comment en effet préparer deux à trois quintaux de terreau calcaire? car il en faudra autant pour produire èes plantes dont les cendres puissent être analysées. Comment , dis je , le prépa- rer sans que l'atmosphère dépose sur les substances végétales ou animales qui le forment en se décomposant, une quanlilé ."sensible de j-ilice , pendant les trois ou quatre années employées à cette opération.'' On n'ignore pas qu'en donnant aux plantes pour support des terres simples sans mélange de suhitances végéta- les ou animales décomposées, ces végétaux n'y prospéreroient guère iiiieux qu« daa£ l'eau distillée. 32 JOI.RNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE juger jus(iii'à un certain i>oint du vigctal, soit sous le rapport de ses verrus uutiitivcs , soit sous celui de sou euiploi dans les arts. (Vuy. les parae. II et XI). §. XXVI. 11 pareil , en couiparant les analyses des cendres des végétaux crus sur dift'creus sols , que lorsque ks plantes contiennent de la terre siliceuse, elles sont moins chargées de substances salines et de teire Crilcaire ; l'.ais comme on eu peut juger par l'analyse que j'aL fait du genièvre du Brf ven et du Keculey de Thoiry, il est probable que toutes les p'antes crues sur un sol siliceux ne contiennent pas de la silice , et (pie dans ce cas elles contiennent autant de substances salines que celles qui sont crues sur un sol calcaire. Cent parties de cendres du genièvre du Breven m'ont R)urni i5 parties un quart de substances salines , 64,23 parties de chaux , et seulement une quatrième partio de silice. Cent parties de cendres du genièvre du Reculey de Tlioiry m'ont fourni 14 parties de substances salines, 66,6 parties de carbonate de chaux, et je n'y ai point découvert de silice. Les produits de ces deux analyses faites seulement sous le rapport du carlionate de chaux, de la silice et des substances salines , sont donc à très- peu-près semblables. §. XXVII. Je n'ai point trouvé de magnésie dans les cendres des plantes crues sur la Salie et sur le Reculey de Thoiry, tan- dis que j'ai trouvé cette terre dans les mêmes plantes crues sur le Breven. Mais comme elle n'y étoit qu'en quantité très-petite, je pense qu'il faudra faire de nouvelles recherches sur des mon- tagnes où cette terre est en plus grande quantité , pour déter- miner si celle qu'on trouve dans les plantes provient du sol ou de l'atmosphère. Les proportions de l'alumine et des oxides métalliques ont trop varié dans les cendres des végétaux que j'ai analyses , pour que je puisse former aucune conjecture sur leur origine. Terreaux granitiques et calcaires. Analyse de leurs cendres. §. XXVI II. Après avoir reclierché l'influence du sol svir les élémens terreux des végétaux , il étoit intéressant de reconnoî- tre par des expériences directes quelles étoient les modilicatiôns que les végétaux pouvoient produire sur les parties constituan- tes de ce même sol. .l'ai cru pouvoir y parvenir en comparant les analyses de leur terreau soit avec celles des cendres de ces végétaux , soit avec celles de la pierre sur laquelle ils avoient pris ET D'HISTOIRE NATURELLE. 3". [jrîs naissance. Je n'ai point trouvé dans l'analyse de ces ter- reaux les ])rincipes et les piopottions que les analyses dos cendres" des plantes qui les avoient formés , me f'aisoicnt présumer d'y trouver. On en verra siirenient la raison dans les modifications que doivent produire dans les proportions des élémens des végé- taux décomposés, soit les eaux souterreines qui apportent de très- loin , en état de dissolution et de suspension, plusieurs-principes étrangers au sol où elles arrivent, et en dissolvent d'autres (|ui lui appartenoicnt , soit dans les eaux des pluies qui produisent plusieurs de ces effets , soit enfin dans les corps légers trans- portés et déposés par l'atmosphère. Analyse des cendres du terreau du pin élevé du Breven. §. XXIX. J'ai pris entre les racines des pins élevés du Breven à une hauteur de 1,986 mètres au-dessus de la mer, et à 3 dé- cimètres environ au dessons de la surface du sol, un terreau qui étoit brun foncé lorsqu'il étoit sec , mais noir lorsqu'il étoit mouillé. Il a été passé par un tamis de crin dont chaque maille avoit environ 1,7 millimètre carré d'ouverture. Sa. pesanteur spécifique étoit alors 0,8. Ce terreau tamisé mêlé avec de l'eau , surnageolt d'abord ; mais en s'en imbibant il gagnoit presqu'en totalité le fond du liquide; les matières végétales fibreuses qui restoient constam- ment à sa siirface n'occupoicnt en poids que la -~ partie du terreau. Cent parties de cette substance sèche pouyoient retenir 12c parties d'eau sans en laisser échapper une goutte par la dé- cantation. Cent parties de terreau tamisé (3o grammes et demie) ont été mêlées avec trente fois leur poids d'eau distillée. Le mé- lange a été soumis à l'ébulition , et lorsqu'il a été réduit par l'évaporation au quart de son volume primitif, on l'a filtré. L'infusion a été éprovivée par le carbonate d'ammoniac , le prus- site de soude , le muriate de baryte , l'oxalate de potasse , le nitrate d'argent et les papiers colorés. Ceux de ces réactifs qui 'ont éprouvé quelque modification par ce mélange sont le nitrate d'argent et l'oxalate de potasse ; mais les nuages qu'ils ont pro- duits étoient à peine sensibles , et leurs poids n'auroient pas pu être estimés lors même qu'ils auroient été i5 à 20 fois plus con- sidérables. Cette infusion de terre végétale étoit colorée en jaune clair; elle n'étoit pas parfaitement transparente. Elle n'a formé aucun dépôt par son exposition pendant plusieurs jours à l'air libre : Tome LI. MESSIDOR an 8. E Si JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE évaporée à siccité elle a laissé un résidu lirtin , cassant, à demi- transparent, pesant 3i8 niilligraiiiiiies, et n'attirant pas sensi- blement riiuniidité de l'air. Ces 3i8 milligrammes ont été mêlés avec3o grammes d'esprit-de vin bouillant qui en a extrait en,- viroii tin septième. Cette dissolution décantée et évaporée à sic- cité a laissé un résidu pesant environ 4S miliigranimes ^ attirant l'huaiidiié de l'air. Je n'ai pas poussé plus loin l'analyse de la partie inflammable du terreau. Mon objet n'est ici que de ni'oc- cuper de ses parties terreuses. Cent parties de terreau tamisé ont été mêlées avec mille par- ties d'acide muriatiqiic; il ne s'est produit .lucune effervescence. Le mélange a été soumis à une douce chaleur ; l'acide s'est co- loré en brun maron : la dissolution a été séparée par le filtre , et éprouvée par l'oxalatc de potasse , le prnssite de soude et l'ammoniaque 5 ces deux derniers réactifs seuls y ont fait d'abon- dans précipités. Cette dissolution muriatlsjue saturée d'ammo- niac et filtrée , n'a point été troublée par le carbonate de soude. Le terreau granitique ne contenoit donc point de terre calcaire unie à l'acide carbonique, ce qui m'a paru très-remarquable , vu la quantité notable de chaux qui entre dans la composition des cendres qui avoient formé ce terreau. Le terreau du Breven observé avec soin paroij.soit mêlé avec les molécules pierreuses (|ui constituent la roche de cette mon- tagne. I! étoit important pour l'analyse que je me proposois d'en faire , d* le dépouiller de ses substances étrangères. J'ai réussi à eu séparer par plusieurs lavages la o,34 partie de son poids de sable (1). Les j6 parties restantes vues à la loupe con- tenoient encore quelques molécules de mica dont il étoit itnpos- sible de le dégager. Cent parties de ce terreau lavé ont été brûlées dans un creuset de porcelaine ; elles ont laissé après leur condjustion 47f^ par- ties de cendres-; ces 47j3 parties (pesant 9,26 grammes) ont été mêlées avec 900 grammes d'eau distillée et soumises à l'ébulition, La liqueur filtrée a été réduite par l'évaporation , à la huitième partie de son volume primitif, et épiouvée par les papiers co- lorés , l'oxnlate de potasse, le nitrate d'argent, l'acétite de baryte, l'ammoniac et le carbonate d'ammoniac. Les seuls réac- tifs qui aient été altérés dans cette épreuve sont l'oxalate de (i) Cent parties de-ce (erreau dépouillé de sable, pouvoitnl réunir deui es cuines peuvent servir pour trois distillations, et pour les vider après chaque distillation on ne démonte point le fourneau , mais cela se fait par le moyen d'un petit rable rt>nd de fer avec son manche aussi de fer, et c'est avec ce rable qu'on retire des retortes tous les résidus ; pour savoir si quelque re- torte est fêlée, on les racle et on les frappe en dedans avec un autre petit rable de fer, et le son montre si elles sont fêlées ou non ; et lorsqu'une est fêlée , on la retire et on y en place une autre , la garnissant de même que les autres. L'acide sulfurique se vend dans cet atelier 24 creutzers. SUPPLÉMENT. §. XII. On distille aussi dans les galères de cet atelier de l'eau forte ou acide nitritpie, dans des cuines et des récipiens semblables à ceux delà distillation de l'acide sulfurique; les cuines et les pots sont pourtant pKis grands : les cuines sont plus ventrues et un peu carrées, et dans cette distillation elles enlilent dans les récipiens. Les eaux fortes sont distillées par lintermède du vi- triol de fer , et les distillateurs ne connoissent aucun autre moyen. Il est sans doute que ces fourneaux sont meilleurs pour la distillation des eaux fortes, que les galères françaises; car d'abord on y peut régler assez bien le feu; ils sont plus faciles à monter et à démonter. Fa 44 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE MEMOIRE s U R L A FABRIQUE DE SUBLIMATION D'ARSENIC, DE LA BIINE MAURIZ ZÈCIIE, PRÈS DE ABERDAM EN BOHÈME, Par M. Fracoso de Sigueira. §. I. L'arsenic, ce poîson terrible, ne laisse pas d'être utile clans les arts; il fait même une branche de commerce en Saxe, en Bohème et dans la Siiésie prussienne; on trouve l'arsenic, dans le commerce , sous la forme d'un verre blanc , jaune et rouge ; je ne connois personne qui nous ait donné une descrip- tion exacte des manipulations convenables pour préparer ces verres , puisque ce qui nous est dit par M. Scopuli dans ses Elémens de métallurgie , n'est que trop général et fort alirégé ; en outre , dans la Saxe on fait encore aujourd'hui un grand mystère de cette fabrication : l'entrée de l'atelier d'arsenic de Gayer est défendue aux gens du pays et aux étrangers ; il est vrai que ce mystère a été dévoilé et mis en praticpie pul)liqne- ment dans la fabrique de verre d'arsenic que Frédéric-le-Grand a fait faire en Silesle ; mais personne que je sache ne nous a jus(|u'à présent donné une descri[)tion des manipulations de cet atelier dont l'entrée n'est- défendue à personne; cependant je n'ai pas encore eu l'occasion d'y aller. Dans la Bohè'iie on a aussi , depuis longtorrqis , un atelier de verre d'arsenic qui ap- partient à la mine nommée Mauriz Zèche , près d'Abcrdam , contrée de Joacliims thaï ; on y prépare le verre blanc et le jaune , et on n'est pas mystérieux î j'ai eu l'occasion d'y aller et d'y demeurer quinze jours en 1797, et d'y voir avec atten- tion tous les travaux tels que je vais les décrire , ainsi que les instruinens dont on se sert pour cette fabrication. §. II. Je ne m'arrêterai point à doniieV une description de l'atelier qui peut être bâti comme on le voudra; mais je passe ET D' HISTOIRE NATURELLE. 45 SMr le-cliainp aux manipulations et aux instrumeiis de cette fa- brication. Le verre d'arsenic se fait par le moyen de la subli- mation dans des fourneaux et des sublimatoires j^ropres. Le four- neau pour la sublimation de l'arsenic consiste dans un massif de maçonnerie long et carré; à chacun des côtés de ce massif il y a après la longueur un fourneau composé de son cendrier et chauffe , et dont la grille est en pierre : ces deux fourneaux sont séparés l'un de l'autre par un mur de séparation dont l'épaisseur est de 3o pouces. Les deux chauffes ont chacune , dans le mur d'appui une cheminée , et ces deux cheminées communiquent dans une voûte commune , laf|uelle donne i^sue à la flamme et à la fumée sur la même aire des fourneaux. C'est sur la cliauffe qu'on place les sublimatoires dont il y a cinr[ sur chaque fourneau ; ces sublimatoires sont composés chacun d'une casserole qui est faite d'une forte pièce carrée de fer de fonte qui a en longueur une aune 6 pouces et demi, et une aune 6 pouces en largeur; chacune de ces pièces a au milieu un creux ou casserole dont le diamètre est de i5 pouces trois quarts, et la profondeur do 6 pouces et demi. Ces casseroles servent pour y fondre l'arsenic qui doit être sidjlimé. §. III. Sur ces casseroles on monte un vaisseau fait de forte tôle de fer en forme conique , dont la hauteur est de a8 pouces trois quarts; sa bouche en bas a i8 pouces de diamètre, celle idation est la même nus pour le verre blanc; mais il faut pour obtenir le suljlimd jaune, mêler deux parties d'arsenic avec une de soufre; et s'il arrive que le sublime soit un peu trop foncé, on diminue pour lors la quantité du soufre dans le mélange : ce sublimé se vend 22 florins , et on en fabrii^ue annuellement dans cet atelier de 100 à 300 quintaux dont la jilupart est blanc. Il faut encore avertir que la force du feu doit être égale et forte pendant toute la sublimation , afin que les casseroles se conservent toujours au rouge , et qu'elles aient un degié de chaleur assez fort pour fondre et sublimer l'arsenic. Dans cet atelier on ne ferme ja- mais les j)ortes ni des cendriers ni des chauffes , ce qui fait qu'il sort une grande quantité de flamme par les portes des chauffes, et tout cela en pure perte , car on brûle plus de bois qu'il ne faudroit. Il est essentiel d'observer ici que l'atelier est spacieux pour avoir un grand cou ant d'air, et que ces travaux ne sont aucunement dangereux; les ouvriers ne prennent d'au- E T D ' H I s T O I R E N A T U R E L L E. .'17 tre précaution qne d'avoir un inoiichoir devant la bouche et lo nez, lorqii'ils mettent de l'arsenic dans les chapeanx, ou qu'ils ■y latent avec la baguette, et quand ils font sauter le sublimé des chapeaux. Il y a des ouvriers qui ont travaillé plus de 20 ans à la sublimation , et qui ont quitté l'atelier sans avoir la moindre incommodité : tous les ouvriers rpii y travailloient de mon temps étoient inen portans j ils cherchent même à avoir ce travail , et on n'a pas d'exemple d'un ouvrier qui ait été empoisonné. §. Vlll. Le matériel 'de cette fabrication ou sublimation est l'oxide d'arsenic, et l'atelier le tire ou du grillage de l'étain , ou des fabriques de bleu de cobalt , ou du cobalt arsenical qu'il achète des mines de Joachiins-thal. Le cobalt est grillé dans les fourneaux de grillage du minéral d'étain, qui sont tout près de l'atelier , dans celui des fonderies d'étain de la mine , et l'arsenic va se déposer en poudre dans les chambres voûtées qui sont sur les fourneaux , et dans le grand corridor fait en zigzag avec lequel elles communiquent , et on l'y prend. L'arsenic prove- nant de l'étain qui se ramasse dans les chambres voûtées, con- tient toujours beaucoup d'étain , et pour cela on le lave, afin de séparer l'étain , et l'arsenic se perd, mais pas celui qui se ramasse dans le corridor; ce dernier , celui qui se tire du gril- lage de X'arsenic cohnltique et celui tpii provient des fabriques du bleu de cobalt; tous ces oxides sont encore très- impurs , et il faut les griller encore une fois dans les mêmes fourneaux de grillage de l'étain , et quand on les a grillés pour la seconde fois, alors on les emploie à la sublimation ; car si on vouloit subli- mer l'oxide d'arsenic tel qu'on le reçoit du premier grillage , outre (ju'il faudroit 3o heures pour sublimer un quintal et quart de farine arsenicale, le verre sublimé sort très-impur et a une couleur jaunâtre et grise au lieu d'être blanc. Mais quand l'ar- senic est brûlé deux fois et que la sublimation est bien dirigée, alors le sublimé est blanc, vitrifié et aussi transparent que le cristal : ce verre perd avec le temps sa transparence ; quelle ea est donc la cause f iîj JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE MEMOIRE DE F. G. C O U R R E J O L L E S, ADRESSÉ Au C. Fou RC ROY, en réponse aux observations insérées dans le n". pS des Annales de Chimie, sur le tableau et le livre intitulé Chimie optomatiqne , ou l'art d'apprendre fa- cilement cette science , en aidant le discours de, tableaux ; de Jigures , etc. Citoyen, L'analyse que vous avez eu la bonté d'insérer dans vos An- nales , au sujet du premier livre et du tal>leau de ma chimie optomatique , contient des observations si honnêtes que j'aurois tort de ne pas vous exprimer tout le cas que j'en fais, ])ar le témoignage public de ma reconnoissance ; vos oljjcctions mêmes sont si ménagées que je vous remercie autant sur la nianièie avec laciuelle vous les présentez , que des éloges que vous voulez bien accorder aux idées (jui vous ont paru nouvelles. IjCS découvertes en physitjue ne sont pas comme celles des sciences exactes ; on n'a pas besoin dans celles ci du secours de peisonne pour discerner la vérité d'une proposition , on peut la découvrir soi-même ; au lieu que l'auteur d'un livre de chimie u'ayant pas les mêmes moyens poiir se convaincre de la justesse de ses idées , doit les soumettre à l'examen des hommes éclairés sur la partie que traite son ouvrage , en évitant sur-tout de ne pas emprunter des suffrages aux dépens de la vérité , car les louantes deviennent souvent la cause de beaucoup d'erreurs, et un homme de sens doit les éviter et les regarder toujours coinmo équivoques, parce qu'il doit savoir que ce ne sont en général que des complimens autorisés par l'usage. C'est pourquoi j'aime beaucoup mieux qu'on fasse la critique de mes ouvrages , attendu qiie je peux découvi ir dans les ob- servations des hommes éclairés dej idées propres à redresser les miennes. ElD'HISTOIRENATURELLE. ig miennes, et en m'adressant à vous je ne pouvois niitus ren- contrer. Vous savez nue la discussion sert à rectifier ce que l'on a ap- prisj que pour discuter avec fruit il faut écarter tonte préven- tion , et que même lorsque nous avons adopté une opinion à laquelle l'habitude donne de la croyance , nous devons avoir le courage de l'abandonner pour d'autres idées plus certaines , offertes par un plus grand nomljre de prohabilités , ou mieux encore par l'évidence quand elle peut s'y rencontrer. Il paroît donc que pour profiter des avantages de la discussion , il faut oublier toute espèce d'intérêt; particulier qui la l'eroit dégénérer en 'raisonnemens équivoques qui en éloigneroient la vérité; car nous ne sauiions l'atteindre qu'en nous afliranchissant de tous les obstacles qui [leuvent nous la cacher. Ces obstacles sont foit souvent un. respect mal entendu pour certaines O])iiiions reçues, oii bien les égards particuliers que peuv?nt mériter des hommes à grande réputation; mais toutes ces considérations quoiqu'importantes dans les usages d'une so- ciété policée, ne sauroient être admises dans la recherche delà vérité; elle ne pourroient jamais contraindre la raison à recevoir aveugléiiient ce qTi'ils auroieut avancé mal-à-propos ; en un mot, en matière scitiitifique il n'y a que l'évidence ou au moins les plus grandes probabilités (pu puissent forcer notre jugement à reconnoîtie les faits. Après ces réflexions qui doivent servir de base à notre discus- sion , passons maintenant à vos observations et aux réponses qu'il me semble pouvoir y faire , pour soutenir mes idées avec autant de bonne foi que j'en ai mis lorsque je les ai proposées : si par la suite de cette discussion on me fait reconnoître que je n'ai pas raison , j'annonce d'avance que je croirai me faire plus d'honneur d'en convenir que de soutenir une erreur; mais si mes idées sont justes, vous êtes trop attaché à la science pour ne pas acquiescer à tout ce qid peut tendre à sa perfection. Vous observez à la fui de la septième page des Annales chi- miques, du mois de fructidor dernier, que la théorie du feu que je trace n'est «qu'un très-rapide exposé des six propriétés qui me servent aie caractériser; savoir, sa lumière, sa chaleur, sa fluidité, son élasticité, son attraction et son mouvement exjmnsif en ligne droite ; » et après avoir parlé de la figure simbolique (pic j'ai choisie pour désigner sa nature , vous faites observer que « l'on doit me savoir gré de n'avoir pas accumulé des idées vaoues , abstraites , souvent ridicules , Tome LI. MESSIDOR au B. G 5o JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE toujours inutiles^ dont tant de prétendus pliysici(ms ont rempli depuis une trentaine d'années une foule d'onvraj^es et de traités plus propres à obscurcir et à embarrasser la science, qu'à en fléterminer les progrès. » Vous dites ensuite f[ue « in'ét.mt borné à une exposition simple de ces six effets , j'ai donné une notion claire quoique très-superficielle du calorii|ue coiibiné ou du feu latent qui ne jouit plus alors de ces propriétés cai actéristiques. » Ma manière d'écrire sur les sciences est de réduire ce que Je jette sur le papier aux choses nécessaires seulement , en tléga- geant, le plus qu'il m'est possible les définitions accessoires pour ne conserver que les essentielles , afin de ne pas les noyer au milieu d'explications inutiles, qui détourneroieiit toujours l'at- tention du point le plus important à faire connnître; car si je fiouvois réduire en un seul livre les cinq qiii doivent corapletter a chimie optomatique , mes souhaits seroient accomplis. D'ail- leurs les livres originaux sont toujours plus concis que ceux à qui ils servent de base, parce que leurs auteurs ont soin de faire porter l'attention sur les parties les plus essentielles de leurs dé- couvertes. , Si à la première vue cette théorie du feu vous a paru traitée trop succintement, j'espère néanmoins qae quand vous en rap- procherez les parties isolées vous y trouverez tous les principes nécessaires à la faire bien sentir , et même à pouvoir l'étendre davantage , car les amplifications sont faciles à placer lorsqu'une base est assez solide pour recevoir tous les matériaux qu'elle doit supporter. D'ailleurs tous ces matériaux se trouvent indiqués à la page 61 de mon premier livre , ] i5. « Que parmi ces six propriétés du feu on en distingue trois inhérentes, qui sont la fluidité, l'élasticité et l'attraction, dont la puissance produit le mouvement expansif, la chaleur et la lumière. « Que la faculté attractive commune avec celle des autres ra- dicaux, fixe le feu dans les corps, et qu'il s'y maintient en équi- libre , en raison composée de la température extérieure , et de Ja force attractive du radical corporiliabie qui le contient. Pag. 21 , 22 , 24 > 26. « Que la force élastique de ce fluide augmente d'autant plus par l'attraction d'un corps, qu'il est pressé par l'intensité du même fluide contenu dans une température extérieure. Pag. 2.5 , 40, 44- « Que la force élastique ainsi comprimée dans les corps , doit en écarter les parties en raison de sa force expansive. Pag. 22, 23, 41. « Que cet écartement ou dilatation des parties d'un corps , est ce mouvement qu'on appelle chaleur. Pag. 16, 17 , ^i , 4^. « Que lorsque la cause de cet écartement est assez puissante pour séparer totalement les parties d'un corps à l'aide du gaz oxygène, ce corps devient liquide, ou bien si c'est un corps combustible, le feu qui s'en dégage devient visible ,' en aban- Gt. ûs JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE donnant à l'oxygène la partie radicale de co corps. Pages 22, 3) , 36. •> A l'égard du mot calorique cpte vous paroisscz préférer « parce qu'il est déjà admis (dites vous) dejniis l'étalilissement de la nomenclature de l'année 17S7 , pour distinguer la cause de l'effet , » Je vous observerai à cet égard , que cette antériorité de douze années ne sauroit prévaloir à présent que l'on distingue ET D' HISTOIRE NATURELLE. 53 au feu six propriétés (]ti'o:i ne fiiisoit qu'entrevoir isolé- );ient à cette époque, sans pouvoir les lui assigner d'une manière précise ; mais aiqourd'liui qu'on ne sauroit les lui Tiier , et que l'on distingue d'après cette observation que ce fiidde ne devient calorique (i) que quand il est chassé d'un corps par l'oxygène , à l'aide d'une température également ca- lorique , toujours produite par un antre corps , ce mot ne doit donc plus être employé que conmie a ijectit de la mêuie f'ai^on que je l'emploio iii. Peut-on appeler calorique le fluide que la flamme d'une bou- gie, éloignés de mille toises, aura transmis à nos yeux? Peut-on appeler auasi l'espace des cieux calorique , ni môme lumière , quoique cette étendue doive être reiiq)lie par le fluide universel (pie dardent de toutes parts les étoiles et le soleil ? Peut-on appeler encore calorique cette même matière retenue par l'attraction dans les corps ? Le nom de feu latent ne lui convient il j>as mieux? Mais lorsque les rayons d'une température extérieure vien- nent augmenter l'intensité de ce feu latent , jiar consé pient son élasticité , ou que l'oxygène s'empare de quelques parties d'un corps qid le contient , c'est alors que le feu qui s'en tlégage avec chaleur devient calorique , parce qu'en acquérant la fa- culté répulsive pour séparer les parties du corps , et en pénéirarit tt)ut ce qui lui résiste, il produit sur ce corps cet effet (pie nous appelons chaleur. 11 n'existe donc pas plus de raison qui puisse faire app?ler la matière du feu calorique , ni mê^ne lumière , qu'il n'y en auroit à lui donner les autres dénominations de ses propriétés , en l'appelant élastique, mouvant^ attractif ou ibdele ; tous ces mots devenant aut lut tl'adjectifs appliqués au feu, ne doivent signifier que des qualités d'appartenance, et il faut dire caleiri- que du feu, lumière du feu, élasticité du feu, et feu latent, pour désigner ce dernier que l'attraction retient dans les corps. Si à l'époque où l'on a établi la nouvelle nomenclature , l'on n'a pas eu égard à la dénomination de feu principe, si bien conçue et si -longtemps conservée, puisqu'elle elate eie la jîlus haute antiquité, comment voulez-vous qu'on puisse en avoir ( 1 ) Je lu'ea sers comme adjeclif. 5i JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE pour le mot calorique qui ne sauroit plus être considéré comme substantif, d'après les raisons que je viens de donner. Or, comme /e/i radical a la même sigtfiHcation <^ie feu prin- cipe , je n'ai piéfére cette première dénomination que pour me conformer à votre nomenclature en le plaçant dans mon tableau au-dessus de tous les autres radicaux. Il me semble même que pour faire cadrer les différentes in- tensités du feu avec la nomenclature des différens dearés d'oxy- genation que vous laites terminer en eux et en ique pour les acides, on pourroit également réserver le moX. feu calorique , pour celui qui se manifeste avec chaleur et lumière , pafce que c'est celui qui exige le plus d'oxygénation, et le mot feu calo- reujc ou chaud, pour celui dont on sent la chaleur seulement. La lumière qu'on apperçoit également sur les corps sans cha- leur , comme sur certains phosphores, s'appelleroit yê« lumi- neux, par la raison qu'il n'a besoin que d'une foible oxygéna- tion , et l'on appelleroii feu lucide ou lucidique la lumière du foyer d'un miroir ardent, ou toute autre lumière produite par un feu calorique. Les termes de ces deux passages n'ayant pas encore de noms en physique , il semble qu'on dcvroit les desi- gner soit par les mots que j'indique ou par d'autres, cela est fort indifférent , pourvu que les (juatie termes soient dénommés , j'abandonne leur choix sans prétention; mais voilà les choses. Quant à l'ordre que j'ai observé sur ce tableau en plaçant les radicaux , les acides et les bases salifiables , suivant un arran- gement différent de celui qui a été observé dans la composition des autres ouvrages sur la chimie , je ne l'ai lait ainsi qu'après avoir classé, reclassé et examiné avec beaucoup d'attention tout ce que les moyens de l'optomatiijue ont pu me suggérer de plus convenable; cet ordre qui semble n'être rien quand il est établi , est cependant le résultat de plus de cent autres manières différentes rejetées pour celle-là; aussi a-t-elle paru plus natu- relle et mieux ordonnée à cause de la classification des aiiini- té$ réciproques entre les acides et les bases salifiables qiii sont les principaux rapports à considérer pour établir l'ordre suc- cessif qu'il faut observer dans la manière de les placer ; ordre qu'aucun auteur n'a suivi , puisijue rien n'est plus arbitraire que la marche qu'ils ont prise à cet égard , car on ne trouve ])as deux ouvrages de chimie dont les auteurs aient observé à cet égard une marche uniforme ; chacun a formé son plan parti- culier. Il étoit cependant bien plus simple de placer tous les corps suivant l'ordre des moyens plus ou moins faciles de les ET D'HISTOIRE NATURELLE. 55 <;cinposer ou de les décornposer : c'est par cette particularité fjiie mon tableau acquiert une uliliié de plus cjui lui est par- ticulière. Voilà donc pourquoi j'ai placé toutes les substances de même nature en séries proportionnclies à leurs pouvoirs attractifs ; par exemple, l'acide sulf'urlque étant celui qui a le plus d'attrac- tion pour toutes les bases salifiables , est placé à la tête de la série des acides. La baryte étant aussi , de toutes ces bases , celle qui a le plus d'attraction pour les acides , est encore , par la même raison , celle qui doit tenir le premier rang au-dessus de toutes les autres. Il résulte de cet ordre entre les acides et les bases salifiables , que les sels neutres qui en sont composés , se trouvent naturel- lement placés avec des rapports analogues, à l'égard les uns des autres ; c'est-à-dire en raison de la force d'attraction qui com- bine leurs parties constituantes. Cependant il y a quelques légères exceptions à faire , mais leurs causes sont trop éloignées de nos connoissances actuelles pour s'y arrêter. On voit sur ce tableau qu'il n'y a point d'acide qui puisse décomposer les sulfates , et qu'il n'y a que les attractions dou- bles qui puissent séparer les bases de l'acide sulfurique. On voit aussi que les sels barytiques sont également indécom- posables par les autres bases qui sont dans les cases placées au- dessous de celle de la baryte, et qu'il n'y a aussi que les doubles affinités qui puissent en séparer les acides , à l'exception ce- pendant de la chaux qui lui enlève l'acide phosphorique et l'a- cide boracique, comme cela se ^oit dans les deux cases qui contiennent l'explication des particularités relatives aux phns- phate et borate barytiques. Un des avantages de ce tableau sur les autres ouvrages qui traitent de la chimie , est celui de faire voir tout de suite de quoi une substance est composée , et comment et avec quoi on la décompose j car il arrive souvent qu'on ne s'en rappelle pas et que ce n'est qu'en feuilletant des livres et en en lisant plusieurs pages , qu'on p.irvient à la découvrir. Le tableau optomatique a non-seulement l'avantage de faire trouver tout de suite de quoi sont formés les corps composés , et quels sont les corps qui les décomposent , mais il a encore celui d'en laisser l'image gravée dans la mémoire , par la forte impression des objets que la vue lui transmet^ impression bien plus vive que ne^sauroit faire la 56 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE lecture de plusieurs pages, car les mots (je ne cesser.ii de le dire) ne pourroient expliijuor cjiie Jangourensement cette parti- cu'iaiité de la cliaux, que je viens de citer , en raison de ce que fait concevoir la vue, par la manière dont son caractère est placé, puisqu'après l'avoir vu on le conserve, qui iqn'aljsent , avec les yeux de la pensée ; et comme on voit également los coinpartimens des bases décomposantes des phosphate et borate barytiqnes , on n'a besoin que de porter ses idées sur la partie où ces images sont placées, pour se ressouvenir de leurs parti- culaiités ; d'ailleurs tous ces compartimens étant également dis- tribués avec des dispositions uniformes dans toutes les cases de chaque sel neutre, les yeux familiarisés avec leurs dimensions, n'ont plus besoin de fixer leur attention tjue sur les caractères des bases et des acides décomposans qu'ils contiennent. L'aspect général du tableau fait voir au premier coup-d"œil tous les sels importans à connoître , et ceux sur lesquels il n'y a que peu de chose à dire ; les premiers ont leurs cases remplies d'explications, tandis que les dernieis n'ont que quehjucs lignes, ce qui prouve que j'ai fait mention de tout ce qu'il y a de connu sur chacun d'eux. Les ouvrages ordinaires n'offrent ni la même simplicité , ni les mêmes témoignages sur l'explication des analogies , ni d'une manière aussi frappante, aussi précise ni aussi complette que ce coup-d'œil général qui, en embrassant tous les objets à la fois, fait distinguer en méuie temps les particularités de leur état et les rapjiorts respectifs qu'ils peuvent avoir les uns à l'égard des autres : voici ce que je dis à ce sujet à la lin du premier cha- pitre, page i3. « Etudier la chimie en accumulant des faits sans les caser avec ordre, c'est se meubler la tête d'un cahos d'opérations qu'on ne saiiroit mieux comparer qu'à une Inbliothècpie dans la- tpielle on entasseroit des livres sans les anarger ni les apjia- rciller ; il faut donc poiir étudier avec fruit classer les chose» comme on classe les livres avec ordre sur les étagères ; c'est prin- cipalement de la vue que nous viennent les secours nécessaires au développement des idées : la lumière seule nous guide, et l'œil es-t le vrai sens de l'intelligence. « Quant aux figures qui représentent les opérations dn labora- toire , il est bien difficile que le discours rende l'explication des faits d'une manière auïsi concise et aussi simple que toutes celles qu'on y voit : cette manière frappante d'expliquer ces opérations, ^ tant d'avantages stu- le discours, que huit pages d'écritnre faites ET D'HISTOIRE NATURELLE. i? faites par le citoyen Pelletier sur la manière de faire lê î)1ii!s- phore j se réduisent aux images tracées sur le quart d'une feuille de papier à lettre, cpi expliquent tous le? procédés d'une rn;i- nièje plus facile à comprendre , ([ue ne le font les huit pages d'explication , écrites cependant d'vme manière très-précise. Vous observez^ à l'égard des caractères chimiques dort je parle dans mon ouvrage, « qu'après avoir critiqué les anciens à cause de leur incohérence réciproque , de leiu- choix arbitraire et de l'absence entière des rapports avec les choses qu'ils étoient des- tinés à représenter; vous observez, dis-je , que j'annonce avoir pris les miens , soit dans les lettres majuscules ou minttscules des substances qu'elles désignent, soit dans les lettres formées en traits jetés à la main ; on est élonnd , dites-vous , que ja n'aie rien dit des signes proposes il y a douze ans par les ci- toyens Adet et Hassenfratz , puisque ces signes simples , faci- les à tracer, ne méritent aucun des reproches qu'on avait fait aux anciens. » J'aurai l'honneur d'opposer à votre observation l'extrait de mon ouvrage où vous trouverez que je m'explique formellement ainsi à la \n^c 64, à ce sujet. « Les nouveaux caractères employés par quelques chiaiisteî modernes, pourroient s'autoriser d'une approbation déjà acquise, si ceux que je substitue à leur place et que j'emploie dans le tableau n'etoieiit d'une forme plus simple et d'un usage plus facile. « Je sais que l'anionr-propre et la confiance en nos idées nous sollicitent à préierer nos productions à celles des autres, et que nous soiames , en rjuelque façon , intéressés à nous sé- duire nous-mêmes j mais tout homme sage doit être l'observa- teur sévère de sa conscience , pour se mettre en état de juger ses propres idées comparées à celles des autres : si je me suis décidé en faveur des caractères que j'ai employés , ce n'a été qu'après les avoir soumis à la discussion, et m'être convaincu matériellement qu'une lettre isolée étoit plus simple que cette même lettre entourée d'un carré , d'un cercle ou d'un triangle. «Les inventetu-s de ces caractères ne les ont vraisemblable- ment revêtus de ces sortes de formes que pour différencier les substances alkalines , métalliques et radicales, surtout lors- qu'elles sont exprimées par les mêmes lettres initiales ; c'est par cette raison qu'ils ont renfermé la lettre initiale A de l'alumine, dans im triangle équilatéral, comme base terreuse; la lettre Tome LI. MESSIDOR an 8. Il 58 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE initiale A de l'argent , dans un cercle , comme métal , et celle du radical acétique A dans un carré. « Les caractères que j'emploie à leur place sont aussi des let- tres initiales , mais elles sont de différentes espèces ; elles n'ont besoin d'aucun entourage pour les distinguer : je représente la nature de ces mêmes substances , en obser\'ant de mettre un A jeté à la main, comme base terreuse, pour l'alumine, en cou- ronnant cet A par la tête d'un T , potir indiquer que c'est une terre j cette ligure se voit au bas du tableau du côté des bases salifiables, « Je mets pour l'argent un '>> majuscule en travers , comme métal ; je l'ai liée avec un croissant pour la rappeler plus aisé- ment à la mémoire de ceux qui ont contracté l'habitude de s'en servir avec ce signe dans l'ancienne chimie. « Je représente le radical acétique par un a minuscule , comme tous les autres radicaux végétaux, que je désigne également par d'autres lettres minuscules. « On voit par ce seul exemple, qu'il est plus naturel de pré- férer des lettres initiales simples, en prenant des lettres majus- cules romaines pour désigner des radicaux minéraux ; des lettres minuscules pour des radicaux végétaux ; des lettres italiques pour des radicaux animaux j des lettres majuscules jetées à la main pour des bases alkalines et terreuses; des leltres majus- cules romaines couchées pour des métaux , et des lettres jetées à la main également en travers pour les demi-métaux ou oxides métalliques. « Toutes ces substances se trouveront plus pariàitement dis- tinguées par ces sortes de caractères que par ceux qui exigent Taddition d'autres figures pour les différencier. « Quant à votre observation à l'égard des métaux que vous paroissez étonné de ne pas voir snr mon tableau parmi les corps combustibles , j'observerai à cet égard que non-seulement ils ne doivent pas y être à cause de l'ordre des affinités que j'ai observé, mais encore parce que tous ces corps ne doivent pas être con- sidérés comme combustibles , et que malgré leur tendance à se combiner avec l'oxygène , foutes les relations et la différence réelle de leurs effets , comparés avec la combustion de ceux qui sont vraiment combustibles dans notre température ordinaire , iloivent naturellement les faire regarder comme des choses dif- férentes. Lavoisier est de cet avis quoiqu'il semble se con- tredire quelquefois : voyez son Traité de chimie, p. 478. \j\\ aué'al cixidé dont i'oxygène auxoit mcijis d'alfinitepour lui B T D' H 1 s T O I R E N A T U II E L L E. -■f^ cjne pour un autre métal, au lieu de se Ijrùle) ensemble (comme cela ariive lorsqu'on allume un corps coml)uslil>le éteint, par un autre corps combustible enflammé) le métal oxidé se (;/c'/ii/-///(? au contraire pour briller celui qui s'empare de son oxygène, et cela- parce que les corps .vraiment combustibles n'empruntent que de l'air, l'oxygène nécessaire à leur combustion, au lieu que deux mé- taux differens se le transmettent en faisant passer celui que l'un des deux contient , pour le céder à celui qui a la vertu de l'at- tirer avec plus de force. Vous voyez donc par le rapprochement de ces deux espèces d'oxygénations dissemblables , qu'il résulte aussi deux effets bien differens, puisque la désoxygénation ou le débrûlement n'a pas lieu pour le corps combustible qui dégage un feu calorique avec- lumière , tandis que cette désoxigénation a lieu dans la réduc- tion de l'oxide métallique sans dégagement de lumière ; vous voyez donc encore que l'on apjjlique ici mal-à-propos le mot débraie , et que celui de désoxidé ou de désoxygéné , et plus particulièrement celui de réduction convient mieux. L'oxidation des métaux ne portant pas le caractère de la vraie combustion , qui entraîne toujours dégagement de feu calorique et de lumière , ne doit donc pas être confondue avec ce dernier effet, sur-tout lorsqu'il faut emprunter un feu calorique étran- ger ou bien une plus forte quantité de gaz oxygène que celle de la température ordinaire pour les enllammer. Il faudroit pour les admettre parmi les corps vraiment combustil>les, qu'ils se consumassent comme ces derniers lorsqu'on les brûle dans l'air libre de notre température; mais au lieu d'agir comme le char- bon et le phosphore qui se convertissent en acide seulement , ils conservent au contraire toute leur matière qui ne fait que changer d'état et augmenter de poids par leur combinaison avec l'oxygène qui en fait dégager le feu latent en chaleur seulement. Les corps combustibles, au contraire, se convertissent en acide et ne laissent après être brvilés , qu'une foible partie de leur résidu ; cette différence de faits , produite par l'oxygène , prouve d'abord que la proposition ne sauroit être reçue puis- qu'elle est en contradiction tout-à-fait opposée à ce qui auroit besoin de s'y rapporter. Ilfiiut observer encore qu'un métal rougi à blanc ne sauroit enflammer ime autre partie de métal, ni le conserver allumé à l'air libre, faute d'y trouver la quantité suffisante de gaz oxy- gène nécessaire pour lui faire dégager tout son feu latent, connne cela arrive sous une cloche pleine de gaz oxygène , par l'opéra- H 2 6o JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE tion d'Ingenhouzs : il ne faut donc considérer les corps comme combustibles, sur notre globe , que ceux (|ui n'ont besoin d'au- tres conditions pour s'entlanimer que celles que contient notre température ordinaire. Il est vrai qu'il y a des oxides métalliques C|ui acquièrent la qualité acide en les oxygénant , tels que l'arsenic, le molylidène, le tungstène et le chrome; mais il y a plus d'analogie entie le sonlVe et ces dcmi-tnétaux , qu'il n'y en a entre le soufre et les \rais métaux ; on ne peut donc pas regarder leur oxygénation formée dans notie température comme des effets semblaliies à la combustion du gaz hydrogène , du f)hnsp!iore et du carijoiie, ni ni. nie à aucune tles sujjstances combustibles C(uuposées , telles tpie les phosphores, les végétaux desséchés, les huiles, i'alcoliol , la houille, certaines terres d'ombre et d'autres substances for- mées ])ar la combinaison des quatre premiers corps combusti- b'es, qu^ii ]ue beaucoup de métaux contiennent de l'hydro- gène , dvi phos[)hore et du caibone. Quoiipie les matières condjustibles soient oxygénables, on îie peut pas dire que tontes les autres qui se combinent avec l'oxy- gène Soient combustibles , non-seulement parce que jusqu'à pré- sent il n'y a que celles qui servent à alimenter le feu composé de notre température qui aient porté cette qualification , mais plus particidièrement encore parce qu'il ne faut pas confondre toutes les substances rp.ii s'oxygènent, les unes avec les autres, aûn de n'être pas forcé de créer de nouveaux mots pour les distinguer d'après les différentes manières de s'ûsygéaer, et de dégager leur léu latent. Par exemple , si l'on compare l'eflét du métal oxidé par le feu , qui a augmenté de poids en se Jcùn/'/unt , avec celui de la combustion du bois qui , au lieu de s'oxider et de devenir in- coudjustilîle et plus j^esanl , devient au contraire plus combus- tible et plus léger en devenant charbon, où peut-on trouver assez d'analogie entre ces deux effets pour considérer le métal et le bois comme deux matières de même espèce? Cette erreur en a fuit commettre une autre pour lesoxides métalliques, puisqu'on les confond avec les corps lirùlés : il fandroit donc, d'iqirès ces dénominations si peu convenables, considérer aussi l'eau conrme nn corps hrûlc , et d'autant plus brûlé , que c'est de toutes les substances connues celle qui contient le plus d'oxygène. Les métaux s'exhaknten fumée ^ il est vrai, commeles corps combustibles , mais ils ne se décomposent pas entièrement conune tes derniers, puisqvi'on les retrouve toujours, et qu'il ne faut ET D'HISTOIRE NATURELLE. 61 que présenter à la fumée de l'or qu'on iait volatiliser par le feu , une lame d'argc nt (|ui se clore à cette vapeur. Los métaux fi)ndus offrent à la vérité dts cristallisations en se refroidissant lentement comme le sOufre : mais le charbon et le phosphore n'en offrent que tont autant qu'ils se combinent d'une manière différente avec l'oxy^^ène; d'ai.îleurs l'état du soufre doit être considéré comme étant sur le bord du premier pas de la nature, entre les corps combustibles et les métaux, ainsi que l'arsenic , ces deux matières sont les deux chaînons qui lient les rapports des corps combustibles avec ceux des métaux ; et comme il se trouve un grand intervalle formé par d'autres oxides mé- talliques irréJuctibles et inacidihables , la nature semble nous iritliquer par cet espace, fpi'on ne doit pas confondre les mé- taux et tous les corps combustibles , à moins de les placer au degré de température à pouvoir dire : C'est là que tel métuL est combustible , et comme l'oxygène attaque tous les corps de la nature, on pourroit en dire autant de tous, parce qu'il n'y a que ces différentes tempéraiures (pii puissent fixer les termes où chaijue espèce de substance doit devenir combustible ( 1 ). Le feu radical qui nous vient du soleil , par l'effet alternatif de son aspect, dispose tous les corps de notre globe à recevoir l'oxygène do l'air : il est même probable que cette oxygénation est la première cause de la soli'lité des corps ; et que sans sa puissance attractive il n'cxisteroit peut-être que des fluides élas- tiques très-rares dans l'espace (2). Il n'y a point de corps apyres, comme je viens de le dire, parce qu'on peut trouver indistinctement pour tous des degrés de tem- pérature propre à les brûler; il n'y auroit donc pas de raison (1) On pcul Induiiier tous ces termes par la méthode de mon cône des tempé- rature^ que vous avez inpprouvé. (a) Une chose m'a toujours fait penser qu'il doit exister beaucoup de fluides anonymGS dans l'espace, c'est le passage de ces comètes qui viennent des extré- mités de l'orljo solaire , et qui entraînent quelo[uei"ois à leur suite des queues immenses de fluides qui tiennent la moitié du ciel , et que celte traînée , émanée de leurs noyaux ^ se rompt de manière à pouvoir distinguer des lacunes entre les parties rompues qui les séparant et qui restent stagnantes sans sortir de la pi, ire où la comète les a laissées ; ces parties de la queue ainsi séparées du noyau , se distipenl dans l'orbe où les rayons du soleil les font vraisemblablement dis- paroitre en se dilatant; car il paroit que le fluide de cette queue, est susceptible des mêmes effets que la chaleur occasionne à tous ceux d'ici bas. Pensez-vous , d'après ce fait , qu'il puisse y avoir aussi là haut des gaz oxygène , hydrogène , azote, etc.? Eh pourquoi pas, me répondrez-vous. ... Je crois la chose possible. fca JOURNAL DE PHYSIQUE, DE C 1117.1 lE «le les exclure du nombre des corps combustibles , lorsiju'asseo de gaz oxygène et de feu les brûleront à la manière des métaux. Qiioicju'il y ait quelques rapports entre l'oxidation de ces der- niers et l'oxygénation des corps combustibles, il y a tant d'au- tres ei'f'ets difïerens qui les particularisent , qu'il est nécessaire de les distinguer par des dénominations propres et relatives à ces effets. Ainsi le mot d'oxidation pour les métaux et de combustion pour le gaz hydrogène, le soufre , le phosphore, le charbon et tous les corps composés qui brûlent d'eux-mêmes à l'air libre sans emprunter d'autre température ni d'autre oxygène que ce qu'il y en a dans notre atmosphère , pour leur faire dégager nn feu calorique et lucîdique ; ces corps seuls, dis-je , méritent répithète de combustibles. Vous ne serez plus étonné de ce que je n'ai pas compris le diamant parmi les corps combustibles , lorsque vous lui appli- querez la phqiart des choses que j'ai dites à l'égard des métaux; j'espère que vous conviendrez encore que pour admettre cette pierre comme du vrai carbone pur , il faudroit qu'il opposât moins de résistance à la combustion, et que le gaz oxygène de notre atmosphère fût suffisant pour l'enflammer, comme cela arrive à tous les corps vraiment comi)ustlbles. Il faut donc qu'il y ait une cause pour l'en empêcher ; cette cause doit être attri- buée à la forte combinaison de l'oxygène avec le diamant , puisque le premier rend le carbone incondjustible ou du n;oins Irès-illfficile à brûler toutes les fois qu'il se combine avec lui. D'ailleurs la nature nous offre assez de faits pour jviger que tontes les cristallisations sont occasionnées par le dégagement plus ou moins lent du feu radical pour faire place à l'oxygène. Quoiqu'il semble au premier apperçn que le seul dégagement dn feu soit la cause de la cristallisation des corps par voie sèche, il paroît cependant, d'après des expériences faites sur différen- tes substances cristallisables , et particulièrement sur de la fonte de fer, que l'oxygène y joue le plus grand rùle , par la manière dont je l'ai fait cristalliser. Le pouvoir de l'oxygène sur la cristallisalioti par voie humide n'est pas équivoque, car lorsque le feu abandonne l'eau de cris- tallisation dans les intervalles des parties élémentaires des corps, cette eau doit s'y trouver avec 17 vingtièmes d'oxygène , mêlée de trois d'hydrogène; or, l'oxygène étant non seulement le premier mobile matériel de l'attraction, mais encore devant être considéré comme une colle universelle qui sert à lier et à main- ET D'HISTOIRE NATURELLE. 63 tenir l'état solide f^rmé par la réniilon des parties élémentaires des cristaux ; ces 17 parties attractives d'oxygène, doivent agir avec d'autant plus d'énergie, qu'elles se trouvent débarrassées du plus d'hydrogène possible. Le carbone est la inalière à laquelle l'oxygène tient le plus , et c'est pour s'y porter qu'il décompose l'eau en abandonniant l'hydrogène, et quand il abandonne ainsi un corps, c'est tou- jours pour s'attacher plus fortement à un autre. On voit par ces faits , que l'oxygène doit rendre les cristaux carboniques d'autant plus cohérens, que leur eau de cristalli- sation doit se trouver dégagée d'hydrogène ; ainsi plus l'oxygène et le carbone se trouveront purs dans leurs combinaisons, plus leur adhérence sera forte , et plus on aura par conséquent de difficulté à les séparer. On doit donc présupposer que dans la formation lente du iliamant la nature n'a dii laisser , après la décomposition de son eau de cristallisation , que l'oxygène et le carbone très-purs , l'un et l'autre fortement combinés ensemble; car s'il s'y trouvoit de l'hydrogène, une explosion manifesteroit sa présence dans sa combustion. Cette conséquence qui se déduit naturellement des propriétés de ces trois radicaux , en fait tirer une autre qui vient à l'appui, c'est que l'acide carbonique provenu de La combustion du dia- mant dans le gaz oxygène , doit avoir été produit tant par le i-adical acidijiable que devait contenir cette pierre , que par celui qu'a pu procurer le gaz oxygène dans lequel on L'a fait brûler. Beaucoup d'autres faits analogues prouvent que si le feu est la cause de la fluidité, l'oxygène de l'eau séparé de l'hydrogène semble être la matière universelle qui lie les élémens de tous les corps; d'où l'on pourroit conclure qu'il n'y auroit rien de solide dans la natui^e sans cette première substance de l'attrac- tion ; que les matières les plus fortement liées doivent être celles qui contiennent l'oxygène le plus pur et le plus dégagé d'hydrogène , et que le diamant est par cette raison le crisial le plus parfait. Ma théorie de l'oxygène qui doit' servir de suite à celle du feu de mon premier livre, développera mieux la manière dont ce ra- dical solidiliable agit dans ces différentes combinaisons; mais avant de faire paroître le second qui traite des métaux, et où je développe cette théorie , je crois devoir attendre jusqu'à ce que les découvertes qu'on nous annonce sur la décomposition de «4 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE i'azole, de l;i potasse et de la soude soient bien constatées, afin que de nouveaux secours puissent étayer davantage mes remar- ques ; c'est parceque je crois la cliimie susceptible de beaucoiip de cliangeraens dans ses principes , qu'il est prudent d'en retar- der l'impression. En attendant, agréez l'assurance du cas infini que je ffiis de vos observations; je les considérerai toujours comme une mar- que flatteuse d'attention que tous ceux qui font des recherches dans la science, doivent s'estimer heureux de recevoir de votre part; je vous prie donc de me croire le plus zélé admirateur de vos connoissances. Couiirejolles. S'>S1K^S7UI)C(l4CiUKl.VHHSZEC; MACHINE Où on emploie la force des chevaux , à pétrir la p'àte pour ikire le pain. Cette machine scrolt utile dans les armées et dans les hùpilaux, dans les grandes villes, puisqu'on écouomiseroit beaucoup le nombre des ouvriers. Deux chevaux en tournant font mouvoir des espèces de herses qui remuent continuellement la pûte connue le fait le pétrissage. Fig. I. Cette figure représente le plan de la cuve dans laquelle se renferme la pâte. Cette cuvede 6 pieds de diamètre iutéiieur , est composée dans la circonférence de 38 douves, et repose sur un patin de bois eu forme de croix^ dont on voit les extréaiités A, B, C , D. Le fond de la cuve est formé de fortes planches , dont la structure est désignée dans la ligure cl après. Fig. II. Cette figure représente la cuve coupée transversale- ment par son centre; on y voit les bouts de cette cuve ou dou- ves E plus épaisses par le bas que par le haut , et entaillées dans la croisée inférieure F, pour s'y fixer invariable.iient. Trois cer- cles de fer G sont indiqués pour contenir extérieurement les douves. Le fond H suppose le cylindre de bois I qui est au cen- tre de la cuve, fixé par trois boulons de fer semblables à ctlui marqué K j et divisés entre eux, ainsi que l'expriment les points L (fig. III). M , arbre de fer , de forme conique renversée , dont la pointe inférieure repose sur la crapaudine de cuivre N , et est fixée perpendiculairement ET D'HISTOIRE NATURELLE. 65 perpendiculairement par un collet de cuivre entaillé dans le botit supérieur du cylindre de hois, ayant la forme indiquée par le cercle jaune O (de la fig. 3), avec ses trois attaches ou vis à tête perdue P expri[nées dans ladite fig. 2. Ce cercle do cuivre est encore recouvert d'une plaque de fer mince marquée Q , que saisissent les têtes des grands boulons K , qui embrassent [lar-dessous le fond delà cuve H , une pareille plaque de fer mince , que serrent les écrous à vis représentés en R. S , croisée supérieure et tournante fixée à l'arbre de fer M , et h. laquelle sont suspendues les quatre herses de bois , dont deux sont visibles dans celte coupe en T et V , et dont la division est indiquée positivement dans la fig. 4 à' la lettre X. Ces herses sont fixées à Ja croisée supérieure qu'elles traversent par un bou- lon de fer horisontal marcjné Y. Z, deux bras de 12 pieds chacun de longueur, à l'extrémité desquels sont suspendus des montans pour attacher les palon- niers auxquels sont attachés les chevaux ^ ainsi que le représente le dessin général où l'on voit les chevaux en action. Le chiriot sur lequel est porté toute la machine et la tente qui la met à couvert, ainsi que les chevaux ((ui la font mouvoir. ïig. III. Cette figure du cylindre au centre de la cuve dont on a détaillé les parties dans l'explication de la figure II , est des- sinée sur une proportion double de l'échelle des autres figuresj pour la rendre plus sensible. Fig. IV. Plan de la croisée supérieure expliquée ci-dessus , où l'on doit remarquer par les portions de cercle ponctuées , la disposition essentielle des herses dont les angles extérieurs se re- couvrent les uns sur les autres, d'environ ci lignes, afin qu'en se succédant dans leur marche circulaire, elles reprennent cha- cune une petite portion delà pâte que la précédente aura broyée. Tome LI. MESSIDOR an 8. OBSERVATIONS METEOROLOGIQUES, FAITES PAK BOUVARD, astroiiome. T II E R M O M K T R E. Maximum. BIinimum. 2 à 2 s. 3.à 2 3 6 4 à 2 s. ^\i niid lo 1 à 2 s. à 2 i s. à 2 j s. à 2 s. à 2 s. 1 a 2 j s. à midi à 2 t; s. \ midi à 2 5. à 9 111. a J|s. à 2 5 s, à 2 s. 1 1 12 l3: l4 i5 i6 17 iH ig 2o'à midi 21 22 23 24 25 2G 27 28 29 00 1 midi i 2 I a. à 1 ^s. à 2 s. à 5 s. 1 midi i 1 3 s. à midi a 2 5 s. à 1 i s. +l5,8 à -|-i;'>,5 à -j-17,,4 à + 17,5 à 4-i!;,3:à -|-i7,2Sa +19,6, à -|-i6,6|à -}-i6,o à +i5,4|;i ^-i2,5|à + ii,i|à + g.^ià -1-1 3,7 à -\-\i,'b à + '4>5!à 4-ib,o'à + 11,6 à +i5,o!à +14,93 + i4, 1 là +i2,5:a + i4,i!à + 14,. |ù + ?2,2|à +i5,3 a + i4,5|à + i'',G:à +i3,2'i i 5 'm. 4im. 4fm. 4 im. 4^ m. 4 m. 'i 4 m. 4iin. 4 m. 5 m. 4 m. 4^m. 5 m. 5 m. 4 ,',ra. 4ls. 3? s. 5 m. 4 m. 4 m. 4 m. 4 m. 4 m. 'i -j m. t m. 4 m. •i m. 4 I m. 5 m. 4 m. + 10,0 4- 9," + 8.8 + ^o + 6,0 + 7=" + 7>G + 9^2 + 9.1 + 7.1 + 8,0 + 8,0 + H>' + «,■> + 9,5 + 7.7 + 5,7 + C,o + 8,3 -)- 5.0 + 4,5 + 5,1 + ?,•' + 5,5 + 5,5 + 9.^ + '",•' Mi +i5,8 +i4,4 + I7;l + i5,i +16,3 +15,4 +18,5 +i5,o +i5,i + '4,8 +10,3 4-11,1 + 9>i ri ^.7 +>5,fi +i5,5 +1^.9 + io,t> +i5,z + ' + ,9 +i*,i ^-II,8 -[-'■',o -(-12,1 + 11,9 -|-i3,7 +14,4 +14,5 j-i!;,t) -1-15,2 BAR Max 131 LI M. à midi. . . 27.1 1,55 a4';^„. a -il m . . 27.11,10 .. 27. 8,68 à lois. . . 28. 0,11 a 2 s . . 28. i,3o a 9 m. . . 28. 2,8G à 41 m. . 28. 2,01 a 8 j 5. . . 28. 2,o5 àSi m. . 28. 1,8"' à midi. . . 28. 0,86 à 5 m. . . 28. o,5o a lus... . 28. 0,55 a ,') m . . 27.11,55 à y J s. . . 27.10,80 a 4 l m. . 27.10,55 a 9 m. . . . 27. 9,80 a -j m. . . 27. 9,30 a 9 s. . . • 27. 9,90 a 1 s. . . . ■•' 7 3 s- • . 27.10,46 . 27.10.7^ a .5 i s. . . 27.11,55 à 8 m. . . 28. 0,26 a la s. . . aS. 0,44 :i 4 -!■ m. 28. 1,11 a 9 s. . . . 27.1 1,64 ail s. . . 28. 1,89 a q m . . . . 28. 2,5 1 à 9 s. . . . 2S. 2,5 1 a m. . . 28. 2,5!l a 1 m. . . . 20. 1,5 1 Ml.N a o " m. . . 27. a 9 s. . . 27. a 2| s ... 27. à 4 3 m. . . . 27. à 4 '^ m. . 28. à 9 i' s. . . 28. à i) î s. . . 28. à 9 'i s. . . 28. à 9 's. . . . 28. a 5 m. . . . 28. à 2 J s. . . 27. à 4 ^. m. . . 27. à 2 1^ s. . . 27. à 5 m. . . . 27. à 2 s. . . 27. à 8 s. . . .. 27. à .^ ^ s 27. à 5 m. . . . 27. à 4ra 27. à 4 m. . . 27, à 4 m. . . . 27. à 3 a. . •. 28. à 1 i s. . . . 27. à 9 J s. . . , 27. à c) m. ... 27. à midi. . . . a8. à 3 ^ s. . . .28. à 4 m. . . 28. à 2 i s. . . . 28. à 8l s. . . 28. 10,75 10,57 7,5i 8,75 0,55 2,3 1 ],5f, 1,65 1 ,0 1 0,75 7,95 1 1,90 1 1 ,o3 10, z6 10,00 9.23 8,00 8,S5 10,1 1 10,56 11,06 0,61 11,43 ii,4i 11,02 0,96 1,9^'' 1,86 2,1 5 0,71 27.1 1,55 10, bo 7^91 0,26, i,3o 2,56 1 ,o5 0,86' 7,85! 27. 27. 28. 28. iS. 2S. 28. 28. 28. ,27. 27.11, 90 127.1 1,-jo' 27.10,47 27.10,30' 27. 9 65 27. 9,,^ol 27- 9.5 1 27.10,25; 27.10,73 27.1 1,33; 23. 1 ,0 27.11,66 j28. o,io 27.1 1,29' 28. 0,96 28. 2,26' 23. 2,06' 28. 2,21 z8. i,u6 1' RÉCAPITULATION. Plus grande élévation du mercure. Moindre élévation du mercure. . 28. 27. 2,86 k 7,54 le G. 5 Élévation moyenne 27.11,20 Plu.', grand degré de chileur + 19.6 le 7 Moindre degré de chaleur ■+- 4*5 le 23 Chaleur moyenne 4-12,0 Nombre de jours Ijcaux 9 *" de couverts 21 de pluie 12 Tio\a. Lei Jiauleurs du baromètre sont corrigées de Corr-ur djla surface du nii'nuu on de l'erreur 'leVèelulU ; de aorte qu il sujjlt d' avoir égar.l à lu hauteur des eabiiiets de l'Ubsen atoire au d^t.sus des moyeime.i- eaux de la iii^ine ijui est de 45 mè res, alors on aura des obierfal'ons comparables faites dans d'autres lieux avec de bons instrumens. Voy. la note du chrnùr numéro. Déclinaison, c'el'ainuille aimantt'e , observée le 2.:> pr\ armée d'un cercle répétiteur j suspendue à uiijil de soie 21°. 53 vers l'ouest 7iMWIIBIIIIIIII llllllllllll II I li !■ !■! , entre b et 6 heu «>., A L'OBSERVATOIRE NATIONAL DE TARIS TralriiLan jiit. u, H Y G. C Vent s. V A Midi. 1 G3,o S-O. 2 (ii,5 Calme. 5 Co,o S. ■i 5u,5 S 0. 5 4S,o S-S-O. (S 5o,o C'dlaic. 7 'i^5 Cnlme. 8 56,o NO. q 5(i,o N. foible. 10 58,o 0. 1 1 G4,() 0. 12 65, o NO. i3 72,5 NO. i4 74,5 S-E. i5 75,0 S-E. ifi 70,0 S. f t N. 17 70,0 N-O. i8 ^9,0 N. 10 63,0 0. M 62,5 0. ;!i 5 i,o N. 2:2 •iS.o N-E. 23 42,0 N. 2i 43,0 Cilme. 9ri 62,0 N-O. 26 52.0 O-N-O. 2 7 4S,o N. 2.S .')D,0 N. 2r, 62,5 0. 5o 70,0 0. N. L. apogée. points: LUN.^lRES. Prem. Quart. Equin. descend Lune périmée. Pleine Lune. Pcrn. Quart. Equiu. ascend. Apogée. res (lu soir. n partie le mat.; {«luie fine à raidi. Gros nung. le malin; couv. dep. 9 h.; pluie entre 6 et 8 s. Ciel trouble et nuag. le mal. ; beaucoup de vapeurs. i lci;i le matin; cou\"ert à midi ; pluie à 3 et G ii. du s. Bro'jil. le malin; troub. et nuag.; beau temps le soir. Beau le mat. ; vap.; nuages vers midi; couvert le soir. Quelques éolaircis jusqu'à 5 h.; beau depuis 9 h du s. Ciel trouble et couvert; nuageux le soir et vaporeux. Ciel \ aporeux ; quelques éclaircis par intervalles. Pluie depuis 9 h. jusqu'à 2 ; forte averse .i 4 h i du s. Eclaircis le mat. ; pluie fine a m. ; fortes averses le s. Pluie abondante une partie de la journée. Quelq. éclaircis vers m.; à demi-cou v. le s. ; vapeurs. Eclaircis le mat. ; p'uie à 11 h.; tonn. et av. à 5 et 9 li. s. Pluie abond. le mat. , averses l'après-midi. Q;elq. éclaircis vers midi; à dcMii-coin'crtle soir. Brume à 5 h. du mat. ; beau citl vers 9 li. du soir. Ciel trouble et nuageux toute la journée. Ciel couvert; quelq. gouttes d'eau vers 7 h. du s. Beaucoup d'éclaircis par interv. ; beau ciel le soir. Ciel trouble et nmgeux; beau dans la soirée. Idi'in avant midi; couvert depuis 5 h. du soir. Ciel sans nuages le mat. ; vapeurs ; couv. depuis 7 h. s. Couvert et pluie à 1 1 li. , à ô et à 10 du soir. Beaujusq. 8 11. du mat. , couv. par interv. le reste du j. Ciel à demi-cou V,; quelques éclaircis le soir. Quelques éclaircis vers midi ; couvert le soir. Quelques eclaircis vers midi et dans la soirée. RECAPITULATION. do vent 26 de gelée o de tonnerre \ de brouillard 1 ^ de neige o Le veut a soufflé du N 7 fois. NE 1 E o SE 2 S 1 S 5 6 N-O 6 par un ip'and nombre d'observations exactes J'uites avec une I 2 boussole 68 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE ANALYSE DE L'ARGENT ROUGE, Par le G. Thena r n. Cette analyse a déjà été faite par plusieurs hommes célèbres.' Selon Vallerîus et Bergmann , l'argent rouge est composé de soufre , d'arî^ent et d'arsenic j selon Klaproth il ne contient point d'arsenic; il est formé de soufre, d'argent et d'oxide d'an- timoine en assez grande quantité, et d'un peu d'acide sulfurique. Les citoyens VauqueliiL et Sage ont répété l'analyse de l'argent rouge, le premier il y a deux ans, et le.second il y a quelques mois ; tous deux y ont trouvé le soufre, l'argent et l'antimoine, niais le cit. Sage prétend , avec Vallcrius et Bergmann , que l'ai-senic en. est un des principes essentiels; le cit. Vauqueliriy avec Klaproth , nous dit expressément le contraire : le citoyen VauqueLiri ajoute en outre, et prouve que l'antimoine et l'ar- gent, dans cette mine , sont à l'état d'oxide et non à l'état mé- îallicpie, comme on l'avoit cru; et il nous fait voir par des ex- périences directes qu'elle ne contient point l'acide sulfurique riue KLiproth y annonce : comme ces résultats sont très-différens, j'ai cru devoir de nouveau soumettre à l'analyse l'argent rouge. Expérience I. J'ai pris à cet effet loo parties d'argent rouge parfaitement pur ; après les avoir réduites en poudre je les ai fait chauffer dans un matras avec de l'acide nitrique pur et af- foibli ; bientôt la couleur de l'argent rouge de pourpre qu'elle étoit est devenue grise et ensuite blanche. Il s'est dissout une assez grande partie de la matière ; la dissolution étoit sans cou- leur ; pendant qu'elle s'opéroit il s'est dégagé continuellement ime foible odeur de gaz nitreux. Ce dégagemint a probablement deux causes; la première est que dans l'argent rouge, l'oxide d'antimoine y est à l'état d'oxide pourpre , et que cet oxide mis en contact avec l'acide nitrique, passe en décumposant ce der- nier à l'état d'oxide blanc; )a seconde , c'est qu'il se trouve toujours un peu de soufre dont la combustion s'opère d'a"tant plus facilement qu'il y a de l'oxiJe d'argent avec lequel l'acide sulfurique peut se combiner. E ET D'HISTOIRE NATURELLE. Gg Expérience II. Au bout de quelque temps , l'acide n'agissant lus sur la matière, je l'étendis d'eau; je laissai reposer, et la iqueur étant bien claire, je décantai par le moyen d'un siphon; le résidu obtenu ainsi , bien lavé, pesoit "ix.) parties et étoit d'un blanc jaunâtre. Expérience III. Je fis bouillir ce résidu avec de l'acide mu- riatique , il s'en est dissout la majeure partie ; la partie indis- soute avoit «une couleur jaune ; son poids étoit de i3 paities; soumise dans des vaisseaux clos à l'action de la chaleur, elle s'est sublimée en entier; mise sur les charbons rouges ^ elle a brûlé totalement en répandant une iorte odeur d'acide sulfureux : ces 13 parties étoient donc du soufre pur. Expérience IT'. La dissolution muriatiquc (expérience III) a été évaporée en consistance syrupeuse et mêlée avec une grande quantité d'eau ; celle-ci y a occasionné un précipité blanc très- abondant qui, lavé et séché, pesoit 22 ; cette matière redis- soute dans l'acide muriatique, a donné, par l'hydiogènc sulluré, tout soufre doré ; ce n'étoit conscquemraent que de i'oxide d'an- timoine. Expérience V. J'ai versé dans la dissolution nitrique (expé- rience II) de l'acide muriatique, il se lit un précipité blatic, flo- conneux, lourd et abondant ; les acides n'avoient aucune action sur lui ; l'ammoniac en opéroit sur-le-champ la dissolution ; il noircissoit à la lumière ; il réunissoit enfin toutes les propriétés du muriate d'argent, Son poids s'est élevé à yS parties qui con- tiennent 58, 40 d'oxide d'argent. Expérience VI. Le nitrate do baryte mêlé avec la liqueur séparée du muriate d'argent , a donné 21 parties de sulfate de baryte, qui contiennent presque 3 de soufre, car loo parties de sulfate de baryte en contiennent \\. Expérience VU. Les eaux de lavaoe de sulfate de baryte ont été réunies à la liqueur qui la surnageoit d'abord : on a fait éva- porer le tout presqu'à siccité, et on a chassé par ce moyen en grande partie l'excès d'acide qui s'y trouvoit; on a redissout dans l'eau, et on a ajoute de l'hydrogène sulfuré ; on a obtenu par ce moyen 1 parties de soufre doré : il y a dans ces deux parties de soufre doré environ i,5 d'oxide d'antimoine. De ct s expérierces et de celles faites par Klaproth et le citoyen Vauquelin , il résulte, 1°. que l'argent rouge ne contient point cVarstnic. 2.0. Qu'il est hors de doute que si, dans ces derniers temps , 70 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE lo citoyen Sage y eu a découvert , il a employé des matières qui nétoient pas pures. 3°. Que l'antiinoinc et l'argent y existent à l'état d'oxide; que l'oxide d'antinit)ine y est sans dunte à l'état d'oxide pDurpie , et que c'est lui, ainsi que le pense le citoyen Vanqueliii ^ qui en est le principe colorant. 4°- Que l'acide 3ulfuri Sans doute on auroit lieu de s'étonner si le cit. Vau.'pulin avoit commis l'erreur que veut bien lui frire com- mettre le cit. Sage; mais n'tit il point en quelque sorte inipos- silile qu'vm cliiiiiistc consomjiié dans l'art de l'aiialy~;e, annonce dans un corjis , et eu grande quantité, des ]i!in(ipes qui n'y existent pas r Le fer et l'alumine n'existent j)oir;t dans le jdoinb rciuge : aussi Vauquelin n'en parle- t-il nulleuient; il dit posi- tiverj)ent tjue le plomb rouge n'est formé que d'aeide chromique et d'oxide de plomb. Cent parties de chromate de plomb cou- 7^ JOURNAL DE PHYSIQUE, J) E CHIMIE tiennent, d'après l'analyse du cit. Vauquelin, 63,96 d'oxide , et 06,40 d'acide, (voyez le mémoire du cit. Vatujnclin , sur le plouilj rouge, Journal des mines, n". 64, mois de messidor au 5). (^ù le citoyen Sage a-t-il pu puiser cette analyse si lau se du plomb rouge , f|u'il attribue si légèrement au cit. Vanquelin ? Il sera difficile de le savoir s'il ne nous l'apprend lui même , car il me semble oue personne n'en a jamais pidjlié de semblables. Le citoyen Sage, après avoir relevé cette erreur prétendue du citoyen Vauquelin , nous donne les résidtats de son analyse. D'après lui 100 parties de plomb ronge contiennent 4^ d'anti- moine , et le reste est formé de plo.nb, d'acide chromique et d'alumine en proportion qu'il n'a point déterminée. Il n'y a dans le plomb rouge ni alumine, ni antimoine; je m'en suis convaincu par de nouvelles expériences, quoiipie celles du cit. fauçue/m i'nsseni bien concluantes; il est probable que le cit. Sage n'a annoncé l'alumine dans le plomb rouge , que parce qu'il a cru que Vauquelin , dans sa dernière analyse, l'y avoit trouvée ; mais à l'égard de l'antiuioine, il faut l'avouer, on peut lui dire avec raison ce que plus haut , à l'égard du fer , il dit à tort au cit. Vauquelin : ce Comment le cit. Saa^c, à qui nous devons tant d'analyses , peut il annoncer qu'un minéral contient 45 parties d'antimoine sur 100 , tandis qu'il n'en contient pas un atome? o> Le citoyen Sage auroit-il employé du plomb rouge nielé de gangue? Cette gangue, à la vérité , contient de l'anti- moine, mais elle r\!ex\. contient pas la moitié de ce que le cit. Sage croit en avoir trouvé dans le plondj rouge ; ainsi il faut qu'il ait pris pour de rantimoin.j quelqile chose qui n'en étoit pas; il a confondu, je crois, le mnriate d'antimoine avec le mnriate de plomb : il a pris pour le premier de ces sels ce qui n'étoit que le second; car il dit qu'en évaporant la dissolution muriatique du plomb rouge, il a obtenu par le refroidissement des lames blanches, carrées et transparentes de sel stibié ou muriate d'antimoine. Le muriatc d'antimoine ne cristallise que tiès-Jiifîcilement , et quand on en a si peu qu'en avoit le cit. Sage dans son analyse , il n'est pas possible, je crois, d'en ob- te;iirdcs cristaux; il est trop déliquescent. Le muriate de plomb cristallise, an contraire , très-bien , et prend la forme de laves blanches, etc. Le cit. Sage peut très-bien vérifier si ce que je pense est vrai; il sait que le muriate de plomb se dissout bien dans l'eau qui au contraire décompose le muriate d'aniimoine ; que le muriate de plomb précipite en noir par l'hyilrogène sul- furé , et le muriate d'antimoine en jaune rouge ; il est même surprenant E 1 D' H I s T O I R E N A T U R E L L 1-. 7.-. surprenant qu'il n'ait point employé ce moyen pour reconnoître l'antimoine. Expérience I. Pour déterminer les principes constituans du plomb rouge, j'en ai fait bouillir 100 parties réduites en poudre impalpable , avec 3oo de carbonate de potasse saturé j la liqueur a pris une couleur jaune; la matière a passé au jaune-blanc, et il y eut une cl'l'ervescence bien sensible pendant tout le temps que le carbonate de potasse a réagi sur le cliromate de plomb. Expérience II. Au bout de quelques heures l'effervescence ayant (oralement cessé, j'ai décanté la liqvieur surnageant le ré- sidu folblement coloré : j'ai versé sur ce résidu de l'acide nitri- que ; il y eut une vive effervescence : tout se dissolvit excepté plusieurs parties de plomb rouge qui n'avoient point été atta- quées. Expérience III. On fit bouillir avec de nouveau carbonate de potasse la portion de plomb rouge non attaquée, elle fut entiè- rement décomposée ; on obtint , comme dans l'expérience pre- mière, une H(|ueur jaune, mais un résidu tout blanc ; je réunis cette liqueur jaune à celle de l'expérience première , et ayant traité ce résidu par l'acide nitrique , je mêlai la dissolution qui fut totale, avec celle de celui de l'expérience III. Expérience IV. J'ajoutai aux dissolutions nitriques réunies (expérience III) des résidus du chromate de plomb décomposé par le carbonate de potasse , de l'aciJc sulf'urique en excès ; il se forma de suite un précipité jjlanc et très-abondant de sulfate de jjloinb; ce précipité lavé et rougi dans un creuset , pesoit 84,6 jiarlies qui contiennent 64 d'oxiJe de plomb, puisque loo en contiennent 76. Expérience V. Je versai dans la lipieur colorée en jaune (expérience III) , mêlée avec celle obtenue (expérience I ) , de l'acétite de piomb; il se précipita du chromate de plomb mêlé de carbonate de plomb : je séparai ces deux sels par de l'acide ni- trique foible qui dissolvit le carbonate de plomb. Le chromate de plomb bien lavé et séché s'est élevé sensiblement à 100 par- ties. On voit que cette analyse diffère à peine de culie faite par Je citoyen Vauquelin. Le citoyen Vauquelin a trouvé par l'ana- lyse que 100 parties de chromate de plomb contenoient 63,96 d'oxide de plomb, 36, 40 d'acide chromique ; la synthèse lui a donné 65, 12 d'oxide de plomb, 34,88 d'acide chromique ; et d'après ces expériences l'acide chromique entre dans la compo- sition du plond) rouge pour o,36 , et l'oxidc de plomb pour 0,64. Il est donc bien clairement démontré que le piomb rouge ne Tome II. MESSIDOR an 8. K ,7^ JOURNAL DE P II Y S I Q U E , D E CHIMIE contient point d'antimoine, car s'il en contenoit, il se trouve- loit avec le résidu blanc qu'on ol)tient en déconi])Osant le chro- mate de plomb par le carijonate de potasse , et alors ce résidu ne se dissoudroit point en entier dans l'acide nitrique. Si le citoyen Sa^e pouvoit encore avoir quelque doute , qu'il traite le plomb ronge par l'acide muriatique, à plusieurs repri- ses; qu'il fasse évaporer la dissolution en sirop épais, il verra qu'elle ne précipite point par l'eau. Analyse de la gangue du plomb rouge. . Cette gangue est composée de deux parties différentes en cou- leur et en principe, l.a partie supéiieure est d'un rouge-brun , tandis que l'inférieure est d'un jaune-blanchâtre. La partie su- périeure est formée de silice, de chaux, d'alumine, d'oxide d'antimoine j d'oxide de fer , d'oxide de plomb et d'acide chro- mique. La partie inférieure ne contient que de la silice , de la chaux ) de l'alumine et de l'oxide de fer. On s'est conduit , ainsi qu'il suit , dans l'analyse de la partie supérieure de la gangue du plomb rouge. Expérience I. On en a pris loo parties réduites en poudre fine , et on les a fait bouillir avec de l'acide nitrique pur et affoibli ; la dissolution s'est opérée en partie ; l'acide a pris une couleur jaune-rougeâtre : le résidu étoit blanc. EœpéricTice II. Ce résidu séparé de la liqueur (expérience I), bien lavé , fut traité par l'acide muriatique qui , au moyen d'une douce chaleur , en a dissout une assez grande quantité. On a illtré et lavé avec l'acide nuiriatique , afin de ne pas troubler la liqueur; la portion non dissoute , sèchée et calcinée dans un creuset pesoit 5i ; elle étoit blanche, rude sous le doigt, insolu- ble dans les acides ; se fondoit avec le borax sans le colorer : c'étoit de la silice. Expérience III. La dissolution muriatique (expérience I ) éva- porée en sirop épais, mêlée avec une grande ipiantité d'eau , déposa 20 parties d'une sidistaiice blanche qui n'étoit que de l'oxide d'antimoine; car redissoute dans l'acide muriatique, elle forma tout soufre doré avec l'hydrogène sidfuré; chauffée dans un creuset avec du charbon , elle donna de l'auiimoine. Expérience IV. On ajouta à la dissolution nitri(pio ( exp. I ) de l'acide sulfinique; il se form;i un précipité blanc qui se ras- sembla proiupteiuent au fond du vase, et qui, bien lavé, offroit tous les caractères du sulfate de plomb. Il s'en est trouvé 14, 5 ET D' H I S T O I R r. NATURELLE. fs parties qui contiennent ii d'oxide de plomb ^ puisque loc par- ties de sidfate de plomb contiennent j6 d'oxide. Expérience V. On versa .dans la liqueur surnageant le sulfate de plomb ( expérience IV ) , un excès de carbonate de potasse pur; ce carbonate fit passer la liqueur du jaune rouge au jaune , et occasionna un dépôt rougeâtre. Expérience VI. Ce dépôt fut séparé par le filtre ; on le fit bouillir avec un excès de potasse purifiée par l'alcohol ; on filtra et on lava : la liqueur saturée par l'acide sulfurique, fut mêlée avec du carbonate de potasse; celai-ci donna lieu à un préci- pité léger et blanc , dont le poids étoit de 4 parties. Ces quatre parties redissoutes dans l'acide sulfurique, se convertirent en alun par l'addition de sulfate de potasse , ce qui prouve qu'elles n'étoient que d'alumine pure. Expérience VII. La partie redissoute du précipité ( exp. V.) avoit conservé la couleur rougeàtre de ce précipité ; l'acide muria- tique la dissolvit entièrement et avec effervescence. Ayant versé de l'ammoniac dans la dissolution, celle-ci perdit de suite sa couleur , et 3 parties d'une matière rouge brune , parurent de suite sous la foruie de flocons ; cette matière fondue au chalu- meau aïèc le borax, donnoit un verre vert de bouteille; sa dis- solution dans l'acide inuriatique , par la noix de galle , du gallate de fer , et enfin par le prussiate de chaux beaucoup de prussiate de fer. C'étoit , comme on le voit , de l'oxide de fer. Erpérience VIII. La liqueur ( expérience VII ) séparée de la matière rouge-lirune décèlée par l'ammoniac, fut mise avec du carbonate de potasse pur ; on obtint 3 parties d'une substance floconneuse : après avoir fait bouillir on filtra; celte substance après sa calcination, dans im creuset tenu au ronge pendant une heure, avoit acquis une foible saveur; elle étoit alors un peu soluble dans l'eau ; sa dissolution formoit avec l'aciJc car- bonique u^n carbonate insoluble qu'un excèô d'acide (carbonique dissolvoit. Combinée avec l'acide sulfurique , il en résultoit un sel sans saveur ^ foiblement soluble., dont la dissolution néan- moins étoit rendue très sensible par l'oxalate d'ammoniac qui la troubloit de suite. A ces caractères on ne peut méconnoître la chaux ; il y en avoit deux parties. Expérience IX. On mit dans la liquei.r (expérience V) sur- - turée par le carbonate de potasse pur , un excès d'acetite cie plomb; il se fit un précipité composé de sulfate de plomb, de chromate de plomb et de carbonate de plomb ; on le fit bouillir avec de l'acide nitrique : celui ci ayant dissous le carbonate de K 2, 76 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE plomb et le chromate de plomb , on satura par le carlDonate de potasse pres'jii'entièrement l'acule nitri(|ue; il se précipita du chromate de plomb : ou aclicva la précipitation de tout le chro- mate de plomb, en ajoutant un excès d'acédte de plomb. Re- cueilli sur un filtre , lavé et séché, il pesa 17,5 parties cpii con- tiennent 6^5 d'acide chromique. Il suit de ces expériences, que la partie supérieure de la gangvie du ploinb rouge contient sur 100, 1 Silice 5i a Alumine 4 3 Chaux 2 4 Oxide d'antimoine .... 19 5 Oxide de ter 3 6 Oxide de plomb 11 7 Acide chromique 6,5 . Perte 3,5 Total 100 Analyse de la partie iiiférieure de la gangue du plom.h ronge. On a suivi dans cette analyse la même marche que dans la précédente. Expérience I. On a traité par l'acide nitrique 100 parties de cette portion de la gangue réduite en poudre très-litie ; l'acide a pris une coideur rouge-brune. Après une heure d'une légère ébulilion ou a filtré et lavé; le résidu obtenvi étoit blanc et pesoit 92 : c'étoit de la silice pure. Expérience II. La liqueur filtrée ( expérience I) ne précipitant point par l'acide sulfurique, fut mêlée avec du carbonate de po- tasse pur; elle perdit entièrement sa couleur, et en même temps il se fit un dépôt floconneux, rougeâtre et assez alîondant. Expérience III. On fit bouillir, avec un excès de potasse puiifiée par l'alcohol, le dépôt produit par le carbonate de po- tasse (expérience II ) , il se dissolvit en partie ; on fdtra et on lava. Après avoir sursaturé la li(|ueur d'acide sulfurique , le carbonate de potasse y fit un préci[)ité Ijlanc , gélatineux , dont le poids , lorsqu'il fut séché et calciné, étoit de i,5 parties : il réunissoit toutes les propriétés de raluminc. Expérience Il'\ La portion du dépôt non dissoute par la po- tasse ( expérience III ) fut traitée par l'acide muriatique ; la dis- ET D' HISTOIRE NATURELLE. 77 solution qui fut coiuplclte prit la couleur rouge- brune qu'avoit cette portion inattaquee par la potasse ; ou y ajouta uu excès d'aniiiioniac ; la liqueur se décolora, et il se précipita i,5 parties d'oxide de 1er. Expérience V. On versa du carbonate de potasse dans la li- queur (expérience IV) séparée par le filtre , de l'oxide de fer ; il se déposa une matière blanche qui n'étoit autre chose que du carbonate de chaux. Ce carbonate de chaux calciné donna 3 par- ties de chaux vive. La liqueur surnageant le dépôt floconneux (expérience II) , ne contenoit point d'acide chroudque. Ainsi la partie inférieure de la gangue du plomb rouge contient sur 100, 1 Silice 92 3 Alumine i,5 3 Chaux 3 5 Oxide de fer i,5 Perte. 2 Total 100 NOTE SUR QUELQUES CRISTAUX DE CEYLANITE ET DE VOLCANITE Trouvés parmi les substances rejetées par le Vésuve , Par J,-C. Delamétherie. En examinant quelques-unes des substances que le Vésiive rejette, sans qu'elles paroissent avoir été altérées par le feu, j'en ai trouvé qui m'ont paru mériter l'attention des minéra- logistes. Plusieurs de ces morceaux, dont la couleur est verdâtre , sont presqu'entièrement composés de petits cristaux de la même cou- leur. Mais on ne peut distinguer la forme de ces cristaux que dans les petites cavités qui sont en grand nombre dans ces di- ^ 7» JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE vers morceaux. Onyapperçoit aussi des lames de mica hexaèdre ou rlioiiiljoïdal ; il s'y trouve encore une troisic^me substance qui est noirâtre : cette dernière est également cristallisée dans les mêmes cavités. J'ai examiné avec attention ces diverses substan- ces , et je vais décrire ce que j'y ai apperçu. I. Le mica dans les unes est d'un beau vert; dans les autres il est noir; enfin dans de tioisièmes il est presqu'incolore. Sa cris- tallisation est en lames rhomboïdales ou en prisme hexagone. II. La substance noirâtre est cristallisée en octaèdre. J'ai dé- taché plusieurs de ces cristaux des petites cavités où ils sont logés, et je les ai soumis à dilïérentes expériences; mon ami Fk'uriau Bellevue m'a aidé dans tout ce travail. Ces cristaux rayent» fortement le verre. Essayés au chalumeau nous n'avons pu les fondre , pas même les plus petits fragmens fixés sur le sapjiare ou cyanite. Ils ont beaucoup d'éclat. Leur couleur est noire à l'extérieur; mais en les cassant on ap- perçoit dans leurs fractures qu'ils sont de couleur de verre de ijoiiteiile. Ils sont trop petits pour qu'on puisse en déterminer la pesan- teur spécifique. Lïur forme est l'octaèdre avec ces différentes modifications. Voici celles que nous avons apperçues. 1". L'octaèdre ; c'est un petit cristal irès-régulier. 2.°. L'octaèdre tronqué sur ses douze arêtes par des facettes hexagones; ce qui fait un cristal à vingt facettes. 3". L'octaèdre tronqué : a Sur ses douze arêtes par des facettes hexagones. b Sur chacun de ses six angles solides , ou sommets, par qua- tre facettes triangidaires, qui naissent sur les faces de l'octaèdre; ce qui fait vingt-quatre facettes triangulaires. Ce cristal a par conséquent quarante- quatre facettes: a, les huit faces de l'octaèdre , b \ les douze facettes hexagones des arêtes; c, les vingt-quatre facettes triangulaires des sommets. Tous les différens caractères de ces cristaux paroissent prouver que ce sont des ceyi.aniïes. Leur surface a plus d'éclat à la vérité que celle des ceylanites que nous n'avons eu jusqu'ici qu'isolées, et qui paroissent tou- jours avoir été un peu roulées. D'ailleurs en brisant les cristaux de ceylanites et ceux-ci , leur fracture a le même éclat et est également concoïde. ET D'HISTOIRE NATURELLE, 79 Ces cristaux augmentent ]e nombre des variétés de formes de la ceylanite que j'ai décrites. Voici celles que je possède. I. VAR. L'octaèdre. II. VAR. L'octaèdre avec un prisme intermédiaire. Le cristal a douze facettes. IIL VAR. L'octaèdre tronqué sur ses douze arêtes. Quelquefois les faces de 1 octaèdre deviennent très-petites. Le cristal a vingt facettes. IV. VAR. L'octaèdre à quarante-quatre facettes; savoir a , les huit facettes de l'octaèdre; b , les douze facettes hexagones des arêtes ; c , les vingt-quatre facettes triangulaires des sommets de l'octaèdre. V. VAR. Le dodécaèdre à plans rhombes- C'est la variété troi- sième dont les douze troncatures sur les arêtes ont fait dispa- roître les faces de l'octaèdre. VI. VAR. Le dodécaèdre tronqué sur les huit angles solides , formés par trois plans. Le plus souvent on appcrçoit encore quelques vestiges des faces de l'octaèdre. Le cristal a vingt fa- cettes. C'est le même que la troisième variété. VII. VAR. Le dodécaèdre qui par des troncatures acquiert quarante-quatre facettes ; savoir , a Les douze faces primitives du dodécaèdre qui deviennent décagones. b Huit facettes triangulaires qui tronquent les sommets de chacun des huit angles solides du dodécaèdre , formés par trois plans. Ce sont les faces primitives de l'octaèdre. c V ingt- quatre facettes trapézoïdales. Il y en a quatre à chacun des six angles solides du dodécaèdre, qui sont formés par qua- tre plans. Ces vingt-quatre facettes correspondent aux vingt-quatre fa- cettes triangulaires de la quatrième variété. On voit que cette sixième variété est la même que la quatrième variété. Quelquefois ces vingt-quatre facettes s'étendent jusqu'aux huit faces triangidaires qui alors deviennent hexagones. VIII. VAR. C'est la variété précédente , dont les vingt-quatre arêtes qui séparent les vingt-quatre facettes trapézoïdales des huit faces triangulaires, sont tronquées par des facettes rectangu- laires, ce qui ajoute au cristal vingt-quatre facettes. Les facettes triangulaires deviennent hexagones , et les trapézoïdales devien- nent pentagones. Le cristal a par conséquent soixante-huit fa- cettes; savoir, <2, douze faces décagones; b, huit hexagones; «o JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE c, vingt-quatre pentagones; d, viuijl— ijnatre rectangulaires. Il paroit qu'il y a encore qnelcjues • autres variétés dans les cristaux que je possède , mais leurs formes ne sont pas assez prononcées. Jl seroit intéressant de savoir si la ceylanile qui nous est ap- portée de Ceyian se trouve également dans des matières rejetées par lus volcans. III. La troisième substance que j'ai oliservée dans ces mor- ceaux est d'un vert tendre. J'en ai détaché des cristaux bien prononcés qui étoient dans les petites cavités. Ils me paroissent être des volcanites ou pyroxènes. Ils Sont transparens. Leur dureté est assez considérable pour rayer le verre. Lxposés à Id flamme du chalumeau, ils fondent aussi facile- ment que le volcanite, et donnent un verre de la même cou- leur que le cristal. Examir'és à la loupe, ils ont la forme d'un prisme rhomboïdal, terminé par des sommets dièdres , lesquels paroissent avoir la même inclinaison que dans ceux du volcanite. Mais ils présen- tent plusieurs variétés. I. vAii. Prisme rhondjoïdal : sommet dièdre à faces triangu- laires. Ou doit regarder cette variété comme la forme primitive. II. VAR. Prisme ihomboïdal : sommet trièdre. Le sommet qui fait la base des deux facettes triangulaires est tronqué par une facette hexagone. III. VAK. Prisme rhomboïdal : sommet tétraèdre. Les deux arêtes inférieures des facettes triangulaires sont tronquées. IV. VAR. Prisme rhomboïdal : sonnnet pentaèdre. C'est la variété précédente dont le sommet est tronqué, comme dans la seconde variété. Toutes ces variétés peuvent être maclées. Si on ajoute à ces nouvelles variétés celles que nous connois- sons déjà dans les volcanites, soit les noirâtres du Vésuve ou autres volcans , soit celles de Bolsena , qui sont d'un vert foncé , nous aurons les variétés suivantes. Ce sont les variétés précé- dentes dont le prisme rhomboïdal est devenu hexagone ou oc- togone , par des troncatures. V. VAR. Prisme hexagone : sommet dièdre. Cette variété peut être maclée. VI. VAR. Prisme octogone : sommet dièdre, Cliaqne face du sommet est hexagone. Cette variété est maclée. VII. var. ET D'HISTOIRE NAT U R ELLE. 8i VII. VAR. Prisme octogone : sommet tiièJre, comme dans la variété seconde : c'est-à dire que le sommet qui fait la base des deux faces triangulaires est tronqué par une facette. Cette variété est souvent mâclée. VIII. VAR. Quelquefois cette troisième facette est curviligne : elle part de la partie inférieure de deux facettes triangulaires , et s'élargit en montant. J'ai cette variété mùclée. IX. VAR. Prisme octogone : sommet tétraèdre. Comme dans la troisième variété. Les arêtes inférieures de chaque face du sommet sont tronquées par une facette trapézoïdale. Celte variété est mâclée. X. VAR. Prisme octogone : sommet hexagone. C'est la variété précédente qui a deux nouvelles facettes tra- pézoïdales sur les arêtes correspondantes à ceUes qui sont tron- quées dans cette variété. On voit qu'en supposant toutes ces variétés mâclées on peut avoir vingt variétés de formes dans le volcanite. J'ai de ces cristaux dans les laves du Vésuve , qui noires dans le principe, ont été décolorés par les vapeurs acides , et sont devenus jaunes. Tome LI. MESSIDOR, an S. I, 8i JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE NOTE SUR LES PRINCIPES CONSTITUANS DES ALKALIS FIXES. Guyton-Morveau a lu , le 6 floréal, à l'Institut un mémoire siir les principes constituans des alkalis fixes. Il a fait les expé- riences avec Desormes , élève de l'école polytechnique : leur conclusion a été, 1°. Que la potasse est composée de chaux et d'hydrogène. 2.°. Que la soude est composée de magnésie et d'hydrogène. D'autres expériences leur ont l'ait présumer f]ue , o°. La chaux est composée de carbone, d'azote et d'hydrogène. 4°. La uijgnésie est composée de cliaux et d'azote, et par con- séquent de carbone d'hydrogène et d'azote. NOUVELLES LITTERAIRES. Abrégé élémentaire des animaux , à l'usage de l'école cen- trale du département du Nord , établie à Lille. A Lille , de l'imprimerie de Jacqiiez, imprimeur libraire , Petite Place; i«-8o. de i-(3 pages. Cette brochure est divisée en deux parties ; la première con- tient les principes et les définitions des classes et des familles , distribués en i5 leçons ; la seconde offre le tableau méthodique, les caractères des genres et des espèces les plus remarquables des quatre premières classes des animaux indigènes, exotiques et passagers , que l'on voit communément dans le département du Nord et pays adjacens. Les esj'èces de la cinquième et sixième classes des animaux , qui sont les insectes et les vers , étant au moins aussi nombreuses que celles des quatre premières, seront traitées séparément , et formeront la troisième partie. Il est inutile de faire entrevoir que cet abrégé est nécessaire ET D'HISTOIRE NATURELLE. 8:i pour toutes les écoles centrales de la république française 5 que l'élève y trouvera des notions qu'il placera faclleuient ctuiéllio- diqueii.ent dans sa mémoire. Expériences sur la circulation observée dans l'unixersalité du s^ystcne vasculaire , les phénomènes de la circulation lan- guissante , les mouvemcns du sang, indépendans de l'action du cœur, la pulsation des artères , par Spallanzani. Ouvrage traduit de l'italien, avec des notes; précédé d'une esquisse de la vie littéraire de l'auteur. Par J. Tounuis , docteur en médecine , de l'université de Montpellier, médecin de l'armée française en Italie, etc. A Paris j chez Maradan , libraire, rue Pavée André-des- Arcs, n". 16. Cet ouvrage de Spallanzani est plein d'idées neuves que nous ferons connoître plus en détail. Le traducteur y a ajouté des notes intéressantes. Il a donné une esquisse de la vie de l'auteur qui est un des savans Italiens qui a le mieux mérité des sciences. Manuel tabacal et sternutatoire des plantes , ou traité au tabac et des différentes plan tes qui sont propres à faire éternuer , Contenant j 1". une dissertation en tonne de préface, sur les plantes sternutatoires en général. 2". La septième édition , considérablement augmentée , y com- pris une contre-façon imprimée à Liège, d'une dissertation sur le tabac , sur ses différentes espèces, sa culture , sa récolte, la manière de le préparer , et ses bons et mauvais effets dans la société civile. 3°. Une seconde édition d'une dissertation en forme de lettre, sur l'arnica , connu plus comjuunément en Lorraine sous le nom de tabac des Vosges, et sur ses propriétés en médecine. 4°- Une notice en forme de catalogue latin et fiançais, des plantes qii'on peut employer comme sternutatoires. Pour servir de suiie aux manuels vétérinaire, tinctorial, éco- nomique, cosméti([ue et floréal des plantes. Par J. P. Buc'noz, auteur de différens ouvrages de médecine humaine et vétérinaire, d'histoire naturelle, principalement de botanique et d'économie champêtre. A Paris, chez l'auteur, rue du Passage des ci-devant Jaco- bins , n". 499 J rue Jacques. Chez Fuchs , libraire, rue des Mathurins, n°. 334- La 84 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Chez CrouUebois, libraire , rue des Mathurins, n°. 398. l .TSIaniiel Jloréal des plantes ; ou traité de toutes les plantes ui peuvent servir d'ornement dans les jardins , les orangeries j es serres chaudes , et principalement dans les parterres. Auquel on a joint, en forme de supplément, une notice sur celles qui se cultivent dans les grandes Indes pour la beauté , tant de leur feuillage que de leurs fleurs; une dissertation sur les plantes des environs de Paris , qui peuvent servir pareille- ment d'ornement dans les jardins, et une autre sur les plantes, arbustes et arbrisseaux propres à faire les haies et clôtures des jardins et autres enclos champêtres. Pour servir de suite aux manuels vétérinaire , tinctorial , éco- noaii;|ue , cosmétique et odoriférant des plantes. Par J. P. Buc'hoz, auteur de différens ouvrages de médecine himiaine et vétérinaire , d'histoire naturelle et d'économie rurale. A Paris, chez l'auteur j rue du Passage des ci-devant Jaco- bins, n". 499» dans la rue Jacques. Chez Fuchs , libraire , rue des Mathurins , n". 334- Chez Moutardier, iaip. libraire, quai des Augustins, n». 28. Et chez les principaux libraires des départ, et de l'Europe. Le but de l'auteur est l'utilité. Histoire naturelle des salamandres de France , précédée d'uri tableau iiiéthodique des autres reptiles indigènes , avec figures , par P. A. Latreille, membre associé de l'Institut national, des sociétés pbilomatique et d'histoire naturelle de Paris, de celle des sciences, belles lettres et arts de Bordeaux. De l'imprimerie deCrapelet; et se trouve chez Villicr , lib. , rtie desMathurins, n°. 396. An 8 — 1800. Pri^ , 2 francs 5o cen- times , et francs 5o centimes avec figures cf)Ioriécs. En ajou- tant 5o centimes, on recevra cette brochure franc de port. L'amour du merveilleux avoit lait de la salamandre un être priviléeié nui pouvoit vivre au milieu des flammes , sans en être consume, et comme dans un clément qui lui auroit ete propre. La fable a disparu 5 mais d'après les observations et sous la plame de Latreille , l'histoire de la salamandre ne cesse pas d'être très-curieuse et très-intéressante; il a su allier aux recherches savantes d'un naturaliste }irofbn-1 , le style de l'his- torien : et sous son jùnceau, en môme temps Ijrillant et fidèle, les habitudes de reptiles , en apparence vils et ignobles, plaisent et attachent. ET D' HISTOIRE NATURELLE. 85 Cette histoire des salamandres , la plus txacte et la plus com- plette de toutes celles qui ont paru jusqu'à présent , est précé- dée d'une exposition méthodique des autres reptiles de la France. Mémoire ou considérations sur les sourds - muets de nais- sance , et sur les moyens de donner l'ouïe et la parole à ceux qui en sont susceptibles , Par U. R. T. i,e Bouvïer Desmortibrs , membre de la so- ciété libre des sciences , lettres et arts de Paris; avec cette épi- 5' ph grapne : Non bene loqui ^ sed Ijona tenlare nostrum est. Volume in-S". de 270 pages, imprimé sur caractère neuf et carre fin , avec une ^ravure. Prix 2 francs 5o centimes, broché, et 3 francs 26 centimes, port franc par la poste. A Paris, chez F. Buisson, imp. libraire, rue Hautefeuille , n°. 20. L'auteur de cet ouvrage a traité des sourds-muets de naissance; il est parvenu à rendre l'ouïe à quehiues-uns , soit par l'électri- cité, soit par d'autres moyens que nous ferons connoître plus en détail. Histoire naturelle , générale et particulière , par Leclerc de BurroN , nouvelle édition accomjiagnéc de notes, et dans la- quelle les suppléniens sont insérés dans le premier texte à la place qui leur convient. L'on y a ajouté l'histoire naturelle des quadrupèdes et des oiseaux découverts depuis la mort de Buf- fon , celle des reptiles, dts poissons , des insectes et des vers ; enfin l'histoire des plantes dont ce grand naturaliste n'a pas eu le temps de s'occuper ; ouvrage formant un cours complet d'his- toire natmelle , rédigé par C. S. So.mni, memin-e de ]>lusieurs sociétés savantes. A Paris, chez Dnfart, imprimeur- libraire , rue des Noyers, n". 22, Bertrand, libraire, rue Rlontmaitre, b". ii3, à côté des Diligences. Tom. 16, 24, 26 , 26 , 27 et 28. Le tome 16 renferme des cartes des déclinaisons de l'aiguille aimantée dans les différentes régions du globe , rédigées d'après les rtlations de nos derniers voyageurs, principalement de La- perrouse et de Labillardière. Buffon a fondé sa théorie de la terre sur l'incandescence pri- mitive du globe qui, suivant lui , a été une pjortion de la masse du soleil. Sonini a cru faire plaisir à ses lecteurs en leur pré- 85 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE sentant la formation du globe opérée par une cristaliisatiou aqueuse , telle que l'a exposé Delainétherie ; ils pourront par ce moyen comparer les deux opinions. Ce même volume contient un précis de la minéralogie telle que les connoissances actuelles nous la présentent aujourd'hui; il est rédigé par Delainétherie. Les autres volumes renlérinent la suite de l'histoire des ani- maux. On y trouve dilférentes additions essentielles, faites par Sonini , Latreille , etc. Sonini en a fait de considérables à l'ar- ticle tigre, couguar, puma; il a donné d'après Bruce , la des- cription à\\ lirij: hotte. Il a fait des additions iiVa.rûc\e fennec, éléphant: Latreille a donné la description de la ]ianthère noire qui est à la tour de Londres. Il a fait des additions à l'article hyène, rhinocéros et rat-taupe, ou taupe sans yeux. Virey en a fait à l'article éléphant. Les coopérateurs de cette grande entreprise ne négligent rien pour la rendre de plus en ])lus digne du public. Histoire naturelle des poissons , par le C. Lacepède, membre du Sénat et de l'Institut national de France, l'un des profes- seurs du muséum d'histoire naturelle , membre de l'Institut na- tional de la république cisalpine , de la société d'Arragon , de celle des curieux de la nature, de Berlin, des sociétés d'his- toire naturelle, des pharmaciens, philotechnique et philomalique de Paris , de celle d'agriculture d'Agen , de la société des arts et sciences de Montauban , du lycée d'Alençon ; etc. Tome second, in-4''. , à Paris, chez Plassan , imprimeur- libraire, rue du Cimetière André-des-Arcs , n". lo. Ce second volume de l'histoire des poissons n'est pas moins intéressant que le premier. Nous le ferons connoître plus par- ticulièrement. Recherches physiologiques sur la vie et la mort ; ouvrage renfermant des vues ' nouvelles sur l'économie animale , et de nombreuses expériences faites sur les animaux vivans , par Xav. Bien AT j professeur d'anatomie et de physiologie; un vol. in-B". de /^6/^ pages , imprimé sur papier carré fin d'Auvergne , caractère cicéro IJidot. Prix 4 francs 5a centimes , et 6 francs , franc de port. A Paris , chez Gabon et compagnie , libraires , rue de l'Ecole de médecine, n". 33; Brosson , rue Pierre Sar- razin , n". 7. Nous rendroiis un compte particulier de cet intéressant ou- vrage. ET D'HISTOIRE NATURELLE. 87 Observations sur l'Institution des sociétés d'agriculture , et sur les moyens d'utiliser leurs travaux , imprimées par arrêté de la société d'agriculture du département de la Seine, par J. B. RoufiitR-LABtRoiiRiE. AParïs, de l'imprimerie de madame Iluzard , rue de l'Eperon Saint-André-des-Arcs , n". 11 , an 8. Les sociétés d'agriculture ne sauroient être trop multipliées , parce qu'elles répandront peu-à-peu des lumières chez les cul- tivateurs. Physiologie végétale contenant une description des organes des plantes, et une exposition des phénomènes produits par leur organisation , par Jean Senedier , membre associé de l'Institut national des sciences et des arts , de plusieurs acadé- mies et sociétés savantes, et bibliothécaire à Genève; cinq vol. in-S". A Genève, chez J. J. Paschoud, libraire, et se trouve à Paris , chez Fuchs , libraire , rue des Mathurins , Henrichs , à l'ancienne librairie de Dupont, rue de la Loi, n». i,23i. Nous ferons connoître plus particulièrement cet intéressant ouvrage. «8 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE TABLE DES ARTICLES CONTENUS DANS CE CAHIER. Observations sur le tiatron , par Le C. Berthollet. Page 5 De l' influence du sol sur quelques parties constituantes des végétaux , par de Saussure le fils. 9 Mémoire sur la distillation de l'acide sulfurique de Bleyl , dans la Bohème , par M. Fragoso. /(o Mémoire sur la fabrique de sublimation d'arsenic, de la mine JMauriz, Zèche près de Aberdam en Bohème, par M. Frw goso. _ .44 Mémoire de F. G. Courrejolles , adressé au C. Fourcroy. ^^ Machine ou. on emploie la force des chevaux à pétrir Là pâte pour faire le pain. [■■ 64 Observations météorologiques. 66 Analyse de l'argent rouge, par le C. Thenard. 68 Analyse du plomb rouge et de sa gangue , par le C. The- nard. 7 1 Note sur quelques cristaux de ceylanites et de volcanites trou- vés parmi les substances rejetées par le Vésuve, par J.-C. Delaméthei'ic . nrj Note sur les principes constituans des alkalis fixes. 82 Nouvelles littéraires. 82 J^^J^.3. Sc//i.cr Se. 1 j^t\iWt/t^r ttfi fi . SB2 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE ET D'HISTOIRE NATURELLE. THER3IIDOR an 8. MEMOIRE. SUR L'AMALGAMATION DE JOACHIMS-THAL, EN BOHÈME, Contenant une description exacte de tous les travaux qu'ony pratique , avec quelques observations , Par M. Fraooso de Siguera , de l'académie royale des sel nces de Lisbonne , et correspouJant de la société économique de Leipsic. AVERTISSEMENT. Je vais donner une description exacte des travaux qui se pratiquent actuellement dans l'atelier d'amalgamation de Joa- chims-Thal , en Bohème. Cette amalgamation a de grands avan- tages sur celle de la Saxe, ce qui la rend digne de l'atteation du métallurgiste ; pour qu'elle puisse être très-utile dans les pays des mines où on voudra suivre cette méthode. Je f rai en même temps quelques observations sur quelques-unes des manipula- tions de cette amalgamation , c[ui me semblent pouvoir être Tome LI. THERMIDOR an S. M 90 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE susceptibles d'améliorations , etsur qnel(|ues changemens ulilos <[m y ont été faits par M. Helinig , directeur actuel de cet ate- lier. Si une fois il m'est possible de publier ce mémoire avec (juelfjues-autres sur la métallui gie , je crois que les compagnies des exploiteurs et les propriétaires des fonderies m'en sauront bon gié; ce n'est que pour l'utilité publique que je pourrai me ré- soudre à publier ce que j'écris poiu* conserver la mémoiie de ce que j'ai vu en faisant mon apprentissage dans les ateliurs mé- tallurgiques où j'ai été. Les travaux qui se pratiquent actuellement dans ces ateliers se réduisent aux suivans : i". le mélange des minéraux avec le sel commun pour les griller; 2°. le grillage des mêmes miné- xaux ; 3°. le travail de moudre les minéraux grillés j 4°- celui de les amalgamer; 5". celui de filtrer l'amalgame ; 6°. Celui de l'aire le départ du mercure d'avec l'argent; 7". le travail de ra- liner l'argent séparé de ramatgame. Je tâcherai donc d'exposer tous ces travaux avec la plus gi'aude clarté qu'il me sera possible. ARTICLE P'. De fa qualité des minéraux à amalgamer , et de leur mélange avec le sel commun pour les griller. S. I. Les minéraux qu'on choisit pour l'amalgamation , sont les mines maigres, c'e^t-à-dire les mines d'argent qui ne con- tiennent ni plomb, ni cuivre, et (ju'on appelle en alleuiand (diirren erze). Ces uùnéraux sont fournis à l'amalgamation de Joachims-Thal par les mines des contrées de Joachims-Thal , de Aberdam Platen, Gottes-Gabe, Weipert, Presnitz, Nickelsberg, Grajje , Bleystadt , Miss , etc. ; ils contiennent en mélange , sur- tout ceux de Joachims Thaï , du cobalt , dvi bismut, du nikel , de la pech!)lende , de la terre argileuse, de la pierre cornée, de la pierre à chaux , du quartz , du gneus, de la pyrite arse- nicale , du fer , del'arsenic natif; mais ils sont en général pau- vres en pyrite de fer ou sulfureuse ( 1 ). §. H. Pour ce qui regarde la quantité de sel à mélanger avec les minéraux , on n'a point encore à Joachiius-Tlial une règle (i) Ces mmérau.'i, de mime que ctux de Saxe, ne conlicnncnl point les muiudits parcelles d'or. ET D'HISTOIRE NjVTURELLE. f.i sûre, maison se règle en cela d'après ce qui semble le plus raisonnable. Cette (juanlité est donc toujours ajoutée d'aljord au hasard sans qu'on puisse savoir si on y a ajouté trop ou trop peu ; on se règle donc d'après la teneur en argent des mi- néraux : ceux qui ont jusqu'à \i ouces sont préparés avec 8 à 9 en sel pour 100 5 et ceux qui contiennent jusqu'à (juatre marcs et davantage, sont préparés avec 10 jusqu'à 12, pour 100 en sel. On se règle donc ensuite selon l'ellet de l'amalgamation des premières taches grillées pour voir si on y a ajoute trop ou trop 21e u en sel, et pouvoir en garder cette proportion, ou l'aug- menter ou diminuer dans les tâches suivantes (i). On voit de ce récit , qu'on n'amalgame dans cet atelier que des mines maigres , riches et très-riches en argent, quand au contraire en Saxe on n'amalgame que les minéraux pauvres , dont la teneur du mélange ne montre jamais que de 3 onces et demie à 4 onces. Il est aussi vrai qu'heureusement dans les contrées ci- mention- nées on n'a point de mines maigres si pauvres qu'en Saxe ; on prépare donc tous les jours les tâches cpi'on doit griller pendant vingt-quatre heurts : et on procède ensuite au grillage de la façon (pii suit. §. 111. Avant de parler du grillage , il sera convenable de donner une description des fourneaux de grillage, qui sont pré- ( I ) Il est bien facile de voir combien celte mclliode de préparer les miné-, raux avec le .sel est fautive , et combien les grillages doivent être imparfaits. Or il est sans contredit que le succès complet de l'amilgarnation dépend de la per- fection du grillage. Il .^erolt à propos do déterminer la quantité de sel à mélan- ger par l'essai de la matte crue , comme on le fait à Freyberg, d'après les recher- ches de Icu M. Gollcrt. Je sais bien que les minéraux qu'on amalgame à Joachims-Thal ne peuvent pas donner la même quanliié de matle crue que ceux de Freyberg, par^c qu'ils sont trop pauvres eu pyrites; mais les recherches pourront donner d'aulres proportions sûres. Eh outre , je crois qu'on pourroit se procurer une grande quantité de pyrites cuivreuses de Cuj>ftsberg, près de Îoachims-Thal ; ces pyrites sont extrêmement pauvres en cuivre : on ne les emploie que pour faire du vitriol , et les filons sont très-riches ; i! me semble donc que si on faisoit le mélange de ces pyrites avec les minéraux dans les pro- portions convcnnblcs , on pourroit régler ainsi la proportion du sel à ajouter . et on obliendroit un grillage pnrfiit. On ne procédcroit plus à lâlon , et oa cpargneniit beaucoup en sel, et l'amalgamation seroit plus parfaite. Le cuivre des pyrites s'amalg.iuiera à la vérité avec l'argent , mais il n'y aura pas de mal à cela; ce cuivre se brûlera au r;iirm^ge de l'argent; en outre on pourra niéine employer ce cuivre pour l'.dliage des nio'nnoies, ne ralfinant pas l'argent que jusqu'au point nécessaire pour le monnoyer , et ainsi le tré.sor du roi ménagera les dépenses de l'alliage. M 2 92 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE férables à ceux de Freyberg. Dans ces fourneaux qui ont été d'abord bâtis de même que ceux de Freyberg, selon ceux de M. de Born , on a supprimé le sèclioir qui est inutile et ne sert qu'à l'aire perdre la cbaleur et à prendre la place d'un four- neau. Los minéraux descendent donc dans le fourneau par un tuyau pareil à celui qu'on avoit ménagé dans le séchoir ; pour donner une issue à la poussière et à la fumée, on a ménagé quelques soupiraux dans la voûte du fourneau, du coté opposé à la chauffe. (Mais puisqu'il sort toujours quelque chose de poussière et de fumée par la porte du fourneau , il seroit à propos de ménager une ouverture étroite dans la voûte , près la porte du fourneau , et qui rognât tout le long de la même porte et communiquât avec la chambre "de poussière , comme cela se trouve pratiqué dans les excellens fourneaux de grillage d'étain d'Altemberg , en Saxe.) La voûte du fourneau est très- platte et commune avec celle de la chauffe. La communication (le celle-ci avec le foyer do grillage est un peu étroite, et prend pour ainsi dire toute la longueur du foyer; les fourneaux sont ronds. La grille de la chaiifje est un peu plus basse que le sol du Jo\er de grillage ; il s'ensuit de cela qu'on ne perd ici ni la flamme , ni la chaleur , et que la flamme lèche assez bien la surface du minéral dans tout le fourneau. Les fourneaux ont leurs chambres voûtées pour recevoir la poussière qui s'é- chappe avec l'air et la fumée , pendant le grillage ; ces chambres sont divisées en coniiiartimens et aboutissent dans une longue chambre voûtée faite eu zigzag, telle que celles des fourneaux de grillage de cobalt , et celles des fourneaux de grillage de l'étain de Aberdam ; ce zigzag est divisé en compartiniens , et finit dans une grande chambre divisée aussi en compartimons. La fumée passe d'abord par tous les compai'timens des premières chambres vni'itées ; ensuite elle enllle dans le corridor du zigzag , et va enfin sortir par la cheminée de la dernière chambre ; et dans celle-ci elle y dépose encore assez de la poussière ( i ). (i) On voil de celle description l'avanlage que ces fourncayx ont sur ceux de Freybtrg qui ont encore leurs séchoirs où la llaniire et la chaleur vont se per- dre , et qui en outre n'ont point le zigzig dont les chambres voûtées placées sur les fourneaux, coniinuaiqu. nt avec les cheunuées par lesquelles il en sort, en- semble avec la fumée, une grande quantité de poussière riche en argent, conmie je l'ai raoi-méme examiné, ce qui occasionne *xa grand déchet d'argent au prince. ET D'HISTOIRE NATURELLE. g^i § IV. Voici donc à présent la façon de procéder au grillage : d'abord on fait descendre dass le fourneau une tâche de trois «juintaux ; silùt cjue le minéral est dans les fourneaux, les gril- kurs rétendent sur tout le foyer, et pour lors ils l'y laissent sans le remuer , et donnent un feu peu fort ; et ce n'est qu'un quart-d'heure après qu'ils le remuent. En général , dans le com- mencement ils ne le remuent que par intervalle , et à la fin lui peu plus diligemment; on tourne aussi trois ibis les minéraux de même qu'à Freyberg. Pour connoître si les minéraux sont grillés, on no se sert point de l'épreuve de la cuillère, comme à Freyberg, mais les grilleurs se règlent en cela par l'œil; ils disent donc que lorsque le minéral ne fume plus, il est alors Lien grillé : un grillage dnre quatre à cinq heures ( i ). §. V. Comme les minéraux qu'on amalgame à Joachims-Thal sont trop riches , il faut les amalgamer plus d'une fois ; ainsi ceux qui contiennent 8 onces d'argent, tels qu'on les y amal- gainoit au mois de septembre 1798, lorsque je m'y trouvois pour la seconde fois , s'amalgament deux fois pour pouvoir extraire Pargent qu'ils contiennent; les plus riches s'amalgament trois fois. Les résidus ou minéraux qui restent donc de la première ou seconde amalgamation , on les retire des fossets et on les (1) Il est bien facile de voir que celle méllioJc de griller est défcclueuse; car quoique les fourneaux soient bien construits et que la flamme lèche bien toul le inyer des mêmes fourneaux; cependant comme les minéraux ne sont pas conve- nablement remués , il n'est pas possible que les grillages soient jamais p^irfails , et c'est pour cela aussi qu'ils durent si longlejnps. Je trouve aussi défeclueuse la manière de juger si le grillage est fini ; la méthode de Freyberg est sans doule préférable ; celle mélhode se praliquoil en f^y , au temps que j'élois à Joachijns- Thal; mais en lyg**, M. le directeur .à qui j'avois d'abord fait celle observation , et communiqué la mélhode saxonne, avoil fiit changer un peu la mélliode ci- dessus, elles grilleurs j remuent à présent mieux les minéraux. Observation. Il faudroit en général que dans tous les ateliers d'amslgnnialion les directeurs eussenteux-mêmes IravaiUé et connu parpralique et théoriquement la meilleure méthode de procéder dans toule l'opéralion du grillnge, pour pouvoir ensuite former une instruction pour les grilli'urs qui devroicnt l'exécuter ponc- tuellement ; car l'ouvrier qui n'est ni 1 h.misle ^ ni mélallurglste , ne connoil point les raisons de ce qu'il fnif, ni les fautes qu'il peut coinmelire dans son travail ; il faut donc qu'il ail une instruction mécanique pour pouvoir la suivre, afin que tous les grillages soient lalls uniformément. J'ai vu à Freyber^; que d-m< le grand alelier d'amalgamation où il y a quatorze fourneaux Je grillage, prcqne chaque grilleur a une manière particulière de travailler , et que presque toutes ces mé- thodes particulières sont fautives. Il s'ensuit donc que les grillages ne peuvent être bien faits que par ha?ard. Celle insirurtion devroil s'élendre à tous Ie« autres travaux d'amalgamation , où les ouvriers ne font pas moins de fautes. ;,i JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE sèche dans un i'om-neau de grillage; car de cliaque soclioir des fourneaux de grillage, on a iklt un nouveau fourneau avec très- peu de dépenses ; après les avoir sèches on les passe au moulin , et ensuite on les grille de nouveau avec du sel. On mêle ces minéraux avec 3 jusqu'à' 6 pour loo en sel, et on leur donne dans le grillage un degré de feu un peu plus fort, par la raison qu'ils n'ont plus rien ou presque plus rien de soufre pour dé- composer le sel marin , et par conséquent il faut le faire par la grande force du feu, et après cela on les amalgame tout de suite : le grillage de trois quintaux de résidu dure deux heures et demie ( i). ARTICLE II. Z)« travail de moudre et amalgamer les minéraux et Jiltrer l'amalgame, §. VI. Les minéraux grillés sont ensuite moulus sans être ni vannes ni passés au crible ; les moulins sont montés avec des lilutoirs dans leurs huches, et les pierres des mêmes moulins ont leurs demi-cuves où. elles sont mises; cependant comme les huches ne sont pas si bien construites et si bien fermées que celles de Frcyberg, il y a un grand déchet du minéral et les ( 1 ) Il me semble que l'opération de moudre les résidus desséchés est super- flue, puisqu'ils l'ont déjà été , et qu'il suiTiroit de les passer à la vanne et aa crible pour séparer les durillons qui pourront être ensuite écrasés à coups de maillet ; on ménageroit par là les dépenses et déchets de mouture. Il seroit donc intéressant de faire un essai à ce sujet. Observation. On étoit à Joachims-Tli.al dans l'usage de bocarder les minéraux assez fins avant de les griller, en suivant en cela la méthode de M. de Born, exposée dans son traité de l'amalgamation; on y avoil eu effet un bocard assez bien consiruil, et le bocardage se faisoil bien; mais puisqu'on le faisoit à sec, ce travail étoit malsain pour les ouvriers, et occasionnoit un grand dénhet en argent par la poussière qui s'échappoit. Quand je me trouvai à Joachims-riial, aux mois d'avril et mal 1797 , j'observai à M. Hclmig , directeur de cet atelier, que le bocardage me sembloit inutile, vu qu'à Freyberg on ne le praliquoit pas , quoique le grain du minéral y snit aussi grossier que celui de Joachims-» Thaï, et qu'en l'abandonnant on éviteroit le déchet mentionné, on ménageroit les dépenses du bocardage et la santé des ouvriers. M. le directeur a fait d'abord un essai qui lui a bien réussi , et en conséquence de cela il a abandonné le bo- cardage au grand bénéfice de S. M. E T D' II I s T O I R E N A T U R E L L E. gS chambres des moulins sont un endroit malsain pour les meu- niers (i). §. VII. Le minéral ainsi moulu, comme je -viens de le dire , est prêt à être amalgamé , ce qui se fait à Joachims-Tlial dans des cuves de Ijois immobiles et ouvertes. Il y a d'abord dans la chambre d'amalgamation huit de ces cuves dans lesquelles on met la farine minérale avec le mercure et de l'eau. Ces cuves sont placées en deux rangées les unes vis-à-vis des autres , et montées sur une espèce de canal fait en forme de rigole, et il y a deux de ces'rlgolesj une pour chaque rangée de quatre cuves et qui aboutissent chacune dans une grande cuve qui sert il recevoir l'amalgame avec les résidus et à laver ces dernicis. Chaque cuve d'amalgamation est divisée en trois parties égales , et chacune d'elles a en bas un robinet pour donner issue à l'a- malgame et aux résidus; chaque cuve a aussi à un tiers de sa hauteur un petit trou bouché avec une cheville de bois, et qni sert pour marquer la quantité d'eau ([u'on y ajoute pour l'amal- gamation. La farine délayée dans l'eau et le mercure y sont mus par le moyen d'un rondeau de fer de fonte avec son manche , lequel est mis en mouvement par le moyen d'une chaîne montée sur une poulie ; cette chaîne est mise en mouvement par un levier pousse par les cammes d'un grand arbre , d'une roue à l'eau. Dans ce levier il y a un anneau aiupicl eft attachée une perclie , et la chaîne est acxiochée en haut de cetie perche ; le mouvement du levier fait donc tourner la poulie et par consé- quent monter et baisser le rondeau dans la cuve. §. VIII. Les deux grosses cuves de lavage ont chacune un moulinet avec deux ailerons; ces moulinets sont mis en mou- vement par le moyen d'un hérisson , leipiel engraine en deux lanternes fixées dans le haut des arbres des moulinets ; cet hé- (i) Il est facile de voir que c'esl une grande faute ,que l'usage de ne pas passer le minéral grillé , ni à la vanne , ni au crible , l'omme on le fail à FreyI.erg, car tout le minéral des durillons qui st forment immanquablement pendant 'e gril- lage, et qui sont ou mal grillés ou qui ne le sont pas ii ême du toit, est moulu et amalgamé inulilemtnl. J'observai celte faule à M. H^ Imig lui expof-ant mes raisons. 11 seroil à souhailer que quand ou bâtira un nouvel atelier, tomme il est décidé , à tonneaux roul^n^ , à rimitalion de celui de Frcj berg, On y fasse aussi construire la vanne et le crible. Il seroit jnême à souhaiter que le gouver- nement envoiât M. le directeur pour visiter auparavant l'alelier d'amalgamalion de Freyberg, qui n'est qu'à huit milles de JoacliimsrThal ; car on gagneroil par là de grands avanlages. tjH JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE risson est aussi dans le haut d'un arbre vertical, lequel a en bas une lanterne dans laiiuelle engraine un rouet rjui est au IjouC de l'arbre de la roue à l'eau. Chacune de ces grandes cuves a cinq trous avec ses bondons mis à la hauteur les uns sur les au- tres , pour faire sortir les résidus, et dans le fond un grand ro- binet pour faire sortir l'ainalgaïue. Près de chacune des rangées de cuves d'amalgamation , il y a aussi une cuve à l'eau qui contient l'eau nécessaire pour les cuves d'amalgamation. §. IX. Pour procéder à l'amalgamation on remplit d'abord, avec de l'eau les cuves d'amalgiunatioii jusqu'au tiers de leur hauteur; ensuite on met le mercure et enfin la farine minérale , et quand le tout y estj aioi-s on laisse aller les londeaux assez, lentement jusqu'à ce que la masse soit délayée. On met ordiiiai- rement dans les huit cuves 36 jusqu'à 4° quintaux de farine, avec presqu'autant en mercure , et la masse doit être si délayée avec de l'eau , que les rondeaux y puissent jouer librement. Les TTiinéraux de 3 jusqu'à 6 marcs demandent quarante - huit heures pour être amalgames , et les autres demandent trente heures. Les j'ésidus des premiers contiennent c> jusqu'à 6 onces d'argent , et les autres une once jusqu'à une once et demie . Le jeu des rondeaux est de i6 jusqu'à 20 coups par minute. Lors- que par l'essai ou s'est assuré que le minéral est amalgamé au point possible, on procède pour lors à vider les cuves, mais on délaye, une heure auparavant, la masse avec de l'eau; cela fait, les ouvriers tirent les rondeaux de c'nacjue cuve et ouvrent leurs robinets; alors l'amalgnuie tombe dans le canal, et passe de celui-ci avec les résidus dans les cuves de lavage, dont les moulinets sont en mouvement; on laisse en même temps couler de l'eau dans les cuves d'amalgamation pour les laver, et cette eau passe encore dans les cuves de lavage pour délayer davan- tage la masse. Lorsque le moulinet a tourné pendant trois quarts d'heure, alors les ouvriers font couler l'amalgame par le ro- binet qui est au fond de la cuve, et lorsque celui-ci est sorti, on laisse aussitôt couler les résidus qtii vont se déposer dans des fossés propres pour cela. Ce qui reste encore dans les fonds des cuves, et n'est qu'un mélange d'amalgame et de résidu, sort enfin par le robinet du fond , et on le verse ensuite dans les cuves d'amalgamation au temps de le vider de nouveau. Les seaux remplis d'amalgame sont montés à la chambre de l'amalgame par le moyen d'un treuil ou tourniquet , et là on le verse dans des sacs pour le filtrer et le presser à la main, Lors- que ET D' HISTOIRE NATURELLE. 97 qwe l'amalgame est filtre et pressé , on le passe et on le garde pour le départ ou la disliilaiion (i). ARTICLE III. De la distillation ou départ du mercure d'avec l'argent. §• X. Le départ se fiiit sous des cloches de fer de fonte; voici la disposition du fourneau pour le départ; il y a d'abord une caisse de bois longue, carrée, enchâssée dans un inassit de ma- çonnerie cpii l'entoure avec quatre murs; on met dans cette caisse deux cuvettes de fer de fonte dans lesquelles on place deux trcj)ieds do fer montés chacun d'un arbre ou tige aussi de l'er , dans laquelle on enfile les assiettes qui doivent contenir l'amalgame ; la caisse de bois est ensuite couverte avec une grande plaque de fer de fonte qui repose sur les murs , et qui a deux trous ronds par ksquels on enfile les deux cloches qui posent sur les trépieds sans toucher le fond des cuvettes. La cou- ronne ou fond de ces cloches est platte, et chacune d'elles a eu haut deux ergots du même for, l'un du côté opposé à l'autre , qui servent pour les lever parle moyen d'un tourniquet; au point qui touche la grande plaque de fer qui forme le foyer du (i) Ohseri'atlon première. II est facile de voir que l'opération de vider les tiiies d'iimolgamalion el de séparer les résidus du inercure ou amalgame est mauvaise ; d'abord le mercure qui est i-xtrêmemcnl divisé dans la ninsse, n'a pas le temps de se précipiter au fond des cuves , il s'en va donc avec les résidus en pure perte ; il seroit mieux aussi de ne pas laisser tomber l'anudgame avec les résidus dans les cuves de lavage, car le mouvement des moulinets doit faire diviser une grande partie dans la masse qui sortira avec les résidus ; on pour- roit bi'.^n le faire couler dans des seaux séparément. La faute de l'eau qui n'est pas en assez grande quantité pour fure aller en même temps les rondeaux des cuves et les moulinets des cuves de lavage, est la cause de ce désordre; mais la l'aljricpie des couleurs de cobalt qui appartenoit au conseiller des mines, Meisel, directeur du conseil des mines de Jojciiims-Tlial, prend l'eau q-ii étoit néces- saire pour l'atelier de l'amalgamaliim et les fonderies , el ce directeur a toujours prêlérê son propre inlérêl à son devoir , et causé beaucoup de dommage au roi j el on ne pourra jam-iis avoir l'eau nécessaire sans faire changer de place à celte fabrique préjudiciable au roi. Oùsen'cUion .lus riches demandent jdus de sel pour être grillés, et p'us de temps pour être amalgamés. Si on faisoit donc toutes les taches trop riches , alors on y perdroit dans le temps et dans le sel. §. XVI. On voit par ce que je viens de rapporter dans ce mémoire, que la méthode d'amalgamer à Joachims-ïhal , a l'avantage cl'amalgamer tous les minéraux les plus riches , et qu'elle ménage des dépenses et déchets énorines d'argent et plomb, du travail de fondre et affiner l'argent, comme on le lait iV Frcyberg ; ces considérations la rendent déjà supérieure à celle de Freyberg. Si on corrige donc les fautes qu'il y a en- core , et en bâtissant un nouvel atelier on adopte de la méthode de Freyberg ce qui manque ici , alors il n'y a rien de plus à désirer. DES CAUSES DE LA FERMENTATION VINEUSE, Par B. G. Sage, directeur de la première école des mines. Le vin est le produit de la décompo'ition du sucre , par le monvemL'nt qui s'excite spontanément dans la di-.solution de ce sel ; mais ce mouvement (pi'nn nianme fermentation , ne peut avoir lieu sans le concours d'une matière extractive acerbe (1) , ou sans la levure. L'expérience suivante , que j'ai répétée plusieurs fois avec (1) 1-e vinaigrier emploie la rn/le du rai.in et le jeune bois de xn,£^ne q:i'on nomme sarment, pour exciter rapidement la fermenlaliun acide dans le viu. ET D'HISTOIRE NATURELLE. loi M. de Builioii , constate ce iait : ayant fait dissoudre 120 orces de sucre dans 120 pintes d'eau, dans laquelle on avoit mêlé il onces de tartre en poudre , la fermentation ne s'y excita pas, mais elle se manifesta dès qu'on y eut introduit 10 livres de feuilles de vigne liachées. Le vin qui en résulta ayant été dis- tillé produisit 120 onces d'esprit de vin rectifié. Le vin sera donc plus ou moins généreux, suivant la quantité de sucre que contiendra le moust} aussi M. de Bullion , dont le vignoble étoit près Linas , donnoit-il de la consistance à son vin , en ajoutant du sucre dans ses cuves. La supériorité du vin ainsi préparé étoit bien décidée, et le prix qu'il en tiroit le dé- douuuageoit au-delà de la dépense du sucre. La levure est la lie légère que rejette la bière renfermée nou- vellement dans les tonneaux; elle est composée de matière glutineuêe et extractive et d'une portion de bière : c'est le levaia le plus actif. En dissolvant le sucre dans huit parties d'eau et y ajoutant un huitième de levure , on -y décide promptement la fermen- tation vineuse. Pour obtenir à bon com|)te l'eau- de-vîe de sucre, il faut prendre de la mélasse, qui n'est autre chose, comme je l'ai démontré j qu'une potion de sucre noircie par un peu de caramel , et une portion d'acide du sucre, qui devient libre dans le ralfiuage , où l'on im[)rime un degré de feu trop fort aux chautlières. Cent livres de mélasse délayées dans 3oo livres d'eau dans Iai|uelle on a mêlé 12 livres de levure , fermentent facilement, et produisent par la distillation 26 pintes d'esprit de- vin recti- fié , de la meili(.-ure qualité , lequel est absolument semblable à celui qu'on retire du vin. Le but de la nature dans la végétation est de former du sucre ; il lionne la saveur à f)resque tous les fruits , aux racines de quelques végétaux , et se trouve essentiellement dans la sève de toutes les plantes ; le sucre s'épure dans leurs ileuis et se retrouve dans leur nectaire. La génération du sucre est un des mystères de la végétation j ce sel dont la saveur est si douce, si agréable, est formé de 10 parties d'acide concret combiné avec environ 4 parties de ma- tière huileuse ; c'est , à chî)nii|uement parler , une espèce de savon , aussi sert-il à faciliter la dissolution des huiles essentielles. Lorsque le raisin est bien m ir et qu'on l'a fait dessécher, on trouve dans ce fruit du sucre cristallisé j c'est à ce sel que le moust ou sucre des raisins doit sa saveur. 102 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Le sucre n'existe pas dans le raisin vercl , mais l'acide tarta- reux et le tartre en nature , c'est à-dire un sel acide huileux à base d'alkaliiixe. Le tartre que dépose , que contient le vin , n'est pas un pro- duit de la fermentation , mais une matière étrangère au vin , qui est rejetée pendant la vinification. La plus grande jxirtie se retrouve dans la lie du vin , l'autre se dépose sur les parois des tonneaux , lorsque le vin y a acquis sa perfection. La lie du vin doit être considérée comme l'eau mère des di- verses combinaisons qui se sont iorinées pendant la fermenta- tion vineuse. Cette lie contient du tartre, du fer et une matière végéto animale, principe de !a fécule colorante. Lors de la vinification , l'acide du sucre change de nature et prend le caractère A'acidurn pinguc qu'on retiouve dans les devix espèces d'huiles qui composent l'esprit-de-vin , leijuel est aussi une espèce de savon formé de plus d'un seizième d'acide concret du sucre qui incarcère l'odeur de l'éther et de l'huile essentielle du vin , en même temps qu'il les rend solubles dans l'eau. L'esprit-de-vin existe tout formé dans le vin; il y est en- gagé dans du tartre et une matière extracto - résineuse colo- rante, laquelle en se décomposant rend le vin amer; c'est alors qu'il est connu sous le nom de vin absinthe. L'accès de l'air est nécessaire pour la fermentation vineuse qui a lieu sans qu'il s'excite dans le fluide un degré de chaleur remarquable; le mouvement qu'on y observe est dû à l'efï'er- yescence de dissolution et de combinaison ; le fluide élasti(]ne qui se dégage étant recueilli , est du gaz qcide méphitique (|ui cesse de se développer dès que le vin est formé. Pendant la fermentation vineuse , il ne se dégage pas d'esprir- de-vin , il ne peut être séparé que par un degré de chaleur égal à celle de l'eau bouillante. Si on laisse du vin exposé à l'air, et si on recueille ce qui s'en exhale en adaptant un chapiteau à la cucurbite , il ne se dé- gage que de l'eau ; le vin passe au bésaigre et finit par devenir A'apide. Lorsqti'on provoque la fermentation acéteuse du vin , il ne se dégage pas d'esprit inflammable , quoiqu'il s'excite un degré de chaleur considérable , comme on peut s'en assurer en suivant le travail du vinaigrier; aussi faut- il révoquer le préjugé où l'on est, que la partie spiritueuse du vin peut s'exhaler pen- ET D'HISTOIRE NATURELLE. io3 dant la fermentation qui y donne naissance, ou lorsqu'étant fait il est en contact avec l'air. Les meules de foin et les gerbes de blé entassées humides , éprouvent d'abord la fermentation vineuse , pendant laquelle se développe de l'acide méphitique délétère. Jf'ai vu sept fau- cheurs frappés de mort pour s'être endormis sur des meules de foin à demi-sèches; elles ne s'enflamment que lorsque la fer- mentation de la sève des grarninées passe à l'acide. L'art de disposer les semences céréales à la fermentation vi- neuse , offre le moyen de faire du sucre. On commence par faire macérer les grains dans l'eau , on les égoute et on les des- cend à la cave ; on en forme des couches de quatre pouces d'épaisseur; la germination s'y prépare , les fibres blanches des radicules s'y développent , lorsqu'elles ont deux ou trois lignes on les porte à la touraille pour dessécher ces grains afin d'en faire la mouture ; on délaye dans l'eau chaude leur farine gros- sière ; on la remue avec des râbles; après l'avoir ainsi brassée , on laisse déposer l'eau qui tient en dissolution la matière su- crée ; on la rapproche par évaporation dans des chaudières où. elle prend la consistance syrupeuse. En effet elle tient en disso- lution une grande quantité de sucre qui s'est formé de la mo- dification qu'a éprouvée la matière amylacée pendant la germi- nation. Une livre de farine d'orge non germé m'a produit par le lavage une once d'une matière extractive sucrée, tandis que la même quantité de farine d'orge qui avoit germé, m'a produit plus de trois onces de matière extractive mielleuse. no4 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE OBSERVATIONS SUR LES DEUX SYPHONS DES CORNES D'AMMON, Par B. G. Sage , directeur de la première école des mines. Quoiqu'on connoisse à peine l'analogue vivant de la corne d'aiiimon , cependant il n'y a pas de coijuille fossile dont il y ait autant de variâtes. On l'a rapprochée du nautile , mais elle en diffère par ses concaniérations , par !a disposition et la forme de ses deux syphons (i). Dans le nauiile il n'y en a qu'un en forme de canal cylindrique qui se trouve au centre ; dans la corne d'ammon les syphons offrent des cônes inscrits les uns dans les autres ; ces cônes évasés sont en forme d'entonnoirs, et au nombre de deux dans chaque concamération où ils sont opposés, comme ou peut l'observer dans une corne d'amnioM du musée des mines, laijuulle devolt avoir cln([ j)ieds de cir- conférence. Qn a découvert toutes h;s cellules ou chambres qui n'avolent été incnistées On trouve dans les cornes d'atumon depuis trente jusqu'à C11J7 quante cellules ou concamérations séparées par des cloisons ou planchers. Je suis de l'avis du célèbre J'ertrand ; si ces cel- lules mar;jnent l'âge de l'animal j comme les aubiers celui du bois , le polype qui habite la corne d'ammon est d'une longue vie; le volume et le poids de sa coquille, relativement à sa petitesse, le retiennent au fond des mers;, aussi trouve-t-on des cornes d'ammon calcaires nacrées dans des ardoises, niais le plus souvent on n'y trouve que leurs noyaux. Quelques cornes d'ammon sont formées de parties qui s'en,- grainent à charnières, et présentent sur la suiface de la co- quille des espèces de persillages ou dendrites. M. le Camus, nii- ' iiéralogiite distingué, m'a assuré avoir un , noyau de cotise (i) Planriis, dans son traité di: > oonr/i i.i 7ninu.i nufi.f, dit qu'on a trouvé "près Riniini , dans le sable de la raer, de "[leliles cornes d'.nnmon m si grande abon- d.ince, et si petites qu'une once de sable en conlenoit onze mille ; elles étoieat si légères que cent trente n'égaloient que le poids d'un grain de froment. Ce sable examiné au microscope prè.'ienloit plusieurs espèces de cornes d'ammon. Tome LI. THERMIDOR an «. O ia6 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE d'amtnon articulée , qui cessoit d'oltrir la spirale lorsqu'on le prcnoit par la dernière vertèbre, elle ne Ibnnoit plus qu'une épine droite. Denis JMontfort , un des plus zèles géologues, a donné une description intéressante d'une espèce de corne d'amuion droite tuberculée. Des deux variétés qu'il décrit, l'une est chargée de eûtes verticales et de deux rangs de tubercules , l'autre ne porte que des tubercules. Chacune de ces cornes d'ammon est articulée et a des sutures en s-.igzag sur la longueur de la spirale, et un syphon central. LETTRE De B. g. Sage, directeur de la première école des mines, à son ami Delamétheuij:. Vons connoissez, mon ami, la galerie où j'ai commencé à arranger , il y a quinze ans , les raines de France par ordre de départemens ; ayant vu que l'encre des étiquettes avoit perdu sa couleur, j'ai pris le parti de les renouveler j en remaniant ces mines, j'ai trouvé que celles de Bretagne qui sont pyriteuses , avoient elïleurl en partie , que la galène avoit perdu sa cou- leur, son brilliint, étoit devenue obscure et noire, que d'autre éroit devenue blanche et étoit couverte d'un vitriol de plomb. Dans le premier cas un gaz hépatique a noirci la galène > dans le second l'acule sulfurique a agi sur le plomb. L'odeur qiù est répandue dans les armoires et dans cette ga- lerie est frajipante ; elle approche de Ct-lle du vitriol martial; j'ai observé que depuis plus de quinze ans qu'est fait le musée des mines , je n'y avois jamais apperçu de moijches ; aussi ce monument jouil-il de tonte sa fraîcheur. Je ne balance pas à attribuer leur éloignement à l'émanation qui est propre aux ininéraux ; émanation (jui sans être désagréable, est bien sen- sible pour les personnes dont les organes sont délicats. li'effet du gaz hépatiijue répandu dans l'atmosphère noircit le marbre blanc , le rend livide et terne , ainsi que toutes les au- tres espèces de inaibre polis ^ ce que j'ai observé en grand dans un inacasin de meubles. On avoifc ouvert et vidé des latrines de; ET D'HISTOIRE NATURELLE. «07 dans la maison étroite où il étoit , toutes les dorures avoient roirci , le marbre blanc sur- tout offroit de grandes taches noires et noirâtres ; le brillant des pyrites de quehjues marbres colorés avoit disparu ; j'attribuai ces taches au gaz hépatitjue qui avoit roirci la polie ou chaux d'étain avec laquelle on donne le der- nier poli. Je fis disparoître ces couleurs et rendre le brillant à ces marbres eu les lavant avec de l'eau mêlée d'un peu de craie connue sous le nom de blanc d'Espagne. LETTRE DE P. BERTRAND, inspecteur-général DES PONTS ET CHAUSSÉES, A P. PICOT-LAPEYROUSE, de V Institut national , INSPECTEUR DES MINES; SUR L' O R I G I N E DU GRANIT. Tous ceux qui aiment et cultivent l'histoire naturelle vous doivent un tribut d'éloges et de reconnoissance pour le grand nombre de faits importans dont vous l'avez enrichie. Comme géologiste , je distingue particulièrement le courageux et péni- ble voyage que vous avez fait au Mont-Perdu , avec votre digne collègue Raniond , la belle relation que vous en avez publiée , {Journal des mines, n°. S/.) et l'article que vous venez d'y ajouter {Journal de physique , pluviôse an 8 ) , en donnant la description des ossemens de quadrupèdes que vous aviez dé- couverts , avec une prodigieuse quantité de corps marins , sur ce mont élevé de 3, 412 mètres j observation très-curieuse et peut-être unique jusqu'à ce jour. Cependant , les observations géologiques qui vous ont le plus frappé dans ce voyage , sont celies concernant les difVérens états où vous trouviez le granit; elles étoient si neuves et si extraor- dinaires à vos yeux, qu'elles suffisoient , non -seulement pour renverser vos propres idées et toutes les théories connues sur cette pierre fameuse , mais pour vous convaincre que le beau O 2. io8 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE nom de priinitif'ne lui appartient pas plus qu'à certaines pierres calcaires. Et ce qui est \Àen remarquable , c'est que dans le temps même où vous recounoisslez , au pied du Mont- Perdu, des calcaires aussi anciens que le granit , un autre habile ob- servateur reconnoissoit des granits de formation nouvelle ou secoiulaire , sur le sommet des montagnes de la Prusse. D'après ces premiers et grands pas déjà ilàts sur la nouvelle route qui, je crois, m'a conduit jusrpi'à la vérité, j'espérois que bientôt vous y arriveriez aussi en achevant de secouer les préjugés qui la masquent et les autorités qui tyrannisent les plus sa vans géologues. Je suis donc étonné de vous voir, encore aujourd'hui , adopter la i^tf//e observation que Dolomieu a faite sur les plus hautes Alpes, et que je n'avois regardée que comme une belle image ;' encore plus surpris que vous la trouviez ap- plicable aux Pyrénées et aux autres grandes chaînes de mon- tagnes : car ce n'est pas ici le cas d'employer ni la peinture ni la poéiie; et d'ailleurs votre observation semble être opposée à la sienne. Effectivement , puisque vous êtes tous deux d'accord sur cette opinion, que le granit a été succédé et généralement recouvert pftr le calcaire ; si Dolomieu , qui ne voit que du granit au sommet du inont^ et que du calcaire à sa base, nous dit que c'est parce que le manteau calcaire a été déchiré de manière à laisser à nud la tête et les épaules du colosse, en tombant par lambeaux à ses pieds; vous qui, avec plus de certitude, recon- Doissez que la base et les ilancs de votre colosse sont grani- teux , tandis (jue sa partie la plus centrale et la plus élevée est d'une Ibrmation calcaire , même secondaire , vous devriez dire (jue c'est, tout au contraire, le chaperon de ce manteau qui est resté seul à sa place , et (ju'on ne retrouve pas môme , ni aux pieds ni ailleurs, les laudjeaus de ce qui couvroit le reste du corps. Mais ces deux images , tontes ingénieuses qu'elles sont , ne scroient pas plus vraies l'une que l'autre, et se démentiroient mutuellement. Dolomieu aura pris pour lambeaux de vête(nent tombés de la lête ans pieds d'un mont de granit, des couches calcaires c|ui, pour la plupart, sont à leur place originelle, faisant suite ou partie de la base générale de ce mont j et vous, qui croyez voir un chaperon calcaire qui est vejiu recouvrir, après coup, le Mont- Perdu que vous supposez aussi être de granit ou du moins graniteux, vous voyez réellement sa nudité ou la paitie rcfitantc et la propre substance de son ancien buste. ETD'HISTOIRENATURELLIi. 109 irais avec des qualités nouvelles et bien diftertrités. Et néan- moins , c'est de ce luont-ci qu'on peut dire véritablement et sans métaphore, qu'il a été décoiffe ou dépouillé ; mais de quoi? et le croircz-vous ? C'est tout au contraiie , d'une couverture pos- tiche de granit, qui ii'étoit encore que naissant ou imparfait j sans quoi il eût pu résister à la force spoliatrice , et nous l'y verrions, sans doute encore , en bastions aussi fiers que ceux qui couronnent, dit-cin , le Mont-Blanc , le Buet. . . Ceci n'est pas le fruit d'une vaine imagination ; car , sans ex- traire de votre relation niêaie plusieurs faits propres à justi- fier cette singulière assertion , sans répéter tout ce que j'ai adressé sur cette matière à votre collègue Duhamel , dans le Journal de physique , germinal an 8 , ni tout ce que j'en ai dit dans les nouseaux principes de géologie , notamment pag. 273, 286, où je parlois aussi des pics du Midi, de Saugué et autres f|ui ressemblent au Mont-Perdu presqu'en tout, si ce n'est en hauteur; je crois suffisant de fixer votre attention sur les deux preuves suivantes tirées du local. 1". La présence de quantité de granits imparfaits , fœtus ou embryons qui sont, à la vérité, de toutes grosseurs et figures , mais (|ui n'ont le f)lus souvent (juc la forme ovoïde d'un germe ou d'un mole sur lequel on voit en relief le svstsnie des artères, veines et rudimens , par lesquels s'opéroit la génération pier- reuse et cristalline , lorsqu'elle fut trou'olée ou arrachée de sa matrice. On les volt , les uns par bandes et ceintures sur dif- férentes épaisseurs et largeurs , mais toujours désunies et cor- rompues , inclinées et couchées sur la base ou la croupe scliis- teuse du mont; les autres par blocs épars, soit sur ses flancs, soit même sur sa plate forme ; d'autres en masses isolées ou groupées en désordre dans le fond des ravines, par exemple , sur le Gave j depuis le lac ou le cirque de Gauvenùc jusque versLouide; sur l'Adour, jusqu'à Arau; sur la Neiste, jusqu'à Bagncre de Luclitm ; enfin, une immense quantité de petites masses charriées en galet jusqu'à 10 lieues plus loin , dont la plupart n'ont qu'une couanne durcie, espèce de géode renfer- mant un faux germe , c'est-à-dire, la potasse ou le kaolin, ou le quartz déjà variole , soit en poudre , soit en pâte savonneuse- : et touscvs granits évidemment déplacés, sans qu'on puisse sa- voir ou devinerni à quelle •ri:is<^e principale ils ont appartenu , ni de quel lieu ils furent expatriés ; et néanmoins sans qu'on puisse douter qu'ils ne soient de véritables lambeaux et débris qui ont glisbc ou culbuté , en tombant de la plus haute région. Jio JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE 2°. L'état où vous dépeignez l;i région qui est aujourd'hui la j)!us liautc. C'est un calcaire secondaire et trèscoquillier qui, dites-vous, constitue toute la cime du mont ; mais il n'a plus ni sa pureté , ni sa nature, ni son gissement originels; puis- que d'une part , il est déversé , feuilleté ou schisteux , preuve certaine qu'il a été bouleversé par de violentes commotions; et puisque d'autre part il est devenu feld-spatliique , qnartzeux et micacé , Jusque dans les corps marins et même dans les reliques de quadrupèdes qu'il contenoit : car ces os n'étoieiit certaine- ment pas imprégnés de sels vitreux lorsqu'ils furent déposés simultanément avec le calcaire qui les enchâsse ; ce calcaire ne l'étoit donc pas non plus ; et quand bien même on supposeroit qu'il eût pu l'être dès-lors, ce n'est pas l'attouchelnent d'une j)ierre quartzeuse qui auroit suffi pour rendre un os quartz3ux dans tous ses interstices. C'est donc ensemble , dans le même temps , et par la même invasion du même flux vitrevix , que le calcaire est ses fossiles ont été infdtrés ; ces sels vitreux qui , avec leur terre génératrice, la cendre, sont les élémens ex- clusifs du granit, ont donc existé au-dessus du Mont Perdu, et n'ont pénétré dans sa masse actuelle , que lorsqu'il avoit acquis déjà j et tout au moins, la hauteur que nous lui voyons. D'après cela, n'est-11 donc pas évident à vos yeux connue aux miens, que c'est ici même le lieu que l'on cherche , ou du moins une jDOtite portion du grand atelier où se fabriquoient tous ces granits lorsqu'ils furent balayes avec la plus grande partie du plancher qui a aussi disparu. Il étoit deja démontré qu'il y a eu, où que ce soit, une granitiilcation avortée; il est prouvé maintenant qu'ici il y en avoit une établie et en activité > puis- qu'il en reste des germes ou vestiges sur la plus liaute sommité, et puisque tous ses ingrédicns liquides s'extravasoient et descen- doient fort avant dans le planciier schisteux , comme vous le voyez par les faces latérales du mont , c'est-à dire par les entrailles déchirées de la plaine dont il n'est qu'un reste ou un témoin. ' Mais ce qui vous empêche de voir les lieux comme je les ai vus , ou d'adopter le tableau explicatif que j'en ai déjà donné , c'est que vous croyez avoir assez fait en dépouillant le granit de sa dignité ou primordialité exclusive pour la faire partager à un calcaire que vous déclarez être aussi primitif, et par con- séquent son contemporain : c'est que néanmoins vous tenez tou- jours à l'opinion générale, qui veut que les granits, les schistes, les trapps, les calcaires , etc.. . . aient eu, dès l'origine , et la ET D'HISTOIRE NATURELLE. )ii même forme, et la même substance et les mêmes qualités qu'ils ont aujourd'hui : c'est que de ces csAcaires frimiiijs , que vous supposez être tous sans fossiles, vous distinguez les autres cal- caires, non-seulement par le nom de sous-marins , mais encore par une transition brusque et frappante, par un changement absolu dans le £;issement et dans l'inclinaison qui vous pareil ici être en sens tout opposé à celle des primitifs , et même to- talement séparée de ceux-ci par l'interjîosition de bancs de grès liorisontaux. Ces vues neuves et très-piquantes renyerseroient nia nouvelle géologie , comme toutes les autres j c'est pourquoi je ne puis me dispenser d'ajouter quelques observations à cet égard On ne peut pas douter que les calcaires ne soient primitifs et secondaires , respectivement , ou l'un par rapport à l'autre \ car très-certainement le globe aqueux n'est pas devenu terreux en un jour j mais il seroit inconcevable que les plus anciens,' conséquemment les plus profonds n'eussent pas été sous-marins , autant et même plus que tous les autres : si réellement ils ne montrent, si même ils ne contiennent aucune dépouille marine, cela s'explique tout naturellement, en supposant d'une part , qu'ils ont précédé la naissance des corps organisés, et en assu- rant de l'avitre , qtie ceux-ci ne pouvoient pas naître avant qu'il y eût déjà quelque terre. Si l'association du granit au calcaire vous a causé tant d'éton- nement, c'est sans doute parce que vous ne connoissiez pas tout ce que j'avois déjà dit pour prouver que le gissemcnt lio- risontal est dans l'essence originelle des grandes masses calcaires, et qu'il n'y a point d'inclinaisons , courbures , rebrousseinens ou zigzags quelconques, qui ne soient l'effet ou la suite de qucU ques-uns des accidens que j'ai détaillés; car vous auriez jugé que dans les arrachemens , éboulis et glissemens qui en résultè- rent, une portion de granit encore pâteuse ou gélatineuse n'a pu être heurtée , froissée par une couche de calcaire enC/Ore cluctile , sans qu'elles se soient jointes et pénétrées de toutes les manières , puis incorporées par la pétrification complette : el: vous ne vous seriez pas cru dans la nécessité de conclure que deux substances aussi disparates ont reçu, originairement et si- multanément, leur première formation dans un même bloc qui se trouve mi-partie de l'une et de l'autre : d'autant moins que cette jonction n'est é\ddeminent qu'une soudure ; parce que si le quartz , n'étant que sel liquide , a pu s'identifier intimement au calcairci et le changer en gneis, il ne le pouvoit plus, lors- 112 JOUilNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE cju'il étoit recoiabiiié avec sa terre et les autres coélémens du granit. Mais île ce que deux corps turent ainsi soudés ensiin- ble , ce n'est pas une raison pour assurer qu'ils éioient jumeaux; touc ce qui s'ensuit, c'est, qu'ils existaient déjà séparément; or quand uiênie je n'aurois pas encore réussi à prouver (lue le cal- caire, en général et par-tout, ïvX le premier né , et marne le fis unique de l'ocàan , nous venons au moins d'en remarquer un qui, quoique des plus élevés et des plus coquilliers , coiisé(piem- lucnt des plus modernes, a vu des granits naître ou avorter sur Toute sa surface. Sj ^yous voyez la masse calcaire marine on supérieure , incli- née en sens contraire de la masse inférieure qui la porte, soyez siir que ce n'est pas en vertu d'un système qui seroit propre et général à chaciuie d'elles ; qu'il n'est ici que partiel , et non- seulement casu<;l , mais encore l'effet d'accidens doubles ou compliqués. Pareilles et autres bien plus singulières génuflexions en. zigzag sont très-connnunes , mêitie dans les Pyrénées; toutes ra'ontparu explicables par les sim[)les lois de la statique, et sans recourir aux, mystères d'une création originelle et spontanée ,, des matières. les plus hétérogènes sous les formes les plus bar- roques (i). , Quant aux bancs de grès, ou plutôt de molace , qui votis scinblcrrt faire une séparation horisontale et absolue entre deux systèmes de calcaires inclinés , l'un à droite l'autre à gauche , ce seroit encore un fait inconnu et incojicevable pour moi; car sur toutes les hautes montagnes où j'ai trouvé pareils grès hori- sontaux, je ne les ai vus que comme faisant jiartie , ou de leur couronnement arrénacé, ou d'une espèce d'anneau qui règno> stir quelques-unes de leurs croupes ou fiices latérales, dont les talus en s'éboi^ilant et s'inclinant de plus en plus,- l'ont recou- vert et même caché do înanjère à nous faire croire (ju'il y pénètre fprt avant et jusque dans i'intéiienr de la masse.vicrge elle-même. Ce sont ces bancs arrénacés , soit au sommet , soit à mi-côte , qui jn'ont le mi^u;£,,s§rvj à reconnoîire et à déterpiiner les deux r - i;o;i.":u'' ^"I ''■'■■ --■'«' ( X ) Je viens de voir, pour,,Ia première fois, cçlte importante vérité très- bien seiilic. et confirmée (Journal d«s wiines, n ', 5-| J par. ;(^elui de nos .injnéra- logistes qui réunit tous les talens dé l'observateur, du géomètre et du logicien ^ Gillet Laumont. Mais la statique' n'a ipu ciuser des tlftls aussi, compliqués que sur des montagnes brusquement 'émcryées, crdusée.s , Isolées par uitt débablé de la mer, comme je l'ai détadlé dans liia «oui'e/^â à*''^"»'*^'- ■ • dernières ET D'HISTOIRE NATURELLE. i ■ S dernières stations .nt auroit-i lie pu arracher et charrier tous ces corps , ])our les lancer ensuite au plus haut des Pyrénées? Je n'hésite point à dire qu'ils sont originaires de cette même chaîne qui depuis longtemps étoit émergée et habi- tée , lijrs(nie toute sa population fut détruite ; et lors(]ne plusieurs ET "fl' HISTOIRE NATURELLE. u5 position3 se trouvent souvent dans une seule et même coulIic, je croij avoir prouvé que tous ^issemer.s quelconques, autre que l'ho- risontal, sont contre l'essence originelle du calcaire, même contre les lois que la mer a dû suivre pour faire tout ce que ■yous appelez ses dépôts; et qu'il sercit sur- tout absurde de sup- poser qu'elles les auroit laits dans une situation verticale, comme on en voit tant ici et ailleurs. Aussi la dixième conséquence, quoique Jene voie pas bien de quelles prémices vous la tirez, me semble être une des plus vraies, des plus importantes et des plus analogues à mes prin- cipes ; car, selon vous, les crêtes actuelles des Pyrénées sont placées ailleurs ou autrement que n'étoient ses crêtes primor- diales; et selon moi, elle* sont placées là où il n'y en avoit point originairement. C'est au milieu d'une pLùne que ces pics ou arêtes se sont élevés et dressés , par une terrible convulsion , et par un mouvement qu'on a dit être celui de bascule , mais très-mal à propos, piùsqu'il étoit général et sans point d'appui £xe ou intermédiaire (i) : de sorte que la même couche , qui étoit horisontale, a porte l'une de ses extrémités jusqu'au sommet du pic, où l'on voit sa tranche rompue, tandis que l'autre est restée enfouie dans le fond de l'abîme qui est résulté de ce mou- vement ondulatoire \ de sorte, dis- je, que les couches qui étoient le plus éloignées l'une de l'autre , tant par leur âge (jue par leur étage ou leur niveau respectif, peuvent toutes égale- ment se montrer à la plus haute cime comme à la plus grande profondeur, choses qu'il importe fort de remarquer et de ne pas perdre de vue. Les 11 et 12^. articles sont ceux sur lesquels nous différons le plus, et qui ont été le sujet principal de cette discussion. Cependant, sur le treizième et dernier qui s'y rapporte beaucoup, nous sommes parfaitement d'accord, lorsque vous dites ([ue les (i) Ce n'est que dansles renversemens causés par la débâcle qu'on \oit cer- tains effets comparoble.s à ceux de la bascule ou du ccntre-puids , coiiiuie je l'ai muiilré ailleurs; parce que c'est une chute et non pas un soulèveraeiU qui en fui la cause. P 2. «jS journal de physique, de chimi^ grès sont le dernier résultat du travail des eaux ; mais le nom de dépôt ne semble pas leur convenir, d'abord parce que c'est celui que vons donnez à toutes les terres marines, calcaires et antres, ce (pii doit causer des erreurs en confondant le natif avec l'airénacé j ensuite parce que quantité de sables délaissés par les eaux, ne se sont ensuite pétriiios en grès qu'après avoir €'tc encore le jouet des vents. Vous reconnoissez sûrement que ce déi)6t, loin d'être coîiiuie tous les autres, le travail régulier d'une mer profonde, paisible et génératrice, n'a été que le tra- vail mécanique, tumultueux et superlîciel d'une mer très-agitée : comment donc resteriez-vons persuadé que c'est par leurlbrma- tion et leur placement originels , que les giès du Mont-Perdu se trouvent les uns en bancs verticaux , mêlés et alternans avec ceux du calcaire ? d'autres en couches horisontales , et coupant la toialité du mont en deux parties, l'une inférieure et l'autre supérieure? Vous voyez que de mon côté je trouve dans tous et les mêmes faits, la confirmation de deux conséquences bien différentes , que j'ai osé donner aussi comme c^iômes géologiques; la pre- mière;, que 1rs grandes masses de calcaire vierge sont les seules où l'on puisse reconnoître une nature et nue production ina- îi-ne , un gissement ou un établissement originel ; la deuxième, que la nature et Ja substance de toute autre grande masse, ont été altérées ou totaleujent changées , soit par le seul déplace- ment, soit pour avoir suLi la catastrophe pyrique d'où sont résultés tous les éléinens gianiteux, soit au moins pour avoir contracté dilféientes mixtions ou amalgames avec quelques-uns de ces nouveaux élémcns qui, lorstjii'ils sont restés purs et réu- nis dans le lieu de leur commune oiigine, ont fait ensemble •celte agrégation ou combinaison qu'on appelle le vrai granit. Mais je sens qu'à vos yeux ces mêmes faits doivent être insuf- fjsans pour justifier deux consé([uenccs aussi inouies , et que plusieurs d'entre eux peuvent même y i)aroître tout opposés si vous n'admettez pas ou si vous oubliez que parmi tous les objets €t tous les assemblages q»je vous décrivez ici il n'y en a aucun qui n'ait cliangé de nature , de forme et de position relatives à celles de son voisin; le tout par accidens sur accidens méca- niques et chimiques ; car dès lors tout doit être illusoire dans riiisj)ection locale et pa/ticulière de chaque objet; et le juge- ment sera d'autant plus trompeur, que l'examen ou l'analyse auront été faits avec ])lus de détail et de scrupule- Cependant pour résoudre enfin la grande question du granit ET D'HISTOIRE NATURELLE. 117 qui, comme il est aisé de le voir, doit être la clef principale d'une tonne géologie , et sur laquelle les pins grands jjhysiciens et cliiniistes ont épnisé toute leur science; je tiens pour certain que le simple usage des sens est le plus sur , et peut-être le seul moyen que nous ayons. Le point essentiel est donc de les employer de manière à éviter les illusions et faux Jugemens que je viens de montrer comme inévitables si l'on s'arrête à l'examen isolé d'une masse dont toutes les parties sont désordonnées. Il faut donc , comme je l'ai toujours dit , voir beaucoup plus en grand j pour embrasser du même conp-d'œil les grandes masses ou contrées qui sont totalement granitiques^ et celles du voi- sinage qui ne le sont que peu ou point du tout ; alors on verra sans nul doute, que s'il y a entre deux masses voisines des dif- férences aussi étranges , c'a été l'elfet de causes accidentelles et même postérieures à l'existence de la masse qui est calcaire; ■on verra que celle-ci est toujours nne, simple et intègre, le travail régulier du temps, de la nature et de la mer que nous connoissons; tandis que la niasse granitique n'est jamais qu'un groupe si décousTi , si hétérogène et si disparate, qu'à défaut de mon hypothèse on est obligé d'attribuer sa mystérieuse origine à des temps fabuleux, à une autre mer, et une autre nature dont il est impossible de se faire aucune idée. Pour faire cet important parallèle entre les masses granitiques et les masses calcaires qui se trouvent en regard, j'ai indiciué aux géoiogistes {c/iop. i3 des nouveaux principes^ quelques exenqjles locaux que sans doute vous connoissez tous. Il en est un entre autres, à la vue duquel je desirerois obtenir de vous une heure de méditation sur mes hypothèses ; c'est celui que j'ai montré tout le long du cours de l'Isère : vous y voyez, 1°. Que la droite de ce torrent est bordée par une chaîne de calcaire qui est immense , puisqu'elle vient par l'est du plus haut de la Tarentaise, et par le nord des extrémités du Jura, à Bâle et à Muihausen , sans autres interruptions que quelques coujmres ou échancrures , toutes dans le vif. 2". Qu'ici cette longue chaîne se trouve non-seulement coupée comme au Fort-l'Ecluse , au Bourget et aux Echelles , mais brus- quement tronquée, déiruite et comme anéantie de fond en couible; p'iisque vers le midi ou à la gauche du torrent tout est granitique jusqu'au cours ou aux sources du Drac et de la Du- rance , comme vers l'ouest , depuis Vorepe et Voiron jusqu'au Jlhône , à Thain, à Vienne ei par delà. 'à°. Mais que cette dernière région a,ranlteuse a été effacée et iiS JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE rasc'e, puis encombrée par les f»,rands courans qui y ont afflué , tant de Vorepe que du Pont Beaiivoisin , et sur-tout de Cordon, les.|uals dans leur ravage ont découvert, et cependant respecte plusieurs buttes caicaiies quiétoient restées vierges sous le granit dont elles portent encore quelques restes on blocs épars et cid- butés par le torrent qui n'a pu les eutraîntr plus loin ; ce qui prouve bien qu'elles servoient de base à une granitification qui n'a été ni profonde ni parachevée. 4°. Que néanmoins avant que la débâcle fît tous ces ravages , il restoit à Vorepe et entre les deux régions graniteuses, un isthme ou une langue très-étroite de terre vierge et rLîifii|ue, par la.|utlle la grande chaîne calcaire du nord est tenoit encore ù celle du sud-ouest, qui règne jusqu'au Monl-Ventoux , et par différentes branches interrompues, jusqu'aux Alpines, à Aix , à Toulon, à Venco, etc. 5". Que sans la rupture de cet isthme et l'ouverture du goulet qui le remplace, l'Isère n'auroit pu ni creuser et fixer son lit supérieur, ni réunir celui du Drac ; que ((uant à son cours in- férieur jusque dans le Rhône, il a tout au contraire sa gauche bordée par une Iiaute chaîne calcaire , et sa droite par une basse contrée qui étoit granitique, mais qui n'est plus qu'une plage ou une crau de galets et autres attérissemens , depuis ([u'eile a perdu tous ses étages supérieurs , tant par le feu que par les torrens. 6°. Mais qu'il n'en fut pas ainsi de l'autre chaîne granitique qui , depuis le haut de la Maiiiienne , venoit finiijen pointe à cet isthme ou au confluerit du Urac ; parce que sans doute elle étoit beaucoup plus liante ou plus consolidée , et sur-tout parce qu'il y avoit nue bien moindre aftluence de courans, et que leur vitesse Y fut toujours retardée , d'abord par la hauteur de l'ancienne barre, ensuite par l'angustie du détroit actuel de Vorepe. y°. Que cette chaîne a donc, mieux que bien d'autres, con- servé les premières formes qu'elle avoit renues avant , lors ou après la formation de ses granits, et qu'elle n'a été ravinée que ]iar trois torrens principaux; savoir, dans son milieu ^ par la Iloinanche , et dans ses deux rives, par le Drac et l'Isère qui font ses limites et sa démarcation exacte avec les grandes masses de calcaire -vierge ; car tous les calcaires qu'on trouve enclavés dans cette presiju île granitique , ont au moins changé de place et degissement , tels (|ne coux de la Frctie , de Corps , etc. . . o". Qu'avant la débâcle ces formes étoient donc à-peu près ce qu'elles sont ; c'est-à-dire des pics, soit isoles, soit prolongés ET D'HISTOIRE NATURELLE. 119 en arêtes aigvies , séparés par d'affreux précipices , ayarit toutes letiis couches toiiraitntees et déversées sous tous les degrés d'in- ciiiiaiôon, jiisiju'à la turiae d'un toit, et jusrpi'à celle d'un lais- ceau dressé tout de bout. 9". Que dans cela seul on ne peut se défendre de voir l'image d un grand desordre, d'un conilit d'accidens locaux; sur-tciut si l'on tourne ses regards sur l'autre côté de l'Isère , sur ces antiijues et majestueux plateaux de la grande chartreuse et sur leur siable horisontalité , type de l'ordre simple, uniforme et primordial (j'ajoute universel, car c'est celui qui se manifeste encore sur les trois quarts de la surface du globe). Sil'on con- sidère enbuite qu'ils n'ont ici disparu que par une troncature faite brusquemti't , violemment et sur une hauteur à pic qui est encore efirayante, quoiqu elle soit déjà presque toute ensevelie et rendue in\isible par ses propres éboulis et dégradations , ou parles dépôts ultérieurs du torrent , par des bancs horizontaux de ce grès m.jlace qui, ici comme au Mont-PerJu , sembleroicnt faire la base ou la iundaùon de cet énorme rempart : tandis que la chaîne gianiii(jue qui est en face, n'est terminée que par des pentes irès-infurmes, par des rest-auts et des bosses annonçant que la plus giande déliaison existoit déjà dans la masse totale , avant (ju'the ['rîc tous ses talus , lors ou par suite de son émersiou . lo^». Mais c]ue quelfjue grand et étonnant que soit ce contraste dans les formes exteiieuies, il l'est bien moins encore que celui qu'on trouve dans l'organisalion et la constitution internes ; puisqu'au lieu d'une terre miique, yjure et homogène de f'ond- encomijle^ qui occupe tout un côté du torrent, jusqu'aux plus grandes distances, ce côté-ci nous offre dans un petit espace, iiou-seulemciit toutes les terres qui ont un no:n particulier , mais en général, tontes les substances innombrables que peut comprendre un dictionnaire de minéralogie ; qu'elles y sont pêle-mêle et en desordre , presque toutes mélangées jusqu'au point d'êtie inséparables , sans excepter cette môme pierre cal- caire qui est uiique et vierge de l'autre côté, mais qui, de ce côt'.-ci , a reçu toutes les sortes de transformations vitreuses et bitumineuses uaus lesquelles l'analyse chimique peut seule la retrouver et la retrouve toujours; mais qui s'y reconnoît aussi à la vue simple , tantôt en masses rompues de vrai calcaire ou de gypsi', comme dans la vallée centrale de la Romanche, tantôt en filons où la même couche (pii d'un bout est toute calcaire , devient par degrés ou de proche en proche, schi-^teuse, ndca- l'^o .JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE ce; , cjuarizcuse, méta!li;|ue , et absolument mécoimoissable a l'autre bout. 11". Que d'après cela , sous toutes ces formes et minéialisa- tions quelcon(|ues on doit appercevoir qu'il n'y a point d'autre base première, ni j>oint d'autre sujet originel que cette terre calcaire : qu'elle ëtoit ici la terre unif[ue et générale , comme elle l'est encore dans tous les plateaux cnvironnans ; et q-iC si elle s'y trouve aujourd'hni déiigurée, dénaturée et à tel point méconnoissable , ce n'a pu être que par de grands accidens lo- caux et circonscrits. (Je vous laisse à juger si ces phénomènes locaux peuvent avoir été autres que ceux que j'ai établis ; savoir un tremblement de terre pour briser, changer toutes les termes et positions, puis un endiràsenient avec incinération, pour pro- duire d.rectement ou indirectement les sels et les nainéralisa- teurs pyriques ou vitreux , métalliques ou bitumineux qui ne pouvoient point exister auparavant). 12". Qu'autrement , et si l'on persistoit à voir en tout cela des ju-odn étions et formations originelles et primordiales ou spon- tanées , l'on seroit du moins Ibrcé de convenir qu'elles ne tu- rent que locales ou exclusives ; et quoi que vous en d'isiez, on ne pourroit alors se défendre de les attribuer à une nature très- bharre et très-capricieuse ; non-seulement dans les genres , es- pèces , mélanges et assendilages des substances les plus dispa- rates qu'elle auroit affecté de ne produire qu'en détail ^ en lieu privilégié, et toutes à la fois, mais encore dans s£s plans gé- néraux et dans ses procédés les plus en grand. Car , par exem- ]ile , on ne peut jjas nier qu'originairement elle avoit établi à Vorepe, soit le détroit actuel, soit l'isthme antécédent cpie j'y suppose (i). Il faudroit donc dire dans ce cas-ci que son dessein ctoît ou de joindre ensend)le , par un fil , deux grands conti- ncns destinés au seul calcaire pur, ou de séparer deux pres(jue- îles consacrées uniquement aux genres primitifs ; et dans l'antre cas, qu'elle vouloit au contraire, réunir deux fabri(|ues de pri- mitif ou deux mers vitreuses, en bornant et séparant l'un de l'autre, les deux grands ateliei's ou les deux océans calcaires? Je m'en rapjiorte à vous-même, de cette absurde conséquence, et de toutes celles que j'avois déjà tirées du tableau naturel. Je (i) Cet islhine n'étoit pas originel, m^is il rcsulloil d'une portion de U terre cnguielle que l'incendie de l'est ou de l'ouest n'avoit pas encore dévorée ni même attaquée lors do son extinction, VOUS ET D' II I S T O I R E NATURELLE. lui vous avoue qnc ce sont maintes obseï valions sembiablesqui m'ont fiilt renoncer aux principes actuels de la minéralogie théoi ique; •en me convaincant que cette théorie , qui embrasse néctssaire- nient tout le globe, portera toujouis à Faux et restera livrée à toutes sortes d'erreurs ou de méprises , jusqu'à ce qu'un bon observateur usant la dégager de toutes les idées scicnii{i(]ues cpii l'ont, de plus en plus, surchargée et obscurcie, sache enhn la ramener à ses premiers principes; je veux dire aux faits géné- raux les plus simples ou les plus palpaliles, comme étant ses seules et véritables bases. C'est ce que j'ai entrepris ou ébauché dans ma nouveLle géologie , dont vous trouvez ici <;uelques ap- plicatio:!S , sur lesquelles je ne me serois pas tant repété ou appesanti sans l'iaqjortance que j'y attache, sans l'étonnement qu'elles causent et la contradiction qu'elles éprouvent. P. S. L|g système du granit primitif que j'ai osé combattre , semble aujourd'hui prendre une lace toute nouvelle et fort sin- gulière. Vous en jugerez par la réponse que l'habile ingr^nieur A'Iuthuon vient de m'adresser (Journal des mines, 11°. 541j à l'occasion de plusieurs volcans qu'il soutient avoir pris naiss.uice dans l'intérieur des montagnes de gr'anir^ et non pas au dessous de ces mêmes granits, comrrre je l'avois asuré , et comme Dolourieu l'assure aussi , mais par des causes ou raisons bien différentes des miennes ( \ ). Depuis f[uc les géologues sont forcés d'avouer que la doctrine du primitif est démentie par tinc prodigieuse quantité de gra- nits auxquels elle étoit inapplicable, ils ont imaginé, pour ceux- ci , une épo(|ue et une formation secondaire ou postérieure, nuiis autant et encore plus énigmatiquc que la première. Sans doute qu'aujourd'hui ils sentent combien il est encore ridicule de sup- poser que la nature se seroit ainsi répétée, imitée, parodiée ^ aussi tard et aussi diversement, dans sa plus étonnante produc- tion ou cristallisation originelle : et déjà Muthuon n'hésite plus ù (1) Car , au lieu tlu calcnlre scliisleiix e! bittimmcux que je dis être Ordinai- rement sous les plus grandes misses de granits , c'est un globe central visqueux ou liquide sur lequel Doloniieu fait reposer la première couche terreuse qui , selon lui , est une croûte de granit générale et cependant perméable aux érup- tions volcaniques, dont le foyer seroit encore plus bas, dans le noyau pâteux ou liquide 1 ! Tome U. THERMIDOR an b-. Q 122 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIBIIE (lire qu'ils font preuve de nialadresse , lorsque pour dcfciulre leur doctrine, ils s'abaissent dans pareils détails. 11 clierclie donc à sauver les invraisemblances, à simplirier' l'oeavrc de la nature , en la jusùfiant du reproche de bisarrerie : et de sa nouvelle opinion il résulte , \". que la seule produc- tion oiiginelle de £;ranit , fut celle des montagnes mères ou pri- mitives , dont il ne nous montre ici d'antres exemples ou d'au- lics restes que le plateau du palais , au centre des Cevennes, qui ne présente aucun vestige de volcan; a», que d(?s courans du sud, après avoir submerf^e l'Atlantide , détruit les terres austra- les , rongé les caps de Malabar, de Bonne-Espérance , etc. , sont venus jusqu'ici déchirer et eliacer presque toutes ces montagnes mères, en charriant vers le nord leurs débris mélangés de toutes les autres es[ièces do terres ; i>". que telle fut l'origine ou la cause accidentelle et mécanique de tous les gi-anits faux ou secondaires j qu'ainsi les volcans ont pu établir leur foyer et trouver leur ali- ment, soit au milieu , soit dans le fond de pareils granits, mais toujours par-dessus le granit primitif on central , dont il prend chaudement la déi'eiise. Si cette nouvelle hvpothèse senrble résoudre quelf|ues-unos des objections que je faisois aux partisans du primitif, sur lés grandes dissemblances qui lègnent entre toutes et chacune des montagnes graniticpies; vous convien'lrez tpi'elle prête elle-même à des objections (jni sont tncore plus forte?. Car, cpiand même on adniettroit des courans p.ireils, et assez furieux jiour démolir et déblayer, jusque vers la Loire, des montagnes primitives de granit, après toutefois avoir respecté tant de montagnes cal- caires qui se trouvoient sur la même route depuis le Gard ; l'on ne pourra jamais croire que les Monts-d'Or , du Cantal et tant d'autres qui sont très-volcaniques, ne soient qu'un granit de transport sur la base restante d'un autre gi'anir vierge ; el: qu'ils ne méritent que le nom de faux ou secondaires, vu le poli et la beauté de certains ouvrages qui en sont sortis. Les arrachemens et transports du vrai granit, comme de tonte autre pierre, ont du nécessaiiement se retrouver dans le lieu du dé|)ôt, on en fragmens sépares et informes, ou en blocs arrondis et galeteux , ou en sables provenant de sa trituration ; et ils n'ont pu y recevoir une pétrification o'j agrégation ncuivelle , que par ■an nouveau gluten : ce seroit donc encore aujourd'hui le vrai granit qu'on y verroit, mais sous les formes, soit de brèches, soit de pondingues, soit simplement de grès. Or, y a t-il une ET P' II I S T O I II E NATURELLE. i2> soiile montagne ainsi oiîiposéc , parmi toutes ctlies que l'auteuL- nous annonce pour être de granit secondaiie? Cependant, ce plateau du palais est sans doute assez remar- quable pour /iiire illusion, si l'on ne rcflécliit pas d'abord, (|u'il y en a do pareils au iT.ilieu du Cant il uièirie ,. les jue's sont d'un gi-anit aussi partait, aiissi intègre et aussi exeu)f)t de traces voL- caniL|ues; ensuite que la cotiséqpence qui en a été tirée peut être très-tausse : car eniln , quoiipie très-nombreux daiTS ces contrées, les volcans n'y eut point été et ne pouvaient pas -y être con- tigus ; il est nécessairement resté entre eux des espaces plus ou moins grands qu'on devroit donc regarder aussi comme autant de montagnes mères. Pour moi, au lieu de dire que , si le gra- nit du palais n'a point été volcanisé, c'est parce qu'il est primi-. tif", central et plus intègre que les autres ; je dirois àl'lnvei-se, qu'il n'est plus intègre et plus régulier, que parce qu'il n'a pas été perforé ni touruienté par les explosions volcaui pies , dont* les plus grands ravages ont conunencé par le plus petit filet de gaz ou defuuiée, ipii a dû trouver passage à travers une mon- t».gne de granit rpiclconque, plus facilement encore qu'à travers les calcaires sur-tout si elles n'étoietit pas schisteuses, c'est-i-dlre boulversées. Un autre fait particulier que l'auteur cite en jireuve de son opinion , c'est celui des gros blocs de granit loulés (]ue l'on voit à I?elle-îie enveloppés dans une roche granitique . Il n'est pas douteux que cette roche ne soit un composé secondaire , c'cst- tL^ire , postérieur à l'égard des galets de granit qu'elle renferme : Hi-ais sans l'avoir vue, j'oserois assurer qu'elle n'est point elle- même un granit , ou que ce nom lui sera généralement réfusé. Cl d'ailleurs (|u'ducun volcan ne pourroity vivre. J'en jageaiaii, tant par le sim;>le raisonnement , que par les exemples cpie j'en connois à l'extrémité orientale desPyrénées, près de Fort-V endre : ce n'est qu'un de ces grèsj brèches ou poudingues dont j'ai pirlé plus haut , ci:nentés par un sable et un détritus plus ou moins graniteux; et cela ne fait jamais qu'un appendice ou une très- petite portion de la montagne. Vous voyez, d'une part , à quelles variations , à quels moyens extrêmes sont réduits les défenseurs du granit primitif , et com- bien leurs efforts sont inutiles, je ne dis pas pour expliquer son origine (car ils croient que ce premier fait passe tout ce ({ue la physique peut nous apprendre sur les œuvres ou sur la puiis.mce do la nature) mais seulement pour rendre vraîsem- blablesles causes et les dilï'.'rences par lesquelles ce granit doit O 2 *-2t JOURNAL DK PHYSIQUE, DE CHIMIE être cHsiingué Je tant d'autres qu ili noimuont granits f.iîx ou .secondaires, litos ou feuilletés. IJ'antre put, vous avci jui voir qu'il n'y a aucune de ces espèci^s d.' granits, vrais ou taux, m luêuie aucune des pierres graniticincs ou juattzeuses , doni je n'étalilisse pliysiquenieiit la cause et la forai ition, soit [U'emieie ou originelle , soit secondaire ou uiodillee. Mais voici encore une autre liypotliose plus nouvelle et bien plus admissible, sur l'origine des granits , que E. M. L. Patrui vient d'esijuisser, indirectement, dans ses excellentes recher- ches sur les volcans (Journal de physique , germinal dernier) ; elle pourroit uiêine concilier votre opinion avec la mienne, en les rcctiliant ou les niodillant toutes deux. Suivant cet habile physicien, c'est à des fluides aéiifonnes que les volcans di>ivent et leur naissance, et leur alineiU, et leurs éjections; ces fluides gazeux naissent, eux incaies, de l'acide marin ou nmriaticiue , agissant fair des couches schis- teuses /'/7w/'//i',"5 qui, dans le principe, ctolont parallèles à la surface du globe, et qui le sont encore entre elles, quel pie soit anjour.l hui leur position (i) : entiu les laves no soiUn , si es n'est le calcuire vierge et natif ou iii.riuV El p.ir quelles (--;ii:.C3 ce içisseinent nnilorm: , universel ?u- roit-il pu élre détruit ioc.ilcmentV si ce n'étcit pas comme jc l'ii dit, par des trembleiiitns locnux , des coiivul;ion& souterreines on coinmolio .s éleclri-» «jues, tous précurseurs ou compa^^iioas de quelque phénomène pyrique. ET D'HISTOIRE NATURELLE. la^ aussi tumni tueuses ressemblent à qnelcjues-unes de ces pierres (jui tort mal connues sons le nom de priinitives ; mais que cette ressendjliiTice soit, ([iiekjnei'ois, si parlaite qu'il serait impcssiljle de les distinguer dis anciens granits ou porphircs, comme l'as- STire cet auteur , c'est ce qui paroît difficile à croire : c'est cependant ce que je u'oserois nier; et si le fait est vrai ^ il sera pour les géologues un grand sujet de nouvelles réfleTtions dans ja question présente. Ils doivent penser d'abord, que soit primitive, soit volcani- que, et quoiqu'ù des époques fort distantes, une pierre ausbi singulière que le giaiiit n'a jamais pu se former que par des causes et des élcmens sendjlables ; ce seroit donc par des subs- tances ou parles t.iiix de la mer , également vaporiiées, gazi- fiies, puis cri-jiallisées. Mais, comme le veut la chimie, et comme les volcans le démontrent , ces gaz eux-mêmes n'au- roient pu ni se former ni se terrifier sans fermentation, sans chaleur exîraordinaire , même sans inflammation : or , telles sont précisément les causes premières ou originelles que j'ai assignées au granit en général, en montrant les inceiulies qui cm évidemment dénature plusieurs porticms di s premiers con- tinens. Si je m'étois ensuite trompé en lui donnant [)0ur ma- trice immédiate 1:1 cendre au lieu du gaz (qui cependant par J'hypothè^e et par l'exemple de tous les volcans, a subi lui- même une combusîioii très - réelle et des incinL'ralious prodi- gieuses), il n'en seroit pas moins proiivé , comme je l'ai tou- jours soutenu, que le granit est une production pyrique, le ré>idu tl'un embrâseirient quelconque (mais local ou circons- crit) ; qu'il y avùit dcmc des terres piéexistantes et, si non combustibles comme je l'ai dit, au moins propres à faire, pour la cjéation des gaz, le même ofiice que l'auteur prête très-ju- diciiustme nt à nos schistes actuels et sous-volcaniques; enfin, que Cette pierre na pu se former spontanément , généralement dans le sein d'ui>e mer universelle, ni avant toute autre terre. Je puis donc atlopter le nouvel et beau système de Patrin , en disant que si le (p.iartz et les autres constituans du granit ne sont pas une aglutinaticm des différentes lessives de diffé- rentes espèces de ceuilres , ils seroient néanmoins originaires du même braiier et des différeiis gaz qui s'exhaloient nécessai- rement de cette nappe oit de ce lac de feu, comme ils s'échap- pent aujourd'hui des souterieins ignivouies , depuis que la même terre n'est plus coiidjustlble ou inflammable spontané- rz'j JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE meut, je veux dire sans (|ueli|ucs moyeiia éqiiiviileiis ù des four- neaux et à des soufflets (i). Mais je l'avoue , quand uieme je ne reconnoîtrois pas évl- demmeut la cendre tout-à-l'cutûur des grandes liiasses de gra- nit , et souvent une ctndre qui, si elle nVtoit pas stratifiée par les eaux , seroit toute seudjjable à celle (|ue le volcan du Puy- de-Dôme a lancée à sec dans le vailoii de Volvic ; j'aurai tou- jours grande peine à croire qu'elle n'est pas, elle-uiênie, un des co-élLinens du granit; rpie ce n'est pas à sa présence ou aux résidus terreux de sa dissolntion que nous devons, au moins, les sels neutres du mica, de l'hornblende et autres cristallisa- tions alumineuses , uiagtiésiennes et argileuses-, auxquelles on ne peut pas refuser le nom de granitiques. Car enfin , à juger par l'cuorme quantité de cendres que l'auteur attribue aux seuls gaz d'un volcan , quelle a dû être celle produite par les anti- ques mers de feu et de gaz qui ont pu former les grandes et antiques montagnes de granit ? Je pourrai donc plus que jamais faire valoir cet argument : Que seroietit devenues tant de cen- dies, tant de terres inaltérables? Et ou pourrait on les recon- naître , si ce n'est pas dans le granit lui- même et dans Les molaces ? Au surplus , pourquoi le savant Patrin refuseroitil de voir ou d'admettre aussi la cendre de gaz dans ses laves gazeuses , sur- tout dans celles qui indtent si parfaitement le granit? Pour- quoi même retuseroit-il de croire que celles-là n'étoient d'abord yu'un tori'ent de cendres ardentes et par conséquent fluides , qui se refroidissant et se dL'Com[)Osant dans l'eau , se seront ensuite granitifiées comuie je l'ai dit des cendres antiques ; ou qui auront engendré ces leucites et autres espèces de cristaux qu'on cherche inutilement par-iont ailleurs, qu'on doit donc regarder comme la production exclusive de certaines laves ou de certaines cendres ? ;'i) Dans cette nouvelle liypothèsc, on ne pouroit plus m'objecler la grands hauteur de quelques inonls de granits, ou la quantité incroyable de terres qui au- roient élé brûlées , pour laisser après elles pareils monceaux de cendre ; mais au contraire , l'on m'objecteroit avec raison les basses contrées granitiques , ces lusses que je dis avoir été dévorées et creusées par le feu ; car, loin de détruire autant de terres, mes feux antiques , comme les leux modernes de Patrin, dé- voient en créer de toutes neuves , et les entasser aussi montagnes sur montngneSj aux dépens des eaux de la mer; à moins qu'on n'y suppose diderens feux j beau- coup plus ou moins gazifiatis , plus ou moins dévorans, plus ou moins vivaccs les uns que les autres; co qui se remarque ea eŒ-^l parmi nos volcans, soit vjvans, soit éteints. ET D'HISTOIRE NATURELLE. 127 =SIW»rLag>iilir5Ma— MU JjhJJaWMHagggBWCTWg CONJECTURE DE B. G. SAGE, Sur la manufacture du prétendu ornîlhoUte de Montmartre. Un des naturalistes les plus distingués d'Italie , le célèbre Fortis , vient de llùre connoître f]ue le prétendu ornitholite (1) de Montmartre n'est qu'une momie informe d'une grenouille ou d'un crapaud ; reste à savoir si ce débris d'animal n'a pas été inséré dans du gvpse par quelqu'ouvrier ; le fait suivant fait connoître leur ruso. Lorsque je rassemblois j, il y a vingt ans, les productions de la colline de Montmartre , que j'ai placées dans la première gale- rie du musée des mines, les pourboire, me firent apporter l>eaucoup d'objets par les carriers ; un d'eux m'apporta , entre- antres un cristal cunéiforme de sélénite qui renfermoit un lézard ; les deux parties du cristal étoient si bien rassemblées , et le sont si bien encore, qu'on apperr.oit à peine leur réunion: l'ouvrier avoit excavé la selenite pour y pl.îccr le lézard. Je laissai ce cristal sur mon bureau^ c'étoit en été, une odeur fétide me décela l'artifice. J'ai conservé ce morceau parmi les productions de Montiuartre , comme un tour d'adresse remar- quable. (i) De ce que le prélendu oiseau pétrifié de Montmartre n'en est pas un, on ne doit pas en conclure qu'il n'en existe pas. 123 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE NOTE SUR UN PIED D'OISEviU FOSSILE INCRUSTÉ DANS DU GYPSE; Lue à l'Institut national le premier thermidor an 8 , Par le C. Cuvier. Quoique je continue avec ardeur mes recherches sur les dé- bris d'animaux enfermés dans les couches qui enveloppent notre globe , je n'ai depuis longtemps rien communiqué à la classe , sur les résultats que j'ai obtenus, parce que ces résultats n'au- ront d'intérêt i|ue par leur ensemble, et" que cet ensemble for- mera urt grand ouvrage. Mais le fait (pie j'ai à lui présenter aujourd'hui peut être détaché de la. masse, parce qu'il est isolé, et il me paroît di- gne de son attention , parce que tout isolé qu'il est , il décide une question générale qui occupe depuis longtemps les natu- ralistes. * C'est celle de savoir si les couches de formation snhmarine contiennent des ornitholites ou des ossemens d'oiseaux; cette question tient essentiellement à l'histoire de l'ancien monde , quoiqu'il soit à-peu-près prouvé qu'il n'existe plus de dos jours aucune des espèces d'animaux terrestres qui ont été enveloppés dans les grandes catastrophes qui ont donné naissance à nos continens actuels , cependant on observe qu'elles se rapportent à des classes et à des genres plus ou moins analogues à ceux qui vivent encore ; mais la classe des oisean.s: existoit-elle avec eux ? ou n'a-t-elle été produite que depuis ? ou échappa-t-slle toute entière à la destruction générale qui fiappa les animaux terrestres? On sent que ces questions importent non-seulement à la géologie , mais qu'elles ne sont pas môme étrangères à la haute métaphysique des corps organisés. Nul doute que des oiseaux ne puissent être incrustés de suc lapidifique, ne puissent être enfouis dans (|uelques éboulemcns, ne puissent tomber dans quelque crevasse de roche et s'y conserver plus ET D' H I S T O I R E NATURELLE. lu^ plus on moins Ijien , y être aième pétrifiés} ditfjrens auteurs en rapportent des exemples et personne n'en conteste la vérité. Mais les conclies pierreuses régulières , et (pii s'étendent à de grandes distances , ces résultats généraux d'une précipitation submariue , contiennent-elles aussi de ces sortes d'ossemens ? Voilà ce que plusieurs savaus naturaliites ont nié. Lecélèijre minéralogiste Fortls vient de publier dans le Jour- nal de p]iysi(pae un mémoire ex -proiésso , sur cet objet, où il discute avec sa sagacité ordinaire tous les passages , et où. il examine tous les morceaux qui paroissoient jusqu'à présent fa- vorables à l'existence de ces sortes d'ornitholites ; sa conclusion est (pi'on n'en possède encore aucun de constaté. L'autorité d'un savant de cet ordre me dispense de recherches ultérieures sur le passé , et si le morceau cpie je vais vous pré- senter se trouve, comme je n'en doute pas, être un véritable ornitholite d'ancienne couche, j'aurai à me louer du hasard qui iu'a favorisé au point de me procurer les moyens de cons- tater le premier un fait aussi important. Les divers naturalistes (pii ont adopté l'existence des ornitho- lites , citent prcsipie toujours ceux qu'on trouve à jSJontmurtre ; cepen lant très-peu d'entre eux disent en avoir vu , et mt'me en rassemblant et en comparant leurs témoignages , on trouve que les morceaux qui ont été regardés jusqu'ici comme tels se ré- duisent à deux. Le premier et le plus célèbre est dans la possession de notre respectable confrère le C. Dârcet, Il a été décrit comme étant Tin oiseau, par l'iutéiessant et malheureux Lamanon ; mais il est si problématique, que le savant Foriis vient de le décrire de nouveau , et de déclarer qu'il le croit plutôt appartenir à une grenouille ou à un crapaud. Le second appartient à im particulier d'Abbeville, dont j'ignore le nom ; j'en ai entendu parler au citoyen TrauUé, homme de lettres connu , de cette ville , et le citoyen Bâillon , qui demeure au même endroit , et qui est si estimé des naturalistes , par ses observations sur les oiseaux , m'en a aussi annoncé l'existence par écrit , mais sans aucun détail. J'ai vu entre les mains du citoyen Lamétherie , iin dessin que je suppose être celui de ce même morceau , d'autant ([u'il lui a été envoyé par le même citoyen Traullé , mais sans description. 11 me paroît bien cer- tain que ce dessin représente de vraies jambes d'oiseau ; mais comme la figure n'en est pas bien terminée , les naturalistes Tome LI. THERMIDOR an 8, R i3o JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE conserveront peut-être quelques cloutes tant qu'ils n'auront pas vu le morceau lui-même. Dans tons les cas le troisième morceau qui est celui que je vous présente, et ce deuxième se serviront réciproiinement de confirmation, car ils sont de même nature, et ne dif'lèrent que par l'espèce des oiseaux dont ils proviennent. Je vous présente en même temps la gravure que j'en ai faite avec une exactitude scrupuleuse (pi. 1.), sans rien ajouter ni diminuer et en expiimant autant que je l'ai pu toutes les cassures ec les imperfections. Il n'est pas inutile que vous en fassiez la compa- raison et que votre autorité ^aiantisse la vérité de la figure aux naturalistes qui ne pourront voir eux-mêmes l'original. Cette pierie fiiisoit partie de cette masse immense de couches gy[ sensés qui environnent de toutes parts la ville de Paris. Elle a été prise à Clignancourt , dans la troisième couche , c'est à-dire encore à quinze mètres plus bas que les ossemens de quadru- pèdes dont j'ai déjà entretenu l'Institut. Elle est par consé- quent d'une formation beaucoup plus ancienne que les couches qui contiennent ces ossemens. Le pied d'oiseau est attaché à la surface du lit auquel cette pierre appartcnoit. On sait que les lits de gypse sont séparés les uns des autres par des lits beaucoiq) plus minces d'une marne feuilletée , dont quelques-uns ont à peine une ou deux lignes d'épaisseur. On voit encore dans mon morceau quelques parcelles de cette marne adhérentes au gypse. Les parties osseuses qu'on y remar([ue consistent en une moi- tié de fémur , un libia, un os du tarse , trois doigts à- peu près entiers et un léger vestige de pouce. Toutes ces parties ont con- servé leurs articulations et leur position naturelle , et personne n'hésitera à les regarder au premier coup-d'œil co.mme par- faite lient semblables au squelette d'une patte d'oiseau. Mais cette ressemblance genérile ne peut satisfaire l'anato- miste ; il lui faut un exameii plus rigoureux pour le convain- cre, il faut qu'il retrouve dans 1-s proportions, 1< s Innues et le nombre dis parties, les caractères distinctifs exclusivement propres à l'animal auquel il veut attribuer les os qu'il observe. C'est ce que nous trouvons parfaitement dans ce morceau Je ne parle pas du fémur et du tibia ; quoicjue ces parties , lortju'on les voit entières , aient dans les oiseaux des caractères tout particuliers , elle ne soiit pas assez bien conservés ici pour qu'on les y observe. Mais l'os du tirse ne laisse déjà aucun doute. ET D' HISTOIRE NATURELLE. i3i Il n'y a que la seule classe ties oiseaux où un os unique tienne lieu de tarse et de métatarse. Dans les quadrupèdes a canon ^ le métatarse est bien d'une seule pièce, mais le tarse en conrient plusieurs; dans les tarsiers et les galagos, les os Staphoïi.les et calcanéums sont bien prolorigés^ de iaron à don- ner au tarse autant de longueur qu'à celui des oiseaux; mais les autres os du tarse et du métatarse n'en subsistent pas moins. Quelques reptiles comme les grenouilles, ont aussi un tarse allongé, mais il y a toujours deux os longs et plusieurs petits. Le nombre et les articulations des doigts sont encore plus ca- ractériaiiques, s'il est possible. Les oiseaux sont la seule clasa dans laquelle on observe le nombre d'articulations 3, 3, 4 et ô , pour les quatre doigts à commencer par le pouce qui est toujours celui qui en a le moins. Cette règle n'a d'exception que dans l'autruche et le casoar, qui ressemblent au maaunifère par te nombre ternaire donné égale- ment à tous les doigts ; en eliet tous les mammifères ont deux phalanges au pouce , et trois aux quatre autres doigt."», à moins que quelqu'un de ces doigts ne soit oblitéré et caché souS/la peau. Aucun reptile ne ressemble non plus aux oiseaux par ce nombr* d'articulations , excepté le lésard ordinaire ; mais outre" que le lésard ordinaire a un cinquième doigt qui n'est pas ici , son tarse étant tout différent , on ne peut lui attribuer la pièce que j'examine , et dans laquelle nous trouvons précisé- ment les nombres propres aux oiseaux. En eii'ct , sans parler du pouce g , qui est mal marqué . nous trouvons au doigt interne, h, deux longues phalanges et une petite pour l'ongle dont l'empreinte est presque effacée. Le doigt du milieu i, qui est le plus long des trois, comme c'est l'ordi- naire dans les oiseaux, a trois longues phalanges et un or- guéal mieux marqué que le précèdent, et le doigt externe qui paroît ici entre ks deux autres, à cause de la compression que ce pied a éprouvée , a -(juatre phalanges longues et un orgiieal très-bien marq jé ; et les cinq ensemble n'égalent pas la longueur des quatre qui forment le doigt du milieu. Les onguéaux, à en juger par celui de ce dernier doigt , sont parfaitement semblables à ceux des oiseaux. » Ainsi tout se réunit dans ce fossile pour convaincre le scepti- cisme, et je ne doute pas que les naturalistes ne reconnoissent tous qu'il appartient à la classe des oiseaux. P- 2 332 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Il n'est pas iiiênie impossible de trouver à-peu-près l'onlre et le genre dont il provient. Cet ordre et ce genre se déterminent jusqu'à un certain point par la proportion du tarse au tibia, et par celle des phalanges entre elles. En en faisant une compa- raison scrupuleuse avec les squelettes de divers oiseaux , j'ai trouvé que Ja petite hirondelle de nier, étoit celui qui les avoit le phis conformes à la patte Ibs&ile. La pierre qui le contient n'étant point fracturée, ne présen- tant aucune trace de £ion ni de stalactite, ayant été arrachée d'un lit très-considérable, et homogène dans toute son éten- due , les os de ce pied ayant alisolument la même couleur et la même consistance que ceux de quadrupèdes que ces couches gypseuses renferment , il ne me paroît pas dotxteux que ce pied d'oiseau n'ait été comme ces os de quadrupèdes, enveloppé dans la précipitation qui a formé ces couclies. Je crois donc avoir résolu affirmativement la question des or- nitholites d'ancienne formation. NOTICE. Sur une empreinte d'oiseau dans un morceau de plâtre de Montmartre, par J.-C. Delamétherie. Le citoyen Traullé d'Abheville , me parla d'une empreinte d'oiseau dans un morceau de plâtre de Montmartre , (|ue pos- sédoit un de ses compatriotes, le citoyen EUuin. Je le priai de m'envoyer le morceau pour le fa're dessiner, ou de le faire dessiner lu!-mên;e; il a préféré ce dernier parti : c'est ce dessin que j'ai fait graver , pi. 1 1. 11 n'a pu me comnumiquer de détails sur ce morceau intéressant, que ceux qui sont contenus dans la lettre suivante : ce J'engagerai M. Ellnin à vous envoyer son ornitholite, et vous verrez, coiiuneM. Baillet, ingénieur dos mines, l'a bien reconnu,' et comme je l'avois cbs' rvé , que les pattes ne paroissent pas ap- partenir au corps de l'oiseau dwnt rempreinte est dans la partie supérieure , mais bien à un autre ciseau, (^e sont deux oiseaux ou deux parties de deux differens sujets rapprochées. IjP gypse qui contient l'empreinte des pattes , est de couleur différente de celui qui contient l'enqsreinte du corps ; et j'ai toujours soupçonné que les quatre morceaux nés- rejoignoie-u pas bien, ce qui n'est pas aisé à vérifier, parce que le tout est sous verre. 33 ET D'HISTOIRE NATURELLE. i33 MEMOIRE. SUR LE VIN, Par C II A P T A L. Extrait du cours d'affrieulture. a' Il est peut de productions naturelles que l'iiomme ne se soit apjiropiiées, coiume alimens , sans les altérer ou les modifier par des préparations ; mais c'est sur-tout dans la fabrication des boissons que l'homme a montré le plus de sagacité. A l'ex- ception de l'eau et du lait , tontes sont son ouvrage : la nature ne Ibrina jamais de liqueurs S])ii itueuses. Nous ne suivrons point l'auteur dans tout ce qu'il dit du vin considéré (niant au cliirjat, au sol, à l'expositidU , à la cultu- re', etc., etc.; nous nous bornerons à ce qui concerne la fer- mentation et le vin. On sait qu'il n'y a que le corps sucré qui soit capable de pas- ser à la fermentation vineuse, et ce corps sucre doit toujt)urs contenir une jiartie extiactive ; car Lavoiiier a piouxé que le sucre seul ne peut fermenter; il- a été obligé d'y ajouter une portion de levure de bierre en pâte. Ces principes sont composés d'oxygène , d'hydrogène , de carbone et d'azote. Le uiouvement de la Rrmenlation les dé- compose et donne de nouveaux produits qui sont , De l'eau , De l'aci'le carbonique , De l'alcohol , De l'acide acéteux , Du résidu sucré , Un reste de la levure. ' Les effets de la fermentation vineuse se réduisent donc à sé- parer en deux portions le sucre qui est un oxide ; à oxygéner l'une aax dépens de l'autre , pour en former l'acide carbonique ; à (lési'xvgéner l'autre en faveur de la première , pour en for- mer une substance combustible , qui est l'alcohol ; ensorte que s'il étoit [losîiUle de combiner ces deux substances , l'alcohol et l'acide carbonique, on relormeroit du sucre. Il est à remarquer i3i JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE au surplus, que l'hydrogène et le carijone ne sont pas à l'état d'huile dans l'alcohol ; ils sont combinés avec une portion d'oxy- gène qui les rend niiscihles à l'eau. Les trois principes, l'oxy- gène , l'hydrogène et le carbone , sont encore ici dans une es- pèce d'état d'éi|uiiibre : et en effet , en les faisant passer à tra- vers un tube de verre ou de porclaine rougi au feu, on les recoinbine deux à deux, et on retrouve de l'eau j de l'hydro- gène, de; l'acide carbonique et du carijone. Mais nous allons passer à l'analyse du vin , que donne l'au- teur. L'analyse du vin commence dans les tonneaux, piusqu'il s'en précipite successivement du tartre, de la lie et du principe colo- rant j de manière tju'il n'y reste pres(|ue ]>!us que de l'aîcohol et un peu d'exiractif dissous dans une portion d'eau plus ou moins abondante. Mais cette analyse exacte qui nous montre séparément les principes du vin , nous éclaire peu sur leur na- ture, et nous allons tâclier de siqjpléer par une méthode plus i;igoureuse à ce qu'elle a d'imparfait. Nous distinguerons dans tous les vins un acide , de l'aicoliol, du tartre, de l'extractif, de l'arôme et un principe colorant; le tout délayé ou dissons dans une portion d'eau plus ou moins abondante, 1°. L'acide. L'acide existe dans tous les vins; je n'en ai trouvé aucun qui ne m'en ait présenté qnelqu'indice. Les vins les plus doux , les plus liquoreux rougissent le papier bleu, (ju'on y laisse séjourner quelque temps; mais tous ne sont pas acides au même degré. 11 est. des vins dont le caractère principal est une acidité naturelle : ceux qui proviennent de raisins peu mûris, ou qui naissent dans des climats humides, sont de ce genre; tandis que ceux qui sont le produit de la fermentation de raisins bien mùis et sucrés , offrent très-peu d'acide. L'acide paroît donc être en raison inverse du principe sucré , et consé- quemment de l'alcohol , qiù est le résultat de la décomposition du sucre. Cet acide existe abondamment dans le verjus, et se trouve dans le moût quoiqu'en plus petite cjuantité. Toutes les li(jue!ns fer- mentées , telles que le ciire , le poiré , la bierre , ainsi que les farines fermentées , contiennent également cet acide, et je l'ai rencontré jus(iue dans la mélasse : c'est même pour le saturer coinplettement qu'on emploie la chaux , les cendres ou d'autres hases terreuses ou alkalines dans la purification du sucre ,. ET D' HISTOIRE NATURELLE. i35 sans cela l'existence de cet acide s'oppose à la cristallisation de ce sel. Si l'on rapproche le vin par la distillation , l'extrait qui en. résulte est en général d'une saveur aigre et pi.juante. Il sullit de passer de l'eau sur cet extrait ou même de l'alcohol, pour dis- 50 idre et enlever l'acide. Cet acide a une saveur pijuante, une odeur k-gèi enitiit empyreuinatiiiue , un arrière-goùt acerbe , etc. Cet acide bien filtré , abandonzié dans un flacon , laisse pré- cipiter une quantité considérable d'extractifj il se recouvre en- suite de moisissure et paroît se rapproclier de l'acide acéteux ; on le purifie par la distiliaiion , d'une grande (|uaniité d'ex- tractif, et il est pour lors moins sujet à se décomposer par la putreiaction. Cet acide précipite l'acide carljonique dans ses combinaisons; il dissout avtc facilité la plupart des oxides métalliques , forme des sels insolubles avec le plomb , l'argent , le mercure , tt en- lève les métaux à toutes leurs dissolfitions par des acides. Cet acide forme pareillement un sel insoluble avec la cliaiix. Il sulfit de nieler abondamment l'eau tle chaux au vin , pour en piécipiter l'acide qui entraîne avec lui tout le principe co- lorant- Cet acide est donc de la nature de l'acide malique ; il est toujours mêlé d'un peu d'acide nitrique , ear quand on le fait tli- géiersur l'oxide de plomb, outre le précipite insoluble qui se iorme^ il se produit un citiate qu'on peut y démontrer par les niojens connus. Cet aciiie uiali(jue disparoît par l'acétificalion du vin : il n'existe plus dans le vinaigre bien fait que l'acide acéteux. Cette transformation de l'acide malique en acide acéteux explique na- turellement pourquoi le vin qui commence à aigrir ne peut pas st-rvir à la fabrication de i'acétite de plomb : il se fait dans ce cas un précipite insoluble dont la formation m'a singulièrement embarrassé jusqu'au moment où j'en ai connu la raison. Pen- dant longtemps le C. Bérard , mon ami et associé de ma fabri- que de produits cliimicpies, a ajouté de l'acide nitrique au vin. aigii, pour lui doni^er la propriété de former , avec le plomb, un sel solnble; je pensois alors qu'on oxigénoit par ce moyen l'aciue de \iii , tandis qu'on ne taisoit ([ue kûter la décomposi- tion et la transformation de l'acide malique en vinaigre. L'existence , à diverses proportions, de l'acide majique dans le virj, nous sert encore à concevoir un phénomène de la plus haute importance, relatif à la distillation des vins et à la na- i36 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE ture des eaux-de vie qui en proviennent. Tout le monde sait que non-seulement tous les vins ne donnent pas la même (pianlite d'eau-de-vie, mais que les eanx-de-vie qui en provier;nent ne Sont pas à beaucoup près de la même qualité. Personne n'ignore encore que la bierre , le cidre, le poiré , les farines fér.ueniées donnent peu d'eau-de-vie , et toujours de mauvaise qualiié. Les distillations soignées et répétées peuvent à la vérité , coniger ces vices jus(|u'à un certain point , mais jamais les détruire complettement. Ces résultats constans d'une longue expérience, ont été rapportés à la plus grar.de quantité d'extractit contenu dans ces foiblcs liijueurs spiritueuses : la cornhustiou d'inie par- tie de ce principe par la distillation, a paru devoir en être un effet immédiat; et le goût acre et empyreumatique , une suite très-naturelle. Mais lorsque j'ai examiné de plus près ce pliéno- mène, j'ai senti qvi'enîre les causes dépendantes de l'abondance de ce principe extractif, ilfalloit en reconnoître une autre , la présence de l'acide mallcpie dans presque tov^s ces cas. En effet, ayant distillé avec beaucoup de soin ces diverses li(pieurs spiiitueuses , j'ai constamment obtenu des eaux-dc-vie aciilules, dont le goût etoit altéré par celui qui appartient essentiellement à l'acide maiique , ce n'est ipi'en se bornant à retirer la liqueur la plus volatile qu'on parvient à séparer un pou d'alcohol libre de toute altération ; encore contient-il une odeur désagréable qui n'appartient point à l'eau-de-vie pure. Les vins qui contiennent le plus d'acide raalique fournissent les plus mauvaises qualités d'eau-de-vie. Il paroît même que la quantité d'alcohol est d'autant moindre que celle de l'acide est plus considérable. Si par le uioyen de l'eau de chaux, de la chaux, de la craie, ou d'un alkali fixe on s'empare de cet acide, on ne pourra retirer que très-peu d'alcohol par la distil- lation ; et dans tous les cas , l'eau-de-vie prend un goût de feu désagréable , ce qui ne contribue pas à en améliorer la qualité. La différence des eaux-de-vie provenant de la distillation des divers vins, dépend donc principalemcnî; de la différente pro- portion dans laquelle l'acide maiique est contenu dans ces vins; et l'on n'a pas encore un moyen sûr de détruire le mauvais effet que produit cet acide par son mélange avec les eanx- de-vie. Cet acide que nous trouvons dans le raisin à tous les périodes de son accroissement, et qui ne disparoit dans le vin (pio du moment qu'il a dégénéré complettement en vinaigre, mériteroit de K T D MI r S T O I R E N A T U n £ L L K, .5- cle préfcrence la dénomination à'aclde vineux ; néanmoins pour ne pas innover , nous lui conserverons celle à'aclde malique. 2°. 1 ,'alcohol. L'alcohol fait le vrai caractère du vin. Il est le produit de la décomposition du sucre; et sa quantité est tou- jours en proportion de celle du sucre qui a été décomposé (i). L'alcoliol est donc plus ou moins .-ibondant dans les vins ; ceux des climats chauds en fournissent beaucoup ; ceux des cli- mats froids n'en donnent presque pas. Les raisins murs et sucrés le produisent en abondance; tandis que les vins provenant de raisins verds, aqueux et peu sucrés en présentent très peu. Il est des vins dans le Midi qui fournissent un tiers d'tau- (i) Je n'agilerai point la question de savoir si l'alcohol est tout formé dans Iç vin, ou s'il est le produit de la disliUalion, ou , en d'autres termes, s'il est le résultai de la feniientcition ou celui de la distillation. Fabroni a adopté cf. dernier sentiment , et s'est fondé sur ce que , ayant mêlé un centième d'alcoliol à du vin nouveau, il n'en a pu séparer, à l'aide de la potasse , que celle inènie quantité d'alcoliol. Mais celte expérience nie paroîlroit prouver tout-au-plus que, l'alcohol étranger qu'on ajoute au vin, n'entre pas dans une combinaison aussi exacte que celui qui y existe n.ilurellemeiitj il y resie dans un simple état de mélange. Nous observons un phénomène analogue lorsque nous délayons l'al- cohol très-concentré par l'addilion d'une quantité plus ou moins considérable d'eau; car il est connu dans le commerce, que cet alcohol adoibli n'a pas le jnênie goût que l'alcohol nalurL-l qui marque néanmoins le même degré de spi- ritualité. Je considère donc l'alcohol dans le vin non point comme y existant isolément et dégagé de toute combinaison, mais comme combiné avec le principe colorant, le carbone , l'alkall , l'exlraclif et tous autres principes consliluans du vin: c'est un tout sur-composé dont tous les élémens peuvent être extraits par des moyens chimiques; et lorsque par l'applicalion de la chaleur on tend à séparer ces niêmes piiucipcs, les plus volatiles s'élèvent comme les premiers , etl'on voit passer d'abord un composé très-léger formant. l'a/coAu/, ensuite l'eau , etc. La distillation en extraisant successivement tous les principes .du vin , d'après les lois invariables de leur pesanteur et de leur affinité, rompt et détruit la com- binaison primitive qui constitue le vin, et présente des produits qui réunis , ne sauroient reproduire le corps primilif, parce que la chaleur a tout désuni et séparé le composé en deux principes qui peuvent exister isolement, et qui n'ont piesque plus d'affinilé entre eux. Au reslç, peu importe à l'art que l'alcohol existe ou n'existe pas dans le vin; le distiUaleur n'en a pas moins des principes invariables tant sur la qualité que sur la quantité d'alcohol que peut fournir chaque vin. .'Vinsi , qne le feu com- bine les principes de l'alcohol ou qu'il les extraise simplement d'une masse où ils sont combinés, la manière d'opérer et les résultats de l'opération ne sauroient en recevoir aucune modilicallon. Nous voj'ons la répélition des phénomènes qus nous présente h distillation des vins, dans celle de toiHcs les matières végétales et de leurs produits. La diolillalion p^r lo feu n'est pas le seul moyen d'cslraire l'alcohol du vin ; i". le gaz acide carbonique (pii se dégage par la ftr.nen'.ation, entraîne avec lui. Tome LI. TliEUMlDOR an S, S i38 JOURNAL 33 E PHYSIQUE, DE CHIMIE de-vie; Il en est plusieurs dans le nord qui n'en contiennent pas un quinzième. C'est la proportion d'alcoliol qui rend les vins plus ou moins généreux.; c'e&t elle qui les dispose ou les préserve de la dégé- ncratiou acide. Un vin tourne avec d'autant plus de facilité , qti'il renferme moins d'alcoliol ; la proportion du principe exlractii' étant supposée la même de part et d'autre. Plus lia vin est riche en esprit, moins il contient d'acide luali jue , et c'est la raison pour laquelle les meilleurs vins fournissent , en général, les meilleures eaux- de-vie, parce qu'a- lors elles sont exemptes de la présence de cet acidi'' qui leur té l'économie, ce puissant mobile des arts, a fait adopter tous les changemens qu'on a faits au procédé des anciens. Ainsi successivement la colonne perpendiculaire à la chau- dière a été baissée; le chapiteau agrandi ; la chaudière, évasée; et l'on est parvenu par degrés à l'adoption générale des formes suivantes. Les alambics sont aujourd'hui des espèces de chaudrons à cul plat dont les côtés sont élevés perpendiculairement au fond jusqu'à la hauteur d'environ six décimètres (22 pouces). A cette hauteur on pratique un étranglement qui en réduit l'ouverture à trois ou quatre décimètres ( 11 à 12 pouces ). Cette ouverture est ter- minée par un col de quelques j'ouces de long , dans lequel il s'adapte un petit couvercle ay.ptlé c/iaj^eau , chapiteau , lequel va en s'élargissant vers sa partie supéiieure , et a la forme d'un cône renversé tronqué. C'est de l'angle de la base de ce chapiteau que part un petit tuyau destiné à recevoir les vapeurs d'eau - de-vie, et à les transmettre dans le serpentin auquel il est ailapté. Ce serpentin présente six à sept circonvolutions et est placé dans un tonncan qu'on a soin de tenir plein d'eau , pour faciliter la condensation des vapeurs : ces vapeurs condensées coulent à filet dans un baquet qui est destiné à les recevoir. Les ciiaudières sont , pour l'ordinaire , enchâssées dans la maçonnerie jusqu'à leur étranglement : le cul seul est exposé à l'action immédiate du feu. La cheminée est placée à la porte du foyer ; et le cendrier , peu large , est séparé du foyer par une grille de fer. On charge les chaudières de vingt-cinq à trente myriagram- mes de vin {^S^G quintauS) ; la distillation s'en fait dans huit ou neuf heures , et on brûle à cliaque chauffe ou opération environ trois myriagrammes de charbon de terre ( 60 livres ), Tel est le procédé usité en Languedoc dejiuis longteinps : mais quoiqu'ancien et généralement adopté, il présente des inpcricctions ([ui ne peuvent que frapper un homme instruit dans les principes de la distiilation. 1". La forme de la chaudière éta')lit une colonne de iifjuide trèsdiaute et peu large, qui n'étant friippée par le feu qu'à S % i4w JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE sa base , est brûlée en cette partie avant que le dessus soit cliaud. Alors il s'élève des bulles du fond , qui obligées de traverser une masse de li(juide plus froide, se condensent et se dissolvent de nouveau dans la liqueur. Ce n'est que lorsque toute la masse a été chauftée de proche en proche que la dislillation s'établit. 2.". L'étranglement placé à la partie supérieure de la chaudière et le bombement (pi'elle présente dans cet endroit nuisent encore à la distillation : en eltet cette calotte n'étant jias revêtue de maçonnerie , est continuellement frappée par l'air qui y entre- tient une température plus fraîche que sur les autres points, de manière que les vapeurs qui s'élèvent , se condensent en partie contre la surface intérieure et retombent en gouttes ou coulent en stries dans le bain, ce qui est en pure perte pour la distil- lation. Il arrive, clans ce cas, ce que nous voyons survenir journellement dans les distillations au bain de sable : les vapeurs qui s'élèvent venant à frapper contre la surface découverte et toujours plus froide de la cornue, s'y condensent et retombent en stries dans le fond , de manièr.e que la même portion de matière s'élève, retombe et distille plusieurs fois, ce qui entraîne perte de temps , dépense de combustible et nuit à la qualité du produit qui s'altère et se décompose dans quelques cas. On peut rendre ces phénomènes très-sensibles en rafraîchissant la partie supérieure d'une cornue , au bain de sable , au moment où la. distillation est en pleine activité ; les vapeurs deviennent de suite visibles dans l'intérieur, et il se condense des gouttes contre les parois qui ne tardent pas à couler et à se rendre dans la licpieur contenue dans la cornue. En outre rétranglement pratiqué à la partie supérieure de la chaudière , forme une espèce d'éolipyle où les vapeurs ne peu- vent passer qu'avec effort. Ce qui nécessite l'emploi d'une force d'ascension plus considérable. Ce fait a été convenablement développé par Bauiné. 3". Le chapiteau n'est pas construit d'une manière plus avan- tageuse : la calotte se met presqu'à la température des va- peurs , qui fortement dilatées , pressent sur le liquide et en gênent l'ascension. 4*^. La manière d'administrer le feu n'est pas moins vicieuse que la forme de l'appareil ; par-tout on a un cendrier trop étroit, un foyer très large, une porte mal fermée, etc. ;' de manière que le courant d'air s'établit par la porte et se précipita; dans la che- minée , en passant par-dessus les charbons. L faut par consé- quent un feu violent pour chaulfer médiocrement une chaudière. ET D' Il I 6 T O I H li NATURELLE. i4i On engorge la grille d'une couche épaisse et tassée de combus- tible ,de ïdqon qu'elle devient à-peu-près inutile par le manque absolu d'aspiration. A présent que nous connoîssons les vices de construction dans l'appareil, essayons d'appliquer, pour la perfectionner , les con- noissances que nous ayons acquises sur la distillation et sur l'art de conduire le feu. 11 me paroît que tout l'art de la distillation se réduit aux trois piincipes suivans : 1". Chauffer a-Ia-fois et également tous les points de la masse du liquide. 2,". Ecarter tous les obstacles qui peuvent gêner l'ascension .des vapeurs. 3°. £n opérer la condensation la plus prompte. Pour remplir la première de ces conditions , il faut d'abord que la masse liquide soit peu profonde , ce qui exige déjà que le cul de la chaudière présente une très-large surface pour que le feu s'applique à beaucoup de parties. Le fond de la chaudière doit être légèrement bombé en-de- dans; cette forme présente deux avantages: le premier, c'est aue par ce moyen le combustible se trouve à une égale distance e tous les points, et que la chaleur est égale par-tout ; le se- cond, c'est que par cette construction le fond de la chaudière présente plus de force , et que les matières qui peuvent se dé- poser dans le fond de la liqueur , sont rejetées sur les angles qui reposent sur la maçonnerie, et où par conséquent, le dépôt est moins dangereux. Lorsque ces dépôts se forment dans les parties soumises immédiatement à l'action directe du feu , ils établissent une croûte qui empêche le liquide de mouiller le point de la chaudière qui en est recouvert j et alors le feu brûle le métal. Cet inconvénient n'est plus à craindre du moment que, par la forme bombée du fond de ia chaudière , ce dépôt est re- jette sur les angles qui reposant sur la maçonnerie, sont sous- traits à l'action directe du feu. Il faut iaire circuler le feu autour de la chaudière au moyen d'une cheminée tournante ; alors toute la chaleur est mise à profit ; tout le liquide est enveloppé et également chauffé. Pour que la colonne de vapeurs qui s'élève n'éprouve aucun obstacle dans son ascension, il faut que les parois de la chau- dière montent perpendiculairement, et que les vapeurs soient maintenues dans le même degré d'expansion jusqu'à ce qu'elles soient parvenues au réfrigérant. Mais les vapeurs librement éle- i42 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE vées et condensées par leur contact contre les parois froides du chapiteau , retoinberoient dans la chaudière de l'alambic , si ces parois ne présentoient pas une inclinaison suffisante pour rjne les gouttes de liquide qui s'y appliquent coulent sur la parois pour se rendre dans la rigole qui les conduit dans le serpentin. J'ai calculé que cette inclina;Son devoit être au moins de 70 degrés par rapport k l'horison. Il est encore nécessaire que l'eau du réfrigérant soit souvent renouvelée , sans quoi elle prend bien- tôt la température de la vapeur , et ne peut plus servir à la condenser. Quoique ces principes sur la distillation soient incontes- tables , il faut néanmoins y apporter quelques modifications pour faciliter le service. En effet en donnant à l'orifice de la chau- dière tout le diamètre do la base , le chapiteau présente un évasement très-considérable ; il est par conséquent indispensa- ble de lui donner une grande hauteur pour conserver aux sur- faces l'inclinaison de yS degrés. Cette construction entraîne deux inconvéniens majeurs; le premier, de rendre le chapiteau pe- sant , lourd et coûteux ; le second , de présenter de la difficulté pour donner aux bords supérieurs de la chaudière la force con- venable pour résister à l'etfort du chapiteau. Ce sont ces pre- mières considérations qui m'ont forcé à porter quelque chan- gement dans la construction ci-dessus, quelque conforme qu'elle parut aux principes. Ces changemens sont tous dans la forme de la chaudière : j'en évase légèrement les côtés en les élevant , et je les rapproche vers le haut, de manière que le diamètre de l'ouverture réponde à celui du fond. Cette forme remédie aux deux défauts que nous avons notés ci-dessus , et elle a l'avan- tage de présenter un rebord à la partie supérieure , contre le- quel les boviiilons provenant d'une ébulition trop forte viennent se briser pour être rejetés contre le centre de la chaudière. Indépendamment de ce changement de forme dans la chau- dière , j'ai cru qV'on devoit supprimer le réfrigérant dont on revétoit le chapiteau. Ce réfrigérant a l'inconvénient de rafraî- chir les vapeurs et d'établir un nuage dans l'intérieur qui con- trarie leur ascension ultérieure. On peut observer que lorsqu'on distille à la cornue et au bain de sable , il suffit d'appliquer un corps froid sur la cornue pour produire cet effet. On voit de suite se former des stries sur les parois , et la liqueur retomber dans le fond de la cornue elle- uienie, Si dans le temps j'ai proposé moi-même de conserver le refri- ET D'HISTOIRE NATURELLE. i45 gérant, c'est que je lui attribuois nne portion des effets qui ap- partenoient et dérivoient d'une portion de fourneau bien enten- due ; je uie suis assuré par la suite qu'on obtenoit un plus grand effet encore en supprimant le réfrigérant. 11 y a d'ailleurs plus d'économie et moins d'embarras dans le service. D'après cela , j'ai pensé que le grand art de condenser les vapeurs se Ijornoit à agrantlir le bec du chapiteau, et à ra- fraîchir avec soin l'eau du serpentin. Par ce moyen les vapeurs s'échappent de l'alambic avec d'autant plus de facilité qu'elles sont appelées dans le serpentin par la prompte condensation de celles qui les ont précédées. Ces divers degrés de perfection ont commencé a être intro- duits dans le Languedoc , il y a douze à quinze ans. Les frères Argand ont puissamment contribué à les faire adopter , les premiers; ils ont formé des établissemens d'après ces prin- cipes, et on a obtenu une telle économie dans le temps et le combustible ju'on l'évalue aux quatre cinquièmes , d'après les ré- sultats des expériences comparées qui ont été faites. J'ai dirigé moi-même plusieurs établissemens du même genre, et d'après ces mêmes principes; je crois qu'il est difficile de porter plus loin la perfection , et il est à désirer que ces méthodes de distillation deviennent générales. Mais c'est encore moins à la forme de l'appareil qu'à la cons- truction du foyer et à la sage conduite du feu qu'on doit ces effets extraordinaires. Le bord postérieur de la grille doit répon- dre an uiilieu du fond de fa chaudière, pour que la flamme qui fuit frappe et ciiauffe également tout le cul. La distance de la chaudière à la griile doit-être d'environ seize à dix-huit pouces , lorsqu'on chauffe avec le charbon de terre , et la chemi- née doit et je tournante. Indépendamment de l'économie dans le temps , le combustible, la main d'oeuvre, etc., cette forme d'appareil inlhie sur ia qualité des eaux-de-vie. Elles sont infinimt nt plus douces que les autres; elles n'ont point le goût d'empyreume qniest presqu'un vice in- séparable des eaux- rie vie du com tierce ; cette dernière qualité qui les rend si supérieures aux autres , a failli devenir pour elles un motif d'exclusion , parce ([ue les habitans du nord qui en font leur princij'.ale bo'sson , les trouvoient trop dow'es. Il a donc fallu les mêler avec de l'eau de-vie hriilèe nour les accréditer. On peut aisément leur donner ce goûr de feu, en so;itenatit et prolongeant la distillation au-delà du terme. La liqueur qui passe vers la fin , sent très-décidément le brûlé. lij JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE 11 est nécessaire dans les arts de se plier au goût, même an caprice du consommateur; et ce qui chez nous est rejeté comme de mauvais goût, peut paroître exquis et friand à l'habitant du Nord. Dans le Midi une sensibilité extrême repousse des boissons brûlantes qui, dans des climats très-froids pourront être foibles ; H faut écorcher un I\Ioscoi,iie pour lui donne?' de la ■sensibilité , a dit très-ingénieusement Montesquieu. D'après des expériences comparatives que j ai été dans le cas de faire , je me suis convaincu qu'on obtenoit encore un peu plus d'eau-de-vie par ce procédé que par l'ancien ; ce qui pro- vient de ce que l'eau-de-vie sort fraîche de l'appareil , et qu'elle n'éprouve aucune perte par l'évaporation. Aussi les ateliers dans lesquels ces appareils perfectionnés sont établis , n'ont-ils pas sensiblement l'odeur de l'eau-de-vie, Lorsqu'on distille des vins on conduit la distillation, jusqu'au moment où la liqueur qui passe n'est plus iiillammable. Les vins fournissent plus ou moins d'eau-de-vie, selon leur différent degré de spiritualité. Un vin très-généreux fournit jus- qu'au tiers de son poids : le terme-moyen de nos vins , dans le Midi , est d'un quart de la totalité ; il en est qui fournissent jusqu'au tiers. Les vins vieux donnent une meilleure eau-de-vie que les nou- veaux , mais ils en fournissent moins , sur-tout lorque la décom- position du corps sucré a été terminée avant la distillation. Ce qui reste dans la chaudière après qu'on en a extrait l'eau- de-vie, est appelé vinasse : c'est le mélange confus du tartre, du principe.colorant, delà lie, etc. On rejette ce résidu comme inutile ; néanmoins en le faisant dessécher à l'air ou dans des étuves , on peut en extraire , par la combustion , un alkali assez pur. 11 y a des ateliers où l'on fait aigrir la vinasse pour la distil- ler et en extraire le peu de vinaigre qui s'y est formé. L'eaude-vie est d'autant plus spiritueuse , qu'elle est mélan- gée avec une moins grande quantité d'eau : et comme il importe au commerce de pouvoir en coiinoître aisément les degrés de spirituosité, on s'est longtemps occupé des moyens de les cons- tater. Le bouilleur ou distillateur juge de la spirituosité de l'eau- de-vie par le nombre , la grosseur et la permanence des bulles qui se forment en agitant la liciueur ; à cet effet on la verse d'un vase dans un autre; on la laisse tomber d'une certaine liauteur j ou bien , ce qui est plus généralenjent usiîé , on l'pnFerme dans irin ET D' HISTOIRE NATURELLE. »4.> un flacon allongé qu'on en remplit aux deux tiers , et on l'agite fortement en en tenant l'orliice Ijouché avec le pouce ; ce dernier appareil est appelé la sonde. L'épreuve par la combustion, de quelle manière qu'on la pratique, est très -vicieuse. Le règlement de 1729 prescrit de mettre de la poudre dans une culUier, de la couvrir de liqueur et d'y mettie le feu : l'caude-vie est réputée de meilleure (|ualité si elle enflamme la poudre; elle est mauvaise dans le cas con- traire. Mais la même quantité de li<|ueur enflamme ou n'en- flamme pas , suivant la proportion dans laquelle on l'emploie : uite petite quantité enflamme toujours , une grande n'enflamme jamais , parce que l'eau que laisse la liqueur suffit alors pour humecter la poudre et la garantir de l'inflammaiion. On a encore recours au sel de larire {carbonate de potasse), pour éprouver l'e.iu-de-vie. Cel alkali se dissout dans l'eau et nullement dans l'alcoliol, de manière que celui-ci surnage la dissolution qui s'en fait. Ces premiers procédés plus ou moins défectueux, ont fait re- courir à des moyens capables de déterminer la spiriîuosité par l'évaluation de la gravité spécifujue. Une goutte d'iiuile versée sur l'alcohol se fixe à la surface on se précipite au fond, selon le degré de spirituosilé de la li- queur. Ce procédé a été adopté et proposé par le gouvernement es])agnol en 1770; il a fait l'objet d'un règlement , mais il est sujet à erreur , puisque l'effet dépend de la hauteur de la chute, delà pesanteur de l'huile, du volume de la goutte, de la tem- pérature de l'atmosphère, dos dimensions des vases etc. En 1772 cet oljjet important fut repris par deux physiciens habiles, Borie eiPoiijet de Cette ; ils ont fait connoître et adop- ter, par le commerce de Languedoc, un pèse-liqueur auquel ils ont adapté un thermomètre donfles divers degrés indiquent, à chaque instant , les corrections que doit appoi ter , dans la gra- duation du pèse-iiquenr , la température tres-variablede l'atmcs- phère. A l'aide de ce pèse-liqueur on juge non-seulement du degré de spirituosité , mais on ramène l'eau-tle-vie à tel degré qu'on peut désirer : à cetelfeton a des poids de diverses pesanteurs : le plus pesant est marqué, preuve de Hollande; le plus léger, trois-sept; ainsi si l'on visse à l'extrémité inférieure delà tige de l'aréomètre , le poids preme de Hollande , et qu'on plonge l'ins- trument dans une rujuenr trois-sept , il s'enlbnce licaucoup trop, Tome LI. THERMIDOR an 8. T i46 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE mais on le ramènera au niveau preuve de Hollande , en y ajou- tant quatre septièmes d'eau. Si on visse au contraire le poiils trois-sept , et qu'on plonge raréomètre dans une liqueur ^/VJZ^ie de Hollande , il-s'élèvera dans la liqueur au-dessus de ce dernier teraîe , et on le ramè- nera aisément à ce degré en y ajoutant de l'alcohal plus spi- ritueux. Lorsqu'on distille des eaux-de-vie pour en extraire l'alcohol, on emploie cornuiunëment le bain marie ; alors la chaleur est plus douce, plus égale; le produit de la distillation de meilleure qualité ; c'est ce produit qu'on appelle esprit-de-vin dans le commerce. 3°. Le tartre. Le tartre existe dans le verjus; il est encore dans le moût : il concourt à faciliter la l'ormation de l'alcohol , ainsi que nous l'avons déjà observé , d'après les expériences de Bullion. Il se dépose sur les parois des tonneaux par le repos, et y forme une croûte plus ou moins éjjaisse , hérissée de cris- taux assez mal prononcés. Qnel(|iie temjis avant les vendanges, lorsqu'on dispose les futailles à la recevoir, on défonce les ton- neaux et on détache le tartre pour l'employer dans le commerce à ses divers usages. Le tai-tre n'est pas fourni par tous les vins dans la même pro- portion ;~ les rouges en donnent plus que les blancs; les plus colorés, les plus grossiers en fournissenl généralement le plus. La couleur varie aussi beaucoup, et on l'apjielle larti-e rouse ou tartre blanc, selon (ju'il provient de l'un ou l'autje de ces vins. Ce sel est peu soluble dans l'eau froide ; il l'est beaucoup plus dans l'eau bouillante. Il ne se dissout presque pas dans la bou- che , et résiste à la pression de la dent. Ou le débarrasse de son principe colorant par tm procédé simple, et il portj alors le nom de crème de tartre. A cet effet on le dissout dans l'eau bcjuillante , et dès qu'elle en est saturée on porte la dissolution dans des terrines pour la laisser refroidir; il se précipite par le rcfroidis'^ement une couche de cristaux qui sont déjà presque décolorés. On dissout de nouveau ces cristaux dans l'eau bouillante; on mé!e , on délaye dans la 'iissolntion quatre ou cinq pour cent d'une terre argileuse et sablonncDse de it/z/;vic/ près de Montpellier , et on évapore ensuite jusqu'à pel- licule; par le refroidibsement il sep; écipite des cristaux blancs qui, exposés en plein air sur d-.s toiles ])eiidant quelques jours, acquièrent celte blancheur qui appartient à la crème de tartre. ET D'HISTOIRE NATURELLE. 147 Les eaux-mères sont réservéevS pour servir à de nouvelles disso- lutions. Telle est à-[)eu-près la luétlioJe qu'on pratique à Mont- pellier et dans les environs où sont établies presque toutes les fabriques connues de crênie de tartre. Le tartre est encore employé coiiime fondant : il a le double avantage de fournir le carbone nécessaire à la désoxigénation des métaux, et l'alkali qui est un des meilleurs fondans con- nus. On purifie encore le tartre pa'^la calcination. On décompose et détruit son acide par ce premier moyen , et il ne reste plus que l'alkali et le charbQn : on dissout l'alkali dans l'eau ; on filtre , on rapproche la dissolution et on obtient ce sel très-connu dajis les |)hannacies sous le nom de scL de tartre , carbonate de potasse. Le tartre ne fournit guère en alkali que le quart de son poids. 4°. L'extract'if. Le principe- extractif abonde dans le moût; il y paroît dissous à l'aide du sucre; mais lorsque la fermentation dénature le principe sucré , l'extraclif diminue sensiblement; alors une portion ramenée à l'état de fibre se précipite; le dé- pôt en est d'autant plus sensible , que la fermentation s'est plus ralentie et que l'alcohol est plus abondant; c'est sur-tout ce qui constitue la lie. Cette lie est toujours mêlée d'une quantité assez considérable de tartre qu'elle enveloppe. Il existe toujours dans le vin une portion d'extractif qui y est dans une dissolution exacte : on peut l'en retirer par l'éva- Î)oration. 11 est plus abondant dans les vins nouveaux que dans es vieux; ils en paroissent d'autant plus complettement débar- rassés qu'ils ont plus vieilli. Cette lie desséchée au soleil ou dans des étuves , après avoir été fortement exprimée, est ensuite brûlée pour en extraire cette sorte d'alkali appelé dans le commerce cendres gravelées. La combustion s'opère dans un fourneau dont on élève les parois à mesure (|u'eUe se fait; le résidu est une masse poreuse, d'un gris verdâtre qui forme environ la trentième partie de la quan- tité de lie i^ridée. C'est cette lie dont on débarrasse les vins par le soutirage , lorsqu'on veut les préserver de la dégénération acide. 5°. L'arôme. Tous les vins naturels ont une odeur plus ou moins agréable. Il en est même qui doivent une grande partie de leur réputation au parfum ou bouquet qu'ils exhalent. Le vin de Bourgoene est dans ce cas-là, Ce parfum se perd par une Tî l'iS JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE fermentation trop tumultuense ; il se renforce par la vétust«. Il n'existe que rarement dans les vins très-généreux , ou parce que l'cdeur forte de l'alcohol le masque, ou parce que la forte fer- nientation qui a été nécessaire j.'Oiir développer l'esprit, l'a éteint ou fait dissiper. Cet arôme ne paroît pas susceptible d'être extrait pour être porté à volonté sur d'autres substances. Le feu même paroît le détruire ; car , à l'exception du premier liquide qui passe à la distillation , et qui conserve un'peu l'odeur particulière an vin, l'eau- de-vie (|ui vient ensuite n'a plus que les caractères qui lui appartiennent essentiellement. 6°. Le principe colorant. Le principe colorant du vin existe dans la pellicule du raisin : lorsqu'on fait fermenter le moût sans le marc , le vin en est blanc. Ce principe colorant ne se dissout dans la vendange que lorsque l'alcohol y est développé; ce n'est qu'alors que le vin se colore, et la couleur en est d'autant moins nouriie , que la fermentation a été plus tumultueuse , ou qu'on, a laissé cuver plus longtemps. Cependant la seule expression du raisin par un foulage fait avec soin , peut mêler au moiit une quantité suffisante de principe colorant, pour faire prendre à la masse une couleur assez intense ; et lorS(pi'on a pour but d'obte- nir du vin assez tlécoloré, on cueille le raisin à la rosée, et on foule le moins possible. Le principe colorant se précipite en partie dans les tonneaux avec le taitreet la lie ; et lorsque le vin est vieux , il n'est pas rare de le voir se décolorer complettement; alors la couleur se dépose en pellicules sur les patois des vases ou dans le fond : on voit comme des membranes nager dans le liquide et troubler la transparence de la liquenr. Si l'on expose au soleil des bouteilles remplies de yin , quel- qiies jours suffisent pour précipiter le principe colorant en lar- ges pellicules; le vin ne perd ni son parfuiu , ni ses qiial'tés. J'ai l'ait cette expérience sur des vins vieux très-colorés, du Midi. Il suffit de verser de l'eau de chaux en abondance sur le vin pour en précipiter le principe de la couleur. Dans ce cas, la chaux se combine avec l'acide malique , et forme un S(d qui pa- roît en fil cons légers dans la liquenr. Ces flocons se dcposi-nt peu à jieu et entraînent tout le principe colorant. Le dépôt est noir ou blanc , selon la couleur du vin où l'on opère. Il arrive souvent que le vin est encore susceptible de précipiter uialgré qu'il ait été completteraent décoloré par un premier dépôt , ce ET D'HISTOIRE NATURELLE. 14^ qui prouve que le principe de la couleur a une très-forte affinité avec le malate de chaux. Le précipité coloré est insoluble dans l'eau froide et dans l'eau chaude. Ce liquide ne produit même aucun changement sur la couleur. L'alcohol n'a presqu'aucun effet sur lui , seulement il y prend une légère teinte brune. L'acide nitrique dissout le principe colorant de ce précipité. Lorsqu'on a réduit le vin à l'état d'extrait , l'alcohol qu'on y passe dessus se colore fortement de même que l'eau , quoique moins. Mais outre le principe colorant qui se dissout alors , il y a encore un principe extractif sucré qui facilite la dissolution. Le principe colorant ne paroît donc pas de la nature des rési- nes j il présente tous les caractères qui appartiennent à une classe très-nombreuse de produits végétaux qui se rapprochent des fécules sans en avoir itôjxtes les propriétés. Le plus grand nombre des principes colorais sont de ce genre ; ils sont solu- bles à l'aide de i'extractif ; et lorsqu'on les dégage de cet inter- mède, ils se fixent d'une manière solide. OBSERVATIONS METEOROLOGIQUES, FAITES TAU BOUVARD, astroiiome. c TUER M M È T R E. p Maximum. Minimum. ■v Midi 1 ài l's. -)-l8,2 à4 ji, m.-|-ii,3 +15,7 2 à 2 s. -\^\bfi agis. -1-9,0 + 15,1 3'c: a -j s. -(-'3.6 à 4 m. H- <î,o 4-11.6 4' à a 5 s. +16,1 à 4 m. -|- G,3 4-i5,3 5 a 2 s. +17,7 a . . . . 4-16,1 6 à-2|s., + '«,7 à 4 m. -|- 8,1 4-18,3 y à 2 1 s. -)-22,3 à 4 m. -i-10,7 4-22,0 8 à 2 s. -i-i8,2 à 4 m. -f- 9,1 +17,2 q à 2 s. -j-18,0 a 4 m. -)-iô,o 4-17,6 10 a2|s. +18,0 à 4 m. + 9,7 + •7,8 1 1 cl 2 S. +17.7 à 2 {m. 4-10,0-1-17,2 12 a a s. -i-il3,4 à 4 m. -f- 8,9 + i3,4 i3 à 2 3. '-+.17,7 32 j m. -f-io.'o + 17,2 '4 à 2 s. H-i8,3 à 4 m. -t-io..S + 17,8 i5 à 2 s. +19,3 à 4 m. . + 18,7 ifi a im.U -)-20,o à 4 m. -l-u,o 4-20,0 17 à midi +20,8 à 4 m. . . . +20,8 iH à. 1 ^ s. +24,5 k-i m. -1-11,5 +25,8 IQ à midi -(-22,0 i 4 m. +")0 +20,8 20 à 2 s. +22,0 à 4 ni. 4-20,7 21 à midi -|-3o,7 à 4 in. -|-lo,3 +20.7 22 A 2 f s. +19,3 à 4 m. . . +18,6 23 ù 1 is. +19,8 à 4 "1. +10,^ 4-18,1 21 à 9 s. H-lt),2 à 4 "1. + 9,0 + 17,6 26 3 2 s. -1-16,5 à 4 m. -f- 8,2 +14,2 2(; ii^s. +17,4 à 4 m. 4- 8,9 +17,2 27 .1 1 \ S. -f-l8,7 à 4 m. + 8,8 4-18,6 2S Ll 2 i S. -|-23.2 à 4 m. 4-1.0,5 4-22,U 2Ç) à 2 S. 4-20,1 à 4 s. 4-'0,2 4-20,3 So à 2 i S. -i-17,4 à 4 m. 4- y,3 + 17.-0 BAROMETRE. à4''i m. à 4 m • à 2 s. . à 9 3 s. . à midi. . à 4 m. , à 4 m. . à 1 s. . . à midi. . a ^ i m. à 9 m . . . à 2 i ra. à 10 s. . . a midi. . a 4 m. . à 10 m. à g s. . . à II m. àg à 3. à C m. . à 1 j s. à 9 ^ s. . à midi. . à G m. . a la a. . . k midi. . a 2 s. . . à 4 in. . s. .28. 27.1 . 28. 28. 28. 28. 28. 28. 28. 28. 28. 28. , 28. 28. 28. , 28. , 28. 28. . 28. 28. . 28. . 28. . 28. 28. . 38. 28. 0,2c 1,06 0,02 1,21; 2,6.7 2,44 0,69 2,71 2,76 2,39 i,3i 2,z6 1,3 1 i,3i 1,26 1,02 1,85 1,77 2,61 2,26 2,7(3 2,65 2,26 2,46 2,59 2,4 l 28. 2,95 28. 2,70 28. 3,2G 28. 3,25 a 9 i à 3 à midi . à 4 m. . à8 s. à 4 s. . à 2 .5 s. . midi. . 10 s. . à S s. . 3 2 s. à 8 S. à 2 s. . . . a midi. . à 11 I s. à 2 s. . à II s. . à midi. . à 10 s. . 372-6.. à 6 J s. . à 9 s. . . à midi. . à midi. . . a 4 '19 à 4 ag m. R i UM. a" IlDI. 27. 11,26 27. 11,66 27. io,6' 27. 10 9.,) 27. 0,21 27. 0,2+ 28. 0,40 28. 1,21 28. 2,47 v8. 2,G3 28. 1,76 28. 2,11 28. o,3(; 28. 0,61 28. 2,66 28. 2,66 28. 2,61 28. 2,71 28. i,5(i 28. 2,04 28. 1,18 28. 1,23 28. 1,97 28. 2,l3 28. 1,18 28. 1,2,1 28. 0.63 28. o,t;3 28. 1,17 28. 1,2g 28. 0,80 28. i,o5 28. 0,69 28. i,i5 28. 0,5 1 28. o,5i 28. 2,44 28. 2,4 1 28. 1,26 28. 2,4 1 28. 2,5 1 28. 2,64 28. 2,32 28. 2,58 28. 2,23 28. 2,23 28. 2,11 28. 2,11 28. 2,5b aS. 2,3t) 28. 2,32 28. 2 3.1 28. 2,25 28. 2,75 28. 2,55 28. 2,61 28. J,12 28. 0,24 28. b,o8 .. 3,25 RÉCAPITULATION. Plus grande élévation du mercure. . • 28. 0,20 le 29, Moindre élévation du mercure. . . . 27.10,24 le û Élévation moyenne a8. 0,75 Flu.= gr.ind degré de chaleur. . . . . + 2'i,5 le 18 Moindre degré de chaleur -t- 6,0 le 3 Chaleur moyenne 4-i5,2 Nombre de jours beaux 16 de couverts 12 de pluie 2 Voyez les notes des numéro."; précédens. :Lcaj^jgc?jaaafa.ur%Ass.^£ ja 'y Aii l A^A5^'TWrT ^grE3-r!»gs:ga3reBBer j A L'OBSERVATOIRE NATIONAL DE PARIS, Messidor an y m. II Y G. c c Vents. 3 A Midi. 1 65,0 S-O. 2 68,o 0. 5 66,0' O-N-O. 4 55,o 0. .«S bi,o Calme. i; 38,o Calme. - 36,o 0. ,s 46,0 N. 1) 48,o N. i i) 48,o N. 1 1 45,0 N. 1 7 43,5 N. 1 "i 45,0 N. '4 42,0 0. 15 52,0 SO. i(i 53,5 S-O. 17 44,0 Calme. i8 46,0 0. if) 43,5 S. :jo 54,0 0. 21 42,0 NO. 2J 4o,o Calme. 2.i 47,0 NO. 2 1 52,0 N. J. * 5<,o N-E. ..,,; 42,0 N E. .,, 35,0 NE. 2 s 55,0 N-E. 2'l 5 1,0 N-E. ^U 45,0 N-E. POINTS LUNAIRES. N. L. apogée. Equin. descend Prem. Quart. Apog(^e. Pleine Lune. Equlii. asccnd. Dern. Quart. Lune péfigèe. VARIATIONS DE l' A T M S P H i: R E. Citl couvert; beaucoup d'éclairci.s vers 7 h. du soir. Pluie abondante le malin; légèrt ment couvert le soir. ISeau le matin ; nuageux unt- partie du jour; \aneurs. Couvert en grande partie vers midi. Beau et vapeurs le matin; couvert une par;ie de la jour. Quelques petits nuages parintervallcs. Superbe le malin; nuageux une grande partie du jour. Ciel à demi-couvert par intervalles; vapeurs. Quelq-ues nuages; vapeurs. Couvert une partie de la journée; assez beau le soir. hhm. Idem. Ciel à demi-couvert le matin, quelques éclaircis le s. Couvert une partie du jour , superbe le soir; vapeurs. Ci'rl nuageux et trouble. Couvert avant midi; nuageux le soir. Beaucoup de vapeurs; gros nuages le soir. Cul trouble et en partie couvert, peu de nuanes le s. Cou\ert le mat. et le soir; pluie averse à 9 h. du s. Couvert le mal. ; beau l'après-midi ; trouble le soir. Quelques nu;;;te:; dans le jour. Couvert ju.':qu'à 5 li. du s. Beaucoup d'éclaircis dans la jourijée; vapeurs. Ciel couvert et brumeux. Cou\'. le mat. ; éclaircis vers midi ; beau le s. et vap. Trouble et nuageux; beau dans la soirée. Quelq. éclaircis avant midi; beau le soir; vapeurs. Ciel nuageux vers midi; vapeurs. Ciel vaporeux ; quelques nuages dans le jour. RÉCAPITULATION. de vent. . 2S de gelée o de tonnerre o de brouillard o de neige o Le veut a soufflé du N 7 fois. N-F. 5 K o 5-E o S i ' S-O 5 O. . . . 6 N-0 5 i52 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE LETTRE DUC. F A U J A S-S A I N T-F O N D, ASONAMIFORTIS. Vous devez me croire en route , mon clier bon ami , d'après ce que je vous mandois dans ma dernière lettre , et je suis retenu ici par un accident dont vous êtes indirectement la cause, sans" ijue vous puissiez vous en douter. Je crus appercevoir dans votre lettre où -il étoit question de belles plantes que j'ai découvertes sous une épaisseur de douze cents pieds de lave basaltique , et autres laves, que le mot plan- tes européennes vous faisoit froncer le sourcil , et comme je ne cherche, ainsi que vous, que la vérité dans les objets de mes études favorites, je me dis à moi-même : Voyons encore pour la dixième fois , les lieux oh ce beau foit géologique existe y recueillons encore f s' il est possible , quelques nouvelles espèces déplantes, et si nous nous sommes trompés, rétractons- nous noble- ment et loyalement, la science ne pourra qu'y gagner. Votre doute, quelque déguisé qu'il fût, me donna des scrupules, parce que j'ai beaucoup de confiance en vos lumières et à la jus- tesse de votre tact. J'avois, il est vrai , d'un autre côté , sous les yeux, des feuilles de chataigner, des feuilles de chêne, un cône de pin sylvestre , si bien caractérisés que je ne savois que penser j mais aussi cette même collection m'offroit de grandes feuilles , dont le faciès avoit un peu la figure indienne, et je comptois bien sur la sagacité de Jussieu , de Desfontaines et de la Mark pour débrouiller cette antique énigme; lorsque je dis à mon cher et bon Alexandre , qui a pris Ta passion de la géologie , et qui dessine avec un grand talent , partons ; allons faire en- core une tournée dans les champs de Vulcain, qui s'est permis de détruire les jardins de Flore : et allons ramasser de nouveaux débris de cette antique dévastation , et nous partons. Le voyage nous a valu cinq espèces déplantes nouvelles très- cml)arrassantes , des fruits qui ressemblent à des noisettes , et aui peut-être n'en sont pas ; des cucules qui ressemblent à celles es glands j et une espèce de grosse mouche qui ressemble à une ET D'HISTOIRE NATURELLE. i5:i «ne abeille. Ce n'est ici ni un jeu delà nature, ni les mousses de Daiibenton , dans les agatlies ; ici les feuilles sont , poiir ainsi dire, encore en nature , et sinijdeinent charboni-ées ; toutes leur,< fibres se distinguent j nueKjues unes restent adhérentes au schiste argileux , d'autres s'en détachent, et alors elles peuvent briller à la flamme d'une liougie , avec une odeur bituaiineuse. la matière dans laquelle elles ont été saisies et comprimées est si liue , si atténuée, quoique la terre du quartz y dom'ne, que l'em- preinte des feuilles les plus dilicites s'y distingue : cette matrice est la mèuie que celle trouvée en Toscane, mais sans pi mte , ])ar Fabroni , avec lacptelle , à l'exemple des anciens, il a fait des briques qui surnagent l'eau ; j'en ai fait aussi de semblables que j'apporterai avec moi. Je connoissois bien les impressions , et même les momies de plfines de Vestena , dans un schiste calcaire bitumineux, et elles soit sans doute très- curieuses ; mais les miennes sont plus par- faites , et le botaniste pourra plus facilement les rapporter à des espèces connues ou inconnues". Celles de Vestena, sont aussi au-dessous des laves, mais les miennes sont non-seulement dans le même cas, mais la lave repose directement sur elles, et a même souvent pénétré et soulevé les couclies fissiles dans les- quelles elles se trouvent : et j'ai des échantillons remarquables , que vous verrez , où la lave est entre dcuît lits de schistes couverts sur chaque face de feuilles de plantes. J'ai fait faire un beau plan du local par Alexandre , sur une é :hel!e quadruple de celle de Cassini , où non seulement la dls- tinclion'des terreins volcaniques et des terreins calcaires est très- bien seatie , mais où la route à suivre est tracée, afin que le naturaliste puisse se rendre fiicilement sur les lieux avec cette seule indication. Croiriez-vous que ce lieu remarquable n'est éloigné que de quatre lieues de mon habitation de St. -Fond ? Et si vous me demandez pourquoi j'ai tant tardé à faire celte découverte, je vous dirai que je connoissois p:irfaiteuient cette montagne volcanique , mais que je n'avois trouvé encore que quelques empreintes isoléesquej 'a vois apportées à Paris et fait voir à Desfontaines il y a plusieurs années; je crois même vous en avoir montré quelques-unes à vous-mê ne , mais je n'avois pas encore reconnu le véritable nid, ce qui n'est pas étonnant; car aussi tôt que le soleil frappe subitement ces schistes , ils se réduisent en mille éclats , et les feuilles disparoisscnt. Mais j'ai trouvé le moyen de les conserver , et elles sont mille fois mieux caractérisées que celles que j'avois apportées à Paris, où il n'y ro«é?L/. THLRMIDOK an 8. V i54 JOURNAL DE PHYSIQUE, OE CHIMIE avoit que l'empreinte et quelques libres. Celles que vous verrez il présent sont presqu'entieres , et j'en ai au niohis une vingtaine d'espèces , où le parenchyme se remarque encore. L'art de les conserver ainsi est de faire en sorte ijuc la dessication se fasse très-lentement, et c'est en les pliant dans du papier qu'on change de trois en trois jours j et avec de la dextérité et du temps on peut en venir à bout. On en perd à la vérité b aucoup , et quelquefois des plus belles; mais j'en ai assez pour exerL,er la sagacité des botanistes , et je les maudirai si leur savoir n'est pas une fois utile à la géolo.gie. Mdis l'histoire naturelle me fait oublier mes maux. Au retour de cette dernière tournée , je voulus escalader un pic volcani- que très-escarpé , et en m'accrochant à une colonne de Ijasalte que je croyois très solide et iiiéijranlable , une articulation pesant plus de trois cents livres, se détacha, cl faillit à m'écraser , ainsi qu'Alexandre; je n'eus que le temps de sauver mon corps, mais non mon pied gauche dont la moitié a été écrasé par cette dure et lourde masse. Dès que je pouirai supporter la voilure je partirai , parce que je trouverai à Paris ]jlus de ressources pour me guérir qu'ici. Voilà ce que les jiauvres naturalistes voyageurs gagnent , tandis que les naturalistes sédentaires ont tous les prolits et tous les honneurs ; mais c'est en tout la même chose dans la loterie de ce monde. J'en suis consolé si vous m'aimez un peu et rendez justice aux sentimens que je vous ai voués pour la vie. Faujis. NOTE De B. G. Sage, directeur de la première école des mines. Citoyen Thenard , puisque vous vous établissez juge entre Vauqrtelin et moi , relaiivement aux analyses de mines rouges d'argent et de plomb, je dois vous mettre au courant de ceouvoi; nt les produire. Pour cet effet je me procurai quelques morceaux des pierres calcaires des divix espèce^-, pour essayer d'abord quels seroient leurs efRts sur les végétaux, dans leur état naturel; je les ré- duisis donc en poudre g'ossière et y semai des graines de dif- férentes plantes ; dans les deux espèces les graines uiontèrent également, et à-peu-près comme elles auroientpu le faire dans du sable , ou toute autre substance qui ne donne point de nour- riture aux végétaux Dçs morceaux de chaque espèce de pierre furent ensuite calcinés et réduits en chaux, dans laquelle (après avoir été exposée quelques semaines à l'air afin de diminuer sa ET D'HISTOIRE NATURELLE. iSj causticité ) on sema f[iielqiies graines. Dans l'espèce de chanx la plus profitable aux terres, pres'.jue toutes les graines levèrent et continuèrent de croître aussi longtemps qu'elles furent arro- sées : les racines avoient plusieurs fibres qui pénétroient jus- qu'au fond de la coupe où elles croissoient. Ayant examiné la composition de cette espèce de chaux , on trouva qu'elle consis- toit entièrement en terre calcaire. Exposée à l'air environ trois mois, elle absorba 0.8 de l'air fixe requis pour la saturer. Dans l'autre espèce de chaux, très-peu de graines germèrent, et les plantes qui vinrent avoient à peine des tiges et racines ; n'étant formées presqu'entièrement que des deux feuilles séminales , lesquelles étoient détachées et couchées sur la suiface. Cette chaux étendue sur un carreau de jardin l'épaisseur d'environ 0.1 d'un pouce, empêcha presque toutes les graines ([u'on y avoit semées de monter , tandis que de la chaux ordinaire , em- ployée de la même manière , ne leur fit point de tort du tout. En examinant la composition de cette sul«tance si meurtrière pour les plantes, on trouva qu'elle contenoit trois parties de terre calcaiie pure, et deux de magnésie. Exposée aussi envi- ron trois mois à l'air, comme la chaux pure ci-dessus mention- née , elle n'absorba que les 0.42 de l'air fixe combiné avec la pierre avant d'être calcinée. Comme il étoit probable que la magnésie contenue dans cette chaux étoit la cause de ces propriétés singulières , on fit les ex- périences suivantes pour déterminer les effets de la magnésie sur l'accroissement des végétaux. Quelques graines (la plus grande partie de choux verds , qu'on préféra parce qu'ils croissent promptement ) furent semées dans de la magnésie crue; mais, quoiqu'elles y vinssent, les feuilles ne s'élevèrent jamais au- dessus de la surface, et les plantes étoient entièrement sans ra- cine; elles ne parurent pas croître mieux dans de la magnésie lavée auparavant dans de leau imprégnée d'air fixe. La magné- sie calcinée fut néanmoins beaucoup plus destructive encore , puisijue lîs graines n'y purent pas germer du tout. Pour comparer les etf ts de la magnésie sur les végétaux avec ceux de la chaux ordinaire , chacune de ces deux terres lut mêke en proportion dilfèrente , avec du sable , et mise dans de petites coupes dans lesquelles on sema les graines. La chaux fut faite avec du marbre , et avant de la mettre avec le sable , on la fit tomber en poussière en l'humectant avec de l'eau. Dans un mélange de 4 onces de sable avec 3 ou 4 grains de magnésie calcinée , les graines furent longtemps à monter , et les plantes i38 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE avoient à peine des racines et des tiges ; avec dix grains de magnésie de plus il n'y eut nulle apparence de végétation : 3o ou 40 grains de chaux ne retardèrent pas l'accroisseuient des graines plus que 3 ou 4 'le niaî?;nésie , et leurs efl'cts nuisibles ne furent pas si durables. La ciiaux, en absorbant l'air fixe, perdoit ijientôt ses propriétés destructives 5 de sorte qu'après que ces mélanges eurent été gardés 4 ou 5 semaines , les graii-.es y crurent avec 4° grains do chaux, à-peu-près aussi jjien que dans le sable pur : mais dans ceux qui contenoient 4 grains do magnésie, ils ne produisii'cnt que les feuilles séminales, coiiime on les a déjà décrites. Il étoit nécessaire de briser de temps en temps les pièces de sable qui contenoient beaucoup de chaux, autrement elles auroicnt été trop dures pour laisser passer les germes. Les plantes supportent une plus grande propoition do magnésie avec de la bonne terre que dans du sable : néanmoins avec 20 grains de magnésie calcinée dans une quantité de terre égale en voluaie h A onces de sable , les graines ne produisirent (jue les reuiiies séminales, sans racines 5 et avec 40 grains envi- ron , toute végétation fut détruite. Dans les pays où l'on emploie la chaux magnésienne , on observe que la stérilité des endroits où les tas reposent , dure plusieurs années. Pour apprendre combien de temps il faut pour la dépouiller de ses qualités malfaisantes, je me procurai tpiel- ques pièces de mortier fait avec cette chaux : deux maisons bâ- ties , l'une depuis trois et l'autre depuis huit ans les fournirent ; elles furent prises en-dehors des bâtimens , où elles avoient toujours été exposées à l'air. Après les avoir réduites en poudre, on y sema des graines ; il n'en leva que très-peu, encore n'a voient- elles uniquement que les feuilles séminales sans aucune jacinc. Comme les plantes croissent dans la pierre calcaire dont on fait cette chaux , et non dans le mortier fliit avec la rnème chaux , je voulus savoir quelle étoit la proportion de l'air fixe originai- i-ement contenu dans la pierre calcaire que ce mortier étoit ca- pable d'absorber. Pour cet effet un morceau du mortier fut ré- duit en poudre fine afin de le rendre par-tout d'une qTialité uniforme : on essaya ensuite combien il falloit de cette poudre et de la pierre calcaire pour saturer la même quantité d'acidej par ce moyen je m'assurai des proportions de pierre calcaire et de mortier contenant des quantités égales de chaux magné- sienne. En ayant obtenu leur air fixe , dans ces proportions , on le lï-csura dans des vases renversés, avec le mercure, et l'on trouva que le mortier qui avoit été exposé à l'air 3 ans, avoit ET D'HISTOIRE NATURELLE. 1 5sont beaucoup plus • longtemjis à se dissoudre que le marbre. Par cette propriété de la pierre calcaire magnésienne, il y avoit lieu de soupçonner que l'espèce de marbre appelée dolomite (de M. Dolomieu qui fut le premier qui remarqua cette singularité de dissolution lente), ressembloit à celle-ci dans sa composition. Une analyse de cette substance fut dernièrement insérée dans le Journal de physique : mais il est probable qu'elle est erronée, car en ayant examiné trois échantillons , on trouva qu'ils étoient composés de magné- sie et de terre calcaire, comme la pierre calcaire magnésienne; ainsi il faut sans doute la considérer comme fa même espèce de pierre, mais dans un plus grand état de pureté. Les pièces de dolomite étoient de différens endroits; l'une fut trouvée parmi les ruints de Rome , où l'on jugea qu'elle avoit été apportée de la Grèce , parce que plusieurs statues d'ouvrage grec en sont faites, et qu'on ne connoît point de carrière de cette espèce en Italie; la seconde a, dit-on, été lancée par le Vésuve; et la troisième venoit de Jona , l'une des îles occiJeniales de l'Ecosse. Dans plusieurs espèces de marbre commun , on observe des pe- tites parcelles et des veines qui sont longtemps à se dissoudre : en les examinant je découvris qu'elles contenoient une propor- tion considérable de magnésie ; mais comme elles n'étoient pro- bablement pas tout-à-fait dégagées du marbre qui les cnviron- noit, je ne m'assurai pas de la quantité précisément. La structure cristallisée qu'on peut généralement observer dans la pierre calcaire magnésienne , semble indicpier qu'elle n'a pas été formée par l'union accidentelle des deux terres , mais qu'elle doit avoir été le résultat de leur combinaison chi- i6o JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE inique. La difliculté de la dissoudre peuc aussi venir de l'attrac- tion des différentes parties couiposantes, l'une pour l'autre. Le mortier tbraié par cette espèce de chaux est aiiosi soluble dans les acides que le marbre coimuuii ; et les substances c|ui le com- posent se séparent aisément. La magnésie peut en être séparée en le faisant bouillir dans la chaux muriatiqiîe, et il précipite la chaux de l'eau de chaux j mais ni l'un ni l'autre de cea effets ne peut être produit par la pierre avant qu'elle soit cal- cinée. La pierre calcaire magnésienne est probablement très-abon- dante dans plusieurs endroits en Angleterre. Elle paroît s'éten- dre 3o ou 4 3 milles, depuis un peu au sud ouest de Workoop, dans le Notiinghainshire , jusipi'aupiès de Ferry-Bri Ige , dans Yorkshire. Environ 5 ou 6 milles plus au nord il y en a une carrière, près de Slierburn ; mais j'ignore si c'est une coulinua- tiori du stratum de Ferry-Bridge. Par quelques échantillons qui m'oj't été envoyés, je trouve que la cathédrale et les murailles de "ïorck en sont bâties. Je n'ai pas pu apprendre si on trouve des coquillages dans la pierre calcaire des endri)its que je viens de nommer. Dans son état de l'agriculture des comtés intérieurs, M. Marshall parle d'une chaux faite à BrcJon près de Derby, Lijuelle détruit les végétaux lorsqu'on l'eaqjloie en trop grande quantité. Je m'en procurai donc quelques morceaux , et je trou- vai qu'elle contient à-peu- pi es la mêiue proportion de magnésie que celle qu'on vient de décrire. Dans celte carrière la pierre est fréquemment cristallisée sous une forme rhomboïdale ; on y trouve quelquefois , mais trèi-raremcnt , des coquillages pétri- fiés, non calcaires, et semblables en composition à la pierre elle-même. Cette substance paroit être commune dans le Nor- thumbeiland. Dans le troisième volume des Annales d'agricul- ture, le docteur Fenvvick, de Nev\'castle , observe que les fer- miers de ce pays divisent les chaux en brûlante et douce. La première de ces espèces est sans doute magnésienne, puisqu'elle produit des effets semblables sur le sol; et il remarque ([u'elle ne se dissout pas si aisément dans les aciJes que la dernière. A Mallockj dans le Derbyshire , les deux espèces sont contigues j les rocs, du côté de la rivière où les maisons sont bâties, sont magnésiens , et de l'autre côté calcaires. La roche magnésicniia paroît aussi être posée sur un stratum calcaire; car eu descen- dant dans une cave formée dans cette roche, oji peut observer ijne veine distincte tlo pierre calcaire orJinaire qui ne contient point de mçignésie. Ce dernier stratum est rempli de coquillages, mais ET D' II I S T O I il E NATURELLE. iG» mais quoiqu'il y en ait aussi quelques-uns clans la roclie magné- sienne , néanmoins ils y sont très-rares. Dans les tables suivan- tes contenant les analyses de plusieurs échantillons, on nomme queUjues autres endroits où on trouve cette sulistaiiee , mais je n'ai j)U en apprendre autre chose. Après s'être assuré que la pierre calcaire et le marbre magné- siens étoient composés de deux terres , on entreprit de décou- vrir la proportion de ces deux terres en essayant combien de gypse et de sel d'epsoni on pouyoit obtenir par le moyen de l'acide vitriuliquc, d'un certain poids de chaque échantillon. Lorsque l'acide vitriolique supcrllu fut évaporé par la chaleur , le sel d'epsom l'ut séparé du gyp^e par le moyen de l'eau. Le résultat de ces essais est expriiné par la table suivante. Srt Gypse. d'epsora sec. 3.i5 2-9 3.1 ^■7 Ç I3reedon. ^ f 3. 9 Cinq grsins de pierre calcaire magné-) Mnllock. (■, ; 'i.ÇjS sienne de ^ Workoop.l'''"""'^'"'^'^^ 3 H ( York. . . > C 5.8 Trois grains de spar calc.-iire;, et un grain do magnésie calcinée. 3. g Comme la méthode précédente pour estimer les quantités de magnésie et de terre calcaire est sujette à des erreurs consldé- raljles , je les examinai ensuite de la matnère suivante , parce ■qu'elle paroît susceptible d'une plus grande exactitude. Vingt- cinq grains de chaque substance lurent dissous par l'acide ma- rin , dans une coupe de platine , et après que la dissolution fut évapoiée jusqu'à sicclté, elle fut chauifée au rouge durant quel- «jues minutes. La masse qi;i ixstoit dans la coupe , consistant en chaux muriatée et en magnésie dégagée de l'acide, fut bien lavée dans l'eau et mise dans une phiole : on versa dessus une quantité connue d'acide marin affoibli , un peu plus qu'il en. falloit yiour redissoudre la magnésie , et après la dissolution on ajouta un jioids connu de spar calcaire, ensorle qu'une partie seulement pût être dissoute par l'acide superflu ; alors par la quantité de spar qui resta indissoute , on connut combien il avoit fallu d'acide pour dissoudre la magnésie. Le fer et la terre argileuse contenus dans (pielques écliautil Ions , furent précipités jiar le spar, et par conséquent ne purent point occasionner d'erreur. Le spar calcaire néanmoins , se disiolvoit plus lente- ment lorsqu'il étnit mêlé avec de la terre argileuse , parce qu'elle Vencroutoit ; mais cet encroûtement fut enlevé de temps à autre; Tome LI. THtRMlDOR an 8. X i62 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE et dans toutes les expériences on laissa le spar dans la dissolu- tion jnsqu'à ce qu'il ne souffrît plus de diminution. Pour cet effet il fut nécessaire de tenir les dissolutions légèrement chau- des durant quelques jours, et pendant ce temps-là les phioles furent généralement ùouchées pour empêcher l'évaporation de l'acide. La première expérience de la table suivante fut faite sur des quantités connues de magnésie et de terre calcaire , pour éprou- ver l'exactitude des procédés. Pour le même effet, la seconde fut répétée sur un morceau de pierre calcaire préalablement rédnite en poudre pour que chacune de ses parties fut de la même qualité. La première colonne montre la quantité de spar calcaire qui pourroit avoir été dissoute par l'acide requis pour s'emparer de la magnésie; la seconde montre les quantités cor- respondantes de magnésie dans 26 grains de chaque substance ; la troisième exprime la quantité de chaux : on la trouva en sous- trayant le poids de la magnésie, du fer et de l'argile, de i3.2 grains^ poids de toute la quantité de terre contenue dans aS grains de pierre calcaire. Cela est proJjablement passablement correct, puisque dans les deux échantillons qui difteroient le plus dans la proportion de la magnésie et de la chaux , le poids des deux terres fut à- peu-près le même. Un morceau de dolomite de Rome fut enveloppé dans une feuille mince de platine, afin qu'il ne s'en piit rien perdre, et étant alors exposé à une forte chaleur , il laissa En terre 52 . 9 1 Dolomite du Mont-Vésuve ... 52.8 f Pierre calcaire de Breedon 52.4 T P^^ cent. Spar calcaire laissa en chaux 55.8 J Dans trois des expériences on fit aussi précipiter la terre cal- caire par l'alkali minéral; et sa quantité étant comparée avec celle que l'acide marin pouvoit dissoudre , elle correspondit , à très-peu de chose près, à celle qu'on a marquée. Une quantité d'acide marin qui pouvoit dissoudre i5 grains de spar calcaire, pouvoit aussi dissoudre S. S grains de magné- sie calcinée , et 2.5 grains de spar ; ensorte qu'il falloit la même quantité d'acide pour dissoudre 12. 5 grains de spar que 5.5 grains de magnésie. ET D'HISTOIRE NATURELLE. i63 La magnésie dont on fit usage étoit très-pure et avoit été rougle au feu immédiatement avant de 1^- peser. SUBSTANCES EXAMINÉES. Un mélange de 5.5 grains de magnésie et 14 grains de spar calcaire De pierre calcaire de Breedon , préalablement réduite en pou- dre D'une partie de la même poudre. De dolomite de Rome. . . . De dolomite de Jona. De dolomite du Mont-Vésuve. . Du même dolomite du Vésuve 95gr.\ pour une seconde expérience. De pierre calcaire magnésienne dc'AV answorde près Doncaster. De pierre cal-/' Thorpe arcli. co- magné siegne de. Matlock. . Yorkrainsler. Worksop. . , Sherburn. . Wesminster-hall, Quantité de spar que r.ici-i Quantité de requis pour de s'emparer de la magnésie, mngnésie auroitpu dis- soudre. 12.5. 11.55. . 11.56. . 12.2. . 10.1. . 10.58. . 10.00. . 12.75., 10.95. . 12.5. . 11. . . 11.6. . 11.5. . lo.i. . 5.5. 5.071. 5.082. 5.37. 4.4. . 4.565. 4.411. 5,61. 4.84. 5.5. . 4.84. 5.104, 5.08. 4.44. Quantité de chaux. 7.8 7.910. 7.73. 7.8. . «.575. 8Mn qu'on place la liqueur entre l'œil et la lumière, ou que l'œil la cousiière place entre elle et la fen^'tre. Cette décomposition n'est en effet que partielle , attendu que la jjoudre jaune bien lavée retient de l'acide mu- riatique , dont la plus grande partie a passé dans l'eau avec un peu d'oxide qu'elle y tient en dissoUiiion. Cette manière de sa comporter du muriate blanc avec l'eau, est ceilo d'un grand nombre de sels métal lî(pKS , comme les nitrates et suUates de mercure , le iiitre de bisniut, etc. L'acide nitrique l'attaque avec clialeur et dégagement de gaz nitreux. L'acide marin le change à l'instant en muriate blanc : un ex- cès de cet acide le dissout ensuite et forme une dissolution sans couli'ur. L'acide sidfuritjue agit sur cet oxiJe d'une manière particu- lière. Une pa-tie de l'oxide sollicité à l'union par cet acide , acliève de s'oxider au maximuai.aax dépens de l'autre. De là tieux produits nouveaux; le premier est du sulfate bleu dans leqi:jel le cuivre est nxide à nS , et le second coniiste en une jjortion de poudre d'un ass( z b au rouge j qui n'est ai^t-e ohose que du cuivre pur, et que l'acide muriatique ne peut plus coji- vertir en muiiate blanc. Quand l'acide nitrique n'est que de 10 à i5 degrés il opère de même sur cet oxide. Enfin l'aiumoniac dissout lacilenient cet oxide , et sa disso- Ê T D' H I s T O I R E N A T D R E L L E, i83 lutîon sans couleur, reproduit avec le coutact de l'air tous les phéiioinènes-dont il a ëtc qucs>ion plus haut. Je crois devoir ter niner ces détruis par l'aveu suivant : c'est que malgré que Pelletier n'ait lait asicune meniiou de ce nou- veau muriate , je ne doute point qu'il ne lui fût bien connu. Son silence sur la désoxidation du cuivre par le uiuriate d'étain , ne me prouve autre chose sinon rjue cette couiLmalson lui aymt paru extrêmement nouvelle, peut-être même inexplicable au premier abord, il en remetloit , à la manière de ceux qui tra- vaillent beaucoup , l'examen à un autre temps. Sans vouloir nullement disputer à cet infatigahle chimiste la primauté de son travail sur le muriate d'étain , je dirai avec vérité que je les avois découverts vraisemblablemciit dans le même temps que lui. Partis l'un et l'autre d'une même observation , nous avions parcouru les mêmes routes, et même si bien passé en revue les mêmes objets , que lorsque je vis pour la première fois son mé- moire dans les Annales de chimie , je ne pus me défendre d'un moment de tristesse, tant il est vrai que dans les recherches de la nature comme dans la fortune, vouloir thésauriser c'est s'ex- poser à perdre. J'ajouterai néanmoins que Pelletier a poussé trop loin les con- séquences qu'il tire de la désoxidation des acides moiibdiipia et tunstique, lorsqu'il dit qu'ils sont ramenés à l'état métallique en prenant la couleur bleue dans le muriate d'étain. Ces acides sont abaissés à un minimum d'oxidation et rien de plus ; dans cet état ils sont solubles dans l'eau , de même que lorsqu'ils ont éprouvé l'action de l'eau hépatique. Il en est en un mot de ces substances métalliques , comme du cuivre , du fer et d'autres dont la désoxidation n'est que partielle, tandis qu'elle est com- plette pour les oxidcs de mercure, d'arsenic, etc. J'en dirai autant de la manganèse dont l'oxidation peut également s'abais- ser par le muriate d'étain , soit dans ses dissolutions , soit dans son oxîde même, mais jamais assez pour reprendre l'état métal- lique. Co/nment en effet l'oxide de muriate d'étain , dont une pariie de la tendance à désoxider est déjà satisfaite , pourroit- il opérer une décomposition que la nature a refusée à l'etain lui même ? J'ai trouvé, comme Bergman, que l'étain oxidé au minimum ne prenoit que 3o pour loo d'oxidation ; mais cet oxide n'est pas exempt d'acide marin; l'ayant rougi dans un creuset , il a perdu beaucoup de son poids dû à des fumées de muriate d'e- taln sensibles à la vue et à l'odorat. Quant à l'oxide au maxi- A a 2 i84 JOURNAL DE PHYSIQUE, tiE CHÎMIE jiium , il revient facilement et par une chaleur rouge de i4<» à i3o; alors il est bleuâtre et insoluble dans les acides, k raison, ce me semble, du frittage qu'il a éprouvé. J'ai conclu, de la facililé avec laquelle ce dernier perd de son oxygène, qu'il ne falloit pas trop s'y fier pour le calcul de l'étain dans l'ana- lyse des bronzes. MEMOIRE SUR L'IBIS DES ANCIENS ÉGYPTIENS,. Par le C. Cu vier. Tout le monde a entendu parler de l'ibh, de cet oiseau au-^ quel les anciens Egyptiens rendoient un culte religieux , qu'ils- éle\ oient dans l'enceinte de leurs temples , qu'ils laissoient errer librement dans leurs villes , qu'ils embauoioient avec autant de soin que leurs propres parens ; de cet oiseau auquel ils attri- buoitiît une pureté virginale et un attachement inviolable à leur pays dont il étoit l'emblème ; de cet oiseavi dont les dieux au- roient pris la figure s'ils eussent été forcés d'en adopter une mortelle. Aucun autre animal n'auroit dû être aussi facile àreconnoître que celui-là, car il n'en est aucun autre dont les anciens nous aient laissé à-la-fuis, comme de l'ibis, d'excellentes descriptions, des figures coloriées exactes , et le corps lui-même soigneuse- ment conservé avec ses plumes, sous la tiiple enveloppe d'un bitume préservateur, de linges épais et serrés, et de vaseS soli- des et t)ien mnstiqnés. Et cependant de tons les auteurs modernes q à ont parlé de l'ibis, il n'y a qie le seul Bruce, ce voyageur plus célèbre par son ^(lur ige que par ses connoissances en histoire naturelle, qui ne se soit pas mépris sur la véritable espèce de cet oiseau, et ses idées à cet égard , quelque justes qu'elles fussent^ n'ont pas inê tif été adoptées par les naturalisrés. Après plu leurs changemens d'opinion touchant l'ibis, on pa- roît s'accor.ler aujourd'hui à donner ce nom à un oiseau ori- ginaire d Afrique, à-peu-près de la: taille de la cigogne, au Ë T D» H ISTOIRE NATURELLE. iM lumage blanc , avec les pennes des aîles noires , perché sur e longues jambes rouges, armé d'un bec long, arqué, tran- chant par ses bords, arrondi h sa base, échancré à sa pointe, d'un jaune pâle, et dont la face est revêtue d'une peau rouge et sans plumes, qui ne s'étend pas au-delà des yeux. Tel est Yi6is de Perrault (i) , l'iùis blanc de Brisson (2), Vibis blanc d'Egypte , de Buflbn ( 3 ) , et le tantalus ibis de . Linnée^ dans sa douzième édition ; tel est l'oiseau qui porte dans les galeries du Muséum le nom d'ibis égyptien , et qui y est rapproché avec raison du curicaca de Margrave , o\x tanta- lus loculator de Linnée ; car ils ont tous deux le bec arqué, fort tranchant et échancré. C'est encore à ce même oiseau que M. Blumenbacli , tout en RTOuant qu'il est aujourd'hui très-rare , au moins dans la Basse Egypte, assure cependant que les Egyptiens rendoiciit les hon- neurs divins (4). J'ai partagé l'erreur des hommes célèbres que je viens de ïiommer, jusqu'au moment où j'ai pu examiner par moi-même quelques momies d'ibis. Ce plaisir m'a été procuré décadi dernier par le cit. Fourcroy , auquel le cit. Grobert , général d'artillerie , revenant d'Egypte , a donné deux de ces momies ; en les développant avec soin nous avons apperçu que les os de l'oiseau embaumé étoient bieri plus petits que ceux de tantalus j qu'ils étoient à peine de la taUle de ceux du courlis ; que son bec ressembloit à celui dé ce dernier, à la longueur près qui étoit un peu moindre^ et point du tout à celui du tantalus ; enfin, que son plumage étoif blanc , avec les pennes des aîles noires , comme l'ont dit les anciens. î^ons nous sommes donc convaincus que l'oisea»! que les an- (1) Description d'un ibis blanc et de deux cigognes. Acad. des se. de Paris , lom. m, p. ill , page 61 de l'éd. m.-!^. de lyô'i. PI. \i , f. 1. Le bec est re- présenté tronqué par le bout; mais c'est une faute du dessinateur. (2) Nu7neniu.3 sordide alho rtifesnefis j capiie anteriore nudo ruhro ; laitrihus tubro purpureo et carneo colore jnaculatis ^ rtmigibus majoribus nigris, nectriisibus sordide ulbo rufe.icentibus , rostro in exortu dilute luleo , in extremitate aurantio , jtedibus griseix. . . Ibis candida , Briss. , Orn. , t. V , p. S'jy. (y<) Planches enl. , n°. 38g , hir-t- des oiseaux, tome VIII, in-4".; p. li , pi. L Celte dernière Cgure est une copie de celle de Perrault. (4) Handbucà de/ nafurgeschichte , p. soS de l'éd. de 178a. i86 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE ciens Egyptiens embaumoient n'étoit point du tout notre fan- taius ibis, qu'il étoit plus petit, et qu'il falloit le chercher dans le genre des courlis. Nous avons vu , après quelques recherches, que les momies d'ibis ouvertes avant nous par difï'<;rens naturalistes, étoitut semblables aux nôtres. Bufifbn dit expressément qu'il en a exa- miné plusieurs ; que les oiseaux (|u'eliei contenoient avoient le bec et la taille des courlis ; et cependant il a suivi aveuglément Perrault , en prenant le tantalus d'Afrique pour l'ibis. Une de ces momies ouvertes par BulFon existe encore au Muséum ; elle est semblable h. celles que nous avons vues. Le docteur S/ja\v , dans le supplément de son voyage, éd. angl. in fol., Oxf. 1746, pi. V, et p. 64-66, décrit et ligure avec soin les os d'une pareille momie ; le Lee , dir-il , étoit long de six pouces anglais, semblable à celui du courlis, etc. En un mot, sa description s'accorde entièrement avec la nôtre. Caylus, Recueil d'antiquités , torne VI, pi. XI, f. 1 , repré- sente une momie d'ibis dont la hauteur, avec ses bandelettes, n'est que d'un pied 7 pouces 4 lignes , quoiqu'il dise expressé- ment que l'oiseau y étoit posé sur ses pieds , la tète droite , et qu'il n'a eu dans son embaumement ixucune partie repliée. Hasselquist , qui a pris pour l'ibis un petit héron blanc et noir, donne comme sa principale raison , que la taille de cet oiseau , qui est celle d'une corneille , correspond très-bien à la grandeur des momies d'ibis (i) : comment donc Linnée put-il donner le nom d'ibis à un oiseau grand conime une ciiîosae ; comment, sur-tout put il regarder cet oiseau comme le même que l'araea ihis d'Hasselquist , qui, outre sa petitesse , avoit un bec droit? Et comment celte dernière erreur de synonimie a-t-elle pu se conserver jusqu'à ce jour dans le systema nalarae ? La seule figure de bec d'ibis embaumé qui ne s'accorde pas avec les nôtres , est celle à' Edwards , pi. io5 ; elle eét'd'un tiers plus grande qu'il ne f.iudroit; mais comme elle contredit tous les autres témoignages , il fiiut croire qu'elle a été pnse de la momie d'un oiseau différent de l'ibis , ou que le dessinateur en a exagéré les proportions (3). (1) Hasselquist iter PaJesiinuin ,'^. %l\(:\. Magnitudo gallnœ , scu cornicis ; et p. a5o , vasa quœ in ■^epidchris inveniuntur , cum avibus cunditis , hujus sunt jmignilnditii.'i. (a) Depuis la lecture de Ce mémoire le cit. Olivier a eu la complaisance do ET D' HISTOIRE NATURELLE. 187 Il falloit donc chercher le véritaljle ibis ailleurs que parmi ces tamalus à haute taille et à bec tranchant : c'est ce que nous avons fait. Un coup-d'œll sur la collection des oiseaux que le cit. Lacé- pède vient de disposer dans un si bel ordre, au Muséum d'his- toire naturelle , nous a fait reconnoître une espèce qui n'est encore ni nommée , ni décrite dans les auteurs systénjutiqucs , excepté peut-être Latham , et qui satisfait seule à tout ce que les anciens , les tuonuinens et les momies nous indiquent comme caractères de l'ibis. Nous vous en présentons ici la figure; c'est un oiseau de la taille du courlis; son bec est semblable à celui du courlis, mais un peu plus court à proportion , de couleur noire ; sa tête et les deux tiers sujoérleurs du col sont dénués de plumes , et re- vêtus d'un duvet court et noir : le plumage du corps , des ailes et de la queue est blanc sale , à l'exception des bouts des gran- des pennes de l'aîle qui sont noirs , et des plumes du bas du dos qui sont aussi noires , longues , effilées et retombant par- dessus les bouts des aîles lorsque celles-ci sont pliées. Les pieds sont noirs et semblables à ceux «lu courlis. L'individu que nous avons observé vient de la collection du stathonder , et on ignore son pavs natal. Le cit. Desmoulins, qui en a vu deux autres , assure qu'ils veiioient tous deux du Sénégal ; l'un d'eux a même été rapporté par le cit. Geot'troy de Villeiii uve ; mais outre que le cliiuat du Sé'iegal ne diffère pas beaucoup de celui du Nil , nous verrons plus bas que Bruce a trouvé cette espèce en abondance en Egypte, et j'imagine que les modernes ne prendront pas au pied de la lettre l'assertion des anciens, que l'ibis ne quittoit jamais cette terre sacrée. Cette assertion seroit d'ailleurs aussi contraire au taiitalus ibis qu'à notre courlis ; cai: les individus qu'on en a en Europe , viennent du Sénégal. C'est de là que le cit. Geoffroy de Ville- neuve a rapporté celui du Muséum d'histoire naturelle; il est nous faire voir des os qu"il a retires de deux momies d'ibis ; et d'en ouvrir avec nmis deux autres ; ces os ;e sont trouvés sembtatiles à ceux des momies du g^'. Giobert : àne des quatre seulement étoit pius petite, mais il étoit fncile de juger p .r les éptphyces , qu'elle provenoit d'un jeune individu. Le cit. Olivier nous a aussi f..il voir un bec d'un tiers plus long que ceux, qu'on trouve ordiuiiirement daua les monii^a d'ibis; mais ce bcc est né^umoini entièrement pareil à celui d'im courlia, et en particulier à celui de l'ibis noir de Selon ; et point du tout à celui du taatalus. jS8 JOURNAL DE PHYStQOE, DE CHIMIE même beaucoup plus rare en Egypte que notre courlis , puisque depuis Perrault , personne ne dit l'y avoir vu ou l'en avoir reçu. Maintenant que nous connoissons cet oiseau , parcourons les livres des anciens et leurs nionuoiens , nous verrons toutes les difficultés s'évanouir et tous les témoignages s'accorder avec le meilleur de tous , qui est le corps même de l'oiseau conservé dans la momie. Les iùis les j}Ius communs, ait Hérodote , Euterp. , n». 7(î ,' ont la tête et le cou nus, le plumasse blanc , excepta la tête f le cou , les bouts des ailes et le croupion qui sont noirs. Leur bec et leurs pieds ressemblent à ceuje des autres ibis. Et il avoit dit de ceux-ci : ils sont tous noirs , ont les pieds comme la grue , et le bec crochu. Combien de voyageurs ne font pas aujourd'hui de si bonnes descriptions des o'seaux qu'ils observent, que celle qu'Hérodote avoit faite de l'ibis. Comment a-t-on pu appliquer cette description à un biseau qui n'a de nu que la lace, et qui l'a rouge? A un oiseau qui a le croupion blanc et non pas noir ? Cependant ce dernier caractère étoit essentiel à l^ibis ; Plutar- que dit ( de Iside et O si ride ) qu'on trouvoit dans la manière dont le blanc étoit tranché avec le noir dans le plumage de cet oiseau , une figure de croissant de la lune. C'est en effet par la réunion du noir du croupion avec celui des deux bouts d'ailes que se forme dans le blanc une grande échancrure demi-circu^, laire qui donne à ce blanc la figure d'un croissant. H est plus difficile d'expliquer ce qu'il a voulu dire en avan- çant que les pieds de l'ibis forment avec son bec un triangle équilatéral. Les peintures d'Herculanum mettent d'ailleurs fin à toute es- pèce de doute; les tableaux n". i38 et 140 , de l'édition de David, et tome II, p 3i5, n". LIX , et p. Sax , n». LX, de l'édition originale, qui représentent des cérémonies égyptiennes, mon- trent plusieurs ibis marchant sur le parvis des temples ; ils sont parfaitement semblables à l'oiseau que nous avons indiqué ; ori y reconnoît sur-tout la noirceur caractéristique de la tête et dix cou, et on voit aisément par la proportion de leur figure avec les personnages du tableau , que ce devoit être un oiserfu d'un demi-mètre tout au plus, et non pas d'un mètre comme le lan- f,alus ibis. \>dk mosaïque de Palestrine préseate aussi dans sa partie moyenne, ET D'HISTOIRE NATURELLE. «89 moyenne, plusieurs ibis perchés snr des bàtimens; ils ne diffè- rent en rien de ceux des peintures d'Herculanuni. Une sardûine du cabinet du D. iVIead, copiée par Shaw, app. tab. V , et représentant un ibis, semble être une miniature de l'oiseau que nous décrivons. Une médaille d'Adrien, en grand bronze, représentée dans le Muséum de Farnèse , tome VI, pi. XXVIII , fig VI , et une autre du même empereur, en argent, représentée tome III, pi. VI , f. XI , nous donnent des ligures de l'ibis , qui malgré leur petitesse ressemblent assez à notre oiseau. Quant aux figures d'ibis sculptées sur la plinthe de la statue du ]N!il, au Belvédère et sur sa copie au jardin des Tuileiies, elles ne sont pas assez terminées pour servir de preuves , mais nous en avons désormais assez pour n'avoir plus aucun doute. Nous devons à Bruce la justice de dire qu'il avoit reconnu le véritable ibis(i) ; son abou-kannès ,lomc V , p. 173 de l'édition anglaise in-4". , comparé à l'oiseau que nous avons décrit , se trouy^ être si semblalile , qu'il est difficile de ne pas le regar- der comme de la même espèce , et ce voyageur dit expressé- ment qu'il lui a paru ressembler à celui que contiennent les cruches de momies; il dit de plus que cet abouhannès owpere- jeaii, est très commun sur les bords du Nil, tandis qu'il n'y a jamais vu l'oiseau représenté par Buffon sous le nom à.' ibis blanc d'Fgypie. ■ Cet abou hannès a été placé par Latham dans son Index or- nïthologicvs , souple nom de tantalus (lethiopicus •■, mais il ne parle point de la conjecture de Bruce sur son identité avec l'ibis.. .. ' _ Les voyageurs antérieurs et postérieurs à Bruce paroissent avoir tous été dans l'erreur. Belon a nommé ibis noir un oiseau qui n'est autre chose qu'un courlis noir à tête nue , et bec , et pieds rouges ; ce qui ne s'ac- corde point avec la description d'Hérodote qui dit que l'ibis poir est noir dans toutes ses parties. Cet oiseau de Belon est très-commun dans les collections , et cependant comme on cherclioit aussi dans l'ibis noir un tan- tale.à bec tranchant , les naturalistes récens ont presque tous dit que Belon seul avoit vu cet oiseau : le cit. Lacépède a déjà (1) De la nature des oiseaux, liv. IV, cliap. IX, pag. 199 de l'édition de Tome LI. FRUCTIDOR an 8. B h igo JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE rectifié cette errevir , et il a donné le nom d'ibis noir à l'oiseau auquel il avoit été donné par Belon. Quant à l'ibis jjlanc , Belon a cru que c'étoit la cigogne , en quoi il contredisoit évidemment tous les témoignages; aussi per- sonne n'a-t il été de son avis eu ce points excepté les apothi- caires qui ont pris la cigogne pour emblème , parce qu'ils l'ont conlbndue avec l'ibis auquel on attribue l'invention des clis- tères. Prosper Alpin , qui rappelle que cette invention est due à l'ibis, ne donne aucune description de cet oiseau dans sa mé- decine des Egyptiens (i); dans son histoire naturelle d'Egypte il n'en parle que d'après Hérodote , aux termes duquel il ajoute seulement, je ne sais d'après quelle autorité, que cet oiseau res- semble à la cigogne par la taille et la figure. Il dit avoir ap- pris qu'il s'en trouvoit en abondance de blancs et de noirs sur les bords du Nil , mais il est clair qu'il ne croyoit point en avoir vu (2). Sl.aw dit de l'ibis (3) , qu'il est aujourd'hui excessivement rare (4) et qu'il n'en a jamais vu. Sou emseesy ou oiseau de bœuf, que Gmelin rapporte très-mal à propos au tantalus ibis , a la grandeur du courlis , le corps blanc , le bec et les pieds rouges. Il se tient dan^ les prairies auprès du bétail ; sa chair n'est pas de bon goût et se corrompt d'abord. Il est facile de voir que ce n'est pas là le tantalus , et encore moins l'ibis des anciens (5). Hasseli^uist n'a connu ni l'ibis blanc , ni l'ibis noir ; son ardea ibis est un petit héron qui a le bec droit. Linnée avoit très- bien fait de le placer, dans sa dixième édition, parmi les hérons; mais il a eu tort, comme je l'ai déjà dit, de le transporter comme synonime au genre tantalus. Maillet, descr. de l'Eg. , part. II , p. aS , conjecture que l'ibis pourroit être l'oiseau particulier à l'Egypte ^ et qu'on y nomme chapon de Pharaon , et à Alep sapliaii-bacha. 11 dévore les ser- pens; il y en a de blancs et de blancs et noirs, et il suit pen- dant plus de cent lieues les caravanes qui vont du Caire à la (1) De med. a?gypl. lib. I, fol. i , vers. Edit. de P.iris , 1616. (2J Rer. a-gj^pt. Iib. IV , cap. I, tom. I, ong. iqq de l'éd. de Lcvde 1735. (5) It. p. :255.Emsee,,y,Ox. bird. ' ^ " »» ^ ' r4; Tr.d. fr., n,p. 167. (5) Trad. fr. 1 , p. 33o. ET D'HISTOIRE NATURELLE. 191 Mecque, pour se repaître des carcasses des animaux qu'or. Inc pendant le voyage, tandis qae dans toute autre maison on n'en voit aucun sur cette route. Mais il ne regarde point cette con- jecture Corinne Certaine ; il dit même qu'il faut renoncer à en- tendre Ipg anciens lorsqu'ils ont parlé de manière à ne vouloir pas cire entendus : il finit par conclure que les anciens ont peut-être compris indistinctement sous le nom à'ibis , tous IfS oiseaux qui rendoicnt à l'Egypte le service de la purger des dangereux reptiles que ce climat produit en abondance , tels que le vautour, le faucon , la cigogne, l'épervier, etc. Il avoit raison de ne point regarder son chapon de Pharaon comme l'ibis ; car quoique sa description soit très-imparfaite j et que Buffon ait cru y reconnoître l'iljis , il est aisé devoir, ainsi que par ce qu'en dit Pokocke.quecet oiseau doit être nn Carnivore, et en effet on voit par la figure de Bruce, tome V, p. 191 de l'édit. fr. , que la poule de Pharaon n'est autre chose que le rachama ou le petit vautour blanc à aîles noires , vultur perc- nopterus , Linn. ; oiseau très-différent de celui que nous avons prouvé plus haut être Vil)is. Pokocke dit qu'il paroît , par les descriptions qu'on donne de l'ibis, et par les figures qu'il en a vues dans les temples de la Haute Egypte, que c'étoit une espèce de grue. J'ai vu , ajoute- t-il , quantité de ces oiseaux dans les îles du Nil ; ils étoient la plupart grisâtres. (Trad. franc. , éd. in-12, tom. II, pag. 53). Ce peu de mots suffit pour prouver qu'il n'a pas connu l'ibis mieux que les autres. L'erreur qui règne aujourd'hui touchant l'ibis blanc, a com- mencé par Perrault , qui est même le premier qui ait décrit le tantalusibis d'aujourd'hui. Cette erreur adoptée par Brisson et par Buffon, a passé dans la douzième édition de Linnée , où elle s'est mêlée à celle d'Hasselquist qui avoit été insérée dans la dixième pour former avec elle un composé tout-à-fait monstrueux. Elle étoit fondée sur l'idée bien naturelle , qu'il falloit pour dévorer les serpens un bec tranchant et plus ou moins analo- gue à cehù de la cigogne et du héron ; cette idée est même la sevile bonne o|3Jection qu'on puisse faire contre l'identité de notre oiseau avec l'ibis. Comment, dira-t-on, un oiseau à bec foible , un courlis pouvoit-il dévorer ces reptiles dangereux ? Mais outre qu'une raison de cette nature ne peut tenir contre des preuves positives, telles que des descriptions , des figures et des momies ; outre que les serpens dont les ibis délivroient l'Egyptç, nous sont représentés comme très-venimeux, mais iipn B b 2 iy2 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE pas comme très-gran Js , je puis répondre directement que les oiseaux momifiés qui avoient un bec absolument semblable à celui de notre oiseau, étoient de vrais mangeurs de serpens, car j'ai trouvé dans une de leurs momies des débris non encore digérés de peau et d'écaillés de serpens ; je les présente à la classe. Cela détruit l'objection qu'on pourroit tirer d'un passage de Cicéron, où il donne à l'ibis un bec corné et fort : n'ayant jamais été en Egypte, il se figuroit que cela devolt être ainsi , par simple analogie. Notre courlis d'Europe qiii aie bec encore plus f'oible que l'ibis mange des anguilles, à ce que m'a assure un témoin oculaire. Je termine ce mémoire par l'énoncé de ses résultats. Le tantalus ibis de Linnée doit rester en un genre séparé avec le tantalus locidator. Leur caractère sera rostruni validum ar- cuatum, apice emarginatum. Les autres tantalus des dernières éditions doivent former un genre avec les courlis ordinaires : on peut letir donner le noin de numenius : leur caractère sera rostrum gracile , aj-cuatum , apice inilatiim. L'ibis des anciens n'est point l'ibis de Perrault et de Buffon , qui est un tantalus, ni l'ibis d'Hasselquist , qui est un ardea, ni l'ibis de Maillet, qui est un vautour ; mais c'est un numenius ou courlis qui n'a point encore été nommé par îes auteurs systé- matiques, et que Bruce a figuré sous le nom d'abou-hannes. Je le nomme numenius ibis , albus , capite et collo midis , re- mi gibus , pennis uropygii elongatis rostre et pedibus ni gris. Le tantalus ibis de Linnée , dans l'état actuel de sa synonimie, comprend ,,uatre espèces de trois gonr2s dificrens ; Un tantalus; l'ibis de Perrault et de Butfon. Un ardea; l'ibis d'Hasselquist. Et deux numenius; l'ibis de Belon. Et l'ox-bird de Sliaw. Qu'on juge par cet exemple et par tant d'autres , de l'état où se trouve encore cet ouvrage au systema naturae , qu'il seroit si importait de purger par degré des erreurs dont il fuurmdle et ou'on semble en surcharger toujours davantage, en entassant sans choix et sans critique les espèces, les caractères et les sy- nonimes. ET D'HISTOIRE NATURELLE. igS MÉMOIRE SUR LE RHUS RADICANS; Par J. B. VAN MoNS , membre de l'Institut national des sciences et arts de France. Description botanique du Rhus radicans (i). Il suffit d'avoir observé pendant quelque temps dans les Ca- rolines , le rhus radicans de Linneus , pour être convaincu que le rhus toxicodendron du même auteur , n'est que la même plante dans un état différent , et que Tournefort avoit eu raison , contre l'opinion de ses devanciers, de les réunir sous la même phrase spécifique. En effet, lorsque le rhus radicans (appliquant cette déno- mination aux deux espèces) croît dans un terrain sec, sur-tout dans sa première Jeunesse , ses feuilles sont lobées , légèrement velues, et lorsqu'il se trouve dans un terrein humide et ombragé, il a les feuilles entières et glabres. On voit souvent , dans un espace peu étendu , toutes les nuances entre ces extrêmes , de sorte qu'il est très-facile de les comparer et de s'assurer que le lieu seul détermine les différences que le botaniste remarque entre elles. Aussi fValter, qui a publié une Flore de la Caroline, dans l'embarras d'appliquer les caractères du rhus toxicodendron à une plante différente du rhus radicans , et voulant cependant trouver la première , indiquée comme très-commune dans le pays qu'il habitoit, a donné son nom à un arbuste qui n'est jamais radicant , et s'est cru justifié en substituant aux mots (i) La partie botanique de ce mémoire appartient à mon ami Bosc , président de la société d'hieloire nafurtlle de Paris, qui , pendant son séjour dans les Ca- rolines , en qualité de consul de la république , voulut bien m'envoyer la pré- sente description du rhus radicans. igi JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE caille va die an te , les mots caiile erecto qu'il a soulignés pour faire voir qu'ils n'étoient point dans \e Spec'ies plaiitanim.{y). Pour fixer l'inceriitude des botanistes , il faut décrire le rhus radicans dans le plus grand détail , et y joindre une figure exacte, mentionner toutes ses variétés, et corriger les erreurs commises à sou égard. RnUSRADICANS. R. dio'ica , caule radicaiite , foliis teriintis , Linneiis , Spe- cies plantaruriL ,'b'iï. Hort. cUjf. no. To.vlcodendron viilgara , foUls teniatis , foliolis obcordat'is , ghibris , integerrimis ,caule radicante. Mill. , Dlct. n". i. Toxicodendron triphillum , iila- brum. Tournef. , 611. Duhamel , arb . 1 , ?. 98. Toxicodejidron amplexicaule , foliis minoribus glabris. Dillen , Ellh. Syo. Toxicodendron rectum , foliis minoribus glabr'is , Dillen , Eltli. 389, 391 , //o-, 375. Gronov. virg. 33 et i49- Kalm, it. 2, pag. 2.i.)6 , 214, 3i8. Corn. Canad. c)6 , tab . i^-j , Ban. zc. 228. Ray, hist. 1799. Hortus keir. \ , pag. 067-8-9. Racine ligneuse , traçante , rougeâtre , à fibrilles peu nom- breuses. Tige ligneuse, radicante, rameuse, souvent flexueuse j cas- sante , l'écorce d'un gris-brun. Rameaux alternes, en tout semblables à la îigej les supé- rieurs seuls radicans ; les inférieurs perpendiculaires à la tige. Tous allongés, minces, rarement brancbus , et no portant des feuilles et des lleurs qu'à leur extrémitéj sur la pousse de l'an- née. Les radicules radicantes plus ou moins nombreuses , naissant (1) V. Flora rarolinianaj pag. !i5S. Celte plante de ^f'ate/- , considérée isolé- ment , sera par tous les botanistes de cabinet regardée comme une espèce bien distincte des rhu-. radicans et toxicodendron, quoique les parties de la frnclili- cation soient parfaitement semblables aux leurs, nir.is sa tige constamment droite, à peine haute d'un pied , ses feuilles fortement velues, très- profondément ;iu- guleuses , quelquefois même surdenlées , l'en éloignent considérablement. Il faut nécessairement examiner un grand nombre d'individus, l'es comparer avec les variétés de l'espèce radicante , pour être convaincu qu'elle ne diffère que par la tige non radicante. Cette plante ne vient que dans les sables les plus secs , d'où il est probable que ce n'est qu'à l'aridité du teTein qu'elle doit l'appa- rence dont elle jouit. Il faudroit cependant par du semis, en des lieux de nature opposée, s'assurer de la justesse de celle réflexion. Cette expérience demande plusieurs années. ET D'HISTOIRE NATURELLE. igS au dessous de la plus Lasse feuille, à l'extrémité des pousses de l'année précédente. Feuilles alternes, terrées; naissant ordinairement au nombre de quatre ou cinq, sur la pousse de l'année. Le pédoncule commun renflé à sa base , presque cylindri(|ue, l'ius ou moins velu, long de deux à trois pouces sur une ligne de diamètre; les folioles ovales, lancéolées, acumiuées , tantôt anguleuses, tantôt entières, tantôt glabres (i) , tantôt velues , mais toujours plus en-dessous, encore plus sur les nervures ; les moyennes , longues de trois pouces sur deux de largeur ; les inférieures presque sessiles , partagées inégalement par la grande nervure; la supérieure longuement pédonculéej les angles, lors- qu'il y en a, toujours en petit nombre, toujours obtus et ne se montrant qu'à la moitié, et plus souvent aux deux tiers de sa longueur. Fruciilication dioïque , en épis axillaires. Les épis composés à la base, simples au sommet, en même nombre que les feuilles. L'axe commun flexueux, un peu velu, long d'environ un pouce. Fleurs pédonculées, solitaires; les pédoncules alternes, per- pendiculaires à l'axe , a peine longs d'une ligne. Calice à cinq feuilles , attaché à un réceptacle charnu ; les folioles presque ovales, glabres , caduques, d'un vert blanchâ- tre, à peine longues d'une demi-ligne. Corolle de cinq pétales attachés à un réceptacle. Pétales lan- céolés , caducs, deux fois plus longs que le calice, glabres, recourbés et repliés en dehors, d'un vert-blanc quelquefois veiné de brun. Etamines au nombre de cinq , attachées au réceptacle , moins longues que la corolle ; filet applati , plus large à sa base , rouge ; anthères jaunes , presque ovales , creusées par un sillon longi- tudinal. Pistil à germe ovale, très-velu; à stile gros, court et glabre ; (i) La variété lucicle, figurée dans l'Hortus eltainensis , est encore une preuve de In disposition à varitrque possède celle plante; cette variété n'est pas rare, et est Veflet de l'âge joint à l'exposition au soleil. Il est probable que tous les vieux pieds qui restent dans les lerreins que Thomme deséèche.et découvre , y repoussent. Au reste , cette variété paroit bien plus éloignée du rhus radicans, que celui-ci du rhus loxicoden'lron ; elle devroit donc encore faire une espèce, si le poil et les dentelures suffisoient. \c,6 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE à trois stigmates bruns, sessiles , dont l'un est toujours plus gros que les autres. Fruit à baie sèche, presque ronde, velue , sillonnée parsepî à huit Ibssettes longitudinales^ ne contenant qu'une seule se- mence. Cette plante est bien dioïque, cependant les fleurs mâles con- tiennent toujours les rudimens d'un pistil , et les fleurs femelles des étamiues qui avortent. 11 faut suivre la floraison , pour voir les étamines des pieds femelles diminuer graduellement de gros- seur, lorsque celles des pieds mâles augmentent , car elles sont d'égale ou presque d'égale grosseur dans les boutons. Il est cer- tain que dans l'ordre naturel elle fait partie du genre 7-/uis , mais dans les systèmes artificiels, on seroit très-fondé à en faire Tin genre particulier, fondé principalement sur la diœcie,sur le fruit qui est plutôt un drupe qu'une baie , et sur le calice qui est polyphille (i). Le rlius radicans croît, presqu'exclusivement dans les bois humides, sur le bord des rivières et des marais; il est extrême- ment commun eu Caroline. Dans sa jeunesse il rampe sur terre, et ses feuilles sont toujours dentelées ou sinuées , toujours ve- lues : il est donc rhus toxlcodendron ; mais aussitôt que l'extré- mité de sa tige rencontre un ari)re , n'importe lequel, il s'y cramponne par des suçoirs radicitonnes , et s'élève graduelle- ment contre son tronc; il devient donc rhus ra^//ca//.s. Lorsqu'il est arrivé à ce point , la partie qui rampoit s'enfonce dans la terre et devient racine, du moins on peut le présumer puisqu'il ii'y a jamais de distance entre le pied de la plante et celui de l'arbre contre lequel elle s'élève. La direction de la tige est tantôt droite , tantôt oblique , souvent elle se divise en plusieurs maîtresses branches , qui embrassent le tronc de l'arbre ; mais dans tous les cas il n'y a jamais que l'extrémité des branches directes qui fournissent des radicules. Ces branches n'ont jamais de fleurs, les latérales jouissant seules de la faculté prolifique. Les radicules se dessèchent chaque année , sans cependant ces- ser de retenir la plante contre l'atbre; car à moins qu'un acci- (i) Il est cependant bon d'observer que dans la fleur m.îlii, où le réceptacle est à peine charnu, le calice semble d'une seule pièce , comme le dit Linneiis , et qu'il est persistant; mais dans la femelle les feuilles sont bien distinctes et très- caduques. dent t ET D' HISTOIRE NATURECLE. 197 dent n'ait dérangé l'ordre naturel, on en volt depuis le bas jus- qu'au haut, quelque suit l'âge du pied. Le iluis radicans s'élève à la hauteur des plus grands arbres, et lorsqu'il est vieux ou qu'il se trouve dans un terre'n conve- nable, il porte souvent une forêt de branches latérales. Ou voit des troncs qui ont jusqu'à quatre pouces de diamètre , d'après quoi on peut juger (ju'ils ont crû d'une ligne en trois ans. Sou- \ent ces troncs deviennent creux à un certain âge. Les couches annuelLs sont du double plus larges dans la partie qui reçoit l'influence de l'air, que dans celle qui touche à l'arbre Lors- que le support meurt, la plante n'en continue pas moins de croître avec vigueur, et lorsqu'il tombe en pourriture, elle se soutient elle-même comme la plupart des végétaux. C'est au commencement de germinal que le rhus radicans commence à pousser ses feuilles en Caroline ; c'est à la fin du même mois que s'épanouissent ses fleurs , et ses semences sont mûres à la lin de floréal ; ainsi on voit qu'il parcourt les épo- ques de sa fructification avec une grande rapidité. Ses fleurs ont une odeur extrêmement foible, mais qui n'est pas désagréa- ble ; ses feuilles en ont une à-peu-près de même nature , ma:s leurs émanations ne sont pas aussi dangereuses qu'on s'est plu a le publier , du moins ne voit-on jamais d'accldens en résulter dans la basse Caroline. La propriété délétère de celte plante réside dans le suc gommo- résineux qui suinte des jeunes pousses, des pétioles, des ner- vures , des feuilles j ainsi que de l'aubier du tronc. Ce suc est très abondant au moment de la floraison, et diminue graduel- lement jusqu'à la maturité des fruits, après laquelle on n'en voit plus; d'où résulte que c'est au moment de la floraison qu'il faut cueillir les feuilles pour l'usage des pharmacies. La récolte du rhus radicans n'est pas aussi facile qu'on pour- roit le croire : il faut pour l'obtenir , ou couper l'arbre qui sup- porte le tronc, ou arracher le tronc de dessus l'arbre ; le pre- mier de ces moyens est très-pénible , le second peu fructueux. La tige , comme on l'a déjà dit, est fort cassante ; sa partie su- périeure , la plus garnie de rameaux , souvent entortillée autour de l'arbre. On fait quelquefois périr une moitié des pieds qu'on attaque, sans obtenir des feuilles , ce qui anéantiroit les réco^ltes suivantes, si on en faisoit plusieurs années de suite dans le même canton. i-es Américains connoissent le rhus radicans sous le nom de Small-leav'd Poison-Oak , et redoutent de le toucher. Ils ne Tome LI. FRUCTIDOR an S. C c 198 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE lui reconnoissent aucune proptiété médicinale. 11 paroît qu'il n'est pas poison intérieurement, au moins pour tous les animaux, caries chevaux l'aiment beaucoup , et un cinips dépose ses œufs dans une galle des radicule». Il n'y a pas de doute qu'il ne soit très-possible et même très- î'acile de naturaliser cette plante en Europe (1). Il y a peu de jar- dins de botanique où il n'y ait un pied de rhus toxicodendron qui s'y conserve fort bien. Connaissances des anciens sur le rhus radicans. Les anciens ne paroissent pas avoir connu bien intimement la plante qui nous occupe. Dudlej , qui en parle dans le tome 3i des Vhilosophical Transactions , dit que le bois en est froid comme delà glace, et qu'on sent au loin son émanation par un sentiment de froid qu'elle nous imprime; et j}Jore, dans une lettre à Sherard (2) , confirme cette assertion. . . . L'abbé Mazeas , dans le vol. 49 des mêmes Transactions , en annonçant la découverte pretenduement laite par l'abbé Sauva- ges , que le suc du rhus radicans teignoit fixement en noir la toile , paroit encore fort incertain sur I-js vrais caractères de cette plante , et ce doute est partage par JMiUer (3) et Rllis (4)^ connue le prouvent les ligures dont ils ont acconq):igné leurs niémoires. Miller (5) dit que le suc de cette plante répand une odeur fétide. . . Bosc m'assnre que les Américains n'attribuent au rhus radicans aucune propriété applicable dans les arts ni en médecine. Il n'est pas douteux que les quaiiiés malfaisantes qu'on a du lui reconnoî::e de bonne heure, n'aient contribué pour beaucoup à l'oubli dans lequel ii a été laissé. (1) Le rhus radicans croit très-bien dans ce pays et y résiste aux plus grands froids, qucluuB soit l'âge d'i pied. Un buisson de celle jjl.inle , que la dernière gouvernante des Pays-Bas Ul enfouir de dix à douze pieds sous terre . repoussa l'année suivante avec beaucoup de lorce. Un gros paquet de semences de rhus j que te citoyen Bosv me ht p rvi nir pendant sa résidence en Caroline , lut semé jhors de saison, et vint parlaiti ment. (i) Philosophical Transactions , for the years 172.0 and 1721 , pag. 147. (3) Ibid , vol. 49 > part. ] , for lySâjp. j6i (4) Ibiil, idem , part, a , p. 806. (5) Cardener's Diçlionaij. London, 1768^ in-foL l ET D'HISTOIRE NATURELLE. »îi'j Poison du rhiis radicans. Ses eQels sur le corps humain. Moyens de s'en garantir. Les effets pernicieux du rlius radicans sont si anciennement connus , que les Améiicaiiis lui ont donné de tout temps le nom de chêne vénéneux ( poison-cak ). On croit généralement que la propriété empoisonnante du rhus , réside dans le suc laitenx de cette plante. Cependant on a dû observer que l'atmosphère du rhus produisoit des effets semblables, et même plus insrqués que la plante même qu'on manie. L'opinion que la qualité vénéneuse existe sur-tout dans le suc des feuilles et de la tige , paroît subsister encore en Amé- rique, où l'on est forcément livré aune continuelle observation de la manière d'agir de cotte plante; ca.r H ose dit, dans son mémoire, que la propriété délétère réside dans son iuc gomnio- résineux. Je me suis convaincu, par un grand nombre d'accidens arrivés à des personnes de -ma connoissance , que les effets malfaisaus du rhus étoient produits par une substance gazeuse qui s'échappe de la plante vivante ; que les feuilles sèches ou seulement fanées ne causent jamais d'incommodité , et que les atteintes fâcheuses qu'éprouvent ceux qui rompent les tiges du rhus , ou qui se chauffent à son bois, sont toujours dues à cette même émana- tion ou base gazeuse condensée; que le brisement des cellules dans lesquelles elle étoit enfermée, met en liberté, ou que la chaleur gazéfie. Les effets que cette émanation produit Sur notre corps, va- rient suivant la disposition ou la susceptibilité de celui qui s'y expose , et suivant les circonstances dans lesquelles on en reçoit l'influence. Il paroltroit, d'après Bosc , que dans les pays cii le rhus radicans croît spontanément , on ne voit jamais d'acci- dens funestes en résulter. Je dis que l'influence malfaisante est plus sentie par une cons- titution que par l'autre ; et en effet , il y a des personnes qui ne peuvent seulement pas passer à câté d'une plante de rhus , sans éprouver une impression plus ou moins désagréable, tandis que d'autres la manient impunément. Une semblable observa- tion avoit déjà été faite par Dudley et More. Cette différence de susceptibilité à l'égard des etfets du rhus , paroît dépendre de la plus ou moins grande disposition de la peau à s'ei flammer. Ce a 200 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Je suis du nombre de ceux sur lesquels l'éiuanation de cette plante n'a aucune prise. Quant à la variation des effets , dépendante des circonstances dans lesquelles on éprouve l'actiori du gaz einpoisonné , j'ai ob- servé que ce gaz est presqu'innocent pendant tout le temps que la plante est frappée par les rayons directs du soleil , tandis qu'il est singulièrement actif pendant la nuit, à l'ombre et dans un temps couvert. Ce qui m'a fait soupçonner qu'en présence du soleil la base du gaz pernicieux étoit retenue et transformée dans la substance de la plante, par le travail de la lumière. L'expérience me confirma bientôt ce soupçon. Ayant recueilli, non sans peine , un volume suffisant de gaz émané d'une bran- che de la plante en présence d'un soleil ardent , je trouvai que ce gaz étoit du gaz oxygène presque pur , tandis que celui ra- massé sur la plante pendant la nuit , ou sous une cloche garan- tie de l'accès du jour , étoit composé d'hydrogène et de carbone. J'ai de plus observé que l'exhalaison étoit plus empoisonnée après la pluie , et qu'elle l'étoit davantage pendant une végé- tation larfguissante que pendant une végétation robuste. Ces deux remarques jointes au fait de l'innocence du gaz en pré- sence du soleil , autorisent à croire que l'émanation délétère est un suc gazeux de la plante incompkttement élaboré. Dudley dit que le poison du rhus produit des effet divers sur ceux qui s'exposent à son action. Les uns en éprouvent des gon» flemens de la tête, d'autres des démangeaisons cuisantes. She- rard rapporte, d'après More, que parmi cinq ou six person- nes assises près d'un feu de hois de rhus radicans , les unes tombent en défaillance , les autres bâillent , tandis qu'il s'en trouve dans le nombre qui n'ép.ouvent aucun accident. Bosc m'écrit que le suc ciu rhus radicans agit comme un vé- ritable vésicatoire , et qu'une goutte de ce suc qui jaillit sur le visage ou autre partie , y produit une démangeaison suivie de l'élévation de l'épiderme , et qu'il donne souvent lieu à une enflure tiès-étendue. Les effets que le rhus produit dans nos climats ne sont pas tout-à-fait les mêmes. Les personnes, même très-susceptil)les ^ qui ne s'exposent que {)endant quelques minutes à l'émanation de la plante en l'absent e du soleil, n'éprouvent le plus souvent qu'une démangeaison aux avant-bras et au cou , qui disparoît en peu d'heures. L'effet, dans cette circonstance, se manifeste en moins d'un quart-d'heure. Les mêmes personnes en cueillant les feuilles ou en agitant le feuillage de l'arbre , gagnent des ET D' HISTOIRE NATURELLE. 201 pustules qu'on confond le plus souvent avec celles de la galle ; d'abord sur les mains et ensuite sur les bras. Cette criiptîon , au moment où l'on croit en être délivré , se montre sur les ex trémilés inférieures le long des jambes , et plus ou moins sur les Cuisses, et de là sur la poitrine, et (juelquet'ois sur la figure. Sa période ordinaire est de trois à quatre décades; elle ne se manifeste le plus souvent que du huitième au dixième jour , après qu'on a contracté l'infection. Souvent l'activité du poison se porte toute entière sur la tête qu'il fait enfler du double de son volume. Feu mon frère eut la témérité de s'exposer jusqu'à trois différentes reprises au même danger, en cueillant les feuilles d'un grand arbre qui croissait dans lejardin de mon père. Cette hideuse maladie suivoit chaque fois de près son imprudence, et le retint pendant près d'un mois au lit. Je connois trois autres personnes que l'émanation du tIius affecte de la même manière. Les difïérens symptômes auxquels le poison du rhus donne lieu , cède chez nous au traitement employé dans l'érysipelle phlegmoneuse et dans l'érysipelle vésiculaire. Dudley (1) dit qu'on applique sur les parties atteintes, ou de l'eau de plantin , ou un mélange d'huile et de crème , et Bo&c assure qu'en Amérique l'eau fraîche guérit très-bien les divers accidens produits par les mauvaises qualités de cette plante. Les personnes plus ou moins sensibles aux effets du rhus , qui sont obligées de le manier, travailler ou passer dans son voisinage , peuvent se garantir de tout danger en s'enduisant les parties nues d'un corps gras quelconque ; mais cette précaution est superflue quand on peut prendre celle de n'approcher de l'arbre que dans le temps où le soleil le frappe de ses rayons. Les feuilles cueillies continuent de répandre le gaz malfai- sant aussi longtemps qu'elles exécutent quelque travail de végé- tation, ou jusqu'à ce qu'elles commencent à se faner. On m'a assuré que M. Achard a fait , avec le rhus radicans, des oxp. rie ces d'où est résulté que le poison de cette plante ne produit aucun effet nuisible sur les animaux même les plus déiica s, ce qui est en quelque sorte confirmé par Bosc , qui dit que Jes chevaux mangent avec plaisir de cette plante, et qu'un insecte depuse ses œufis dans une galle de ses radicules. (i) Endroit ciié. 202 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Cependant, un cliien dogue de la plus grande race, qu'on tenoit à l'attache pendant la nuit , au jardin de inon père, dans le A'olsinage de quelques plantes de rhus, fut d'abord couvert d'une sorte de galle, et mourut après une enflure générale. Nature de l'exhalaison maligne du rhus radicans. Ayant la certitude que le poison du rhus radicans réside dans un gaz, qui est dégagé de la plante vivante , à l'ombre, ou hars de la présence du soleil, j'ai tâché de recueillir un volume assez consideiable de ce gaz pour pouvoir le soumettre à des expé- riences un peu décisives. Etant parvenu à ramasser une quinzaine de pouces cubes de ce gaz , j'en fis passer un tiers sur de ta liqueur alkaline caus- tique prête à se figer , et l'introduisis dans un tube sur le mer- cure , où je le mêlai avec le double de son volume de gaz oxy- gène. Je tirai ensuite une forte décharge électrique à travers de ce mélange, qui n'en opéra qu'une infiammation douteuse j mais qifi le réduisit , en dernière condensation , au tiers de son vo- lume. Les parois du tube se couvrirent d'une rosée abondante , preuve qu'il se formoit de l'eau. J'ouvris le robinet du tube sous de l'eau de ch^^ux , qui fut aussitôt blanchie par une eau acidulé qui s'y répandit. Cette opération réduisit le gaz au quart de son volume primitif. le second tiers du gaz vénéneux fut brûlé sur l'eau an moyen du gaz muriatique oxygéné, qu'on y fit passer par peu de bulles à-la-tbis. La condensation eut lieu à vue d'œil. Après que toute réduction eut cessé , il ne restoit plus qu'à peu-près un demi- pouce de gaz. Les parois de la cloche s'étolent couvertes, ainsi (jue l'eau , tl'un léger enduit gras. Il ne paroissoit pas se former de gaz carbonique. Le dernier tiers du gaz fut agité avec deux gros d'huile ani- male, parfaitement limpide. Au bout du quatrième jour l'huile avoit pris une couleur brune , assez sensible , et une odeur lé- gèrement empyreumatique. J'en séparai le gaz interposé, , en plongeant la fiole dans de l'eau bouillante , je le lavai dans de l'eau alkaline, et le biûlai avec du gaz oxygène à l'aide de l'é- tincelle électrique." Il se condensa en grande partie et sans pres- que former d'acide carbonique , comme je m'en suis assuré en agitant le gaz restant avec de l'eau de chaux. L'huile avoit donc dépouillé le gaz de la presque totalité de son carbone. Ce que je remarquai de particulier dans cette dernière expé- ET D'HISTOIRE NATURELLE. 2o5 rîence, ce fut que , malgré la perte de gaz que je dus éprouver pendant les dittérentes manipulations , son volume se trouva augmenté de près d'un dixième , d'où je conclus que le gaz hy- drogène, en se chargeant de carbone, resserre son volume ou se contracte à proportion qu'il acquiert plus de poitls par te mélange. Par la cessation de cette cause condensante , le gaz doit reprendre son volume et remplir sa capacité première. Ces expériences prouvent donc que le gaz , qui tient en solu- tion le miasme délé^re que le travail de la végétation élabore dans le rhus, est un gaz hydrogène carboné, ne portant aucun caractère de composition particulière, et que ce miasme lui-même est un hydro-carbone. Il n'est peut-être pas indifférent de rap- peler ici que le gaz contagieux et morbifique est composé des mêmes principes, comme je m'en suis assuré par l'expérience. Après avoir reconnu la nature du gaz délétère, quant à ses principes constituans, j'ai voulu examiner quelle seroit son ac- tion sur notre corps dans son état d'isolement de la plante; à cet eftét j'engageai mon frère , que j'ai déjà dit très-sensible aux effluves du rhus, à tenir sa main plongée d'abord dans du gaz obtenu en plein midi : il eut le courage de tenir ainsi sa main sous une cloche pendant plus d'une heure. Un mois après, n'ayant apperçu aucun symptôme érysipélateux , il répéta la même expérionce avec du gaz recueilli sous un cylindre , cou- vert d'un étui de carton noir. Il sentoit déjà, pendant l'immer- sion , une cuisson brûlante, et gagna successivement l'inflam- maiion , la dureté de la partie , et l'enflure qui caractérisent l'espèce d'erysipelle produite par le rlius. Le degagt-ment du gaz, en présence du soleil, fut très-abon- darit, tandis qu'à l'oaibreilse faisoit avec beaucoup de lenteur, et que les feuilles de la tige séparée jaunirent très-sensiblement. Analyse chimique du rhus radicans. Existence d'un principe immédiat particulier dans cette plante. Caractères , proprié- tés et nature de ce principe. Il seroit trop long d'entrer dans le détail des nombreuses ex- périences que j'ai faites dans la vue d'isoler les principales par- ties 1 oiisiiiuantes du rhus radicans. Je me bornerai donc à dire qi'e la substance dominante dans ce végétal, est un principe par- ticulier , constituant un liydro-carbonc extrêmement combusti- ble , lequel existe dans la tige comme dans les feuilles de la plante, 2o4 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE et qu'il contient beaucoup de tanin, dugallique^ p«u de fécule verte, malgré la couleur foncée de ses feuilles, presque poini de résine, et très-peu de substance goni.neuse. Ce dernier a(j()C'i<^u prouve qu'on s'est trompé sur la nature du suc aui^uel on atui- buoit It-s eiléts pernicieux du rlius. La substance sur l'examen de laquelle j'ai cru devoir particu- lièreiuent insister , est le principe ou base qui par sa co:nbi- naison avec l'oxygène donne naissance à une matière noire. Je lue contenterai encore ici de rapporter les résultats les plus mar- quans que ce travail m'a fournis. La base de la matière noire dans la plante vivante , paroît être un carbone hydrogêne très-soluble dans l'eau, à laquelle elle communique une couleur à peine pâle-verte. Elle se dessè- che dans les feuilles et la tige sans changer de couleur. (Jette base, par le contact de l'air ou des corps oxygénans , forme le plus beau noir qu'on connoisse. Les feuilles écrasées et la tige incisée- ou grattée, exposée à l'air, se noircissent plus ou moins promptement suivant la tem- pérature et la vigueur de la plante. Cette coloration se fait su- biteuient dans les gaz oxygène et muriatique oxygéné, et il- y a absorption de ces gaz. Elle n'a point lieu dans des atmosplières de gaz azote, gaz hydrogène, gaz carbonique, ou de tout autre gaz qui n'est point ou ne contient point du gaz oxygène. Elle n'a également point lieu lorsqu'on écrase la plante sous de l'huile, sous du mercure, sous de l'eau et sous de l'alcohol purgé d'air par l'ébulition. La plante vivante noircit au premier contact, lorsqu'elle est broyée avec de l'acide nitrique, de l'acide muriatique oxygéné , avec les différens muriates oxygénés , tant d'alkali que métalli- ques, les nitrates à une température de 40 à 5o degrésde Réau- mur (ceux des métaux réductibles exceptés, qui n'exigent point cette condition) , les oxides d'or , d'argent et de mercure. Le suc nouvellement exprimé des feuilles éprouve la même al- tération de la part des différentes substances oxygénantes. Ce suc laissé à l'air sans l'agiter , se couvre seulement d'une pellicule noirâtre très-mince , laquelle se reproduit à mesure qu'on l'enlève, jusqu'à ce que le suc se soit éclairci par le dé- pôt de sa lécule. La base colorante contenue dans le suc, est -précipitée fixement sur toutes sortes d'étoffes , ainsi que sur la peau , en noir très- foncée tant par l'air que par les corps oxygénans. Cette pro- priété I ET D'HISTOIRE NATURELLE. a^? priété , qui est commune au rlius verni x , paroît être connue depuis longtemps (i). Bosc dit : «Le sue devient noir par son exposition à l'air, et teint le linge d'une manière inel'farable. » D'après tous ces faits, il ne peut subsister aucun doute que la matière noire ne soit formée par le travail de l'oxygène sur sa base. La matière noire est insoluble dans l'eau , dans l'alcoliol , dansTétlier, etc. comme elle est inattaquable par un menstrue quelconque aikalin ou acide. Cependant elle se dissout dans l'ex- trait de la plante suf/isamment épaissi. Traitée à une chaleur de loo à iio degrés Réaumur, avec du muriate oxygéné de potasse , la matière noire se résont en acide carbonique, et le muriate se trouve désoxygéné. J'ai fait l'expérience assez en grand pour être assuré qu'il ne se forme presque point d'eau pendant cette combustion. Elle est égale- ment briilée, mais à une plus haute température, par les acides réductibles au feu. Il faïit, dans ces expériences, que la matière noire soit parfaitement sèche. Cette même matière, allumée au moyen d'un verre ardent , sous une cloche avec du gaz oxygène . a donné naissance au même acide. L'exposition sur la prairie , l'acide muriatique oxygéné , non plus que le savon et les alkalis caustiques, ne sont capables d'al- térer en la moindre chose la couleur de cette matière précipi- tée sur une étoffe. La base de la matière noire une fois précipitée ne tache pius les étoffes , la main ni autre corps. N'étant plus soluble , elle cesse d'être applicable dans son état de coagulation. Cette base sèchée dans la plante , et extraite par un menstrne quelconque, ne se noircit plus par aucun moyen oxldant. Elle paroît s'être convertie en une partie constituante de la p!ai;te ; tant il est vrai que pendant leur dessèchement, les végétaux éprouvent une nouvelle élaboration de leurs principes, laquelle doit rendre très-diilérens les extraits faits avec des plantes sè- ches, de ceux faits avec les mêmes plantes fraîches. Cependant la matière noire reparoît on partie lorsque la dé- coctioi;! de la plante sèche est rapprochée à un point suffisant pour avoir quelque consistance^ et sans doute pour prendre un (i) Nalura history of Carolina, by Cateshj; \û1. i , p. 4o. Tome LI. FRUCTIDOR an 8." ' D d ■}.qg journal de physique, de chimie Jegré de chaleur un peu élevé. J'ignore si un effet d'oxygéna- tion est ici coagissant. Il paroît résulter de ces différons faits , que la base de la ma- tière noire, dans son état de solution ou d'union avec le suc de la plante , forme une combinaison particulière hydro-car- bone, à laquelle l'hydrogène tient assez folhlement pour être enlevé par l'oxygène , tant gazeux que condensé. La baze hydro- gêne sert ici en quelque sorte de moyen de dissolution du car- Ijone dans l'eau, et il est apparent que l'oxygène ne fait que précipiter le carbone sans entrer dans la composition de la ma- tière noire. Que ce carbone échappe à l'action de l'oxygène combinée avec celle de la lumière , ainsi qu'à celle de l'acide oxygéné, tandis que les autres couleurs carboneuses sont dé- truites par ces agens ; cela peut s'expliquer par la pureté ou état non hydrogéné où se trouve ici le carbone , lequel , sans l'intermède de l'hydrogène , ne peut brûler qu'à une chaleur rouge. Effets du l'hus radicans comme médicament. Sa vertu spécifique dans la para/jsie et les affections dartreuses. Avant la découverte faite par le C. Dufresnoy , de l'efficacité du rlius radicans dans la paralysie et les dartres, on n'attribuoit aucune vertu médicinale à cette plante. Il est généralement connu par quel hasard ce célèlire professeur de Valenciennes fit la dé- couverte de la propriété du rhus dans ces deux maladies. Nous pouvons diie (jue Bruxelles jouit une des premières des effets bjenfaisans de cette découverte : à peine la brochure de Dufres- noy avoit-elle paru, que son auteur m'envoya, sur ma deman- de, une provi.ion d'extiait de rhus radicans, préparé sous ses veux, lequel lut successivement employé avec le plus grand suc- cès , tant dans la paralysie que contre les atïif ciions dartreuses , par les médecins les plus instruits de cette ville , particulière- ment par les praticiens Ferdeyen , Lons^flls , van Bnerlem , et notre savant collègue Koh. "Lil première cure opérée fat celle du cultivateur Coosemans qui, paralytique aux extrémités inféricu- xes depuis vingi-dcux ans, recouvra l'usage entier de ces parties. Le remède lui fit administré par le médecin de notre grand hôpital civil , Verdcycît. l/hommo qui fut le sujet de cette biillante cure , marche aujourd'hui avec la même fermeté qu'a- vant sa maladie. Je scrois obligé d'écrire un volume entier au El D' II I 6 T O I 11 E NATURELLE. 20- lieu d'un cliapitre, si je voulois énumérer toutes les guérisons , tant de paralysies que d'affections dartreuses qui , de ma con- noissance, ont été opérées par l'adruinistration du remède qui nous occupe. Ou peut consulter pour le détail de plusieurs de ces cures , un ouvrage de Dufresnoy , qui vient de paroître sous le titre : JDes caractères , du traitement , etc. , de différen- tes maladies: Paris, an 7. Le rhus radicans n'a pas été trouvé moins oflicace entre les mains et au jugement sévère des plus célèbres médecins d'An- gleterre. Le docteur KelUe à Lak , près d'Ediinburg , en Ecosse, mande à son fils , médecin des prisonniers anglais détenus à la citadelle dejlralenciennes , qu'il a employé dans l'hôpital et les infirmeries confiés à ses soins, l'extrait du rhus radicans, sur plusieurs malades attaqués de paralysies des extrémités infé- rieures, et que M. Anelerson , praticien de la même ville, a administré le même extrait à trois paralyti(jues avec des succès étonnans. Le docteur Alkerson , médecin à TuU , a également guéri trois paralytiques des extrémités inférieures, par l'usage du même remède. M. Duncaa vient d'employer avec ijeaucoup d'effet l'extr.iit du rhus radicans, préparé sans feu, dans une paralysie infé- rieure. Un second malade prend aussi le môme remède avec un succès qui déjà n'est plus douteux. J'ai sous les yeux la lettre originale «ui contient tous ces détails. La meilleure méthode d'administrer le ilius radicans est, sans contredit, en extrait. Nous dirons un mot dans le chapitre sui- Tant des différentes manières de réduire le rhus radicans sous cette forme qui^ à tous égards, est la plus propre, tant pour donner à ce remède un degré d'activité uniforme, (]ue pour pouvoir l'administrer à la dose souvent très-forte que le traite- ment de la paralysie exige. Bosc dit que le rhus radicans ne paroît pas être poison à l'intérieur ; mes expériences sur la partie de cette plante dans laquelle réside essentiellement la propriété délétère, ne laissent à cet égard aucun doute. On etoit dans l'habitude de commencer l'usage de l'extrait du rhus, par une dose extrêmement foible , par exemple, de quelques grains qu'on portoit successivement jusqu'à une once et plus par jour. Mais des médecins à qui j'ai fait connoître mes travaux sur cette plante, ont été beaucoup plus hardis dans son administration , sans qu'il en soit jamais résulté aucune incoui- Dd 3 2oS JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE inotllté ou iiiconvéïiient pour leurs malades. Les détails suivans , d'une cure merveilleuse opérée jiar le rhus radicans , sont bien jnojires à rassurer, sous ce rapport, les plus craintifs. La femme N..., laitière, â^ée de vingt-sept ans, d'un tem- pérament sanguin , fut attaquée ]>endant sa troisième grossesse, d'une paralysie des extrémités inférieures , (|ue son accoucheur i fgarda comme un effet de la gestation, et pour laquelle elle ne prit en conEé(juence que peu de remède. On esperoit de voir terminer la maladie au moment de sa délivrance; mais cet es- poir s'évanouit au neuvième mois , lorsqu'elle acouclia très-heu- reusement, sans autre elfet pour sa maladie que!»^c la rendre plus grave. Un reste de sensibilité des parties , qui avoit sub- sisté jusqu'alors , disparut totalement, et la paralysie fut parfaite. Elle passa dans cet état déplorable plus de deux ans , pen- dant lesquels, d'après l'avis de plusieurs hommes de l'art, elle lit usage des remèdes réputés les plus efficaces contre la paralysie. Témoin d'un grand noiidjre de guérisons opérées dans des cas semblables par le rhus radicans , je proposai à son médecin de lui administrer ce remède ; il se rendit à mon conseil et com- mença l'usage du rhus le 5 avril 1797 , à la dose de trois pil- lulcs de cinq grains par jour , formées d'extrait réduit en masse, avec la résine de guayac. Le troisième jour cette dose fut dou- blée ^ mais le mari de la malade, qui n'avoit pas été présent ioisqae le médecin lui prescrivit d'être circonspecte sur la dose, espérant accéiéiti' lîi cure , s'avisa d'augmenter le némbre des pillules, et pour ne pas effrayer sa femme de son projet, il les lai fit prendre dissoutes dans de l'Sau. La malade prit ainsi , pen- dant tro'is jours que le médecin différa d'aller la voir, de trente- six à quaranie piilules par jour , ce qui équivaloit à plus d'une once d'extrait. La femme ne tarda pas à ressentir les bons effets de la témérité de son mari qui, d'un air satisfait déclara au médecin ce qui s'étoit passé. La malade n'éprouva aucun mal- aise ou indisposition quelconque de cette grande dose de rhus. Le médecin , éionné (jue ce remède n'eût pas produit de mau- vais effet, le fit continuer à la même dose jusqu'au 12. L'état de la malade s'améliora très-sensibliMuent. On augmenta alors la dose de l'extrait d'un demi-gros par jour. Le i3, elle com- mença de mouvoir ses jambes à volonté; le 17, elle se soutint debout appuyée sur le dos d'une chaise; le 20, elle marcha sans appui , et le 28 elle sortit pour alier rendre grâces à Dieu de son heureuse guérison. A cette époque elle prit une once et demie d'extrait par jour; son médecin jugea à propos de le lui ET D' HISTOIRE NATURELLE. 2oy faire continuer à la dose de trois gros jusqu'au i3 de mai. De- puis ce temps cette femme exécute tontes les fonctions des ex- trémités inférieures avec la même lilierté qu'avant sa maladie. Dufresnoy a joint , depuis quelque temjis , à l'usage intérieur du rhus radicans., dans les cas de paralysie, des frictions ex- térieures sur les parties affectées , d'une liuile composée de la plante. Nous donnerons la composition de cette huile dans le chapitre suivant, et nous finirons celui-ci en rapportant un cas qui en constate les bons effets. Il nous est communiqué par l'au- teur même du remède. Lange , horloger à Valencîennes , âgé de cinf|uante-un ans, se lève en vendémiaire an 6 , avec la main gauche paralysée au point qu'il ne pouvoitrien tenir avec les doigts. Comme il n'a- voit que son état pour soutenir sa famille , cet accident le jeta dans la plus grande désolation. Dufresnoy fit appeler deux de ses confrères pour l'aider de leurs lumières. On décida de sai- gner le malade, de lui appliquer les vésicatoires , de lui faire des frictions avec la teinture de cantharides , et de le purser. Ces frictions furent continuées , et la suppuration des vésicatoi- res entretenue pendant dix-huit jours sans le moindre effet. Dufresnoy lui proposa de faire usage de l'huile de rhus radi- cans , dont il n'avoit encore fait aucun essai. Il lui fit frotter, trois fois le jour , la main paralysée, avec une demi-once de cette huile j le onzième jour le malade se trouva radicalement guéri, et il exerce aujourd'hui sa profession avec la même habi- leté qu'avant son attaque. Préparation de V extrait de rhus radicans , et de l'huile infusée de cette plante. Il nous reste à dire quelque chose de la confection de l'extrait de rhus radicans et de son huile composée. I>a première de ces préparations peut être entreprise de cinq manières différentes ; par les feuilles fraîches , par les feuilles oxidées , par le suc des feuilles, par les feuilles sèches et à froid. Pour préparer l'extrait par \e.^ feuilles fraîches , on découpe ces feuilles et on les jette à mesure dans de l'eau froide ; après on les fait bouillira deux reprises, on évapore les décoctions et on les réduit en extrait à une chaleur soigneusement ménagée , sur-tout au moment ou l'opération approche de sa fin. L'extiait par \es feuilles oxidées ou parle suc précipité , se fait en pilant les feuilles nouvellement cueillies, dans un mor- 210 JOURNAL DE THYSIQUE, DE CHIMIE ticr de marbre , avec un pilon de bois , et en exposant la ma- tière écrasée à l'air, où on la retourne de temps à autre jusqu'à ce qu'elle se soit généralement noircie ; ensuite on triture ou on émulse , en quelque sorte , cette matière avec de l'eau ; on la passe par un tamis qui ne soit pas trop serré , et on réitère la même manipulation jusqu'à ce que toute la matière noire soit enlevée. On fait ensuite bouillir le marc de l'expression avec de l'eau, ou réunit les deux liqviiJes^ et on les évapore en extrait. La matière noire qui flottoit d'abord dans le liquide ^ s'y incor- pore et s'y dissout à mesure que l'extrait acquiert de la consis- tance. Cet extrait est extrêmement noir ; on pourroit le distin- guer par la dénomination à'extraiî oxidé de rhus radicans. L'extrait^ar le suc se préparc comme suit : on pile les feuilles dans un mortier de marbre , on triture la matière pilée avec assez d'eau pour délayer le suc épais , on exprime le liquide, et on l'évapore jusqu'à consistance d'extrait. L'extiait par les J'en 1 //es sèclies exige qu'on dessèche préala- blement ces feuilles. Il importe, jieutêtre plus qu'on ne croit , pour qu'un extrait soit elïicace , qu'il soit fait de plantes dûment sèchées. A cet effet on doit choisir un jour sec et chaud, cueil- lir les feuilles au coucher du soleil^ et les répandre dans un grenier suffisamment élevé , sous un toit d'ardoises, et qui ne soit pas éclairé. Quand on peut réunir toutes ces conditions, les feuilles sont ordinairement sèches après trois fois vingt-quatre heures. Ou peut aussitôt les réduire en extrait ou les conserver dans des caisses de bois , pour l'usage. Pour \'e-xXxa\\. sans feu ou préparé à froid , dont la méthode de confection vient de m'être communiquée par le professeur Diifresnoy , on fait broyer une certaine quantité de feuilles ré- centes de rhns , on fait jeter ces feuilles écrasées dans un vase de bois, où on les fait macérer avec svifïisaute quantité d'eau, pendant deux jours ; on les passe et on les laisse évaporer spon- tanément dans des plats de grès, jusqu'en consistance de miel fort épais. Cette opération ne peut s'exécuter chez nous que pen- dant les !nois de messidor, thermidor et fructidor. Ou couvre les plats avec des planches pendant la nuit, ainsi que pendant les temps pluvieux et nébuleux. Ce dernier temps est presque journalier dans ce pays. Bosc observe qu'en Caroline les habitations américaines qui se trouvent au milieu des bois , étant dépourvues de grands vases, presses et autres ustensiles nécessaires à la confection im- médiate de l'extrait , on est réduit à dessécher les feuilles pour ET D'HISTOIRE NATURELLE. 211 être envoyées ensuite dans les villes maritimes, les seules pour- vues de tous les secours. Il ajoute, qu'à cet efl'et , il suffit d'ex- poser les fieuilles à l'air, dans l'ombre , et de les retourner nue ou deux fois par jour, afin de les empêcher de s'échavitt'er , à quoi elles sont très disposées , lorsqu'elles sont entassées. Bosc a eu la bonté de m'apporter à son retour , quatre grands sacs de feuilles sèchées de cette manière, qui avoient parfaite- jnent conservé leur couleur et toutes leurs autres qualités. Elles sont d'un qnart plus petites que celles qui viennent dans nos jardins. Je dois également à la complaisance de ce savant ami , une quantité d'extrait préparé sous ses yeux en Amérique même , qu'il seroit difficile de distinguer de celui que nous préparons dans ce pays. J'ai oublié de dire dans \a, note page i^o , que nous ne connoissons point ici la variété dite des Sables , décrite par Bosc . Je n'ai pas trouvé de feuilles de cette variété parmi celles que Bosc m'a apportées. Il seroit à désirer que les médecins fissent des essais compara- tifs afin de déterminer lesquelles de ces préparations sont les plus efficaces, soit contre les paralysies, soit contre les affec- tions dartreuses. Dans l'extrait oxidé et celui à froid , la ma- tière colorante se trouve dévelop[)ée ou à l'état de carbone , tandis que dans ceux parles feuilles fraîches, par le suc et sur- tout par les feuilles sèches , la base de cette matière est conser- vée dans sa combinaison hydro-carbone. On sent qu'il dépend beaucoup de la célérité dans la manipulation , que la base colo- rante ne soit pas brûlée par un trop long contact de l'air, dans les préparations par les feuilles fraîcheg et par le suc. C'est pourquoi nous avons rcconnnandé de jeter les feuilles, à mesure qu'elles sont coupées, dans de l'eau , et de soumettre aussitôt le suc à l'évaporalion. Mais nous croyons que la préparation par les feuilles sèches est la plus propre à conserver la base colo- rante intacte , sur-tout lorsqu'on a soin de ne pas laisser monter la chaleur au dessus de 80 degrés , ou plus haut que le terme de leau bouillante. Nous avons inê[ne cru remarquer une dif- férence sensible d'activité entre l'extrait de Duf'resnoy , qui est fait par les feuilles fraîches , et le nôtre qui est lait avec des feuilles sèches. Ces dernières fournissent aussi un exirait plus abondant. On peut, sans la moindre crainte d'incomroJité, piler et ex- primer même à la main , les feuilles j pourvu qu'elles soient fanées. 212 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Le rlius radicans fournit deux récoltes de feuilles , en prairial et en vendémiaire. L'huile de rlius radicans, dont le citoyen Dufresnoy a éprou- vé les bons effets comme remède externe, est composée avec 0,06 de tiges de rhus radicans , 0,26 de fleurs de narcisse de prés, et 0,76 de racines de jusquiame non ligneuses , qu'on fait infuser à chaud pendant quinze jours , avec 1,00 d'huile d'olives. ADDITION. La dernière feuille de mon mémoire étoit prête à être tirée , lorsque je reçus de l'amitié de M. le professeur TVurzer , à ])Onu , une brochure ayant pour titre : Versuch ueber die haarîchte gifteîche , odcr giftsumach , etc. , c'est-à-dire ; Essai s»r le rhus toxicodendron , etc. , par M. Alderson , traduit de l'Anglais, par Froriep. Jena , 1799- Ce petit ouvrage donne le détail de dix-sept cures de para- lysies des extrémités inférieures , et d'hémiplégies opérées par l'usage du rhus toxicodendron , sous la direction tant de l'au- teur, qiie d'autres habiles médecins et chirurgiens anglais. On y trouve aussi l'houreLise terminaison d'une paralysie du fuie et d'une maladie convulsive^ due au même remède. Les feuilles de la plante furent données en substance et en poudre, à des doses extrêmement foibles. Elles furent cepen- dant , sous cette forme, assez actives pour exciter dans la plupart de"> cas , des niouvemens convulsifs des parties. Nous n'avons jamais obtenu cet effet de l'usage de l'extrait , et nous doutons même qii'on l'obtienne des feuilles de notre rhiis radicans, ou de celles de cette plante cueillies en Amérique. Nous ignorons par conséquent d'où a pu dépendre cette circonstance ; mais nous n'en coiiseillons pas moins aux hommes de l'art de multi- plier les essais avec la poudre faite de feuilles soigneusement sèchées , conservée à sec, et garantie de la clarté du jour. Cette poudre devroit toujours être préférée à tonte autre substance, pour réduire l'extrait en masse piluUaire. M. Alderson dit n'avoir trouvé presqu'aucune efficacité dans l'infusion des feuilles. L'auteur pense que le rhus toxicodendron agit en fortifiant les ET D'HISTOIRE NATURELLE. 2i3 les nerfs, et il assure l'avoir trouvé utile, non-seulement dans les atteintes de paralysie dépendantes de la foiblesse de ces organes , mais dans différentes autres maladies qui ont le même vice pour cause. Il seroit extrêmeinent important que les mé- decins déterminassent avec précision les genres de paralysie contre lesquels le rhus peut être employé avec espoir de succès. M. Alderson a adopté l'opinion générale que le poison du rhus est communiqué par le suc des feuilles. Il pourroit paroître , au premier abord , que la plante dont il est question dans la brochure de M. Alderson , est différente de celle appelée rhus radicans j mais en comparant atten- tivement sa description avec celle de cette dernière plante , donnée par Tjojc, on n'y peut découvrir aucun caractère assez différent pour autoriser la distinction des deux plantes. Les marques distinctives que l'auteur de la brochure donne comme infaillibles , savoir, la hauteur plus ou moins considérable de l'arbrisseau ; des taches ou non sur l'écorce ; des feuilles ping ou moins grandes j des branches lisses ou velues ; des pétioles plus ou moins courts; la racine plus ou moins forte; tout cela forme souvent des différences accidentelles dans une même jilante, et ne suffit pas, à beaucoup près , pour distinguer les espèces. L'opinion de Bosc paroît donc parfaitement fondée , que le rhus tojcicodendron et le rhus radicans , tels qu'ils se trouvent caractérisés dans les différentes éditions de Linne'e, ne sont que des variétés d'une même plante. Ce qui se confirme enciire par la dénomination de hedera , que plusieurs auteurs donnent au toxicodendron , ce nom étant une preuve que cette plante est souvent parasite sur les arbres , comme est le rhus radicans. Tome LI. FRUCTIDOR an 8. E e OBSERVATIONS METEOROLOGIQUES, FAITEî PAii BOUVARD, astronome o TUER M M E T R E. BAR (A Maximum. M,I NIMUM. .\MlDl B'I A X I M U M. 1 ;'i 3 '' s. -l-iq,o à4i''ni.+ . +20,3 à 8 "■ m. . . 28. a,25 ua 2 Js. +196 ,141 m. + 7,6 +19,4 à 2 i m. . . 28. 2,55 3 à 5 s. +i8,h a .i i m. -j- . -Hi7,6 à lois. . . . 28. 2,5o ■43 2 s. -1-17,2'à 4im. + 9,0 +16,4 3 2^5. . . 28. 3,77 ^ 3 2 5. -|-i8yS à 4 -j m. -t-io,5 -1-18,4 à miJi. . . 28. 4,o5 6 3 2 s. -4-20;8 i 4 '"• -i-'l)0 + 18,7 à midi. . . 28. 4,00 7 à 3 s. -J-'?)j7 à 4 ', m- -i-12,2 +17,8 à 4 i m. . . 28. 3,40 8 3 2 s. 4-20,3 3 4 :! m. -j- 9,7 +19,2 a4im . . 27. 2,80 q aals. +20,^34^111. +io,:i + 19,5 à 4^ m. . . 28. 1,85 10 aais. +18,5 à 4 im. + . +^7,6 à 8 J m. . . 28. 1,75 1 1 à 2 1 s. -|-22,2|à 4 i m. +10,7 Ails. 4-219341111. 4-Hj5 H-il,! a midi. . . . 28. 1,95 12 -h20,8 à 4 i m. . . 28. 2,25 i3 à 2 ^ s. 4-23, 1 à 4t m. +12,0 4-22,8 à midi. . . . Z8. 2,25 >4 à Z s. +25,2 ■i'' a 4^ m. + 9,8 -1-18,0 a 2 s. . . . 28. 2,go 20 3 2 3. +16,8 a 4 m. + 8,6 +'7.7 a z s. . . . 28. 4,15 21 3 2 1 s, +20,1 3 4 -; m + 8,7 -1-17,7 à midi. . . 28. 3,00 22 a 2 J 5. 4-23,5 à 4-; in. . . +22,0 à midi. . . . 28. 2,00 23 à 2 i s. 4-25,5 à 4 1 m. +l5,o +25,0 à 4 m. . . . 28. 0,90 2'i à 2| s. 4-23,2 à 5 m. -\-ii,M+2'j,5 à 3 J s. . . . 28. 1,90 25 3 2 5. 4-23,1 à 5 111. 4-i2,4'+22,o à midi. . . . 28. 1,95 2(i ajJs. +24,0 à 5 1m. +I2,ij+22,i à 5 j m. 28. 1,85 27 3 2 s. +27,5'à 5 m. +14,7+26.3 à 2 i s. 4-2'>,i'3 5 m. 4-'5, 8 4-24,5 àSs. 4-2S,3'3 4 i m. 4-i5,8^4-27.4 à midi. . . 28. 2,1 5 28 à midi. . . . 28. 2,65 =9 à 4 ^ m . . . 28. 2,o5 00 à 3 s. +2--i,4 3 b 111. +17,1 +27.b à midi. . . . 28. i,o5 MINIMUM. aMii à 3 i. s. . .28. 1)9" 28. 2 a 2 i .■!. . . 28. 2,00 28. 2 à midi. . . 28. i,5o 28. 1 a 8 1 m. . ..28. 3,5o 28. 3 3 2 S. . . 28. 5,811 28. 4 à 8 s. . . 28. 3,60 28. 4 a 9 s. . . . 28. 3,17 28. 3 3 2 s. . . . 28. 2,00 28. 2, a 2 i S. . . 28. 1,55 28. 1 à midi. . . 28. i,5o 28. 1 k 8 111. . . 28. 1,75 28. 1 3 2 is. . . . 28. 2,l5 28. 2 a 10 s. . . 28. 2,2., 28. 2 3 9 .T s. . . 28. 2,01 28. 2 3 4 i m. . . 28. 2,10 28. 2 3 2 s. . . 28. i,65{28. 1 à midi. . . . 28. 2,75|28. 2 a 10 s. . . . 28. 1,80 28. 2 à 4 5 m. . 28. 2,5o{28. 2 à 4 m. . .28. 4,00 28. 4. 3 10 S. . . . 28. 2,go 28. 2, 37! s.. . 28. 0,90 28. 2 à 2^ . . . .28. 0,80 '2S. Ot à 5 m. . . 28. 1,35 28. 1, à 5 m. . . . 28. 1,75:28. 1, à2is. .. . 28. 1,65 '28. 1, à 5 m. . . . 28. 1,75 '28. 2, à 5 m. . . 28. 2,25 28. 3» 39 s. . . . 28. 1,25 28. 1, 395s... . 28. 0,75 28. h RECAPITULATION. Plus grande élévation du mercure. . . 28. 4,i5 le 20. Moindre élévation du mercure. . . . 28. 0,73 le 5o Elévation moyenne 28. 2,45 Plu.s grand degré de chaleur + 28/4 le 3o Moindre degré de chaleur + 7,6 le 2 Chaleur moyenne +18,0 Ncmibre de jours beaux 26 lie couverts 4 de pluie 3 A L'OBSERVATOIRE NATIONAL DE PARl5, TheriniJor an riii. Hyc. POINTS c Ve n t s. A Midi. LUNAIRES. ) 46,0 N-N-O. 2 47,0 NO. N. L. ap ogée. 5 54,0 O-N-0. 4 62,0 N. 5 56,5 N. fi 5o,o N. 7 43,0 N. Equin.d«scend 8 43,0 N. 9 10 4(5 .0 N. 5 1,0 N. Prem. Quart. 11 31,0 N. n 41,5 N. 1.3 38,0 ■ N. Luns pérgie. «4 39,0 E foible. i5 3g, M-O. i6 3 1,0 0. 17 37,0 N. Pleine Lune. i8 40,O Calme. iq 46,o N. 'iO 37,0 N-E. Equiu. ascend. 21 3 1,0 N-E. 22 25,o E. 23 26,0 E. 9+ 46, N-E. Dern. Quart. 25 45,0 N. Apogce. 26 4o,o N. 27 46,o Calme. 28 4G,o Calme. 2q 43,0 Cslme. 3o 47,0 Calinf. VfBffrS'rST^K^BIBXSB^ VARIATIONS DE l' ATMOSPHERE. Ciel chargé de vap. épaisses le mat. et le s. nuag. àniij. Idem. Ciel couvert une parlie de la journée ; beau le soir. Blême ttmp.s; vapeurs épai'sses. Quelques nuages; beaucoup de vapeurs. ' Ciel trouble et sans nuages. Ciel couv. le matin, sans nuages depuis lo li. du mat. Quelques petits nuages blancs; ciel vaporeux. Ciel trouble le mat.; couvert l'apreâ-midi et le soir. Couv. le milin; nuageux vers midi; beau ciel le soir. Beaucoup de vapeurs; ciel nuageux l'après-midi. Couv. en parlie au lever du soleil ; nuage et vfip. le s. Ciel vaporeux mais sans nuages. Ciel nuageux vers midi ; beaucoup de vapeurs. Ciel sans nuages; beaucoup de \'apeurs Beaucoup de vapeurs; nuages autour de l'horison le s. Couv. le malin, et chargé de vapeurs; beau le soir. Beau ciel le malin; nuages blducs l'après-midi. Trouble et nuageux ; couvert en partie l'après mi Ji. Beaucoup de vapeurs; petits nuages pir intervalles. Ciel sans nuages; vapeurs épaisses à l'horison. Idem. Quelques petits nuages vers l'ouest ; vapeurs. Trouble et petits nuages le matin et le soir. Ciel chargé de vapeurs épaisses et de nuages. Trouble et en partie couvert ; brouillards le matin. Pluie le matin et couv. ; nuageux le jour; tonn. le soir. Beau le mat.; petits nuages dans le jour ; beauc.de vap. Beau le mat. ; ciel chargé de vap. ; nuages le soir. Pluie et tonn. le mat. ; nuageux vers midi ; tonn. les. RECAPITULATION. de vent 25 de gelée o de tonnerre 3 de brouillard 1 de neige o Le veut a soufflé du N i5 fois. NE 3 E 3 SE o S o S-O o 2 N-0 2 2iC JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE NOTES SUR LA CHALEUR ET LA SÉCHERESSE EXTRAORDINAIRES DE L'ÉTÉ DE L'AN VIII (1800), Avec des recherches sur les grandes sécheresses observées dans le climat de Paris depuis plus d'un siècle, sur les grands abaissemens de la Seine , et sur la température qui accompa- gne ordinairement le solstice d'été j Par L. Cotte, I'uil des conservateurs de la Bibliothèque nationale du Panthéon , membre des sociétés d'histoire na- turelle , de médecine et d'agriculture de Paris ; de la société d'émulation d'Abbeville , de la société météorologique de Llanheim. La température constamment sèche que nous avons éprouvée pendant plus de deux mois, ainsi ([ue la chaleur excessive qui l'a accompagnée, sont des faits de météorologie fort extraordi- naires que je crois devoir consigner dans un recueil qui doit aller à la postéiité; j'y joindrai des recherches sur les années qui ont été caractérisées à Paris fiar une pareille sèchere'îse de- i>iiis plus d'un siècle; sur les grands abaissemens de la Seine à Paris , et sur la température qui accompagne ordinairement dans notre climat le solstice d'été. 1°. Chaleur et sécheresse de l'été de l'an Z ('iSooJ. • On se rappel iei a que l'hiver de l'an 8 (1799 à 1800) a été très-froid et humide, quoique celui de l'année précédente l'ait surpassé pour la rigueur} que le printemps a encore tté a'sez froid et humide ; (jue du 12 au 19 floréal (2-9 mai) la chaleur a été forte et subite, suivie presqu'aussi prom] tement d'un teiaps froid et plnvieux jusqu'au 16 prairial ( 5 juin). A dater de ce jour ju.s'ju'a-i premier fiuctidor ( 19 aoiit) la température est de- venue iort variable relativement au froid et à la chaleur, (celle- ET D' H I S T O I R E NATURELLE. ii; cî a été vive depuis le 26 messidor jusqu'au premier fructidor (i5-3i juillet, 1-19 août), le thermomètre ayant presque tou- jours été de 23 à 28,7 degrés. Pour que l'on puisse mieux juger de l'intensité de la chaleur qui s'est fait sentir du 9 au 3o thermidor (28 3i juillet, 1-18 août ) , je vais donner^ pour Montuioreaci , la table du maximum. de la chaleur , ainsi que la chaleur moyenne de chaque jour ; j'y joindrai la chaleur moyenne quotidienne qui résuite de dix années d'observations faites à Paris -^^x ^W JMessier. C'e^t l'ex- trait d'un calendrier météorologique que j'ai publié (Journal de physiaue , année x'j-ji., seconde partie , pag. ibS , et annce 1776 , première partie , pag. âii ) , et dans la Connoissance du temps (année lyyS , page oSy ). Cette table sera suivie de celle qui indiquera le maximum de la chaleur observée en même temps à Paris à l'Observatoire national, par le C. Bouvard, eX. à l'Observatoire de la marine , par le C. jMessier, MoNTMORENCI. Maximum Chaleur moyenne Chaleur moyenne Thermidor. de de de la chaleur. Tan 8. l'année commune. Deg. Deg. Deg. 9 a2,5 16,4 18,. 10 20,0 i5,9 17,6 1 1 2Î,5 .17,2 '7,' \i 22,6 17,7 .7,4 i3 23,6 jg,o '7.4 i4 25,0 '9;7 17.9 i5 25,4 »9.7 16,0 16 25,2 ï7,9 17^9 »7 20,2 i4,9 18,5, 18 21,9 16,9 '9>4 >9 20,0 15,2 18,5 20 18,2 i3,9 17,8 21 21,1 12,2 ib,8 • 22 25,8 '8,9 '7,9 23 25,6 19.9 18,0 24 24,1 i«,7 16,6 25 23,9 18,6 16,9 26 25,5 20,4 17,0 27 28,0* 22,7 15,7 28 27,5» 21,9 i5,7 29 2q,2» 22,9 i5,o 5o 28,7 23,4 j6,7 I.J * A Paris, rue de la Vieille Estrapade, thermomètre d'csprit-de-vin, de o pieds 4e longueur, au nord. 2l8 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Paris. ( Maximum de la chaleur») ObsF, RVATOIRE 1 Thermidor. ^ — »" 1 nalional. de la marine. Deg. Deg. 9 20,5 25,5 lo 18,5 22,5 11 22,2 2b',3 12 31,9 2,,5 i3 23,2 25,5 "4 25,2 26,0 i5 25,1 25,0 i6 25,2 a5,o '7 18,1 18,8 i8 18,8 18,8 >9 18,3 18,8 20 i6,8 iG,o 21 20,0 iS,5 22 25,5 18,8 ai 25,5 25,4 24 2.5,3 22, () 25 23,1 22,G 26 24,6 22,6 27 27,5 26,3 28 26,0 27,3 2» 28,5 29,6 3o 28,4 3o,i Le citoyen Volney a donné, dans le Publiciste du 5 fructidor, les observations suivantes , faites dans une maison qui a vue sur les Champs Elysées , avec trois thermomètres à mercure , à 3 heures un quart du soir : Intérieur d'une chambre close située au midi.... aS ; Extérieur , dans une cour , au nord • 2,8 Extérieur, exposé au soleil 5i deg. ET D' HISTOIRE NATURELLE. 219 Le 3o thermidor ( 18 août) on a fait à Rouen les observations suivantes sur la température de l'eau de la Seine à midi : A l'air libre 3o deg. A3dëcimèires (11 pieds). Sous la surface de l'eau . ic; A 9 mètres (27 pieds). Sous la surface de l'eau. 18 ». (Journal de Paris , du 8 fructidor an 8). Le 24 thermidor (12 août), on a observé à Nantes une belle aurore boréale. Nous avons donc éprouvé du 26 au 3o la chaleur moyenne qui a lieu dans la zone torride j à l'égard du maximum , il ne passe guère 22 à 23 deg. dans ce climat brûlant; ainsi il l'a sur- passé chez nous d'environ six degrés ; c'est la plus grande cha- leur qui ait eu lieu à Paris dans le siècle ; car en rapportant au vrai thermomèlre Ae Réaumur recûi\é "pAT Deluc , on trouve le maximum àe chaleur à Paris, de 27 degrés le 6 août 1706 , de 28 degrés le 8 août 1706, de 28 degrés un quart le 14 juillet 1753. Je ne ferai pas d'autres recherches sur les grands étés qu'on a éprouvés à Paris, parce que je sais que le citoyen Alessier a un travail fait sur cette matière, qu'il se propose de publier dans ce journal ; il servira de pendant à celui que M. van Swinden a commencé de donner sur les grands hivers du siècle. Je me contenterai d'inditjuer ici la date des étés reconnus pour très- chauds, et de renvoyer au mémoire que j'ai inséré dans ce jour- nal (année 1793, seconde partie, p. 222) S]ir l'été de 1793. ' Années dont les étés ont été très- chauds. \jo5 1765 1788 1706 1772 1791 1707 1753 1757 1763 1773 1776 1778 1783 1793 1796 1800 Pour pouvoir juger de la chaleur intérieure des appartemens, j'ai ol)servé quatre thermomètres placés ainsi qu'il suit . A. Thermomètre à mercure placé à côté de mon baromètre. B. Autre thermomètre à mercure placé contre la cheminée de mon cabinet. 220 JOUR.MAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE C. Thermomètre à l'esprit-de-vin placé à côté de B. D. Autre thermomètre à l'esprit- Je- vin placé dans la boîte de ma pendule à secondes. Ces quatre thermomètres qui ont servi autrefois à des expé- riences délicates, ont été construits avec le plus grand soin. é O a -a u o E H •T3 i5 25 24 25 3o iS c — CL ^ c A. 20,7 208 20,0 20,8 21,2 24,6 20,0 21,16 B. 20,0 20,5 20,0 a0j2 20,.5 24,0 21,0 20,89 C. 21,6 22,0 21,0 21,7 21,9 25,5 25,o 22,39 D. 20,2 20,8 19>7 20,7 20,6 21,2 22,4 21,23 Résul. 20,82 21,25 20,17 20,0g 21, o5 24,58 21,60 21,42 moy. ^^^^^^ ^^u ^^^^ i^iii Voici maintenant les observations que j'ai faites sur la cha- leur directe du soleil le 3o thermidor. J'ai suspendu à une per- che , dans mon jardin , un autre thermomètre à mercure monté sur une plaque de cuivre argenté ; je l'ai exposé aux rayons directs du soleil , depuis onze heures du matin jusqu'à quatre heures du soir. XI lieures , mat 35,8 XII 37,6 I. Soir 4°>o II 38,6 III. ..« . 41.2 IV 38,6 Chaleur moyenne 38^ 18 Cette grande chaleur a été précédée et accompagnée d'une sécheresse ET D' HISTOIRE NATURELLE. aai sécheresse dont la durée est fort extraordinaire dans notre cli- mat, car du 16 prairial (5 juin) au 3o thermidor ( 18 août), il n'est tombé que 11 y*- lignes d'eau, dont 6 lignes ont été four- nies par une pluie cl'orage tombée le 2 messidor (21 juin). Le temps est devenu orageux vers le premier fructidor ; une pluie d'orage , avec tonnerre , tombée ce jour-là a donné 4,9 lignes d'eau qui n'a pénétré que de quelques pouces dans la terre-meu- ble. Il y avoit delà grêle mêlée de pluie, qui a causé quelque dommage à un quart de lieu de Montmorenci. Les jours suivans ont encore été marqués par des pluies d'orage et .du tonnerre sans grêle : il est tombé en quatre jours 19 lignes d'eau, dont 11 lignes dans la seule journée du 3 fructidor; la terre étoit encore sèche à 6 pouces de profondeur. L'évaporation de l'eau pendant la durée de la sécheresse, c'est-à-dire pendant prés de trois mois , a été de neuf pouces. Une circonstance qui a contribué à prolonger cette séche- resse et à tempérer la chaleur jusque vers le 14 thermidor , cest le règne constant des vents de nord et de nord-est qui souftlolent avec assez de force, et qui rendoient les nuits non seulement fraîches mais même froitles , au point que le thermomètre se trouvoit souvent le matin au-dessous de 10 degrés ; il est arrive quelquefois que le vent dans le jour se tenoit pendant quelques heures à l'ouest ou au nord-ouest ; mais il ne tardoit pas à re- prendre sa direction favorite du nord ec du nord-est. Pendant ce long espace de temps à peine a-t-on vu quelques nuages dans le ciel : si quelquefois il a paru couvert en entier , nne bourasque de vent , qui formoit des tourbillons de pous- sière , dissipoit les nuages ; le ciel redevenoit bientôt entière- ment serein et d'un bleu plus foncé qu'on ne le voit ordinaire- ment , tel en un mot , que M. de Saussure nous le peint sur les hautes montagnes. L'horison paroissoit, jusqu'à une certaine hauteur, chargé ^ non de vapeurs, mais d'exhalaisons qui don- noient une teinte rouge au globe du soleil. Son lever a quel- quefois été précédé de brouillard sec que ses premiers rayons dissipoient. Le changement qui s'est fait dans la température a été prompt, car après avoir eu , le 3o thermidor, près de 29 degrés de chaleur, le thermomètre est descendu , le 5 fructidor, au matin , à 7 degrés et demi ; et on commencoit à désirer que la pluie cessât. , Les grains en général n'ont point souffert de cette tempe- rature , qui a été très-favorable à leur récolte ; le vent frais qui J.'accompagnoit a contribué à entretenir la verdure des arbres Tome Ll. FRUCTIDOR an ti. Ff 822 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE et de ]a vigne dont les progrès n'ont point été arrêtés , sans doute parce que l'humidité que les pluies précédentes avoient procurée à Ja terre, a trouvé un obstacle à son évaporation dans la dureté de la surlace de la terre qui étoit comme scellée par la sécheresse; cependant vers la fin du règne de cette singu- lière tcnipcralure , les arbres fruitiers et la vigne commençoient à se flétrir, les fruits ne profitoient plus et toraboient ; à l'égard des plantes légumineuses et potagères, presque tout a péri dans- les jardins que la discite d'eau n'a pas permis d'arroser suffi- samment : les haricots, cette manne du pauvre , sèchoient sur pied ; les plantes potagèics qui se consomment en hiver, seront fort rares , parce qu'il n'a pas été possible de planter pendant le cours de cette sécheresse. Les puits , les fontaines étoient presqu'cntièrement taris : jamais on n'a vu à Paris l'eau d'Ar- cueil aussi basse. Mes observations, pendant cette sécheresse, ont confirmé un fait que j'ai déjà vérifié bien des fois, que j'ai consigné il y a ]ilus de vingt-cinq ans dans mon Traité de météorologie et dans le Journal des savaiis , et que je regarde comme un axiome mé- téorologique ; savoir, que quand la température est fixe , sans variation , la marche du baromètre l'indique par la régularité avec laquelle le mercure tend tous les jours à baisser vers midi ou 2. heures , et à monter vers 8 ou () heures du soir. Ainsi entre les tropiques où la température est bien moins variable que dans nos climats septentrionaux , cette marche périodique du baro- mètre s'observe constamment presque tous les jours ; l'étendue des variations y est aussi très-petite , comme il arrive dans notre climat lorsque nous avons une température qui , comme celle que nous venons d'éprouver , ressemble à la température de la zone torride. Jamais le baromètre n'a si peu varié que depuis deux mois ; il a toujours été au-dessus de sa hauteur moyenne , c'est- à-dire au-dessus de 28 pouces à Paris ", et au-dessus de 37 pou- ces 10,4 lignes à M ont m or en ci. En rapprochant la température sèche que nous venons d'é- prouver de celle qui a eu lieu en même temps dans d'autres pays fort éloignés, j'ai encore vu la confirmation d'un autre fait météorologique que l'on peut regarder aussi comme un axiome , c'est que si on éprouve une température extrême dans un cli- mat , on peut presqu' assurer que le contraire de cette tempé- rature a lieu dans un autre climat éloigné. C'est une balance dont l'équilibre est rompu ; ainsi pendant que nous souffrions ici de la sécheresse , les pays du nord , tels que la Suède et le ET D'HISTOIRE NATURELLE. 225 Danemark étoient assaillis de pluies abondantes qui falsoient craindre pour les récoltes. On a vu des exemples fréijuens qu'une température douce de certains hivers , datis les régions septentrionales, concourt avec un froid très-rigoureux qui se fait sentir dans notre climat. Ces deux axiomes météorologiques joints à quel<]ues autres dont je donnerai le tableau dans la seconde édition de mes Mémoires sur la météorologie qui est rédigée , sont les résultats de cent cinquante années d'observations faites en dif'téreiis pays, et comparées ensemble. C'est une base que nous laissons à nos neveux, sur laquelle ils povirront élever l'é lifice météorologique dont les fondemens sont à peine jetés. On trouvera dans les Essais sur L' hygrométrie de M. de Saussure , d'excellens maté- riaux pour la construction dé cet édifice , ainsi que dans les clit- férens ouvrages de M. Deluc , sur la météorologie et sur les modifications de l'atmosphère. Le recueil d'observations ptiblié par la société de médecine de Paris et par la socfiété météoro- logique de Manheim, etc. seront encore d'un grand secours aux ataateurs de météoroloaie. ■"Û' 2*. Années sèches observées à Paris depuis plus d^un siècle. La température extraordinairement sèche dont Je viens de rendre compte , a été pour moi un motif de rechercher dans les mémoires de l'Académie des sciences les époques de pareille température observée à Paris depuis la fondation de ce corps illustre. Comme les détails météorologiques que l'on trouve dans les différens volumes de cette collection sont fort peu étendus , excepté dans les vingt ou trente derniers volumes, nous ne pouvons guère juger de la sécheresse d'une atmée , qu'en com- parant la quantité de pluie mesurée, avec celle qtii est le ré- sultat moyen d'un grand nombre d'années d'observations. Je ferai remarquer que si la petite quantité de pluie d'une année a été répartie dans les différens mois d'une manière favorable à la végétation , à peine s'apperçoiton des effets de la sécheresse ; ils ne sont sensibles que lorsque, les mois d'été qui sont ceux qui fournissent une plus grande quantité d'eau , se sont passés sans qu'on en vît presque tomber ; ils le sont aussi sur-tout poar les menus grains et pour les fourrages , lorsque le printemps a été fort sec. L'abaissement considérable du niveau des eaux dans les rivières, les fontaines elles puits, sont une suite nécessaire de la rareté des pluies. . rfa 324 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMll! . Voici l'état des quantités de pluie tombée à Paris dans leS années où cette quantité a été moindre de quatre à cinq pouces au moins de celle qu'un résultat moyen de près de 140 anfî d'observations a fixé à 2.0 pouces pour Paris. Années. Quantité de pluio. Années. Quantité de pluie. Pouc. Liff,. Doux. 1 ° Pouc. Llg. Doux. 1691 14. 5 , 3 1736 l5. , 4 1694 11. 9,7 1737 l5. 10 , 1702 16. 6,0 I73H 14. 9,0 1706 i3. 10 , 9 1741 12. 10 ,.0 i7o<> i5. 3,5 1742 12. 9,6 1714 14. 9,1 1743 i3. 2,4 1716 14. 4 , 3 1744 16. 10 , 1718 i3. 1 , 9 1745 12. 5,8 1719 9- 4^4 1746 14. 5 , 1721 i2. 7,4 1747 i5. Il , 6 172,2 14. 6,6 1748 16. 11,0 1723 7. 8,0 , 1754* i3. 9,4 1724 12. 4 , 1777 16. 11 , 4 1726 i5v 0,0 1781 i3. 6,2 1737 i3. 8 , 1785 i5. 10 , 7 1728 16. I , 6 1790 14. 9,5 1730 16. , 1793 12. 'à j, 4 1731 10. 3,1 1794 i5. 10 , 2 1732 i3. 9 , 1795 12. 6,1 1733 9. 9,0 1796 14. 8,5 1 1735 i3. 10 , 6 1800 ■ La quantité moyenne d'eau qui résuiteroit de ces quarante années réputées sèches , est de i3 pouces 11, 3 lignes; elle dif- fère de la quantité moyenne conclue des 140 années d'obser- ^ Les observations ont été iaterrompues à l'Obseivatoire de Paiiâv ^ ET D'HISTOIRE NATURELLE. 2î5 VatiOûS , de 6 pouces 0,9 lig. Ainsi une année qui ne donne que 14 pouces d'eau à Paris , doit être réputée sèche. 3". Grands ahaissemens de la Seine , à Taris. Les grands abaissemens des rivières, comme je l'ai déjà dit. Sont une suite nécessaire des grandes sécheresses, sur- tout lors- qu'elles ne tiennent point leur origine des montagnes à glaciers ^ telles que les Alpes. La Seine étant dans ce cas , doit donc bais- ser lorsque la sécheresse règne dans le pays où elle prend sa source, ainsi que dans les contrées qu'elle parcourt. On mesure à Paris la hauteur de la rivière sur deux échelles, l'une gravée contre les éperons de la première et de la dernière arche du pont ci-devant Koyal, l'autre sur la culée du pont de 1j! Tournelle. Le zéro de l'échelle du pont National répontl à la sur- face d'un banc de sable appelé le banc de l' Aiguillette , situé entre la demi-lune du ci-devant Cours-la-reine et la grille de Chaillot ; le zéro est encore élevé de 14 pieds au-dessus du Ibnd de la rivière au pont National. .M. Buache et M. Depatcieux disent que le zéro de l'échelle du pont de la Tournelle a été réglé sur les basses eaux de 1719', de manière ^ dit M. Z^^^arciei^x (Mém. del'Acad. 1767, p. 5o4), que le premier pied de cette échelle a été marqué à la hauteur où se sont trouvées les basses eaux de 1719 > or comme cette année-là les basses eaux répondoient à 2 pieds 3 pouces de l'échelle du pont National , il s'ensuit que le zéro de l'échelle du pont de la Tournelle est d'un pied 3 pouces plus haut ([ue le zéro de l'échelle du pont National (Mém. de l'Acad. 1767, pag. 5û8). D'un autre côté, M. Deparcieux ("ibid, ij64, I^age 485J , dit qu'en 1719 on a pris pour zéro de l'échelle du pont de la Tournelle , les plus basses eaux de 1719. Cette contradic- tion entre ces deux savans m'a engagé a prier le C. Trony à me communiquer les résultats de plusieurs nivellemens de la rivière faits en 1787 et 1789 paj: le C. Méchain , et depuis par le cit. Frony ; je ferai connoitre sa réponse dans ce journal lorsque je l'aurai reçue. A l'occasion de ces échelles, M. Deparcieux (Mém. de l'Ac. 1764', p. 4^5) observe que toutes les échelles devroient être réglées sur celle dti pont National dont le zéro indiqneroit le point où la rivière auroit été observée à son plus bas. Ces échelles gravées sur l'éperon d'une arche , n'iroient que jusqu'à la hau- teur OÙ l'eau commence à toucher les quais d'un côté ou de aïG JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE l'autre ; ou inartjueroit le surplus des hauteurs de l'eau ou de ces échelles contre les murs des quais en amont et en aval des ponts. La raison que ce savant apporte de ce changement, c'est qu'à mesure que l'eau croît, passant dans un endroit de l'arche plus étroit , elle s'élève davantage et passe plus vite , d'où il suit qu'elle est plus haute de quelques pouces qu'un peu plus loin où son cours se rallentic. Voici les notes que j'ai recueillies des Mémoires de l'Acadé- mie , sur les grands abaissemens de la Seine_à Paris. M. Delisle le cadet, trouva la hauteur de l'eau en 1719 , à 27 pieds et demi au-dessous d'une marque où elle étoit arrivée le 11 juillet i6i5, époque d'une grande crue. (Cette marque répond à 29 pieds 9 pouces de l'échelle du pont national.) A 26 pieds trois quarts au- dessous d'une autre marque faite en février i658 (29 pieds de l'échelle du pont national) ; à 21 pieds un quart au-dessous de la niarqu(- faite le 26 février 1679 (28 pieds et demi de l'échelle du pont National ) ; à 22 pieds et demi au-dessous de la marque du premier juillet 1697 (24 pieds trois quarts de l'échelle); à 24 pieds au-dessous de la crue de la fui de février et du commen- cement de mars de 1711 (26 pieds un quart de l'échelle). Il pa- roît qu'à l'époque de 1719 la plus grande crue de la Seine avoit eu lieu en 161 5 , et son plus grand abaissement cette même an- née 1719 ; avec une différence de 27 pieds et demi. MM. Buache et Deparcieux ou n'ont point eu connoissance de cette crue de i6i5 , ou bien le repaire qui l'indique ne leur a point paru exact, car ils regardent la crue de i658 comme la plus grande connue. La crue de 1740 a été fixée par Vhil. Buache et par M. De- i parcieux (Mém. del'Acad. 1764, p. 466) à 25 pieds 2 ou 3 pou- 1 ces; elle l'est actuellement à 8 mètres et demi ou plus de 26 I pieds : j'ignore les raisons qui ont fait changer la détermination " de ces deux savans. J'ai juesuré, le 28 thermidor dernier ( 16 août) la hauteur de la rivière d'abord à 6 heures du soir , Ji l'échelle du pont de la Tournelte , je l'ai trouvée de 16 centimètres ou à-peu-près six pouces au-dessus on au-dessous de zéroVensuile à 6 heures trois quarts du soir au pont National , oii je l'ai trouvée à un peu plus de cinq décimètres ou à-peu-près 20 pouces au-dessus du zéro : la différence entre les deux échelles est d'à-peu-près un i)ied 2 ou 3 pouces , telle que l'indiquent les mesures de MM. Buache et Deparcieux. Le 6 fructidor (24 août) , à 6 heures et iîemie du soir, j'ai vu l'eau au pont National à 6 décimètres on ET D'HISTOIRE NATURELLE. 227 environ 22 pouces , ainsi elle ne s'étoit élevée que de 2 pouces à cette époque. Le C. Messier m'a communiqué les mesures suivantes qu'il avoit prises avec beaucoup de soin au pont de la Tournelle. Le 28 thermidor (11 août).. 5 pouces. Le 2 fructidor (20 août) 6 pouces 2lig. Par l'échelle du mètre 6 6 Par l'ancienne échelle le C. Fiot , chargé des mesures de la rivière, à cette échelle, l'avoit trouvée, le 17 thermidor (5 août ) à. . . . 4 pouces. Ces déterminations sont au-desso\is du zéro de 1719 , en sup- posant qu'il est placé au point où M. Buache place le premier pied au-dessus des basses eaux de 1719 : si le zéro est réellement un pied au-dessous de ce point, comme le dit M. Buache y les hauteurs deviennent ainsi qu'il suit : 23 thermidor 7 poiic. 2 fructidor 5 10 lig. 5 6 17 thermidor 8. M. Buache a publié dans les Mémoires de l'Académie (année 1767, p. bo^') un mémoire sur son atlas pliysiquej il le termine par l'extrait d'une carte qui fait partie de cet atlas , dans la- quelle il représente les diilérentes hauteurs de la Seine obser- vées depuis 1731 jusqu'à 1766 II fixe dans cette carte , à 13 pieds ou à peu-près 4 luètres , la hauteur de l'eau propre à la navigation j il s'agit dans cette carte de l'échelle du pont de la Tournelle. Voici les grands abaissemens de la Seine, déterminés exacte- ment d'après la carte de M. Buache; j'y ai joint la détermination de l'abaissement de cette année. Années. Echelle du pont de la Tourn. Echelle du pont National, i7'9 1723. . . . . 1 . D'' on" 2. p'' 3 p® • • • ^ "1 1. 3 r 1 . . . . 2. 6 1731 ••• 0. 7 1. \o 1766 . . . 0. 10 ..... . . . . 2. 1 1800 ... 0. 6 1. 8 L'abaissement de la Seine cette année est donc le plus grand de ceux qui ont été observés pendant ce siècle; nous allons le aj2@ JOURNAL DE PHYSIQUE, CE CHIMIE comparer avec les deux plus grandes crues du même siècle.^ 1740.. a5pîeds.. 3 pouc. 1799.. 23 pieds.. 6pouc. i8bo., 1 8 1800.. 1 8 I m . . I II. I ■ Il « Dilférence .23 7 Différ. .21....,- o 10. I I I I I ■■■ I .— — 1^.— w< Lorsque les eaux de la Seine sont très-basses , cette circons- tance peut donner lieu à des maladies occasionnées par la putré- faction des plantes aquatiques qui ne peuvent plus végéter , et par la stagnation de l'eau sur une vase composée en partie, à Paris, du résidu des égoûts. Cela est arrivé en 1731; M de Jussieu a donné à cette occasion un mémoire que l'on peut conr. sulter. (Mém. de l'Acad. année 1733, p. 35x), 4°- Température qui accompagne ordinairement le solstice d'été. J'entends tous les ans se récrier sur la température froide que l'on éprouve dans le mois de juin , et sur-tout vers l'époque da solstice. Il est peu d'années où l'on ne soit pas obligé de pren- dre alors- des vêtemens que quelques jours de chaleur avoient fait quitter , et même de s'approcher du feu. Les observateurs qui tiennent un registre exact des vicissitudes de l'atmosphère, sont plus en état que personne de vérifier cette espèce d'ano- malie de température dans une saison où le soleil étant plus vertical qu'en tout autre temps , on devroit s'attendre à des cha- leurs que l'on ne commence cependant à éprouver qu'à une époque où cet astre commence à baisser , c'est-à-dire , environ deux décades après le solstice. Curieux de constater ce phénomène , j'ai fait le relevé des de- grés du thermomètre observé le matin aux environs du solstice, avant et après , et on verra par le résultat que je vais en donner combien sont fondées les plaintes dont je parlois toutà-l'heure. On- doit regarder comme une température froide pour le mois de juin , celle qui est indiquée par le thermomètre au-dessous du tempéré ou d'environ 10 degrés. Or voici ce qui résulte de mes observations faites depuis 1766 jusqu'à présent, pour le ipois de juin et le commencement de juillet. En 1 765 , le pTeo)icr juillst, 8 \ degrés, En ET D'HISTOIRE NATURELLE. 223 En 1766 , (lu premier au 20 juia, cinq jours à g dtg. En 17-67, du premier au 5 juin , de 5 à 8 deg. En 1768, sept jours de 8j à g j deg. En 1 ySy , vingt jours de 6 à <) g deg. En 1770 , du premier juin au : 1 juillet, vingt'^cinq jours de 6 à ji deg. En 1771 , dix jours en juin de 3 5 à 9 deg. En lj'/2. Juin très-chaud. En 1773, du 5 juin au 7 juillet, quatorze jours de 7 à 9 deg. En 1774. du 2 juin au 12 juillet, douze jours de 7 à 9 deg. En iTjS , Juin chaud. Eu 1776 , du 6 au i5 juin, neuf jours de 5 j à 9 i deg. En 1777, du premier au 2g juin , dis-sept jours de 4^ à 9 | deg. En 1778 , du 4 au 17 juin , 6 jours de 5 j îi 9 deg. En 1779 , du premier au 21 juin, onze jours de 7 à g,4 deg. En 1780 , du 8 au 28 juin , 8 jours de 4,9 à 8,5 deg. In 1781 ,juin très-chaud. En 1782 , du premier juin au 5 juillet , quatorze jours de 4,6 à g,o deg. En 1 783 et 1 784 ,juin très-chaud. En 1785, du premier au 22 juin, 7 jours de 6,2 à g,o deg. En lj86, Juin chaud. En 1 787 , du premier au 20 juin , dix jours de 5,6 à §,4 deg. En 1788 jjuiti chaud. En 178g , du premier juin au 2 juillet , dii-sept jours de 7,2 à 9,6 deg. En 1790 , du premier au 28 juin, dix jours de 6,0 à g, 2 deg. En 1791 , du 12 au i8 juin, sept jours de 6,0 à 8,0 deg. En I7g2, du premier juin au 2 juillet , dix-liuit jours de 6,2 à 9,5 deg. En 1793, du premier juin au 4 juillet, vingt-quaire jours de 4''pèdes rectangles Icgèiement tron(jués ou biselles sur leurs bords latéraux, ou des prismes terminés à leurs extrémités par des pi ins convexes. 1a'. saW'te est doux au toucher et idio-électrif|ne. Sa raclure cft blanche. Lorstni'oii en frotte plusieurs morceaux enscinblo, ils ne donne iir ni odeur ni phospho'escence : i! est infusihle au chaluin( au. I se trouve en Suède, dans la Westeruianie, dans les mines d'argent de Sala. De()"is je l'ai er.core tre : on le trouve dans les mines de fer de Northo et d'Utria , à Arandal en Norwègê , et aussi àCampo- Longo dans la vallée Levantine eu Suisse. Il a dans sa cou- leur et dans swi écla't beaucoup de ressemblance avec le spath adauiantifi . .* . ' 10. Tetalitte. Couleur principale ordinairement rougeâtre , lEais quelquefois encore ET D'HISTOIRE NATURELLE. 245 encore d'un blanc-grisâtre; assez brillant , souvent même un peu éclatant, d'un éclat nacré; translucide sur les bords. Pesanteur spécifique un peu au dessus de 51,620, 11 raye le verre , et est rayé par le feldspath : il ne fait pas feu avec l'acier ; il se trouve en masses qui sont des réunions de pièces séparées, gre- nues , à grains plus ou moins gros. Sa texture est lamelleuse ; les lames sont petites et fortement entrelacées les unes dans les autres ; elles se présentent dans le mêaie sens. On brise aisément le pétalitte , et on le réduit en une poussière blan- che et rude; en le pulvérisant il donne une odeur assez sem- blable à celle du quartz. 11 esi infusible au chalumeau, et ne perd ni sa couleur ni son éclat; avec le borax il donne un verre blanc et transparent , et avec le sel microcosmi(jue , une espèce de perle d'un blanc jaunâtre ; en grains ou en poudre il ne fait point effervescence avec l'acide nitrique , il s'y dissout un peu avec le temps. On le trouve à Utoen^ Sala et Fingrufan, près de Niakoparberg en Suède. II. Chriol'ite. Couleur d'un blanc de neige ; peu éclatant , d'un éclat un peu nacré ; foitement ti-anslucide. Pesanteur spécifique , 2,9698 : Il raye le spath calcaire et se laisse rayer par le spath fluor. Il est assez tendre et se brise facilement ; il donne alors une pous- sière d'un beau blanc , douce au toucher , qui imbibée d'eau , devient transparente. Sa texture est serrée et lamelleuse ; elle présente des crevasses irrégui.ières , comme l'eàu qui passe ra- pidement à l'état de glace. Les lames sont droites -et dans une triple direction ; les fragtnens sont cubiques ; l'arrangement des parties de cette pierre est tel , que le lieu^de Ja -réu- nion de deux d'entre elles est toujours récouvert par une troisième , d'où il résulte que ces laitïes ofit deux directions droites et planes , et Une troisième en partie brisée , inégale. Au chalumeau , il fond avant d'être rouge , en un bouton d'un blanc opaque, qui, chauffé à un feu plus fort, se sco- rifie , devient caustique sur la langue , et prend un goût sem- blable à celui du borax ; avec celui-ci il se fond en uji verre d'abord transparent, qui devient blanc et opaque en refroidis- sant; traité avec l'alkali dans un cieuset d'argent ^^ il fùnd en une espèce d'émail ; celui ci dissous dans l'eau distillée, et pré- cipité par l'acide sulfurique, donne une gelée blaoche et trans- parente qui sèchée , fond aussi facilement que la pierre même. Tome LI. FRUCTIDOR an 8. ' I i 246 JOURNAL DE PHYSIQUE, D;E CHIMIE Le cliriolite est indissohible dans les aciiles nitrique et muriati- que 5 dans l'aciiîe sulfiirique très-concentré il f2 et VOihr , depuis leur source dms les monlaj;i;es de liolunie, jusqu'aux pays du plaines, cl l'^B/Z-ie jusqu'à la mer. De ses obscrvalious rùsullcronl de nouvelles luinicrcs en géologie; car plus on voit de l'ails , avec l'œil exerce du j^éologue instruit, plus on a occasion d'étendre ses idées et leurs epplicatr-uis ; et de les rectifier si elles doivent l'élre. ET D' II I S T O I R E NATURELLE. 255 11 y a donc en alfaisKcint.'nt de part et d'autre de la moiitagrie. Celui qui a roaipu les couches a été brusque; les fbudemens ont njanqué , et cette partie s'est enfoncée et a disparu. Sur l'autre face , i'aft'aissement s'est fait en bascule , et toutes les couches ont subi la même inclinaison. Salève n'est ainsi qu'une masure de l'édifice qui avoit été construit dans la nier par couches ho- risontales et concentriques. L'exemple que je viens de citer du mont Salève est répété par-tout, et il est bien plus frappant encore en approchant du centre de la chaîne. Les montagnes qui suivent , calcaires aussi et renfermant des corps marins, mais bien jilus élevées et d'une pierre différente, ont subi de telles catastrophes , que leurs couches ne présentent que fractures , escarpeniens et culbutes. On n'y voit que les masures des couches qui se formèrent sur le fond de la mer par dépôts successifs , qui ont été rompues par les affaissemens , en laissant deliout les portions qui reposoient sur des bases plus solides. Alors se ibrmèrent les fentes tt les enfoncemens où les torrens des montagnes coulent aujourd'hui. Le Jura, chaîne toute calcaire et renfermant beaucoup de corps marins, ce qui indique une formation originelle par dépôts successifs et réguliers , montre dans ses couches le plus grand désordre ; tout y est fracturé, incliné , culbuté. Les rochers sont remplis de cavernes qui ressemblent à l'intérieur de ruines. Des torrens y péuètrent par nombre de crevasses, et l'on voit res- sortir au loin par d'autres crevasses nne eau très-claire ; signe certain qu'il y a des cavités assez grandes pour former des lacs où se dépose le limon. Mon frère qui parcourut en 1782, la jiartie de cette chaîne qui est dans la comté de Neufchâtel , en fut singulièrement frappe, de même que d'y voir en grand nom- bre des blocs de granit et d'autres pierres primordiales, sur les revers opposés à la chaîne des Alpes. Voilà donc encore des signes évidens de grands bouleversemcns , et non point des effets de l'action de courans d'eau. Nous avons observé , mon frère et moi , à l'extrémité de la vallée de Sixt en Faucignv (dans ces temps heureux où, réunis et ayant toutes nos forces corporelles , nous montions sur les plus hautes cîmes pojr y faire des observations ele physiiiuo) nous avons observé, dis-je , le plus étonnant escarpement qui puisse exister dans aucune chaîne de montagnes. Ce rocher nud est une continuité du rameau des Alpes , dont le Grenairon fait partie. Il s'élève verticalement sur la vallée jusqu'à une hauteur. K k z 2:)6 JOURMAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE telle , que son sommet est couvert de neige permanente qui forme un glacier sur le revers, ce qui sr.pj'OSC une hauteui au moins de mille toises. La vallée sur laijnere domine cet escar- pement énorme , eçt étroite et fermée par de hautes nnuitagnes, et SCS côtés sont bordes de rochers escarpés et de pentes rapides produites par raccuu-.ulaiion des débris ipù tombent des rochers suj^érieurs, couvertes aujourd'hui de bois et do pâturages. Com- ment rendre compte de ces positions par des érosions de cou- ratis de la mer, puisque l'une des extrémités de cette vallée n'a point d'issue? Et comment pourroit-on accorder à ces cau- rans , quelques fussent letu- niasse et leur rapidité, d'avoir creuse ce roclier à une- [irofondeur aussi considérable? Ne devient-il pas évident dès-lors (jue le vide qui ibnne cette vallée , est du à l'affaissement, des couches qui le remplissolent ? Ce grand rocher , ainsi que ceux de sa ligne , sont d'une roche calcaire un peu argileuse et couleur d'ardoise. Les gens du lieu l'appellent c/iasse-veri ; et en c££eX, rien dans la nature li'est plus dcnué tle toute verdure que les faces de ce rocher. Dans le temps de la grande fonte des neiges , il en sort jiar nombre de crevasses une multitude de cascades qtii ajoutent beaucoup à l'aspect majestueux de ce prodigieux: escarpement. Non loin de là , et au revers du Greiia'iron (haute cîme es- carpée , environnée de plateaux de neige permanente , élevée de 1,204. toises sur îe niveau du lac, et l'un des sites de nos ob- servations), on trouve le vallon des Fonds; il est en forme de cirque ou de fer à cheval ^ bordé tout-^-l'entonr d'escarptmens en gradins d'une telle hauteur qu'une de ces bordures a pour sommet le Greiiairoii lui-même , et l'autre la coupe abrupte du s'acier dé "B'uët. Pourroit-on voir là l'œuvre d'un courant de la Je n'ai jamais'ëû tle sèntimcnî aussi profond dHtne grande haiiteur , comme celui que j'éprouvai étant sur le sommet es- carpé du Grendiron et regarù paroît devoir son existence à une dégénérescence de la matière albumineuse , par laquelle elle commence à passer à l'état d'un corps gras. Cette altération ne seroit pas plus étonnante que la conversion «n gras des fœtus restés dans la matrice ou dans les trompes ; et au-delà du terme fixé par la nature. §. IV. Sur les eaux de l'amnios de vache. L'eau de l'amnios de vache diffère beaucoup de celle de femme j par ses propriétés physiques et par sa nature chimique. Voici en quoi consistent les différences : i". cette liqueur a. «ne couleur rouge fauve; 2". elle a une saveur acide mêlée aCS JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE tl 'amertume ; 3°. son odeur a quelrjii'analogie avec celle des extraits végétaux inuqueux ; 4'*- sa pesanteur spécifiiiiie esr com- me 1,020; 5". elle mousse par l'agitation, comme le fait une eau muciiagineuse ; elle jouit d'une certaine viscosité, et lile comme une dissolution de gomme. Propriétés chimiaues. 1". Elle rougit très- sensiblement la teinture de tournesol ; 2". elle précipiie très-abondamment la dissolution de muriatt- de baryte; 3°. l'alcohol en sépare une matière rougeâtre flocon- neuse et très-abondante. Une certaine quantité de la liqueur de J'ainnios de la vache soumise à l'évaporation , a présenté les phénomènes suivans : 1". elle forme une écume épaisse , facile ;\ séparer , dans laquelle il se forme des cristaux blancs et brillans, qui ont une saveur légèrement acide; 2°. elle se réduit par l'évaporation en une matière épaisse , visqueuse , comme une espèce de miel dont elle a à-peu-près le jaune fauve. Lors- qu'elle a été ainsi réduite en consistance de miel , on la traite ensuite par l'alcohol bouillant : la liqueur se trouve chargée d un acide qui cristallise en aiguilles brillantes de plusieurs centiiiiètres de long. La matière extractive colorée qui existe rlans la liqueiir de l'amnios de vache n'étant pas dissoluble dans l'alcohol , elle reste sous la forme d'uno poix gluante et compacte :nais pour débarraser complettement cette substance de l'acide {[u'elle contient , il faut faire liouillir dessus à plusieus reprises une assez grande quantité d'alcohol; tt en faisant ensuite éva- porer le dissolvant , on obtient la matière iju'il tient en dissolu- tion. Il est également essentiel , ]30ur qu'il ne se dissolve pas de matière extractive dans l'alcohol , que l'eau de l'amnios soit évaporée jusqu'à consistance épaisse , car l'humidité qu'elle con- serveroit favoriseroit la dissolution d'une partie de cette matière dans l'alcohol. C'est en traitant ainsi le résidu de l'eau de l'amnios de vache par l'alcohol , que nous nous sommes appcrçvis de la présence d'un acide cristallin dans cette liqueur. Mais nous avons re- connu depuis qu'il n'est pas nécessaire d'employer l'alcohol pour le retirer; il suffit de faire réduire la liqueur au quart de son volume primitif pour obtenir la plus grande partie de cette matière acide cristallisée par le refroidissement. A la vérité, elle est beaucoup plus blanche et plus pure lotsqu'on la sépare par l'alcohol , parce qu'alors elle est dépouillée de presque toutes les parties ET D'HISTOIRE NATURELLE. aïk, parties extractives qui restent attachées aux cristaux de cet acide formé au milieu d'une liqueur épaisse. Klais on peut le purifier en le lavant avec une petite quantité d'eau froide, qui dissout très facilement la matière exti active , et qui ne dissout presque point d'acide à froid. Si après avoir réduit au quart de son volume l'eau de l'amnios de la vache, et en avoir retiré avec le temps néct^ssairc tout l'acide possible , on pousse plus loin l'évaporation ; et jusqu a ce que la liqueur ait acquis la consistance d'un syrop épais , il s'y forme de gros cristaux transparens , tièssoluhles dans l'eau, d'une saveur amère. Ce sel, soumis à quelques épreuves, nous a présenté tous les caractères du sulfate de soude. Quoi([ue nous n'ayons pas déterminé les vrais rapports de ce sel avec les autres principes de l'eau de l'amnios, nous sommes assurés cependant qu'il y existe en assez grande quantité. Pour obtenir ce sel à l'état de pureté, nous avons fait brûler une certaine quantité du résidu de la liqueur de l'amnios évapo- rée à siccité ; et en lessivant ensuite la matière charbonnée, nous avons eu une dissolution qui a donné , par une évaporation convenable , des cristaux de sulfate de soude bien blanc , et parfaitement pur. §. V. De la matière animale extractiforma. La matière animale qui accompagne les sets , dont il a été parlé , dans la liqueur de l'eau de l'amnios de vache , nous a paru d'une nature [)articullèrej et n'avoir de ressemblance parfai- te avec aucune de celles connues jusqu'ici. Cette matière a une couleur rouge- brune , une saveur singulière, difficile à déter- miner et à décrire, à cause de quelques parties salines qui y restent constaunnent unies. Elle est très-soluble dans l'eau ([ui en reçoit la couleur; elle n'est nullement soluble dans l'ulcoliol qui la sépare même de l'eau. Cette dernière propriété , jointe à celle de donner à l'eau une certaine viscosité , et la faculté de mousser par l'agitation , sembleroit la rapprocher des subs- tances muqueuses. Cependant elle diffère des mucilages animaux en ce qu'elle ne se convertit pas en gelée , et qu'elle ne se combine pas au tannin. L'ammoniaque, l'acide prussiijue, et l'huile erapyreumati(jue, qu'elle fournit par l'action du feu , ne permettent pas d'ailleurs de la regarder comme un mucilage vé- gétal. Cette matière animale a une odeur particulière qui n'a d'a- Tonic Ll. VENDEMIAIRE an 9. Mm 270 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE nalogie avec aucune autre connue , si ce n'est légèrement avec l'urine évaporée. Exposée au feu , elle se gonfle et se boursoufïle beaucoup. Elle répand au commencement une odeur de pain brûlé , ensuite tlle manifeste celle d'une huile eiopyreumatique et d'ammonia- que , enfin l'odeur de l'acide prussicjue. Après s'être enflammée , eile laisse un charbon très-voluaiineux, et assez abonclant. Ce charbon s'incinère facilement, et la cendre qu'il fournit est d'un beau blanc, et très-légère; elle se dissout coinplettement dans l'acide nitrique sans effervescence; c'est du phosphate de mag'iésie mêlé d'une très-petite quantité de phosphate de chaux. La matière animale dont il est ici question est décomposée par l'acide nitrique, mais il ne se forme pas, au moins en quantité notable , d'acide végétal , comme cela arrive à la plupart des substances qui appartiennent aux règnes organicjues; il se dégage pendant l'action de l'acide nitrique sur ce corps, du gaz acide carbonique, et du gaz azote, mêlé de gaz nitreux. §. VI. Des propriétés de l'acide contenu dans l'eau de l' amnîos de la vache. Cet acide est concret, blanc et brillant; sa saveur est très- légèrement acide. Il rougit la teinture de tournesol. Il est peu soliijjle dans l'eau froide; mais il l'est beaucoup plus dans l'eau bouillante; et il cristallise par le refroidissement en belles aiguil • les blanches de plusieurs centimètres de long. Il se combine aisé- ment aux alkalis caustiques, qui le rendent très soluble. Les autres acides le séparent de ces combinaisons sous la for.ue d'une poussière blanche cristalline. 11 ne décompose point à froid les carbonates alkalins ; mais cette déco.nposition a lieu à l'aide de la chaleur. 11 ne produit nul changement dans la dissolution des terres alkalines ; il n'altère pas non plus les solutions d'argent, de plomb et de mercure. Mis sur les charbons ardens, cet acide se boursouffle, noiicit, et exhale une odeur d'ammoniaque sen- siblement mêlée de celle de l'acide prussique. Il laisse un charbon volumineux. La petite quantité de cet acide que nous avons pu nous procurer jusqu'ici ne nous a pas permis de le soumettre a un plus grand nom- bre d'expériences, ni de déterminer les proportions des élémens qui le composent. Cependant nous en avons vu suffisamment pour nous convaincre qu'il est d'une nature particulière ( sui ET D'HISTOIRE NATURELLE. 271 generis) , et ne ressemble pas conipletteinent à aucun de ceux qui existent dans les trois classes de matières naturelles. Il senibleroit ^ au premier abord, qu'il aurolt quelque ana- logie avec les acides saccho-lacticjue et urique; mais on s'apper- Ç(nt bientôt que ses rapports ne sont qu'extérieurs , et n'existent réellement point dans leur nature intime; car l'acide saccho- lactifpie ne fournit poict d'ammoniaque, ni d'acide prussiijue à la distillation. A la vérité , l'acide nrique donne aussi de l'ani- :noniaque et de l'acide jirussique par l'aciion du feu ; mais il n'est pas aussi soluble dans l'eau chaude ; il ne se cristallise point e.i longues aiguilles blanches et brillantes; et sur-tout il n'est pas soluble dans l'alcohol lirmillant comme celui-ci. D'ailleurs, l'acide urique se colore à l'air, et le nôtre reste parfaitement blanc , et il ne donne point une couleur rose à l'acide nitrique. L'acide de l'eau de l'aninios , considéré dans la nature de ses élémens , doit être rangé dans la classe des acides animaux puisque, comme eux, il contient de l'azote, la seule substance qui établisse une différence entre les matières végétales et les matières animales. S. VII. Remarques et apperrus physiologico-pathologlqnes ; for- mation des principes constitutifs dos eaux de l'amnios de vache. Cette analyse nous fournit des inductions importantes et nom- breuses, que nous passons Cependant sous silence à présent, pour les exposer dans une autre occasion. Nous nous permet- tons seulement ici quehjues remarques et quelques apperçus phy- siologico pathologiipies. D'abord , quant à ia manière dont se forment les principes contenus dans les eaux de l'amnios de vache , -et qui leur sont essentiellement propres, nous n'avons aucune connoissance positive sur cet objet. Nous nous borne- rons seulement à dire que vraisemblablement ils sont un produit d'une fonction chiraico-vitale des organes d'où ils sont innné- diatement dérivés. D'après cette idée , cette force organique éla- boreroit les principes dont nous parlons. Ils se sépareroient ensuite de l'organe élaborateur , pour se confondre dans la masse des eaux de l'amnios. Il reste cependant à chercher si des principes de nature différente qui suinteroient vraisembla- blement de la surface interne de la membrane amniotique j et quise rencontrerolent dans sa grande cavité, pourroient donner M m 2 272 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE lieu à de nouvelles combinaisons chimiques, et produire ainsi des Substances ayant de nouvelles propriétés. '' S. VIII. Température des eaux de l'amnlos dans le vivant. Les comljinaisons dont nous venons de parler peuvent, jus- qu'à un certain point , dépendre aussi du degré de température (jui a lieu dans la cavité utérine. C'est aussi pour avoir des éclaircisseinens sur cet objet, que nous avons engagé madame Lachapelle à ne point discontinuer ses explorations tliermomé- triques dans l'intérieur de la matrice vivante., Cette sage femme observe avec toute l'intelligence nécessaire, de sorte (pie iious n'hésiterons pas à fonder des raisonneniens sur les résultats des ex])ériences qn'tlle continuera de nous communiquer. Le thermomètre introduit dans l'orifice de la matrice d'une femme près d'accoucher^ et même api es l'accouchement, ne monte pas au-delà de 3i degrés, échelle réaumurienne ; et pour l'ordinaire il ne descend pas au-dessous du 29". La rup- ture ou 1 inti grité des membranes n'apporte point de différen- ces rcinarr[uables dans la température. Le thermomètre introduit dans l'orifice de la matrice, avant l'écoulement des eaux, mar- quoit enviion 3o à 'i\ degrés : il inaïquoit le même degré après l'écoulement. //é'/Vtv' atteste avoir observé dans la matrice des vaches mortes dans le cours de la gestation, les eaux de l'aranios prises de manière qu'illes présentoient un morceau de glace : répoijue corres[)ondL>it au fort de riiiver. Les eaux de l'amnios de vache que nous avons recueillies avec beaucoup de peine à la Chaijelle de S. Denis, ont été exposées aux plus grands froids de cet hiver , sans qu'elles aient manifesté la moindre congellation. Nous nous sommes cependant pioposé de déterminer par des expériences le degré de froid propre à produire un seadrable effet. Quant aux eaux de l'amnios de feinme , d'après une expérience que nous avons faite , il résulte qu'elles se gèlent entre 2 et 5 degrés environ. Elles étoient mêlées avec du mœconium. Nous les essaierons toutes seules. §. IX. Variétés dans les eaux de l'amnios. Les variétés dans les (aux de l'amnios sont ordinaires et nombreusts ; nous en parlerons dans la snite^ et nous ferons en même-temps quelques remarques sur les trois sortes d'eaux ET D'HISTOIRE NATURELLE. -i-j'i d'amnios de vache admises par -quelques professeurs de l'art vétérinaire. Nous doTinerons les nio\ens de distinguer les vraies eaux de l'aninios de celles qui portent improprement ce nom. §. X. Usage du dépôt des eaux de l'aninios. L'analyse exacte du dépôt des eaux , dont nous avons parlé au paragraphe III , nous met sur la vraie route pour arrivera la synthèse. Le chirurgien alors , épiant le but delà nature dans l'abondante application qu'elle fait de cette matière sur plusieurs régions de la surface du corps du fœtus, pourra, ce me sem- ble , utiliser cette connoissance dans sa pratique. Les vrais ca- ractères de cette substance que nous venons d'indiquer, ses pro- priétés , et en paiticulier son insociabilité avec l'eau, son onc- tuosité, nous prouvent qu'elle est destinée à modifier les fonc- tions des tégumens du iœtus. Elle coopère avec la vitalité der- moïde agissante , à empêcher la macération de l'épiderme pen- dant le séjour du fœtus dans les eaux , et à prévenir les agglu- tinations vicieuses aux aines , aux aiselles et ailleurs. Elle sert à faciliter les uiouvemens du fbstus dans la matrice, et ceux qui s'opèrent lors de sa sortie au moment de l'accouchement. Si quelque quantité de ces eaux peut filer, même sans c!ég,luti- tion , dans le canal alimentaire, il est vraisemblable qu'elles y déposeront aussi une portion de ce sédiment, et par conséquent il est évident que dans ce cas elle exercera aussi dans le tube une fonction analogue. Mais nous entamerons cette question dans une autre occasion. Nous avons démontré que l'air ne l'altè- re que très-lentement : cette considération, jointe à ce que nous venons de remarquer plus haut , prouve assez que ce n'est pas sans raison que quelques accoucheurs s'opposent à l'usage où l'on est de détacher trop vîte cet enduit de toute la surface du corps du nouveau- né , sur- tout en frottant trop brusquement le corps avec des liqueurs vineuses. Les animaux domestiques en particulier , nous apprennent tous les jours la vraie manière de nous conduire dans cette circonstance. La femme doit donc choisir des moyens mécaniques analogues à ceux que les animaux emploient pour atteindre utilement le même but; et le chimiste doit lui indiijuer une substance liquide fort ressemblante à l'humeur salrvaire, dont elle se servira avec la plus grande modé- ration , et graduellement. Nous avertirons en attendant que des expériences faites exprès à l'hospice de la Maternité, nous ont prouvé qu'il convient, peu de temps après la naissance, de 27Î JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE débarraser doucement les aines et les aisselles de cet enduit avec du beurre et substances analogues , afin que la partie ne s'en- flamme ni ne se gerce , ce qui fait souffrir beaucoup l'enfant. Nous ne nous contenterons pas d'essayer par les moyens con^ venables la préparation artificielle de cette substance ; nous ferons aussi quelques tentatives tendantes à celle même des eaux de l'amnios de femme. D'après ceque nous avons rapporté ci dessus , nous pouvons conjecturer qu'elle sera possible. Nous aurions ainsi fait le premier pas, c'est-à-dire le plus difficile, vers la synthèse des substances animales. §. XI. De la forme des molécules composant les eaux de l'amnios. Dernièrement , un médecin danois a prétendu avoir observé que cette humeur contient certains globules qu'il dit lympha- tiques , de forme particulière caractéristique. Nous n'avons pas manqué de procéder à des recherches, nieme microscopiijues , afin de les découvrir ; mais nous he pouvons rien offiir à cet égard qui soit bien intéressant. En rapportant ce que nous avons vu , nous ne ferions i\ue lépéter ce qui a été dit presque par tous ceux qui ont écrit sur ce sujet, et ce qui est généralement connu. Les eaux de l'amnios, quoique de 3, de 5, même de 10 jours, ne nous ont pas fait voir d'animalcules microscopiques. Du reste , nous croyons que les caractères apparens que nous avons indiqués suffisent en géi':^ral pour tjue ; dans des circons- tances douteuses , les accoucheurs décident avec plus d'assu- rance sur l'apparition des eaux de l'amnios ou bien de toute autre liqueur. §. XII. Su?' la propriété nourricière des eaux de Vamnios. Les physiologistes, dans toiis les temps , ont cherché à cons- tater la fonction nourricière des eaux de l'amnios , en démon- trant la présense d'une portion de cette substance dans la bou- che , l'œsophage, l'estomac , etc. Ou bien la présence d'une matière quelconque qui prouvât qu'il y a communication de l'ex- térieur avec le canal alimentaire du fœtus. Le C. Huzard a fait à l'école d'Alfort des observations très-solides sur cet objet. 11 faut l'avouer; les professeurs vétérinaires ont porté bien loin ces recherches ; ils ont confirmé des observations de quelques anciens , auxquelles on ne faisoit pas grande attention en gé- ET D' HISTOIRE NATURELLE. 275 néral. Les professeurs Abihlgaard et Vihorg , ont ouvert en ^J97 , à Copenhague, cinq chiers avant leur naissance; ot dans tous ils ont trouvé la trachée-artère et les bronches remplies de l'eau de l'amnios. Mais avant tout , il f'alloit statuer par les vrais moyens que la chimie possède, la propriété Je l'alibilité de cette humeur. Nous nous flattons que notre analyse sera très-propre à diriger ceux qui voudront tâcher de résoudre définitivement le problême dont il s'agit. §. XIII, Altération vicieuse des eaux de l'amnios. Plusieurs auteurs , et particulièrement ceux qui ont écrit sur les accouchemens et les maladies des femmes , attestent que la liqueur de l'amnios est susceptible de se vicier , de se rendre acrimonieuse, au point de phlogoser les doigts de l'accoucheur. Les anti humoristes systématiques nient encore cette espèce de dégénérescence humorale. L'observation et l'expérience nous for- cent à adopter l'assertion des premiers. Quelquefois les eaux de l'amnios sont vicieuses dans le sein d'une femme saine. 11 arrive quelquefois le vice-versà. Mais il est aussi vrai de dire que cette humeur participe souvent aux aftections moi Ijifiques, soit du fœtus , soit de la mère. La disproportion des principes salins qu'elle recèle peut donner lieu à des altérations de la plus grande conséquence. Nous avons dévoilé ces ]irincipes. La vraie chimie donnera raison d'un grand nombre de ces altéra- tions. Les mutations vicieuses qui peuvent dépendre de quelcjucs substances, à proprement parler étrangères à ces eaux, comme du sang , du mœconium , du pus de chairs corrompues , etc. qui peuvent s'y mêler dans la cavité utérine (1), méritent toute notre attention ; aussi il sera pour nous un objet de recherches lors sur-tout que nous analyserons le mœconium, sur quoi nous n'aurions actuellement que des observations peu no.nbreuses à présenter, d'a'itant plus qu'il s'agira de completter un ouvrage Coiiimencé par le célèbre Bayen. Nous nous voyons cependant, dirons-nous, forcés à antici]:)er ici quelque chose ù cet égard, afin de s'opposer à la propagation d'une erreur qui se glisse- (1) Li unlidie épizoolique des bêtes à cornes , qui fait actuellement des ra- vages dans le Piémont cl ailleurs, occasionne sur-tout des avorUmiens parmi les vaches. J'ai , à cette occasion , observé plusieurs fois les eaux de l'amnios très- allérées , quelquefois putrides à l'iaslant de la rupture de la poche. a/G J O U R N A L 1) E PHYSIQUE, DE CHIMIE roit assez lacilement dans les journaux sclentifiL|ues du jour. Le professeur Dubois a communiqué à ses élèves le cas du fœtus ayant du mœconium dans l'estomac ; une cloison co nplette à la rt'oion pilorique ; le tube alimentaire, depuis cette cloison jusqu'à l'anus, extrêmemeut resserré , et entièrement vide. Ce fait a occasionné ditfërens raisonneinens , dont les conséquen- ces sont plus ou moins illégitimes. La science chimique doit , dans ce cas, comme dans bien d'autres semblables, modifier con- venablement les opinions émises. L'on a donc imaginé cpie la mœconium n'étoit qu'un produit des eaux de l'amnios. Nous nous faisons un devoir de confirmer , i». que le mœconium contient de la vraie bile; 2°. que les eaux de l'amnios ne con- tiennent pas un atome de cette substance; 3'^. qu'enfin toute» les mutations , même toutes les altérations que nous avons pro- duites de différentes manières dans ces eaux, n'ont jamais don- né ( sans l'addition de la bile) tme substance qui eut la moindre analogie avec le inœcoDium. Il est par conséquent assez évident que la formation d'une partie ou du total de ladite cloison, a été postérieure au refoulement du mœconium jusque dans l'es- tomac. Senncrt, Astruc , Valescus de Tarenta , MatJiaeus de Gradi- bus, Thadacus Tlunits , Dodoaeus , Ambroise Paré , Salmuth , Jouhert, et plusieurs autres, tant anciens que modernes , rap- portent des observations dont il résulte que l'utérus contient quel- quefois des substances gazeuses. Ce cas n'a rien d'extraordinaire quand cette cavité est en communication avec l'air atmosphé- rique , ou avec celui qui se trouve dans le tube intestinal. Le cas est plus remarquable «piand un gaz f|uelconque se trouve renfermé dans la cavité de l'amnios bien fermée. Cependant plusieurs auteurs l'attestent ^ et le professeur Eaudelocque cite quelques exemples qui lui sont propres. Nous ferons seulement reaiarquer là dessus , que jusqu'à présent nous n'avons pas tiré de cette eau, dans son altération spontanée , des substances gazeuses en état de produire les phénomènes tels qu'ils sont décrits par les auteurs qui en ont parlée comme il a été dit au parag- IIL Nous continuerons les mêmes recherches sur le mœ- conium , sur l'urine j etc. §. XIV. De la nature des eaux de l'amnios. Les médecins anciens disoient que l'eau de l'amnios est une Sueur du fœtus. Des modernes , qui jouissent d'une réputation distinîzuée II ET D' II I S T O I R E NATURELLE. -^--j. disiiugnée d'ailleurs les ont suivi. Diising et Arantiusla. regar- dent cottime de l'urine. Jiiolaii dit qu'elle résulte d'un mélan- ge d'urine et de sueur. Bonhius , Verduc , Bidloo, etCowper, ont une opinion à cet égard aussi fausse que les premiers. Lister piétcnd (ju'eile est une vraie salive. Drélincours , et plusieurs autres écrivains, pensent qu'elle est produite par le mélange de la salive, du mucus des narines, et de l'urine du fœtus. IV'irton. croit qu'essentiellement elle est une espèce de gélatine. Un très-grand nombre d'anatoinistes et de physiologistes moder- nes enseignrnt aujourd'hui (ju'elle est vraiment identique à la va- peur péricardieniie, et sendilables. Il en est encore qui la regar- dent comme de la limphe toute pure. Nous nous flattons que notre analyse empêchera dorénavant que ceux qui cultivent l'étude de l'économie animale s'égarent dans ce dédale d'opinions plus ou moins éloignées de la vérité. Par les efforts des naturalistes modernes, l'anatomie compa- rée proprement dite vient de faire de grands progrès. Mais il ne faut pas se le dissimuler, l'hydrologie animale comparée ne marche point d'un pas és^z\ avec la première. Les expériences et les observations de comparaison entre les humeurs de différen- tes espèces d'animaux, ne sont pas aussi multipliées que celles qui regardent les parties dures et molles. Les citoyens Fourcroy , entre autres , et les citovens T)e\eux et Tarmentier, ont parcouru la vraie route pour atteindre heureusement ce dernier but. Nous les avons suivis, en comparant par des recherches expérimen- tales les eaux de l'amnios de femme avec celles de vache. Nous jiarviendrons ainsi à déterminer les vrais points de rapproche- ment ou d'éloignement qui existent entre elles ; et en nous con- tentant pour le moment de quelques résultats particuliers , nous nous garderors bien d'admettre avec trop de facilité des indue- lions générales. §. XV. La démonstration de la nature toute particulière de la subs- Tance sébaciforme , dont nous avons parlé au paragraphe III ; les preuves convaincantes que nous avons données de la grande dillérence qui existe entre les eaux de l'amnios dans les diffé- rentes espèces d'animaux ; le développement des propriétés de la matière animale qui accompagne les sels de la liqueur de l'amnios de vache différente de toutes celles connues jusqu'ici et mentionnée au paragr. V , sont autant de faits bien curieux. Tome Ll. VENDEMIAIRE an 9. Nu a;» JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE La présence du sulfate de sonde dans ces dernières, nous paroît une découverte intéressante. Une autre découverte qui nous sem- ble aussi pouvoir fixer l'attention des savans, c'est celle de l'aci- de que nous appelons amniotique , et que nous mettons actuel» lenient sous les yeux de la société :Viédicale. Ce premier essai ayant été si fil-rtile en résultats intéressans , l'on conçoit facilement que nous soiiiraes encourages à en fiaire un second le plutôt possible. Il concernera spécialement les eaux de l'amnios de jument, de la brebis et du hufle. Le C. Huzard veut bien se donner les soins nécessaires pour que les eanx de l'amnios de ces animaux parviennent de Rambouillet au labora- toire avec les conditions requises. LETTRE DE A. G. Camper a G. Citvier, Sur les ossemens fossiles de la montagne de St. Pierre, • ,.<à Maëstricht. • Citoyen, Je vous ai promis , dans ma dernière lettre du 16 thermidor (5 août) dernier, une description plus détaillée du succès de mes recherches sur les ossemens fossiles de la montagne de St. Pierre à Maëstricht , et je m'empresse d'y satisfaire. Depuis longtemps je possédois , sans le savoir, le trésor le plus intéressant de ces débris , et j'ose dire le plus précieux , puisqu'il m'a fourni une suite de preuves qui ne laissent plus subsister aucun doute sur le genre d'animaux auxquels ont ap- partenu ces immenses mâchoires et ces vertèbres que les natu- ralistes ont attribuées , les uns à des crocodiles , les autres à des mammifères cétacés. Il est surprenant sans doute que feu mon père ayant une fois pris ces mâchoires , et quelques vertèbres détachées pour celles d'une espèce inconniie de cétacé , n'ait pas examiné et com- paré avec les srje.elettes de marsouins et de crocodiles les deux morceaux les plus curieux de sa collection : le premier consiste dans une suite de douze vertèbres dorsales ; le second dans une ET D' H I S T O I R E NATURELLE. 279 autre de quatorze vertèbres de la queue. Il en seroit venu tout iiaturelleineiit à conclure , 1". Qite cette partie du dos et cette autre de la queue n'é- toient point d'un cétacé. 2". Qu'elles ne pouvoient être que d'un reptile saurien. Une t'ois convaincu que ces reptiles avoient laissé leurs ds- pouilies dans ces carrières , il auroit examiné avec une atten- tion plus scrupuleuse les autres vertèbres , les parties du carpe , celles des doigts , et divers osseniens moins connus dont les pareils ne se trouvent pas dans le squelette des cétacés. Soup- çonnant dès-lors que ces différentes parties avoient pu apparte- nir aussi à des reptiles _, il auroit comparé de même la struc- ture des mâchoires, la dentition et le cours des nerfs, avec les parties analogues , le renouvellement des dents et la sortie des nerfs dans le squelette d'un crocodile et de quelques autres lé- sards ; c'est alors que le mot de l'énigme auroit été connu de- puis longtemps , car il auroit découvert ce que j'ai trouvé , quoique fortement prévenu de l'opinion contraire : Que non-seulement les mâchoires , mais toutes les vertèbres et la plus grande partie des ossemens , qui ne sont pas les débris des tortues, sont du squelette d'une espèce inconnue de reptile saurien qui a présenté dans sa structure de grands rap- ports avec les crocodiles et les autres lésards en même temps. Enfin, qu'il n'existait dans sa collection et peut-être dans aucune autre , des osseniens qui eussen t appartenu à des cétacés et qui se soient trouvés dans ces carrières. Pour appuyer cette assertion de preuves convaincantes , je commencerai par une description détaillée des principales pièces de mon cabinet , et nous envisagerons en même temps celles qui se trouvent dans les collections les plus célèbres de Paris et de Harlem. La colonne dorsale que j'ai indiquée ci-dessus présente 12 vertèbres couchées dans leur réunion naturelle. Les premières eu sont redressées comme si l'animal avoit relevé la partie antérieure du corps. Toutes présentent en général une grande ressemblance avec celles d'un crocodile, non-seulement j)ar la forme de la partie annulaire, mais encore en ce que les six premières sont munies à la partie inférieure du corps, de ces tubercules que Grew (1) a décrits sous le nom A'ossa mucronata , (i)N. Grew^ Rarities of the Gratham Collège, page 4^. Nn 2 23o JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE et qui n'ont pas échappé à l'atteiitioii du grand Perrault (i). Ils commencent dans les crocodiles, à la seconde vertèbre cer- vicale , et continuent jusqu'à la septième de la région du dos, pour donner l'insertion à de forts ligamens qui retiennent la tête par en bas au-dessous du condyle de Voccijmt : les repliles de Maëstricht en présentent de beaucoup plus forts que les cro- codiles ordinaires de Java , peut-être à cause que leurs têtes étoient plus longues ou plus pesantes. Au moins les laâchpires inférieures de ces antiques amphibies ont eu jusqu'à 4 pieds de longueur, et leurs dents d'une substance entièrement solide, aug:nentoient les pesanteurs relatives. J'ai remarqué de même que les apophyses transverses sont moins longues , situées plus obliquement et qu'elles présentent aux articulations des côtes plus de surface. Lu partie annulaire des vertèbres ne seiuble pas non plus séparée de leur corps par des sutures longitudinales, ainsi (|iie cela se voit dans les tortues franches et les crocodiles , soit que ces sutures échappent à la vue pour être bouchées par des .particules terreuses, ou qu'elles n'aient pas existé , il n'en est pas moins vrai que notre animal fossile étoit du genre saurien , puisque l'iguane ne présente pas non plus ces caraclôres particuliers. Un autre caractère décisif et g-inéralement propre à toutes les vertèbres qu'on trouve dans ces carrières, c'est d'avoir la surface antérieure de l'articulation sensiblement concave; tandis (Mie la surface articulaire opposée est convexe et fortement bom- bée ; par le moyen de ce mécanisme la rotation des vertèbres et leur llcxiijilité est singulièrement augmentée La nature avoit besoin de ces ressources pour faciliter les mouvemens et tlonner cette grande souplesse qui caractérise les reptiles sauriens par une agilité sans égale. Les flexions latérales et ondoyantes de leurs colonnes vertébrales n'auroient pu s'exécuter avec des ver- tèbres à faces planes comme celles des maniuiifères , et parti- çulière:iient celles des cétacés. Dans ces derniers mêaie la nature a'nuiltiplié les ressources de l'art pour empêiher que les vertè- bres ne s'écartent d'une ligne droite en assimilant leurs corps à des tronçons de colonnes, et en donnant à la partie plus élevée (i)Descripi. anal, d'im crocodile^ pnge 571 des mém. pour servir n l'hisf. nalurelle. ET D' HISTOIRE NATURELLE. 281 des apophyses épineuses un double crochet au lieu d'apophyses articulaires (j). Le second morceau dont il a été question au commencement de cette lettre, présente 1.4 vertèbres toutes réunies et couchées sur le côté gauche. Ljs apophyses épineuses supérieures sont fortes et larges dans le sens de leur réunion. 11 n'y a point d'apophyses transverscs, mais le dessous de chafjue corps est armé d'une apophyse cyluidriqxie , longue et mince. Bifourchues à leur origine, elles se réunissent pour laisser dans leur continuité un canal commun probablement destiné pour les "Vaisseaux san- guins , et fort obliquement couchées en arrière , elles font un angle très-aigu avec la direction de l'épine. il n'y a dans aucune espèce des cétacés , même vers l'extré- mité de la queue, des apophyses semblables; aussi la position horisontale de cette rame , qui les a fait appeler plagiouroi des Grecs, s'oppose à une telle conformation; mais la queue des crocodiles présente une structure approchante. Les apophyses transverses s'évanouissent vers la moitié de leur longueur : c'est là que les apophyses épineuses prennent plus d'étendue, et la queue présmte la forme d'une ranie verticalement située. Il est vrai cependant que dans les crocodiles et les iguanes ces apo- physes cylindriques sont mobiles et articulées entre les jointures de deux vertèbres contigues ; auosi sont-elles beaucoup plus lon- gues à l'origine que vers l'extrémité de la queue, tandis quelles sont d'une même pièce avec les corps des vertèbies, et beau- coup plus resserrées dans le saurierr fossile. On observe aussi que les apophyses articulaiies qrn , dans les ccocoililes et même les iguanes, continuent aussi loin qu'il est possible de les apper- cevuir jus ju'aux dernières vertèbres de la queue , ne se trouvent pas dans l'auirnal fossile , dont les vertèbres étoicnt aussi moins longues. Mais toutes ces diflérences bien légères, et d'autres plus sensibles ne font rien à Id chose , et nous verrons rjue ces ♦ amphibies des premiers âges ont été tlifférens des races aujour- d'hui connues , comme le sont presque tontes les espèces fossi- les des analogues vivans. Je vous ai démontré déjà que les vertèbres du dos et celles de la queue ont appartenu à des reptiles ; nous dirons un mot de celles des lombes et des cervicales. (1) Ceci est prin -ipaleinent sensible aux dernières vertèbres dorsaica ainsi qu'aux premières des lombes du putit marsouin : delphiiius tiirsio de Linnte. 282 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE ]j'on voit plusieurs de ces vertèbres isolées et groupées confu- sément dans ma collection ; elles ont en général les apophyses épineuses plus longues que le crocodile de Java ; mais par contre, les transverses moins étendues. Plusieurs de ces dernières avoient css apophyses transverses recourbées ; d'après ces caractères il paroît que le reptile fossile en qiiestiou a eu la partie supérieure du dos plus élevée en ])roportion de sa largeur , que nos cro- codiles d'Asie. Je possède aussi des vertèbres qui, à juger par la grosseur des apophyses transverses, semblent avoir été articu- lées &\x pelvis. La planche 9 du livre du citoyen Faujas, sur les fossiles de notre montagne , donne les figures de quelques ver- tèbres dos londjes avec d'autres de l'origine de la queue 5 mais toutes les vertèbres des planches 7 et 8 sont de cette partie plus voisine de l'extrémité où les apophyses transverses man- quent. S'il est permis d'établir une conjecture sur la forme de la queue d'après la structure des apophyses, je croirois volontiers que notre lésard étoit doué d'une rame plus longue et plus forte , aussi plus flexible des deux côtés, et comme il se trouve ense- veli avec les tortues franches, des oursins , des mollusques et des crustacés sans nombre, je serois tenté de croire qu'il a fré- qu(!ntéplus particulièrement les hautes mers que nos crocodiles qui liabitent les fleuves et s'écartent rarement du rivage. Mais revenons aux vertèbres cervicales. Je possède parmi les dessins que feu mon père a achetés avec l'élite des pièces du cabinet de flolfman , la représentation des deux premières vertèbres cervicales de notre animal fossile, dé- peintes avec un' caractère de vérité qui fait illusion. Or , ces vertèlires ont quelque chose de si extraordinaire , que l'on ne sauroit les méconnoître au premier aspect pour celles d'un véri- table crocodile. L'atlas est composé de quatre pièces détachées dont la supérieure semble avoir été séparée en débarrassant le morceau du bloc de la carrière , mais les deux pièces latérales sont dans leur site naturel , ainsi que la partie du corps. L'on sait qu'elles forment par leur réunion à la face odontoïdc de Vax'is , une cavité qui reçoit le condyle simple de Vocclput. T.Jaxis est parfaitement caractérisé d'un tubercule (oi mucrona- tum ) et le peintre a pris soin de représenter même ces pièces séparément et de plusieurs côtés , comme s'il se fût douté de tout l'intérêt que ces petites pièces pouvoient inspirer un jour pour déterminer le genre de ces animaux. Un autre osselet fort mince et long, fort ressemblant à l'une des apophyses trans- ET D'HISTOIRE KATURELLE. aSS verses et mobiles de \'ci:cis , semble avoir accompagné ces vertè- bres , puisqu'il est ajouté à côté de la figure principale : comme ces parties sont représentées sur la même planche qui donne une très-bonne figure des 12 vertèbres dorsales , il est à présLi- nicr que ces dernières auront été trouvées en même temps, mais le manque d'annotations laisse cette particularité indécise. Nous passerons maintenant à l'examen des mâchoires , mais pour donner toute l'évidence aux preuves que j'ai rassemblées, il sera nécessaire de présenter une comparaison un peu détail- lée des mâchoires inférieures dans les mammifères et les rep- tiles. Tandis que tous les mammifères ont au plus les mâchoires in- férieures composées de deux pièces réunies à leur jonction par une suture , ou bien soudées à cet endroit , les reptiles nous font admirer dans leur structure beaucoup plus composée , un assemblage de pièces réunies par des sutures écailleuses de tou- tes les espèces. La partie qui reçoit l'articulation est séparée des autres ; il y a des deux côtés extérieurs deux pièces latérales l'une supérieure , l'autre iriférieure . La partie qui s'élève dans quelques reptiles, sous la forme d'apophyse coronoïJe , est constamment d'une autre pièce. La partie antérieure des mâ- choires , soit qu'elle se trouve munie d'une corne comme dans le genre chelosien , ou bien armée de dents , comme dans les sauriens , est toujours composée de deux pièces , l'une extérieure qui reçoit les dents dans des alvéoles , ou fixées contre les pa- rois internes , ou comprises dans une substance médullaire os- seuse ; l'autre intérieure qui recouvre tantôt plus , tantôt moins les racines des dents , quelquefois se trouve presqu'au-dessous des mâchoires, et bouche la cavité du nerf maxillaire intérieur. J'ai désigné ces pièces différentes , au nombre de 6 dans chatpie mâchoire du genre des sauriens sous les noms d'articulaires , de latérales ^ d'antérieures , jiour les dents de coronoïde etd'oper- culaire. Les modifications différentes de ces parties dans la tortue franche , l'iguane, la dragonne (^dracitena Linnaei) (1) et le crocodile , sont exprimées sur deux planches , au bas des- quelles sont ajoutées les mâchoires de l'inconnu de Maëstricht. («) J'entends par dragonne , la dracœna de Linnée, geii. 122, sp. 3 , cauda su- pra denticuUilalunga,corpore lœvi , fujuainis minulissimis , corfore spadiceo, clc. StbaMus. j , t. 101, f. 1 ( édit. de Gmelin, page lo5y J. -Si JOUUiXAL UE PHYSIQUE, DE CHIMIE L'examen des trois mâchoires inférieures plus ou moins mu- li ées qui se trouvent dans ma collection ; les dessins d'une q:a- trième cédée par mon père au Musée britannique , ainsi que les ligures de la grande pièce actuellement à Paris , et d'une autre moins conservée , qui se trouve à Hirletn , m'ont présenté dans leur contour , dans les fractures apparentes qui les divisent , dans les ouvertures oralaiics , les trous des nerfs et leurs cavi- tés, des phénomènes qu'on ne sauroit expliquer sans adaaettrela ])!uEf grande ressemblance avec les parties analogues , la distri- bution des nerfs et les trovis ovalaires des reptiles. Par exemple , les deux mâchoires inférieures couchées sur les cotés extérieurs de la belle pièce du Musée de Teyler (voyez l'ouvrage cité du C. Faujas, pi. V ) , présentent deux moignons , comme en A (^ voy. ma pi. i , fig. 4 , et pi. 2 , iig. 6 M. L ). C'est ici que la partie antéi-ieure a été articulée avec les pièces In te- rnies , et suivant les apparences avec la pièce articulaire, ainsi f|ue cela se voit à-peu-près de même dans la dragonne, pi. 1 , Les trous ovalaires C D , sont les mêmes qui se trouvent tou- jours , ou dans les pièces operculaires seules , comme dans la dragonne et l'iguane , ou formées par la. réunion des pièces operculaires et latérales inférieures , comme dans le crocodile : voyez pi. 1 , fig. 5. La pièce operculaire semble avoir recouvert en partie seule- ment les racines des dents, et laisse évidemment appercevoir a l'extiéinité des mâchoires une gouttière ou canal plus visible à la pi. VI du même ouvrage de l'aujas; c'est dans cette gout- tière cjue passe, dans les tortues et les crocodiles, un fort li- gament cartilagineux et cylindrique, qui 'reunit les pièces arti- culaires à la jonction des mâchoires eW'NCLO, pi. 1, fig. 5. C'est comme une coide élastique et teftdue qui lient ces parties fortement attachées pour en empêcher l'écartcment. La grande et belle pièce qu'on voit pt. IV de l'ouvrage cité, présente- le côté» extérieur d'une mâchoire inférieure du côté gauche ; elle est mieux représentée dans un grand dessin que mon père a fait en 1782, d'après l'objet môme. J'en ai copié la figure à la pi. 2, fig. 4; elle est beaucoup plus complette que les précédentes : on voit en IHG la pièce coroiidide. Les pièces latérales sont assez bien conservées; mais il manque (à en juger par le dessin) la partie ou pièce articulaire. Ce que je viens d'avancer est prouvé par la comparaison de la grande mâchoire fossile de mon cabinet , pi. 2 , fig. 6 j c'est en El D' H r S T O I R E NATURELLE. v8.> en ML qiie se voit le moignon ou la face articulée de la pièce antérieure. C'est en BCD que se voient les traces de la sature qui a réuni la pièce coronoïde au-Jessus de la pièce latérale supérieure. La crevasse apparente en CDE , indique la réunion séparée de la pièce latérale supérieure avec la partie supérieure de la pièce antérieure. Voilà , je crois , assez de preuves pour ce qui regarde la si- militude de la structure, et pour être persuadé que ces mâchoires sont d'un reptile saurien. Celles qu'on peut dédvilre de la dentition ne sont pas moins solides. Le cit. Faujas a très-bien remarqué que le renouvelle- ment des dents du crocodile a beaucoup de rapport avec celui des amphibies de Maëstricht ; et le grand argument, pour en faire des cétacés , que feu mon père a tiré de ce que la substance de ces dents est solide , ainsi que de leur adhésion à une base osseuse et ovoïde , se trouve réfuté par la ressemblance des dents de la dragonne. En effet, celles-ci sont solides , adhérentes aiix mâchoires par une base fibreuse et plus tendre que les pointes. J'ai trouvé qu'elles se renouvellent de la même façon , ayant découvert deux dents encore détachées au fond des gencives ^ qui avoient déjà une base ou racine plus grosse que la pointe. Il y a encore un autre point de ressemblance , c'est que les dents de la dragonne se fixent aux parois internes de la pièce anté- rieure par une réunion totale des substances, et je puis démon- trer par les objets de ma collection , que les dents de l'inconnu de Maëstricht, présentent la même réunion des racines avec les pièces antérieures ; il y a seulement cette différence que les ra- cines du saurien fossile sont cimentées par l'interposition de la substance osseuse , tandis que la dragonne les a simplement im- jilaiitées comme plusi^UCS poissons. Au reste , notre saurien fos- pile a. aussi les dents iwtement avancées hors des mâchoires, au lieu qu'elles ne débordent jamais ainsi dans aucun cêtacé. Les argumens que je suis en état de produire par la compa- raison des phénomènes que présente l'étude de la mâchoire su- périeure , au Musée national , sont également convaincans. 1". La propriété d'avoir les dents au palais et dans les apo- physes pterygoïdes de l'os sphénoïde, est sensible dans les igua- nes, et ne fait en conséquence pas un caractère distiuctif des poissons (i). (i) C'est un des argumens qui ont trouvé beaucoup d'accueil pour engngev M. van Marum à ranger le reptile en question parmi les poissons. Tçrne LI. VEN DEMI AIRE an 9. o 285 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE 2". L'on voit dans la pi. IV du cit. Faujas et dans le dessin de mon père , que les mûchoires supérieures ont laissé entre elles, au milieu, entre les deux , une ouverture ou grand canal ; c'est le canal des narines qui, dans le crocodile , passe presqu'en di- rection horisontale dt puis le laiinx , et aboutit à l'extrémité des mâchoires par une flexion rcciaugulaire : il fait que l'aniinal peut respirer pour peu que le museau déborde les eaux. L'évent des cétacés se relève bien différemment, et ne quitte presque pas les parois du crâne pour gagner l'ouverture située dans les marsouins au-dessus des yeux. D'ailleurs le tissu des os des mâ- choires est solide et fojt épais , ce qui n'a pas lieu dans les sauriens. Le prolongement des osseraens de la tête, quoique frac- turés dans la belle pièce en question, ne laisse pas que de faire voir une continuité et des extrémités plutôt séparées que bri- sées. Or, il est connu que les têtes des sauriens , sur-tout de la dragonne et d'autres lésards, sont composées d'une multitude de parties plus analogues avec les parties de la tête d'un oiseau qu'avec celles des mammifères, et je suis persuadé que l'ins- pection du morceau m'auroit fourni des preuves en grand nom- bre que le cit. Faujas pourra publier un jour. Passons à l'étude des ncrfis. Je crois être le premier qui are- marqué dans la mâchoire inférieure des tortues franches, que les trous du nerf maxillaire et ceux ijui font passer des vaisseaux sanguins, rebroussent à leur sortie au lieu de gagner le men- ton. La même chose a lieu dans les crocodiles , pour le plus grand nombre des trous jusque vers la septième dent ; ceux qui suivent s'échappent à angles droits ou vers le bord supérieur des mâchoires et dans la direction des dents. Cette propriété singulière n'a pas lieu dans les mammifères , et sur-tout pas dans les cétacés; les maxillaires y sortejit en petit nombre et gagnent lementon dans une direction horisontale. Les marsouins, armés de 40 dents dans une seule mâchoire , ont à peine 3, 4 ou 5 de CCS trous , au lieu que les reptiles en ont depuis 6 jus- qu'à un nombre infini, tandis que le nombre des dents est beaucoup nroindre. Dans les mâchoires du reptile saurien de Maëstricht les trous des nerfs font en général des angles droits avec l'axe du grand nerf de la troisièjiie paire , mais les gouttières situées à la sur- lace extéiieure, sont tournées vers Tes condyles , et rien n'est plus évident pour les 5 ou 6 premiers , qui sont aiv^si les plus grands. Ces trous se multiplient ensuite et font comme dans le crocodile, plusieurs rangées plus ou moins confuses. J'ai compté ET D' H I S T O I 11 E NATURELLE. 287 constamment 14 dents au lieu que les crocodiles de Java en ont i5 , et ceux de rAinéiif|ue 17. Nous avons vu que l'aiiimal fossile s'éloigne de plus en plus des rriamniifères cétacés et qu'il ne peut être qu'un reptile. Il suffira d'alléguer encore que j'en ai de nouvelles preuves à tirer de la ressemblance de plusieurs os du carpe et des doigts , ainsi que de la tète, qui se trouvent entremêlés avec les vertèbres et d'autres pièces détachées du squelette. Je finirai par le résumé de quelques argumens et par des conjectures sur la grandeur de ces animaux, énormes. D'après la ressemblance des vertèbres avec celles des iguanes qui n'ont pas non plus de sutures longitudinales à la partie annulaire; d'après la structure solide des dents, le rapport et la similitude des pièces qui composent les mâchoires inférieures , la forme et la situation des trous ovalaires dans les pièces oper- culaires , il me semble que notre saurien fossile étoit |5lus ressem- blant aux lésards, proprement dits, qu'aux crocodiles, cepen- dant la grandeur de la tête , la forme des vertèbres cervicales et dorsales ainsi que la taille démesurée, lui donnent ce no:n à juste titre. La propriété d'avoir des petites dents dans l'os sphénoide le rend semblable à l'iguane , tandis que la forme et la distribu- tion des trous pour les nerfs trijumeaux le rapprochent de la dragonne. La longueur des mâchoires qui approchent de 4 pieds lui donneroit (en cas que l'es proportions des membres soient ana- logues à ceux du grand crocodile ) une longueur de 24 pieds , ce qui n'est pas destitué de fondement , puisque la plus grande vertèbre que je possède a 4 pouces et 4 lignes de longueur sur i pouces 6 lignes de largeur; tandis que la vertèbre Correspon- dante d'un crocodile de 18 pieds n'a que 2, pouces 6 lignes , de longueur sur 2 pouces 3 lignes de large. Les mâchoires du reptile fossile ont été réunies en pointe et non terminées par une extrémité obtuse et arrondie comme celles du gavial et du crocodile de Java. Je finirai cette lettre , fort longue , par une description des figures comparatives des mâchoires de quelques reptiles , ainsi que des mâchoires fossiles qui ont fait le sujet de mes recher- ches. Je ne doute pas que l'un et l'autre ne vous fasse beaucoup de plaisir. Je vous salue et vous estime bien sincèrement. Oc aS8 JOURNAL DE PHYSIQUE, j) E CHIMIE EXPLICATION DE LA. PREMIÈRE PLANCHE, POUR LA COiVNOISSANCE DES DIFriRENTES PIÈCES DES MACHOIRES DES REPTILES VUES DU CÔTÉ INTÉRIEUR, Fie. I. B.eprésente la mâchoire inférieure d'une tortue franche. MGHIK. la pièce coronoïde. GMSE. une partie de la pièce latérale supérieure. OEUQ. une partie de la pièce articulzire. QL.CRBA. la pièce Latérale inférieure. LFOMNRC. la pièce operculaire qui, dans la tortue franche, cache la plus grande paitie de la pièce articulaire, et s'étend en arrière, au lieu qu'elle s'étend en avant dans tous les sauriens. La ligne qui passe de C en T , marojue le tendon qui réunit et fixe la pièce articulaire à la réunion des branches. ABRNKIP. la pièce antérieure . S. Ventrée du nerf maxillaire inférieur. FiG. II. Représente la mdclwire inférieure de la dragonne ou dracaena , Linn. sp. 3. NGHIK. la pièce corondide. GNFE, une partie de la pièce latérale supérieure. FEDMLKN. la pièce articulaire. MAL. la pièce latérale inférieure. ALKB. la pièce operculaire . IBP. la pièce antérieure. C'est en O que se trouvoit la petite dent encore détachée. C. le trou ovalaire dans la pièce operculaire. Notez que l'espace ovale marqué de quelques hachures, ap- partient à la pièce latérale supérieure. FiG. III. Représente la mâchoire inférieure d'un iguane. GHI. la pièce coronoule. GE. la pièce latérale supérieure. DENKOM. la ^\èce articulai?'e. MOLA. la pièce latérale infé- rieure. OKIBL. la pièce operculaire. C. le trou ovalaire. IPAB. la pièce antérieure. N. R. Los dents sont ici, comme dans la dragonne , attachées ou soudées contre les parois intérieures des mâchoires. Elles sont creuse.s dans l'igtiane : solides dans la dragonne et soudées par ET D'HISTOIRE NATURELLE. at>9 1q moyen d'une substance fibreuse qui fait le passage de la partie émaillée à la partie osseuse des mâchoires. Dans les mâchoires fossiles ces dents sont non-seulement soli- des et munies d'une racine ovoïde osseuse, mais elles sont cimen- tées ensuite dans l'extension de cette substance même qui les réunit dans une pâte osseuse mais sans alvéoles. FiG. IV. Représente la mâchoire inférieure gauche de l'inconnu, du Muséum de Tcvler. Je n'ai copié que la partie antérieure avec la partie oper- culaire. A. Le moignon qui a été réuni en partie avec la pièce articu- laire et la pièce latérale inférieure. KBA dénote la suture qui semble avoir terminé la pièce operculaire. C. Le trou ovalaire qui a été , comme dans l'iguane et la dra- gonne , plus particulièrement , au milieu de la partie oper- culairc. Fio. V. La mâchoire inférieure du crocodile de Java. HGRKF. le rudiment de la pièce coronoïde. Cette pièce n'est pas visible à l'extérieur des mâchoires , mais elle réunit du côté intérieur une partie de la pièce latérale supérieure en H ; la pièce operculaire en FKR ; la pièce latérale inférieure en RG. HFIENG. la pièce latérale supérieure . DENM. la pièce articulaire. NCLBO. le ligament cylindrique cartilagineux qui attache la pièce articulaire en O. MAQLRGN. la pièce latérale inférieure qui s'unit à la pièce coronoïde par un rebord , et fixe la pièce articulaire en NM. Notez que cette pièce devoit être beaucoup plus considérable dans les crocodiles que dans les autres lésards, puisque la pièce articulaire est moins longue. FIBQLRK. la pièce operculaire. Fort longue daiîs les croco- diles, elle laisse échapper en B , le ligament cylindrique par une gonttière très évidente et beaucoup plus sensible lorsqu'on enlève cette pièce, comme dans la fig. 6. Les dents sont toutes dans des alvéoles séparés et fermés dans les parcjis extérieures et intérieures de la partie antérieure IPA. CL. le trou ovalaire, uniquement situé dans la pièce opercu- laire de l'iguane, plus mar(jué dans la dragonne , et parfaitement dans le reptile de Maëstricht , fig. 4 en C. aga JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE FiG. VI. Représente la mâchoire inférieure du crocodile ae Java , du côté interne. ABCDFM. la pièce latérale inférieure. LKENP. la pièce latérale supérieure. NFCBO. le ligament cartilagineux passant dans sa gouttière. L. P. l'ouverture ovalaire extérieure. RSC. partie de l'ouverture ovalaire intérieure. PLANCHE DEUXIÈME, POUR LA COKNOISSANCE DE LA PARTIE EXTERIEtJRE DES MACHOIRES DES REPTILES. F I G. I. Dans la tortue. HIEC. la pièce coronoïde réunie avec la pièce antérieure IDGIIFE et la pièce latérale supérieure CEFHLAB. AL. la pièce articulaire. GHL. la partie latérale inférieure. K. le grand trou du nerf'maxillaire dirigé vers lescondyles. Les plus petits sont presque tous dirigés du même côté. Fie. II. Les mêmes pièces représentées dans la dragonne. La ligne lEFG. qui sépare la pièce antérieure de la coronoïde et des deux latérales, est plus droite et s'approche davantage de la séparation des parties CDEA. de la fig. 6. Le reste n'a plus besoin d'explication. ' FiG. III.* Représente ces mêmes parties modifiées un peu différemment dans l'iguane. Fig. IV. Représente l'extrémité postérieure de la grande mâ- choire inférieure gauche , représentée pi. IV de l'ouvrage du C. Faujas , corrigée d'après un dessin de P. Camper. On voit enIHE. l'apparence d'une pièce coronoïde. La ligne EGKBD. est en partie terminée par l'apparence d'une ET D'HISTOIRE NATURELLE. 291 suture , et semljle en partie mutilée. Je crois que la pièce laté- rale supérieure a été terminée dans une direction pointée de E en F. Voyez la figure 6 qui en donne les preuves. Je soupçonne que la pièce articulaire manque tout à-fait, et qu'elle a été re- levée plus haut que \ës pièces latérales , à-peu-près comme dans les crocodiles. FiG, V. Représente la partie extérieure de la mâchoire gauche d'un crocodile de Java ABCDLEFKM. la pièce latérale supérieure. MKFIH. la pièce latérale Inférieure. DPQHIELD. la pièce antérieure. NEOFG. le trou ovalaire extérieur. PQR. plusieurs trous qui donnent la sortie aux nerfs et aux vaisseaux sanguins ; ces derniers communiquent en N. et O. avec l'intérieur des mâchoires, parle moyen du trou ovalaire NEOFG. FiG. VI. Représente la partie antérieure d'une mâchoire fossile des carrières de Maëstricht. CDNQ. la pièce antérieure. ML. le moignon qui se voit aux deux mâchoires du Musée de Teyler, à Harlem : elle présente une face articulée concoïde bien marquée. La partie UNML. , semble faire une division naturelle quoique sans suture appa- rente. CBKGED. Une partie de la pièce latérale supérieure mutilée en GE. , apparent; elle a été réunie à la pièce latérale inférieure qui doit avoir été à-peuprès comme HFAI. (celle-ci est tracée d'imagination). BQUC. une surface platte marquée deplusieirrs raies d'engrai- nure aussi visibles à la partie antérieure correspondante GO. 11 y a une marge en arête bien caractérisée de B. en Q. ; je soup- çonne qu'elle a dû fixer la pièce coronoïde BPC. tracée d'ima- gination , mais d'après l'apophyse coronoïde IHE. , fig. 4- La séparation des parties BDE. laisse une fracture dont les bords écailleux sont seulement bifés , et qui ont tenu à la pièce antérieure. RSTVX. jusques et deux des trous pour les nerfs tous ouverts et dirigés vers les condyles. Cette mâchoire mutilée , est longue de 3 pieds 3 pouces, et se trouve dans ma collection. 292 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE MÉMOIRE Sur la tourbe pyrlteuse du département de l'Aisne , sur sa formation; ]es différentes substances qu'elle contient, et ses rapports avec la théorie de la terre ; Par J. L. M. Poihet , professeur d'histoire naturelle à l'école centrale de l'Aisne. I.U A l'Institut national. I-^f*. PARTIE. Position, de la tourbe pyrlteuse. Les substances qu'on y rencontre. Qu'est ce que la toui-be pyriteuse ? La tourbe pyriteuse, vulgairement cendres noires, est une des productions les plus intéressantes du département de l'Aisne. C'est une substance noire, terreuse, plus ou moins compacte, pénétrée de fer et de soufre, (pii s'enflamme spontanément par le contact de l'air ; et produit par la combinaison beaucoup de vitriol ou sulfate de fer. Sa disposition par couches. On la rencontre par couches entassées ^ régulières, horison- tales , plus ou moins épaisses, a différentes profondeurs , et souvent alternatives avec des lits de marne ou d'argile , qui en forment aussi le tectunt. Il sort de dessous les couches infé- rieures une grande quantité d'eau sans saveur , qui arrête le travail ET D'HISTOIRE NATURELLE. i^-> tra'vaîl des ouvriers. Cette tourbe elle-même est très-huraiJe au moment où on l'extrait , et quelquefois un peu grasse au toucher. Lieux oh on la trouve. Quoiqu'on ne connoisse pas encore parfaitement tous les lieux où cette tombe se rencontre , on peut cependant fixer à 64 my- riamètres carrés l'espace qu'elle occupe : elle est interrompue dans beaucoup d'endroits par des collines sablonneuses , des montagnes de pierres calcaires , par de vastes marais, par plu- sieurs rivières, telles que l'Aisne, la Somme, l'Oise, etc. Les communes où elle se trouve en plus grande abondance sont Beauricux , Bourg, Urcelle , Liez, Benay , Beauraln , Jussy , Golancourt, les environs de la Fère , de Soissons , de St. Quen- tin , Château-Thierry , de Beauvais, etc. L,e sol sur lequel elle repose. Banc de coquilles fluviatiles dans les couches inférieures. Cette tourbe repose sur un sol qui varie selon les localités. Le fond est en général marécageux et limoneux , tantôt mar- neux, d'autrefois argileux ou sablonneux. J'ai observé que les couches inférieures de la tourbe qu'on exploite proche Soissons, sur le chemin de Château-Thierry , étoient séparées des cou- ches supérieures par un lit d'environ un décimètre de marne limoneuse, grisâtre, molle, quelquefois convertie en tuf ochreux, remplie d'un grand nombre de coquilles fluviatiles, la plupart en fragracns , parmi lesquelles j'ai trouvé quelques espèces bien entières , et dont les analogues sont vivantes dans nos étangs et nos rivières , telles que : Hélix cornea, Linn. Le grand planorbe à spirales rondes. /.'-• . Geo//, par. Hélix palustris , Linn. Bulime des marais. Bnig encycl. Hélix vivipara , Linn. La vivipare à bandes. Geojf. par.etc. Circonstance de la plus grande importance pour la théorie de la terre , et pour son état au moment où la mer est venue de nouveau inonder nos contrées. Couches marner/se's. m Immédiatement au-dessus*de ces coquilles, on rencontre d'au- Tome LI. VENDEMIAIRE an 9. Pp 294 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE très lits plus ou moins considérables de tourbe pyriteusé , inter- rompus de distance à autre par des couches de glaise , de marnes de différentes natures et très-variées dans leurs couleurs. La bleue et la grise y sont les plus coinniunes. Quelquefois, au lieu de tourbe , on trouve sur-tout dans les couches supérieures, des lits entiers de charbons fossiles , très-légers, feuilletés, si sem- blables aux braises de nos foyers, qu'on pourroit prus.jue s'y tromper j mais ils répandent, par la combustion ^ une légère odeur de soufre, et sont quelquefois pyriteux. Bancs d'huîtres et de coquilles marines. Les couches supérieures qui recouvrent celles de la tourbe ne sont pas moins intéressantes à observer ; elles sont en général composées de couches alternatives de marne, de sable, d'argile et de terre végétale j ces couches sont remplies d'un grand nombre de coquilles marines ^ isolées , réunies par groupes, ou même disposées par bancs réguliers d'huîtres , de visses , de cérites , de buccins , de venus , de nérites, etc. , la plupart cal- cinées et en fragmens. Ces mêmes coquilles se rencontrent aussi , mais en bien moins grande quantité , dans les couches supé- rieures de la tourbe , jamais dans les inférieures ni au-dessous ; elles y sont souvent pyritisées , et réunies dans un tuf marneux. Substances particulières quon y rencontre. Les substances les plus remarquables qui se rencontrent con- fondues avec la tourbe ou dans les lits de marne q«i la divisent, sont : Bois fossiles. 1°. Des bois fossiles , des troncA d'arbres entiers sans écorce , avec leurs premières branches , placés horisontalement , les uns dans leur état naturel , d'autres simplement noircis à l'extérieur ou en partie charbonneux, quelquefois pyriteux à l'endroit des nœuds. Bois pétrifiés. iP. Des bois pétrifiés de différentes sortes, les uns en couches laraelleuses , d'autres compactes, aliceux , gris ou noirs, et dont quelquefois les cavités sont garuies de petits cristaux quart- ET D'HISTOIRE NATURELLE. 295 zcux : j'en possède un morceau qui est siliceux dans son inté- rieur , pyriteux d'un côté et cliai bonneux de l'autre. Faisceaux défibres ligneuses, 3°. Des faisceaux de fibres roidcs , longitudinales , un peu tor- tueuses, de la grosseur d'un fil de laiton , noires, très cassantes, inattaquables parles acides, brûlant lentement au feu. Je n'ose prononcer sur leur origine : je soupçonne que ce sont des cheve- lus de racines, ou des fibres ligneuses qui ont conservé leur forme. Vy rites. 4°. Un grand nombre de pyrites de différentes formes, très- variées dans leurs couleurs ; de longues , de plates, d'arrondies, de tuberculées ; les unes brillantes par leurs belles couleurs de gorge de pigeon, et d'un écîat très-vif, d'autres parsemées de points blancs argentés , et d'un beau jaune cuivreux. Succin. 5". De petits morceaux de succin noircis à l'extérieur , mais intérieurement d'un jaune transparent, ou d'un rouge -brun foncé. Os d'animaux. 6°. Des fragmens d'os d'animaux observés par le cit. Forestier, médecin à St. Quentin. Je n'en ai pas encore rencontré. Grès cristallisé. 'j'>. De grosses masses de grès noirs arrondis en forme de pain, dont souvent l'intérieur est vide et tapissé de très-jolies cristallisations quartzeuses d'un beau noir ; d'autres de même iornie, mais de nature calcaire , et dont les cristallisations, lor%r qu'il en existe , ne sont bien visibles qu'au soleil. Ochres. 8". Des ochres de différentes couleurs, de jaunes, de brunes, de rougeâtres et des terres alumineuses , particulièrement dans Ppa \ agS JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE celles de Beaurieux , et dont le cit. Belly-Bussy a obtenu de l'alun. Cuivre, zinc, sel Je Glauber , alun. g". Le cit. Sage a reconnu dans quelfjues-unes de nos tour- bières, des portions de cuivre et de zinc, ainsi que du sel de Glauber (sulfate de soude) en efflorcscence sur les coucbes su- périeures 5 d'autres y ont observé de l'alun dans le même état. Gypse cristallisé. lo". Des morceaux de gypse (sulfate de chaux) strié, lamel- leux, d'un médiocre volume. Il en existe peu dans les couches de tourbe : on les rencontre plus particulièrement dans les lits de marne placés entre deux couches de tourbe. Il est à remarquer que ce gypse , rare même dans la marne , tant que celle-cin'éprouve point le contact de l'air , y devient très- aljondant lorsqu'elle en est frappée. Cette marne est noirâtre , sulfureuse , un peu humide. Dès qu'elle est déblayée et mise en tas j on la voit peu de jours après , toute couverte de petits cris- taux gypseux qui augmentent tous les jours , et presqu'à l'œil , en quantité et en grosseur. Formation à l'air des cristaux gypseux. Ils se présentent d'abord en prisme rhomboïdal hexaèdre ou décaèdre, comprimé, lamelleux , à sommets tronqués , ou ter- minés par une ou deux pyramides rhomboidales tronquées , jointes base à base. Ces cristaux s'entremêlent souvent d'une manière tiès-irrégulière , et forment des groupes de diverses formes. Lorsqu'ils s'ap[iliquent les uns sur les autres longitudi- nalement , et par leur plus large surface , il en résulte de gros cristaux dont l'ensemble conserve la forrue primitive ; mais les laines allant quelquefois en décroissanfde largeur, font paroître Ce gypse comme strié; d'autrefois deux de ces cristaux se réu- nissent ])ar leur base et toujours par leur plus large surface, et s'écartent en angle aigu. L'intervalle est rempli par d'autres cristaux dans la même position j ce qui représente assez bien la forme d'un éventail à demi ouvert; il arrive aussi qu'un grand nombre d'autres cristaux se joignent à ceux-ci dans le même ordre, mais en diflérens sens, et forment de très jolis groupes ET D'HISTOIRE NATURELLE.- ao; en étoiles ou en boules irrégulières. C'est particulièrement à Beaurieux que j'ai observé les ciistaux les plus nombreux et its plus beaux. Fouilles dans les tourbières de Beaurieux. Je terminerai la première partie de ce mémoire par quelques observations sur la tourbe pyriteuse des environs de Beaurieux. Je les dois à la complaisance du cit. Belly Bussyqui , en 1774 » a fait sonder la tourbière de Bourq , sur le bord de la rivière d'Aisne , à la profondeur d'environ 21 mètres, en faisant ou- vrir une fosse comme celles que l'on pratique à Valenciennes , pour l'extraction du charbon de terre. Il a trovivé. Ordre des couches. \°. Terre végétale 3 mètres. 2°. Glaise bleuâtre. . 1 mètre. 3°. Tourbe pyriteuse 0,6 décim. 4°. Terre glaise ardoisée .0,6 décim. 5°. Tourbe pyriteuse 0,6 décim. 6°. Terre glaise o,5 décim. 7°. Sable gris mêlé de coquilles pyriteuses. . . . 0,8 décim. li». Tourbe pyriteuse o,3 décim. 90. Glaise bleue , . . o,b décim. 10°. Tourbe pyriteuse. o,\6 décim. 11°. Glaises de diverses couleurs, grises , bleues^ blanches, piquetées de blanc, mélangées de pyrites 5 mètres. 12° Sable blanc 7 mètres. i3°. Enfin un marais de tourbe inaccessible Tourbe marécageuse sous la tourbe pyriteuse. Dès que les mineurs eurent creusé environ cinq mètres dans le sable , ils cherchèrent à s'assurer par le moyen des sondes , de la nature du terrein qu'ils avoient encore à creuser avant d'ar- river avi charbon déterre qu'ils soupçonnoient devoir y trouver. Ils creusèrent encore environ deux mètres, mais alors l'eau jaillit avec une rapidité étonnante , et amena avec elle des débris de tourbe de marais. Les verges des sondes vissées les unes aux autres, s'enfoncèrent d'environ 7 mètres, et il sortit, par cetie ■^•jS JOURNAL DE PII\'S1QUE, DE CHIMIE ouverture, une telle quantité d'eau, fju'en un instant la fosse fut remplie, malgré la marche rapide de 4 corps de pompe de trois décimètres que faisoieiit mouvoir 24 chevaux ; le sable ayant engorgé les pompes, il n'y eut pas moyen de vuider l'eau et la foShe tut abandonnée. Le citoyen Belly-Bussy a trouvé dans la montagne de Beanrieux les mêmes couches que dans la vallée de Bourq. Il a observé dans quelques couches de tourbe pyriteuse des feuillages, des jiortions charbonneuses , et des morceaux de bois naturels et pétrifiés. La fouille faitd sui la montagne de Cuissy n'a offert que des couches médiocres , sur-tout dans les veines supérieures. Les glaises qui les divisent, produisent à l'air une grande quantité de gypse cristallisé. A mesure que l'on avance dans la montagne, les couches augmentent en épaisseur; elles deviennent plus char- bonneuses , et se remontrent exactement dans le même ordre que celles de Bourq. Obsei'vations sur la fouille faite à Beaurieux. II y a dans l'ordre et la nature des couches que je viens de. citer deux choses essentielles à remarquer , 1'^. l'existence d'un marais tourbeux bien au-dessous des couches delà tourbe pyri- teuse, et par -conséquent antérieur à leur fonnation; 2". la couche de salîle gris mêlé de coquilles y)yriteuses également inférieure aux premières couches de la tourbe pyriteuse. Ces cot|uilles sont tellement dénaturées et en fragmens , qneje n'ai pas encore pu décider si elles étoient fluviatiles ou marines. Elles m'ont paru bivalves pour la plupart , et apparteniraux tellines , aux inouïes et aux myes qui habitent nos rivières et nos étangs. Au reste qu'elles aient appartenu à la mer ou aux eaux douces, l'une ou l'autre circonstance ne peut nuire i^ la théorie que je vais essayer d'établir sur l'origine de notre tourbe. Il est encore à re- marquer que dans les lieux élevés et montueux la tourbe change de caractère et se présente dans un état charbonneux , ou plutôt qu'elle est un véritaijle charbon fossile et pyriteux , tandis que celle des bas fonds approche davantage de la tourbe limoneuse. ET D' II I S T O I R E NATURELLE. 299 IP'"\ PARTIE. ETAT DU GLOBE TERRESTRE AU MOMENT DE LA FORMATION DE LA TOURBE PYRITEUSE. Révolutions arrivées depuis cette époque. Les différentes substances qui se rencontrent dans la tourbe pyriteiise, les éléiuens qui la composent, Pordre successif des couches qu'elle présente , le sol marécageux sur lequel elle repose , les coquilles fluviatilcs qui se trouvent dans les couches inférieures et les coquilles marines qui recouvrent les couches supérieures , sont autant de données qui peuvent nous conduire à la découverte de sa formation , à celle de l'état primitif de cette partie du globe où on la rencontre , et aux diiiërentes révolutions amenées par la suite des siècles. L'esprit s'abandonne avec d'autant plus de confiance à ces conjectures, qu'elles sont appuyées sur des faits non douteux et que la nature déroule aux regards de l'observateur une des pages les plus anciennes de ses archives. Je vais essayer d'en être aujourd'hui l'interprète, réservant à des esprits plus exercés ce qui manquera à mes com- mentaires. La plupart des géologues ont pensé que les eaux de la mer, après avoir couvert en entier la surface du globe , n'étoient pas revenues sur les portions de terre qu'elles avoient d'abord aban- données. Quant à ceux qui ont soutenu l'opinion opposée , je ne trouve dans leurs preuves aucune observation de la nature de celles que nous offrent nos tourbières. Il est hors de doute que les coquilles fluviatiles disposées par couches dans un li.non marneux , placées un peu au-dessus des premières couches de la tourbe et bien au-dessous des coquilles marines ne peuvent s'être réunies dans les lieux où elles se trouvent que par la présence de quelijue lac ou marais d'eau douce bien antérieur au retoiir des eaux de la mer. Toutes les autres circonstances locales s'accor- dent parfaitement avec celte opinion , telle que cette tourbe marécageuse retirée des tourbières de Seaurieux à la profondeur 3oo JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CIirjMlÏÏ de 21 mètres, bien au-dessous de la tourbe pyriteuse. Ces faits nous donnent l'histoire de cette svibstance noire , terreuse , in- flammable que l'on a nommée avec raison tourbe pyriteuse. Au lieu d'attribuer sa formation à des bois flottés , auionce- lés dans certains endroits par les courans ou autres circonstan- ces particulières, et précipités ensuite dans le fond des eaux, n'est il pas plus naturel de croire que cette tourbe s'est formée par la destruction successive des végétaux qvii croissent en abon- dance dans les marais, et que ces végétaux ont existé dans les lieux mêmes où la tourbe se trouve aujourd'hui. Cette opinion deviendra plus que probable si l'on fait atten- tion que notre tourbe pyriteuse approche très-fort de celles que l'on a nommées limoneuses , qu'elle est comme ces dernières, noire, très-compacte, très-inflammable, formée en partie dans - le fond des lacs et des marais par la décomposition des plantes, pénétrée d'une dissolution ferrugineuse et contenant encore quel- ques vestiges de végétaux. Sans la présence du soufre qui la rend pyriteuse , elle ne dilféreroit presque en rien de ces tourbes limoneuses qu'on exploite dans certains marais. D'après cet exposé , il est facile d'expliquer la formation de ces couches de marne limoneuse qui alternent avec la tourbe. Elles doivent sans doute leur existence à des rivières, à des torrens ou à quelques alluvlons particulières qui , se précipi- tant des lieux élevés dans les marais, y ont déposé les portions d'argile et de craie enlevées aux terres sur lesquelles elles avoient d'abord coulé. J'ai dit que cette tourbe offroit dans certains endroits des couches assez considérables de charbons fossiles, sur tout dans les lieux montueux, des troncs d'arbres j des bois fossiles ou pétrifiés. Il n'est pas moins évident que ces végétaux existoient également dans le pays, et que les hauteurs sur-tout étoient cou- vertes de nombreuses forêts. Toutes les contrées incultes, peu ou point habitées, celles où les hommes ne se trouvent point réunis en grande société, sont généralement couvertes de forêts et abondantes en marécages. L'Amérique nous en fournit la preuve : ces forêts que l'on n'exploite point se détruisent et se reproduisent d'elles-mêmes j elles augmentent tous les ans, par la chute de leurs feuilles , la couche de terre végétale ; les arbres tombent successivement par vétusté , et forment^ après un certain nombre de siècles, avec les plantes marécageuses , des couches très-épaisses de bois décomposés les uns en terreau , d'autres en tourbe charbonneuse ou limoneuse , qui ont éprouvé dans le ET D'HISTOIRE NATURELLE. 3oi le sein de la terre une coir>bustion lente et cachée. Ces tourbes deviendront pyriteuses , s'il s'y joint des molécules sulfureuses résultantes de la décomposition des substances animales et végé- tales , ou amenées par des eaux qui les auront enlevéesaux mines de soufre ou de pyrites, ou bien elles se convertiiont en charbons de terre , par la présence des bitumes qui les pénètrent , et dont l'origine est aujourd'hui assez généralement reconiiue apparte- nir à la décomposition des animaux et des plantes. S'il s'y rencontre des bois naturels fossiles^ il est à présumer que, peu après leur eliute, enveloppés par des matières terreu- ses ou sablonneuses, à l'abri des agens destructeurs , ils se seront conservés intacts jusqu'à nos jours ou bien par d'autres circons- tances ils auront acquis l'état de pétrification. D'après cette suite d'observations , je crois devoir rapporter à la même époque et aux mêmes causes la formation des diffé- rentes espèces de tourbes limoneuses , pyriteuses ou bitumineu- ses , ces dernières constituant la houille ou le charbon de terre. l^a tourbe fibreuse qu'on rencontre plus ordinairement à la sur- iace de la terre , est très-probablement le premier état de la plupart de celles que je viens de citer , et qui se trouvent à des profondeurs plus ou moins considérables. Cette tourbe fibreuse , par suite de décomposition et par le rapprochement de ses par- ties , se convertit insensiblement en tourbe limoneuse plus dense , plus terreuse j contenant plus ou moins de fer. Elle deviendra pyriteuse , si elle est pénétrée de soufre ; bitumineuse , si les portions huileuses, résultantes des végétaux n'ont point été en- levées par quelques causes particulières, et si elles ont pu se combiner avec l'acide sulfurique. On trouve à la vérité dans le cliarbon de terre, des vestiges d'animaux marins, de poissons, de coquilles et de végétaux exotiques , mais il est à remarquer qu'on ne les rencontre (|ue dans le tectum ou dans les couche.s supérieures. Je doute qu'on en ait jamais observé dans les cou- ches inférieures. Cette opinion appuyée sur des faits qui se passent tous les jours sous nos yeux, puisque la tourbe se forme continuelle- ment dans les marais , me paroît d'ailleurs expliquer d'une manière plus satisfaisante l'oiigine de ces couches de tourbe pyriteuse ou bitumineuse dont quelques-unes ont 12. à i5 mè- tres et beaucoup plus d'épaisseur. Comment supposer que des révolutions particulières et locales, ou que les eaux de la mer aient pu charrier une aussi énorme quantité de bois répandus dans tant de pays différens .^ N'est-il pas plus naturel de regar- Tome LI. VENDEMIAIRE an 9. Q U " 3oï JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE der CCS couches comme formées successivement dans les lieux inènos où elles existent aiijoi:r l'iiiii r JS'en avons-nous pas la preuve par l'accroisst nient rapi'le de la tourbe dans nos marais? Plus elle vieillit, pins elle devient den^e , épaisse, terreuse, dégageant par la combustion une odeur de bitume ou de soufre. Enfin , un fait f|u'iJ est iaiportant de ne pas oublier , c'est qu'il existe dans nos toui bières de Soissons , au-dessous de la couche de co.juilles iluviatiles , un autre lit de tourbe pyriteuse d'envi- ron 5 k 6 décimètres d'éjiaisseur. Il y a donc eu de la tourbe formée avant la présence de ces cotjuilles d'eau douce ? Certai- nement on ne dira pas que cette tourbe ou les substances qui l'ont f jrmée ont été déposées par les eaux de la mer. Cette tourbe a donc été primitivement une véritable tourbe de marais 5 il faut donc conclure que le Soissonnais est resté pendant une longue suite de siècles , couvert de vastes forets et de nombreux ma- rais; la tourbe pyriteuse qu'on y exploite, et les coquilles Ilu- viatiles qui s'y trouvent appartiennent évidemment à une époque antérieure à celle où la mer est venue iiumder ce pays. L'ob- servateur foulant à ses pieds cts antiques débris, ces dépouilles usées des hahitans du premier monde, voudroit en vain calculer 1 immense intervalle de temps qui se trouve entre eux et nous. 11 observe avec admiration , dans ces couches déposées successi- vement par les eaux douces et parcelles de la mer , les grandes révolution sqn'a éprouvées cette partie de notre gloire , quoiqu'il ne puisse en fixer les époques. Ceux qui , avant moi , ont soupçonné (pie les eaux de la mer étaient revenues sur les lieux cpi'elles avoient d'abord aban- donnés , s'appuient sur plusieurs faits qui , faute de déiails suf- lisans, n'olfrent que des conjectures incertaines, tels que des débris d'éléphaiis , de rhinocéros , de crocodiles^ de plantes exo- ti(|ues renfermées dans des feuillets de schistes. On suppose, ]ieut-ètre avec raison , que ces êtres ont vécu dans les lieux mêmes où on les trouve ; pour en être plus ci rtain , il eût fallu s'assurer des circonstances locales qui accompagnoient. ces fos- siles ; il eût fallu savoir s'ils étoient confondus avec des coquilles marines , ou bien placés en-dessus ou en-dessous ; quel étoit l'ordre des couches tant supérieures qu'inférieures; quelles E\djs- lances pai ticulières ell; s contenoicnt. Ces observations bien lai- tes eussent inlininient éctairci la question. Que ces alluvions secondaires n'aient été que locales , le fait est très probable, mais je laisse aux jdiysiciens et aux géogra- phes à décider en quels lieux ont dû s'arrêter ces eaux de la mer ET D'HISTOIRE NATURELLE. So5 qui ont formé les plus liantes montagnes de notre département , et qui y ont déposé de nonibreuses couclies de coquilles j enfin, pendant combien de siècles elles ont du y rester pour y accu- ninler des couches de 3o à 4° mètres et ])lus, au-dessus de l'an- cien terrein. Mais ne voulant pas étendre mes réflex'ons au-delà du pays où j'ai fait mes observations, je me borne à remarrpier qu'au t^mps du premier monde le bassin où est située aujourd'luii la ville de Soissons , a été autrefois , an moins en partie , un marais supéiieur , même encore aujourd'htii , au lit de la rivière d'Aisne qui la traverse ; que cet ancien marais se retrouve à-pevi-près de niveau avec ceux au milieu desquels sont placées les villes de (^ovicy , de Chaulny , de la Fère , de Laon , etc.j séparées au- jourd'hui par des montagnes; qu'après un certain laps de temps les flots de l'océan étant venus visiter leur premier domaine (i) , ont couvert une étendue considérable de l'ancien terrein , et y ont laissé les dépouilles de leurs nombreux habitans , qui ont enseveli sous leurs ruines les habitans du premier monde ; qu'il faut rapporter à cette époque la Tormation des montagnes de ce département , qui reposent presque toutes sur une base sablon- jieuse , svirmontée de bancs très-épais de pierres calcaires, co- quillères. Ces montagnes , quoique séparées par de larges vallons, offrent presque toutes les mêmes couches , composées des mêmes substances, dans le uieme ordre, et ù peu-près de la même épaisseur. Qu'il ait existé des courans dans le sein même de la mer , ou ([u'après sa retraite il se soit établi de grands lacs , des ra- vins , des torrens , c'est à une de ces causes qu'il faut attribuer le déblaiement d'une partie des substances déposées par la mer , (]uî par leur retraite , ont laissé presqu'à nu une portion de l'an- cien marais, et ont formé des vallées entre nos montagnes , qui sont redevenues le sol du nouveau monde. L'ancien terrein se retrouve à très peu de profondeur, et les êtres terrestres vi- vans , animaux et végétaux, sont rentrés de nouveau en posses- sion d'un pays que les eaux avoient usurpé sur leurs aïeux, et l'homme qui peut-être n'avoit jamais habité ces contrées, y a gagné un sol fertile et de riches carrières pour la construction de sa demeure. (i) On doit voir que je suppose, avec le cit. Delamétherie, le globe couvert d'eau par-tout avant qu'il eût commencé à être habité. Qq2 So4 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Je ne prétends généraliser aucune des idées que je yiens de présenter , mais seulement en faire l'application aux pr< dactions de notre département. Pour terminer ce (|ui concerne l'iiiitoire de notre tourbe pyriteuse , il me resteroit à examiner , 1". Ce qu'elle est dans le sein de la terre, les élémens qui la composent, les combinaisons qui en résultent. 11". Ce qui arrive au moment où on l'extrait du sein Je la tcrrv; les nouvelles substances qui s'y forment par la combustion et par l'action combinée de l'air et de l'eau. 3". Le résultat de cette combustion;, l'état des difiérens mi- néraux qui ont éprouvé son action , leur rapprochement des substances volcaniques. 4°. Enfin l'emploi que l'on fait actuellement de cette tourbe , celui qu'on pourroit en faire et les matériaux précieux qu'elle peut fournir aux arts. Si mes recherches et les expériences que j'ai commencées peu- vent me donner des résultats satisfaisans , et mériter l'attention des savans distingués devant qui j'ai l'honneur de parler, je lue ferai un devoir de leur soumettre mes découvertes. Nota. Depuis la ]>tiblication de ce mémoire, j'ai trouvé que Monnet , dans sa Description minera logique de la France , pag. 8o, avoit également observé des coquilles fluviatiles sous la tourbe pyriteuse du Soissonnais. ce Je noublirai pas , dit il , de faire observer qu'il se trouve à côté du fossé de la ville (Soissons) , à lo ou 12 pieds de pro- fondeur, une couche irrégulière déterre végétale pyritisée , de 7 à 8 pouces d'épaisseur, et qu'à quelques pouces au-dessus de cette couche on voit des coquilles fluviatiles. Ces coquilles se trouvent par conséquent plus bas que la couche d'huîtres dont nous venons de parler , et que nous avons dit se trouver presque à la surface du terrein ; en effet, on voit dans ce même endroit dont je parle, des huîtres par-dessus ; autre preuve par consé- quent (jue ces coquilles ne sont pas dans leur situation natu- relle. » ET D'HISTOIRE NATURELLE. 3o5 NOTICE DE J. -C. DELAMÉTHERIE, Sur une nouvelle méthode de blanchir le coton , publiée par Chaptalj membre de l'Institut national. Un de nos chimistes les plus distingués , Chaptal , qui s'ap- plique à rendre la chimie utile au perfectionnement des arts , lut à une des séances de l'Institut un mémoire sur un noiiveau moyen qu'il a découvert pour blanchir les toiles. Voici l'extrait qui fut donné de son travail , par le bulletin de la société phi- lomatique, brumaire an 8. Notice sur une nouvelle méthode de blanchir le coton ; par le citoyen Chaptal , membre de V Institut national. Les applications heureuses que le C.Berthollet a faites de l'acide ranriatiqne oxigéné au blanchiment des étoffes végétales, parois- sent avoir porté cet art bien près de la perfection, mais cette méthode n'est pas par-tout également économique j son exécution demande en outre des mains très habiles pour ne pas fatiguer les élofft s par des lessives trop corrosives , ou employées à contre- temps , et ncjus ne devons pas négliger de faire connoître et peifi-cticmner tous les autres procédés, afin que l'artiste choisisse dans le nombre les seuls qui pourront lui être avantageux. C'est d'aprè. cette considération que je vais décrire un pro- cédé aussi simple qu'économique pour blanchir le coton en fil. A environ 4 décimètres et demi de la grille d'un fourneau ordinaire , on place et assujettit une chaudière de cuivre de forme ronde , de 5 décimètres de profondeur sur un mètre et tiers de diamètre. Les bords renversés de cette chaudière re- posent sur les parois latérales de la maçonnerie du fourneau ; ils sont larges d'environ deux décimètres. Le reste du fourneau s'élève en pierre de taille et forme une chaudière ovale dont la hauteur est de deux mètres , et la largeur mesurée au centre est d'un mètre deux tiers. La partie supérieure de la chaudière 3o6 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE présente une ouverture ronde dont le diamètre est d'environ un demi-mètre. On peut fermer cette ouverture par une forte pierre mobile, ou par un couvercle de cuivre qu'on y adapte. Sur le rebord delà chaudière de cuivre qui liiit le fond de celle esjièce de marmiie de papin , on dispose un grillage forme par des barreaux de bois assez rapprochés, pour que le cotou qu'on, met dessus ne puisse passer , et assez forts pour que le poids d'environ 800 kilogramuies ne puisse pas les enfoncer. Cette construction une fois établie , on imprègne le coton disposé eu malteaux, d'une légère dissoluticm de soude rendue caustique par la chaux : cette opération s'exécute dans une auge de bois ou de pierre dans laquelle on foule le coton à l'aide de sabots dont les pieds sont armés. Lorsque le coton est bien également pénétré de la lir|ueur alkaline , on le porte dans la chaudière et on l'amoncèle sur la grille de bois dont nous avons parlé ; la liqueur excédente coule à travers les barreaux dans la chaudiè- re de cuivre, et y forme une couche de liquide qui permet d'e- chauffer la niasse sans craindre de brûler ni le coton ni le métal. Pour former la lessive alkaline, on employé en soude d'Alicante le dixième du poids du colon sur lequc4 on opère ; et , dans une chaudière telle que celle dont j'ai donné les dimensions, on peut travailler à la fois 40 myriagrammes (environ 800 liv.)de coton. La lessive mar(jue ordinairement deux dégrés. Du moment que le coton est introduit et arrangé dans la chaudière , on en recouvre l'ouverture supérieure avec son couvercle ordinaire ; on n'y laisse presque aucune issue, afin que les vapeurs dé- veloppées par le feu , prennent un degré de chaleur beaucoup plus considérable, et réagissent avec force sur le coton. Dès que la chaudière est montée, on allairte le feu ai fourneau ( 1 ) > et on entrelient la lessive à une légère ebu.ition pendant ao à 36 heures. Alors on laisse refroidir, on démonte l'appareil , on lave le coton avec soin , et on l'expose sur le pré pendant deux ou trois jours , en l'étendant sur des barres pendant le jour , et le couchant sur l'herbe pendant la nuit. Le coton a acquis alors un degré superbe de blancheur : et si par hasard il se trouve quelques portions de matteaux qui soient encore (1) J'ai supposé dans sa construction qu'on se servoit de houille ou charbo» de terre; il faudroil varier lef dimensions du foyer si on brûloit du bois. Da«s Ce dernier cas , la grille seroit inutilu , et le fond de h chaudière trop élevé au-- dessus du sol du foyer. ET D'HISTOIRE NATURELLE. ooj colorées , on les remet dans la chandière à une seconde opé- ration , ou bien on les laisse sur le pré f]uel([ues jours do plus. Ces nuances dans le coton blanchi proviennent sur tout de ce que, dans la première opération toutes les parties dn coton peu- vent n'avoir pas été coinpletteinent et également imprégnées de lessive ; elles peuvent provenir encore de ce que, dans l'arran- gement du coton dans la chaudière, on peut l'avoir tassé trop fortement sur certains points. Lorsqu'on juge que la lessive est épuisée par l'ébulition , on ouvre la chaudière et l'on arrose le coton desséché par une nouvelle quantité de dissolution de soude : sans cette précaution , on court risijue de le brûler. On pourroit déjà jngtr par l'évaluation des matières et du temps employés dans cette opération , combien cette méthode est éco- nomique , si nons n'avions pas un moyen plus simple pour l'apprécier : c'est le bas prix auquel on blanchit le coton dans toutes les fabriques où ce procédé est usité. Dans le midi de la France, où cette méthode est aujourd'hui assez généralement répandue , on blanchit le coton à raison de 8 francs les 4° kilogramiues. Ce procédé nous a été apporté du Levant quel- que teîiips après l'introduction de ia teinture du rouge d'Andri- iiople ; on l'a pratiqué , et néanmoins conservé comme secret presque jusqu'à ce moment où l'opération est encore connue sous le nom de blanchiment à la fumée. Je ne crois pas qu'on altappli(|ué celte méthode au blanchis- sage des fds de lin ou de chanvre; ceseroit néanmoins un beau travail à tenter; sans doute qu'il faudroit employer des lessives plus fortes, des ebulitions plus prolongées ; mais il n'appartient qu'à l'expérience de nous éclairer à ce sujet; et j'invite les artistes à s'emparer de ce procédé tant pour le pertéctionner encore que pour en étendre les usages. Extrait du bulletin de la société phil. Ce procédé a été employé avec le plus grand succès aux Bons- Hommes près Paris, parBourlier. Les Anglais toujours em[)ressés de perfectionner leurs manu- facturas, ont essayé le procédé de Chaptal aussitôt qu'ils en ont eu coiinoissance ; il leur a complettement réussi. Voici ce qu'un savant a écrit de Londres. Extrait d' une lettre adressée à ***, traduite de l'anglais. Un nouveau procédé pour le blanchiment vient d'être essayé -à Balynah : il a parfaiteuient réussi. Il parolt qne le principe 5û8 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE de ce procédé vient d'un chimiste français, Chaptal , très- estimé parmi nos fabricans , et que plusieurs journalistes ont traduit en anglais. Je veux parler de l'art de décolorer les toiles dans un digesteur avec une lessive d'alkali caustique. On n'a nas été rebuté du mauvais succès de quelques premiers ess;-»is. On a exposé les toiles à l'action de la vapeur dans l'appareil, mais elle n'a pas pu les pénétrer également j elles furent tachées (blûtched) ; on a été obligé de former un apparril afin de dévi- der les toiles et d'exposer à la vapeur le plus de surface possilile. Imaginez-vous la chaudière d'une pompe à fou de la forme d'un ellipse allongé, muni d'un reniflard , d'une soupape à sûreté et d'un tuyau communiquant avec le fond de la chaudière , et muni de deux robinets entre lesquels se trouve un tube de verre afin de juger de l'absorption de la liqueur; le dehors est revêtu d'une masse de maçonnerie pour aider la chaudière à résister à la pression excessive qu'elle doit soutenir. Dans l'intérieur de l'appareil se trouvent six dévidoirs , trois à chaque bout, et al- ternant l'un avec l'autre afin de laisser agir plus facilement la vapeur. Un engrainage en bois communique avec un axe con- tenant un pignon , ce qui donne un mouvement lent et égal à tous ces engrainages. L'axe sort de la chaudière, et la vapeur est einpt'chée de s'échapper par une boîte à vapeur (stufïïng box), comme dans les nouvelles pompes à feu. Sur le haut ou laisse une ouverture de 16 pouces avec un rebord sur lequel s'ajuste le couvercle qui est vissé fortement avec ce rebord. On place entre les deux clés bandes de cuir mouillé pour empêcher la vapeur de s'échapper. Ce couvercle sert à laisser entrer les ouvriers dans la chaudière pour y placer les toiles sur les rou- leaux , et les retirer quand l'opération est finie. Chatpie rou- leau peut contenir de i5 à 20 pièces, ce qui fait de 45 à 60 pour la totalité. Les matières premières que l'on emploie ne coûtent presque rien ; c'est la soude de Vareck des côtes d'Irlande (Cu- nairiara kelp) , ou bien la soude extraite du sel dans laquelle il reste à la vérité un peu de sel , mais que nous avons à très-bon compte. On la rend caustique avec la bonne chaux provenant de nos carrières de Parre , dure , calcaire; ou en forme une les- sive qui porte 14 de notre pèse-liqueur. On fait bouillir les toiles dedans, on les transporte à l'appareil dans lequel on a rais à-pcu-près 5 pouces de hauteur de la lessive sur le fond. L'ou- vrier se pose sur un diaphragme percé qui l'eijqiêclie de marclier dans !a lessive tandis qu'il dévide les toiles ; et les ayant placées sur les rouleaux, on terme l'appareil , on allume le feu et on commence ET D' HISTOIRE NATURELLE. Si.g commence l'opération. Des (jne l'ébulitir.n csl établie, on tourne sans cesse la inaiiivclle en-dehors, et dès (]iie J'on a dévidé d'un côté, on porte la manivelle sur l'autre axe, et on détourne, répétant ainsi l'opération jusqu'à Ce que tout soit blanchi. Vous concevez facilement comment cette opération se fait; au reste, je vous enverrai par la première occasion le trait et les détails de l'appareil , si vous désirez en avoir de plus grandes infor- mations. Je vous donne ces c'élails pour vous, désirant que vous en profitiez comme vous jugerez à propos, il n'en coiîte pas un liard (ferthing) par verge do blanchiment , compris char- bon , ouvriers, matières premières et intérêts du capital employé pour l'appareil. EXTRAIT D'UNE LETTRE DE LONDRES, SUR LES PRINCIPES DE l'aCIDE MURIATIQUE. Deux dragmes de limaille de fer mouillée furent introduites dans 22 onces d'eau distillée imprégnée d'hydrogène sulfuré ; dans l'espace de 5 jours il s'est échappé 12 onces cubes d'air inilam- mable : on a évaporé 6 onces du fluide transparent à siccité , le résidu étoit du muriate oxygéné de fer attirant l'humidité. L'acide sulfurique versé sur ce résidu produit une forte effer- vescence avec dégagement de nuage d'oxide muriatique oxygéné facile à reconnoître par l'odeur et les réactifs. Tome LI. VENDEMIAIRE an 9. ' R : 3io JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE RAPPORT AU MINISTRE DE L'INTÉRIEUR, PAR LE COMITÉ GÉNÉ.VAL DE BIENFAISANCE, Sur les soupes de légumes , dites à la Rumford (i) , PUBLIÉ PAR ORDRE DU MINISTRE. EXTRAIT- On sait , dit Parmentier, qui a fait ce rapport, que les végé- taux sont le fondement de la nourriture des différens peuples de la terre , et que la classe des farineux est celle que l'hoinine a adoptée de préférence : ce goiàt lui est si naturel , il est si iin- périeujt , que nous forçons même les plantes vénéneuses à y sa- tisfaire ; témoin le manioc , dont tant de peuplades de l'Afrique subsistent. En transportant les nègres en Amérique, pour la cul- ture , il a fallu y acclimater cet arbrisseau qui fournit leur ali- ment favori. L'histoire nous apprend encore que la première préparation qu'on fit subir aux farineux , fut de les moudre et de les associer avec l'eau. Les soldats romains dont la frugalité a été si essen- tielle à l'entretien et au succès de leurs armées, portoient dans un petit sac , de la farine qu'ils délayoient dans l'eau pour s'en nourrir. Mais les farineux ainsi mélangés , et sans former de combi- naison , ne présentoient pas encore un aliment homogène , éco- jiomique et parfait: ce n'est que par le concours du feu qu'on parvint à identifier l'eau avec la matière nutritive , et à lui don- (i) On sait qiiu ces soupes sont composées principalement d'orge auquel on ajoute des pommes de terre ou des haricots, un peu de beurre et un morceau de pain griUé. Voyez le mémoire de Lessert et Candolle, dans ce Journal, cahier «l» ventôse an 8, ^ole du rédacteur. ET D' H I S T O I R E NATURELLE. 3. i ner cetto mollesse et cette flexibilité si nécessaires pour sa' transformation en chyle j d'où résulte, disons le mot, une soupe. Quoifjue nos connoissaiictjs relatives à la manière d'agir des alimens , soient encore fort incornpiettes , on ne sauroit douter que l'eau ne joue le plu9 grand rôle dans la fonction importante tle la nutrition, et que, combinée parfaitement avec la matière nutritive , elle n'ajoute à ses propriétés. Ce fluide , qui entre dans le pain quehjuefois pour un tiers, y devient luiniême so- lide et aiimentaiie. 11 semble que cette vérité ait frappé depuis longtemps les meilleurs observateurs en économie ; ils ont remarqué que la même quantité de farine , réduite à l'état de bouillie , nourris- soit moins longtemps et moins eiïicaceraent par conséquent que celle qui se trouvoitplus délayée; que l'eau combinée et mo- difiée d'une certaine manière , avoit une influence sensible et sur la qualité et sur les résultats de la nourriture. Aussi voyons-nous dans les annales de l'espèce humaine l'ali- ment qui renferme le plus d'eau , la soupe , appartenir à tous les peuples , à tous les siècles , à tous les âges , à tous les repas , et même aux banquets : elle est , après le lait , le premier ali- ment de l'enlance ; et dans toutes les périodes de la vie , le Français sur-tout , ne s'en lasse jamais. Le soldat à l'armée , le matelot en mer , le voyageur en route , le laboureur au re- tour de sa charrue , le journalier qui va travailler loin de chez lui , trouvent dans la soupe un aliment qu'aucun autre ne sau- roit suppléer ; la plupart d'entre eux croiroient n'être pas nour- ris si elle leur manquoit. Nous ignorons si Rumjbrd sl imaginé la composition des sou- pes qui portent son nom, ou s'il en a pris la recette dans quel- ques ouvrages, mais ce qu'il y a de certain , c'est qu'on la re- trouve : à très- peu de chose près , dans un petit écrit de trente- une pages in- 12 , imprimé à Saintes, chez Etienne Bichon , en 1680 , que le cit. Serain nous a fait connoîtrc : l'auteur , qui est lui missionnaire , donne la composition de deux espèces de soupes économiques , l'une pour les pauvres et l'autre pour les personnes riches ; l'orge et les légumes en forment la base. Ces observations préliminaires sembleroient prouver que les soupes à la IXumford appartiennent originairement à la nation française. Loin de nous cependant la pensée d'affoiblir la recon- n<àsbance qu'on doit à ce philoôophe bienfaisant, à l'immortel Ru/Ttford , en revendiquant une partie de ce qu'il a fait pour le Rr 1 3i2 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE soulagement des pauvres , et pour arrêter la meiulicité à Mu- nich , où ses luuiièrcs et sa pliilaiitliropie laisseront un long sou- venir! ce qu'on ne pourra jamais lui ravir, c'est l'idée d'avoir établi des at' liers de subsistances , des cuisines publiques , où la classe la moins fortunée peut se procurer à un prix très-mo- dique, un aliment tout-à-la-fois substantiel ctsalubre, en mettant à profit toutes les lumières que la physique et la chi nie ofi'rent maintenant dans les laboratoires pour un meilleur emploi de la chaleur. Nous. croyons d'ailleurs que le nom do soupe de légu- mes caractériseroit mieux sa nature et sa composition ; c'i st même sous cette dénomination que nous la désignerons dans le cours de ce rapport. Les potages économif|ues préparés en f^rand pour fournir à mille personnes à la fois un repas , àraison de 7 centimes et demi par ration de_sept cent trente-quatre grammes, équivalant à vingt- quatre onces, soi;t une de ces nouveautés a bnises avec enthou- siasme ou rejetées avec passion , sur-tout en France. Leurs apo- logistes et leurs critiques ont parlé ; le comité général de bien- faisance, consulté par le ministre , peut aujourd'hui prononcer. C'est la cause de l'indigence et de l'humanité : jugeons-là, puis- que l'expérience et les succès obtenus en Allemagne , en An- gleterre et en Suisse , ne suffisent pas encore pour décider la question. On doit considérer la soupe de légumes sous plusieurs rap- ports; sous ceux de l'économie animale, de l'économie domes- tique, ce qui embrasse l'économie du pain , de la main-d'œuvre , du combustible , et enfin sous le rapport de l'économie-politique. Voyons d'abord ce qui est relatif à l'économie animale. En jetant les yeux sur les élétnens dont cette soupe est com- posée , on voit qu'ils appartiennent à des végétaux dont l'usage nous est très-familier ; ils sont propres à tous les climats, à tous les terrains et à tous les aspects; leur culture est facile, et leur récolte plus certaine, plus abondante que celle des autres productions. Si ces substances , que nous avons perpétuellement sous la main , sont salubrcs et nourrissantes lorsqu'elles sont ])rises iso- lément, elles le deviennent bien davantage par leur association et par une cuisson méjiagée. Dans son passage à l'état de soupe, la matière nutritive n'a subi d'autres changemens que sa com- binaison avec l'eau , et un plus grand développement dans ses propriétés alimentaires; on ne doute plus maintenant (jue la pré- paration donnée aux diflérens mets n'en facilite plus ou moins El D' HISTOIRE NATURELLE. Hi3 la digestion, et tjue beaucoup d'aiinicns ne deviennent plus ali- mentaires, dès (ju'on saijit le point d'apprêt (jui leur convient le mieux. Ces principes reconnus , examinons quel est le grain q'.à doit avoir la préi'érence pour servir de base à la soupe de légnmes ; il n'y a pas de doute que ce ne soit l'orge. Tous les moulins en opèrent facilement la mouture; nous pou\ons maintenant, en France, la monder, la perler et la gruer. Depnij Hippocrate jusqu'à nous, elle constitue, sous aiver^es fbr.iics , le régiir.e des malades; elle est pre'sentée dans tous les ouvrages diététi- ques counne un aliment médicamenteux. Après le froment , c'est le grain le plus abondant en amidon; il n'a pas besoin d'une fermentation préalable; il y a plus, c'est que cette fermenta- tion préjudicie à la qualité et à la quantité du résultat qu'on en oljtlent : aussi n'est-ce pas sans raison (jue le pain d'orge est de- venu un point de comparaison pour exprimer un aliment lou;d. et grossier. Il en est de ce grain comme des pommes de terre , des châtaignes , du riz , du maïs , et des semences légumineuses que la nature a destinées à servir de nourriture en substances , en purée , en bouillie ou en soupe , et non sous la forme de pain. C'est donc contre le vœu de la nature qu'on s'obstine à soumettre tous les farineux à une seule et même préparation : mais la manie du jour est de tout transformer en pam ; il semble même que c'est le seul aliment digne de nos soins. Les autres bases principales de la sotipe de légumes, sont les haricots, dont on connoît les avantages , sur-tout dans l'état de purée, et les pommes de terre qui se prêtent à tant de formes, et dont l'utilité est aujourd'hui si généralement reconnue. La ressource de ces racines ne peut, à la vérité se prolonger toute l'année , il y a une saison entière où elle ne sauroit plus être employée, non qu'à cette époque son usage soit susceptible de nuire, mais par la raison que ces tubercules disparoisscnt de nos marchés ; au reste il ne faudra pas interrompre la prépara- tion des soupes pendant ce temps , puisqu'il est facile d'y subs- tituer les semences légumineuses, telles que des haricots, des pois , des fèves , dont on dtiubleroit la proportion : vieux comme nouveaux , ces légumes sont bons pour la soupe , et on les cul- tive par tout. Il seroit superflu d'arrêter l'attention sur les autres substances qui entrent dans la composition de la soupe de légumes. Elles sont destinées à fournir l'assaisonnement, cette partie si essen- tielle au mécanisme et à l'eftet de l'aliment , et qui contribue 5i4. JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE à rendre la nourrilure plus savoureuse , plus soluble et plus appropriée à notre constitution physique ; elles peuvent être prises dans une foule d'autres matières végétales , suivant la saison et les localités , ce qui variera la saveur de cette soupe sans en changer les etfets , et préviendra ainsi les inconvéniens Ordinaires de la fatigante uniformité. Ces soupes sont de deux sortes ; elles sont connues sous les noms généraux de soupe grasse et de soupe maigre. Si l'on in- terroge l'expérience, on sera hientôt convaincu que la dernière est la plus universellement adoptée. Tous les praticiens instruits savent que le bouillon purement de viande , regardé depuis longtemps parmi nous comme la nourriture la plus salutaire , est interdite aujourd'hui aux malades, parce qu'on a reconnu que cette boisson entretient un foyer de putriJile que les efforts de l'art de guérir sont occupés à combattre. Les nourrices des campagnes qui mangent moins de viande et plus de légumes que celles de nos grandes villes , ont plus de lait et de meil- leure qualité ; cette liqueur , quoique élaborée dans le corps de l'animal , conserve encore une grande partie des caractères des \égétaux dont il s'est nourri. N'avons-nous pas , en faveur de la soupe de légumes , l'auto- rité de la classe la plus nombreuse , la plus vigoureuse et la plus laborieuse, les habitans des campagnes; cette soupe est l'aliment principal du moissonneur et du vendangeur; les citadins que la moisson et la vendange appellent aux champs , l'ont govitée : combien de riches propriétaires , d'élégantes dames l'ont peut- être préférée à la saveur de leurs coulis. La soupe à la Rumford est donc la subsistance presque unique d'hommes qui ont à vain- cre et les chaleurs excessives de la saison, et la fatigue du jour, souvent celle delà nuit, que réparent à peine quelques heures d"un repos pris au milieu du champ dont ils dépouillent la récolte. Mais, dira-t-on , l'usage de la viande procure une nourriture qui anime et échauffé davantage que celle fournie par les végé- taux : on en convient ; mais aussi ces derniers donnent une force slus durable. La France n'a-t-elle pas des cantons entiers où _a viande ne paroît sur la table qu'à l'occasion de quelques fêtes de famille ou de quelques solemnités publiques ? L'orge , ce grain si renonuné dans l'antiquité, nç formoitelle pas la nourriture des gladiateurs? Les peuples de l'Ethiopie n'emportent pas encore d'autres provisions pour leurs courses; et si nous voulons étendre nos exemples aux animaux, ne voyons-nous pas le taureau qui E ET D' HISTOIRE NATURELLE. 3i5 broute l'iierlje , être aussi furieux que le lion auquel les animaux qui tombent sous sa griffe servent tle nourriture ? Heureux ceux qui sont assez avantageusement placés pour pouvoir faire usage des différentes espèces d'alimens tirés des deux règnes , préparés , combinés et mélangés dans des proportions relatives au cliuiar , à la saison et aux liabitudes ! Quoique la nourriture végétale mérite souvent la préférence sur la nourriture animale, qu'elle poite beaucoup de fluide dans le sang et une accscence d'autant plus nécessaire, que la plupart du temps nos humeurs ont une disposition contraire , c'est-à-dire , une tendance naturelle à la putréfaction, nous sommes cepen- dant bien éloignés d'admettre uniquement l'une et de proscrire l'autre. 11 y a longtemps que nous avons dit que l'agriculture en France ne seroit prospère, qu'autant que la consommation de la viande augaienteroit des deux tiers, ])arce qu'alors nous pourrions nous dispenser de tirer de l'étranger une partie de nos cuirs, de nos laines et de nos suifs , et que la masse des engrais, plus considérable, accroîtroit d'autant le produit de nos récoltes. Quelle honte pour notre patrie d'être ainsi tributaire pour des matières premières que le sol de la république peut: iournir abondamment r Hâtons- nous de réparer nos fautes, ou plutôt celles de l'ancienne administration; et n'oublions jamais que la véritable richesse d'une nation consiste à avoir beaucoup à vendre ou à échanger , et peu à acheter. De tous les peuples de l'Europe , le Français est celui qui consomme le plus de pain , et les soupes de légumes en opérc- roient une grande économie. Le pain est un aliment clier; le iroment avec lequel on obtient le meilleur, a à supporter une manutention pénible ; d'autant plus dispendieuse , qu'elle est con- fiée à un plus grand nombre d'hommes; et ce pain ^ qui a déjà coiité tant de soins, de combustible, en coûte encore pour la préparation de lasoupe^ dont il détermine souvent la décompo- sition en s'appropriant une grande partie de sa saveur. Tout le monde connoît cet effet du paiii mitonné dans le bouillon le plus chargé de gélatine , ce que ne ]3roduiroit pas la farine des grains de ceux auxquels la nature a refusé les propriétés panaires , si on se bornoit à l'employer dans la soupe comme dans celle de légumes, sans fermentation préalable. Mais s'il est essentiel de diminuer la consommation du pain par l'adoption des soupes de légumes, il ne l'est pas moins d'aug- menter celles des pommes de terre , puisqu'il est constant qu'un arpent de ces racines nourrit deux fois plus d'hommes que la même 3i6 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE étendue de terreiii convertie en blé; sans compter que leur récolte est moins exposée à l'inclémence des saisons Quelle plante, après les grains de première nécessité , a plus de droit à nos hommages et à nos soins , que celle qni prospère dans les deux continens, qui a déjà contribué, pour sa part, à rétablir la population en Europe , à laquelle la découverte du Nouveau Monde avoit donné de si fortes atteintes ; une p'anîe dont le produit est le plus fécond, le moins incertain, et sur lequel on dlroit que lu main bienfaisante du créateur a réjjandu tout ce qu'il rst possible de désirer pour faire trouver l'abondance et l'économie an sein même de la cherté et de la stérilité; une plante enfin dont on ne sauroit trop étendre la culture, à laquelle la république doit l'inappréciable avantage d'avoir pu jouir d'une ressource dans cette aifreuse disette que le règne de la terreur avoit, pour ainsi dire, organisée. Ce n'est pas seidement la consommation d\i pain que l'usage de ces soupes diminneroit; il produiroit une épargne considérable sur le combustible. La préparation de la nourriture en commun offre en effet des bénéfices iannenses qu'on ne sauroit assez faire sentir. Ah ! s'il étoit possible de n'avoir qu'un four pour cuire le pain de tous les habitans d'une commune^et une seule marmite pour [iréparcr la soupe, certes on économiseroit bien des soins, du bois, en même temps qu'on obtiendroit une nourriture plus parfaite et au plus bas prix. Depuis Colbert , qni a indiqué l'anéantissement des forêt.s com- me un des fléaux (pii inenaroient dans l'avenir le sol de France le mal est toujours allé en croissant : d'une extrémité de la république à l'autre, un cri dénonce et la dévastation effrayante des forêts , et l'organisation vicieuse du système qui les régit; ce cri est entendu de tous les bons citoyens; il a frappé l'oreille de l'Institut national , celles du ministre et des administrateurs. Le cit. Cadet-Devaux vient de provoquer une commission do la société d'agriculture du département de la Seine, d<'?nt il est membre, conjointement avec les Cit. Franrors (de Neufchatcau) et MolLard, pour le perfectionnement des instrumens destinés à la combustion du bois ; et le travail de la commission est sur le point d'être terminé : il consiste dans les modèles qu'on ex- posera au public, et dans une.suite d'expériences en grand sur les avantages de ces instrumens. Tout en développant les avantages de la soupe de légumes, notre intention n'est donc pas de l'admettre uniquement et indifféremment pour les hommes de tous les âges , de tous les pays. ET D' HISTOIRE NATURELLE. Z17 pays, de toutes les conditions, et par conséquent de proscrire les autres soupes ; mais nous croyons que la nature , l'expé- rience et la raison l'indiquent dans une infinité de circonstances où il seroit peut-être essentiel de la préférer. D'ailleurs c'est moins sur la composition de cette soupe que nous insistons , que sur le moyen de préparer en grand , avec le moins de temps et de frais possible , un aliment dont l'habitude nous a fait un besoin presque indispensable , qui réussit merveilleusement bien au premier âge et à la décrépitude. Avant de porter un jugement sur la valeur réelle de ces soupes, nous prions les membres du comité de se transporter dans les cantons les plus recidés des grandes cités, près des hommes courbés sous le poids accablant des travaux les plus pénibles, pour voir et goûter la soupe qu'ils préparent : ce n'est souvent que de l'eau chaude, assaisonnée avec un cliétif morceau de lard, et dans lacjuelle nage un "pain noir et compacte. Il n'y en a pas un d'entre eux qui ne préférât la soupe de légumes à son potage. Rendons moins indifférens les cultivateurs sur la possibilité d'ob- tenir d'une petite étendue de terrein une grande quantité de nourriture; montrons-leur à tirer un meilleur parti des ressources locales , et écartons de leur chaumière les maux dont le manque de subsistance ou la mauvaise qualité sont presque toujours la cause. D'abord il nous seroit facile de prouver que , dans les écrits publiés pour ou contre la soupe de légumes , on n'a saisi ni ses avantages ni ses inconvéniens. Cependant l'enthousiasme fa't naître des contradictions ; la critique trop sévère produit le découragement. Un examen approfondi de cette soupe nous a convaincus qu'elle ne mérite pas qu'on jette sur sa co.npo,sitiori des soupçons alannans ; et à quoi serviroit l'analyse qu'on en feroitf Ne sait-on pas qu'une substance acre et méJicamenteuse , une substance aromatique et vénéneuse, une substance douce et alimentaire , présentent absohzment les me mes phénomènes dans leur .composition chimique? La cause qui fait aigrir en peu de temps la soupe de légumes , a bien une autre influence sur les potages à la viande. On ne peut douter que les moyens les plus assurés pour établir et faire connoître une ressource qui fournit, à aussi peji de frais, une nourriture salutaire, ne soient à la disposition des hommes placés à la tête des grandes administrations. C'est à eux qu'il ap- partient spécialement d'avoir une opinion, et de donner l'impul- sion à l'activité générale ; les ministres sur-tout doivent l'exeaiple TomeLl. VENDEMIAIRE an 9. S s t 3i8 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIftîIE dans les établissemens qu'ils surveillent , et où le gourvernemenE est olj'iigé de nourrir Lieaiiconp d'individus réunis dans la même enceinte et soumis au môme régime. Dans les hospices , dans les maisons de réclusion, c'est là qu'il faut savoir nourrir écono- nii([uement et complettement. L'expérience constante de tous les âges a démontré qu'il n'est pas de nourriture plus propre à prolonger la durée de la \ie que celle à laquelle on est accoutumé dès l'enfance. Or, ce sont les farineux qui succèdent au régime lacté , et l'on sait qu'ils ont toujours été préférés par les hommes et les animaux de toutes les contrées de la terre. Les soupes de légumes seroient une prolongation de l'usage delà bouillie ou de la panade dans l'état de foibiesse et de nullité,, si elles foriHoient essentiellement la base du régime alimentaire des enfans de la patrie ( les enlans trouvés ) \ les maladies du premier âge seroient peut-être moins communes ; et ces êtres , qui n'ont paseu le bonheur d'être l'objet des soins de leurs parens, mieux nourris , acquerroient une constitution plus robuste. Le ministre de la marine pourroit également, de son côté , ordonner dans chacun de nos ports, ces disiribuiions de soupe pour les ouvriers , et sur- tout pour les matelots^ dont les humeurs visent au scorbut , maladie si redoutable pour cette classe d'hommes aussi estimable qu'elle est utile. Le célèbre navigateur iook a dû au régime végétal la conservation de la totalité de son équipage dans le cours d'un des voyages les plus longs et les plus périlleux qu'on ait encore entrepris. Le minisire de l'intérieur, dont l'unique but est de multiplier les premières ressources alimentaires , et d'assister un plus grand nombre d'indlgens sans une augmentation de dépenses , doit éveiller l'attention des préfets sur le bien qu'ils pourroient ré- pandre autour d'eux, par l'adoption d-e ce système de nutrition. Nous ne doutons pas qu'en faisant un appela la bietifaisaiice^ ils n'intéressent bientôt et le patriotisme et le sei)timent. Les premiers frais d'un établissement de ce genre , dans chaque ville, ne seroient pas considérables} ils pourroient être faits par voie de souscription, et les souscripteurs reccvroicnt , pour le prix de leur mise, des cartes qu'ils distribueroient aiix pauvres : ceux- ci trouveioient , dans cette nourriture toute jjréparée, de quoi se dédommager amplement du mauvais pain d'orge, d'avoine et sarrasin, dont ils s'alimentent. Si les Anglais , les Allemands et les Suisses , accoutumés à manger de la viande , se trouvent bien de l'usage des soupes de légumes , ET D'HISTOIRE NATURELLE. Sig pourquoi auroient-ellcs des inconvénienspour les Français, accou- tumés à une nourriture beaucoup plus végétale ? A la vérité , on ne parviendra à dissiper tous les doutes c|u'ajjrès des expé- riences et des observations répétées; mais ne dût il résulter da l'usage des soupes de légumes qu'une plus grande extension de la culture des pommes de terre, une épargne considérable de temps et de combustible, ce seroit toujours un service f^igna'é qu'elles auroient rendu à la France et à l'iiumahité entière. Le four à pain , qui permet à un seul ouvrier de cuire , dans l'espace d'une heure , l'aliment principal d'un jour pour la nourriture de cinq cents personnes , est une de ces découvertes dont on n'a pas senti sulfisamment l'importance. Les grandes marmites à soupe deviendroient , pour le moins , aussi utiles dans toutes les niaisons d'industrie ou d'éducation ; elles y opé- reroicnt une économie considérable de temps , de bois et de main- d'œuvre. , Pourquoi le goût de la soupe de légumes ne se répandroit-il pas parmi les citoyens qui vivent du produit de leur travail ? En la mettant sur leurs tables, on les apprivoiseroit avec elle , on les einpêcheroit de regretter leur potage gras ou maigre , pres- que toujours inférieur en qualité. De foibles encouragemens dé- termineroient ces traiteurs populaires qui vendent de quoi tremper la soupe des ouvriers , à aller s'approvisionner de soupes de lé- gumes aux grandes marmites , ou à en préparer chez eux , et à en former le fonds de leurs cuisines. On sait qu'à l'aide de quelques moyens adroits, on pourroît insensiblement parvenir à inspirer à l'homme delà confiance et le désir de faire ce qu'on a intention qu'il fasse pour son propre intérêt. Il faut, comme à Genève, où l'on a imité les établisse- niens de Munich ^ que les plus riches propriétairesse transportent dans le lieu où l'on distribue ces soupes , qu'ils en mangent pu- bliquement avec les pauvres ; il faut qu'ils ordonnent ce qu'a lait le ministre de l'intérieur, que ces soupes soient servies avec appareil sur leur tables , et rpi'ils les traitent comme un mets de prédilection pour la santé; il faut , lorsqtje les indigens vien- dront solliciter leur bienfaisance , distribuer à plusieurs d'entre eux, comme un témoignage de satisfaction , quelque cachets de ces soupes, tandis qu'un autre n'obtiendroit d'eux qu'un décime ou un morceau de pain, et paroîtroit moins bien traité. Quand un citoyen est arrêté dans la rue par. son semblable, qui lui fait entendre ces mots déchirans: Mes enfans et moi nous mourons de faim ; quelle satisfaction pour l'être sensible S s 2, 320 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE et compatissant, de soulager aussitôt, à aussi peu de Irais j les Lcsoiiis d'une lajnilie , par la carte de soupe qu'il présente à ce père malheureux! Celui (pai la donne, n'emporte pas l'intjuiétude trop l'ondée de l'abus (ju'oji peut faire d'un secours en argent, ou la crainte que la commisération n'ait été> déçue par une misère apparente. Il est notoire j et l'expérience le prouve journellement an coiuité général, que des diffcrens moyens proposés et employés ])our faire exister les pauvres , les secours en argent sont les plus funestes de tous, parce qu'au lieu de soidagcj' les besoins réels , ils neservent souvent qu'à faire naître et à balisfairedes Ijesoins factices, tels que ceux des liqueurs fortes, tels que les perfides espérances des jeux de hasard, etc. ; ce qui contribue à entre- tenir la fainéantise, d'où naît la mendicité. Ces distributions de soupes sont peut-être un des meilleurs moyens qu'on puisse eui^ ployer contre ce fléau des états. Le comité général^ persuadé qu'on ne sauroit rassembler assez de faits etd'observationssur un objet qui intéresse aussi essentiel- lement la subsistance journalière Je la classe malheureuse , pense que c'est au temps, à l'expérience et à l'oljservation , qu'il appar- tient de prononcer sur le mérite réel des soupes de légumes j il n'a cependant négligé aucune occasion pour accueillir et faciliter Toutes les vues tendant à multiplier les ressources de l'indigent. 11 ne peut douter que ces soupes , considérées er elles-mêmes , ne réunissent des avantages incontestables ; mais, sous les rap- ports de secours à domicile, il ne partage ])as l'opinion de quel- ques citoyens recommandables à plus d'un titre, (jui prétendent que la distribution des soupes de légumes peut tenir lieu d'une grande partie des autres secours, et quoiqu'il ait déjà été ré- pondu dans ce rapport à beaucoup d'ojjjections faites contre cette soupe, voici, dans le nombre, celles qui ont paru dignes de l'attention du comité. 11 convient de les présenter ici; nous n'avons aucun intérêt à déguiser la vérité. On croit que la soupe de légumes , proposée pour les indigens , ne pourra être adoptée que dans un temps de disette, parce que c'est alors seulement qu'il faut s'occuper des moyens d'é- conomiser sur la nourriture et Je diriger ses vues vers les matières nutritives qui peuvent remplacer celles qui nous manquent. Mais les temps de calamité existent conlinatllement pour l'homme qui, ayant beaucoup d'enfans à noui rir , ne peut suffire par son labeur à la subsistance Je sa famille ; et les temps d'abon- dance n'arrivent jamais pour le pauvre , rarement du moins en ET D'HISTOIRENATURXLLE. ' 3ai gfiûte-t-il les douceurs ; c'est toujours sur lui que pèsent la plu- part des fléaux. Si les temps d'abondance ne semblent pas les plus favorables pour déterminer l'emploi de riuclques précautions contre les suites funestes de la famine, ils ont au moins , sur les temps de disette , l'avantage de faciliter à ceux qui s'occupent de multiplier les subsistances, le loisir et la tranquillité d'esprit nécessaires pour les créer. L'homme aux prises avec le besoin n'est capable d'aucu- ne recherche heureuse. Si dans les temps d'abondance , on n'eut pas cherché à familiariser le pauvre avec l'usage des pommes de terre, quel succès auroit obtenu, la bienfaisance quij, dans ces jours désastreux , n'avoit qtie cette ressource à offrir r N'at- tendons Jamais à sentir le pris de, ce qui nous manque , que quand il «st impossible Je se le procurer. Si nos vœux ne sont pas trompés , si les indigens témoignent un jour leur assentiment à cette forme de secours , c'est alors seulement qu'il con\iendra d'établir, comme paroît le désirer le ministre de l'intérieur, une marmite dans chaque arrondisse- ment municipal j saUf à en augmenter le nombre quand le vœu du pauvre sera librement et spontanément exprimé , toutefois en formant ces établissemens avec des fonds extraordinaires ; car les fonds assignés aux secours à domicile , sont insulfisans pour former ces établissemens. Jusque-là le comité général doit se borner à inviter les bureaux de bienfaisance placés dans le voisinage des distributions de soupes de légumes , à tenter quel- ques essais pour vaincre par la persuasion et non par la con- trainte, la répugnance que la plupart montrent encore pour ce supplément ;de«e€ours. Mais nous n'hésitons pas de le dé(#arer , ce seroît préjudicier d'avance au succès que la soupe de légumes doit avoir un jour , que de la comprendre dans ce moment au nombre des secours à distribuer; ce seroit compromettre les institutions de bienfai- sance que d'en appliquer tout-à-coup les résultats , sans avoir sondé , consulté le goiit des pauvres ; ce seroit enfin jeter de la défaveur sur la fonction honorable que les membres des comi- tés sont appelés à remplir auprès d'eux, et affoiblir leur con- fiance dans les commissaires qui viennent les visiter, s'ils de- venoient les promoteurs d'un aliment en faveur duquel ceux qu'ont a intention de secourir n'ont pas encore prononcé. Nous terminerons ce rapport, déjà trop long, par l'exposé abrégé des principaux points sur lesquels nous avons cru devoir particulièrement insister. Il résulte de tout ce qui précède ; ?22 JOURNALBE PHVStQDE, DE CHIMIE 1». Que les objet? dont est composée la soupe de légumes ,"' sont bons, chacun à part, et cjue, réunis par leur combinaison, avec l'eau au moyen de la cuisson, ils offrent un tout ]>lus élaboré, plus homogène , et plus approprié à l'effet alimentaire ; 2°. Que cette soupe, dont on peut à volonté varier la saveur à l'infini, est, dans toutes les périodes de la vie, susceptible de fournir à l'universalité des citoyens peu aisés, une ressource alimentaire que nulle autre ne sauroit aussi avantageusement rem- placer ; 3". Qu'en accréditant son usage dans tous nos départeraens, dans tous lesétablissemcns où l'on a beaucoup d'inilividus à nour- rir, ce sera un moyen assuré de maintenir, d'étendre même la culture des pommes de terre, et de diminuer la consomma- tion du pain , d'où résultera nécessairement une augmentation' de richesse territoriale ; 4°. Que la nourriture principale préparée pour cinq cents per- sonnes, opérera à-la- fois une économie considérable de comfjus- tible,de niain-d'œuvre et de temps, en même- temps qu'elle per- fectionnera l'aliment et le réduira au plus bas prix j 5". Que la soupe de légumes , préparée ainsi efi commun , convient spécialement dans les maisons où le consommateur sera à portée de la manger chaude , et donnera aux hommes bien- faisans la faculté de faire beaucoup d'aumônes, sans augmenter les sommes que leurs moyens permettent d'y destiner ; 6°. Enfin, que le fourneau de Rumford , qui n'est que l'ap- plication des connoissances physiques sur les moyens de distri- buer économiquement le calorique , doit être employé , non-seu- lement à la confection de la soupe de légumes , mais encore de toutes celles qu'on prépare en grand , et généralement pour toutes les chaudières destinées aux procédés des arts et des maau» factures. ET D'HISTOIRE NATURELLE. 323 ! '.(] f'.iT ,N O T I CE i.i SUR LA MICARELLE, LA SAHLITE, LA WERNERITE, L'HONIGSTEIN ET L'AUGITE, "" Par J.-C^ D e l a im é t II e r I e. La micare/ie est une substance qui a un léger aspect micacé, sa couleur est celle du mica blanc un peu grisâtre. Sa dureté n'est pas considérable. Haiiy en a qui est cristallisée en prisme quadrangulalre et en prisme octogojie. Les sonnnets de ces prismes sont oblitépés , ainsi on ne sau- roit en déterminer la i'orine. Cette substance se trouve à Arandal. Elle diffère de la micarelle de Kirwan , qui n'est qu'un Tnica noir. La salilite , dont la desciiption par M. Dandrada se trouve dans le cahier du mois précédent, cristallise. Haiiy en a des cristaux qui sont des prismes octogones terminés par une face oblique. Quoique je l'aie fondue comme le feldspath , elle paroît abso- lument en différer. La wei-nerite. Haiiy en a des cristaux qui sont des prismes à huit pans inclinés entre eux de 135°. Leurs sommets sont com- posés de quatre pentagones inclinés d'environ lai". sur leurs pans correspondans. La nialacolite est la même substance que la sahlite. Uhonigstein ou pierre de miel , de Werner , est une substance condjustible, de couleur de miel ^^d'où lui vient son nom d'ho- nigstein), elle cristallise en octaèdre et en dodécaèdre à plans rhombes. Les chimistes ne sont point encore d'accord sur ses principes. Klaproth vient d'en donner une nouvelle analyse : il en a retiré , Alumine i . . Acide végétal particulier. . . Les proportions de carbone et d'hydrogène que contient cei acide , diffèrent de celles des autres acides végétaiix;. Szi JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHiMïË 'L'augite. Oïl trouve dans les mines d'Arandal en Nonv^ge," si riches en nouvelles substances minérales , des cristaux d'ua vert noirâtre qui ont la forme du piroxène ou volcanite. C'est un prisme octogone terminé par une pyramide trièdre : j'en ai de beaux cristaux que m'a donné M. Manthey. Il paroît que c'est la véritable augite de Werner. NOTE SUR L'ÉTIAGE DE LA SEINE A PARIS, Faisant suite du mémoire de L. Cotte , sur les abaisseraens de ia Seine, inséré dans le cahier précédent. J'ai consulté le cit. Prony , que ses travaux relatifs au nivelle- ment de la Seine mettoient plus en état que personne de me donner sur cet objet des renseignemens sûrs. Ce savant a eu la complaisance de me communiquer l'extrait d'un mémoire écrit en ventôse ( 4 février 1796) , dans lequel il donne la dé/î- nition de l'étiage de la Seine , les hauteurs auxquelles sont placés les zéros des échelles tracées sur d'ijférens ponts de la traversée de Paris, la pente totale de la Seine depuis le pont de la Toumelle jusqu'au pont de la Révolution , et l'étiage in- diqué par les échelles du pont de la Toumelle jusqu'au pont de la Révolution. On entend par l'étiage d'une rivière , sa plus petite hauteur dans 1171 lieu donné , puisé par rapport a un point de niveau fixe. La désignation de Vétiage d'une rivière doit toujours se rapporter à une section déterminée de son cours , et à une cer- taine époqiie ou année à laquelle on auroit observé sa plus pe- tite hauteur , ensorte que l'expression de cet étiage change lors- que des observations plus reculées font connoître que la rivière eet susceptible d'un plus grand abaissement. Ainsi avant 1788 l'étiage rapporté au zéro de l'échelle du pont des Tuileries , étoit d'un pied 9 pouces 9 lignes , et cette Jiauteur se rapportoit à une oliservation faite en 1719; mais en 1788 les eaux sont descendues de 4 pouces plus bas qu'en 171^ , ainsi l'étiage rap- port^ ET D'HISTOIRE NATURELLE. 5iS port^ au zéro de l'échelle du pont des Tuileries est d'un pied 6 pouces à très-peu-près, d'après la plus petite hauteur connue observée en 178b (elle a été la même à-peu-près , cette année 1800). Les hauteurs auxquelles sont placés les zéros des échelles sur différens ponts de la traversée de Paris, ont été déterminées par les nivellemens faits par le cit. Prony ; et elles forment des rap- ports au moyen desquels on pourra dans tous les temps con- noître la pente de la Seine dans la traversée de Paris ; elle eSt sujette à des irrégularités très-remarquables. Ces repaires sont au nombre de cinq; savoir, l'échelle de l'Estacade de l'île Lou- vier , et celles des ponts de la Tournelle , au Change, des Tui* leries et de la Révolution. Les zéros de ces échelles n'étant ni au même niveau absolu , ni à la même profondeur dans la rivière, voici le tableau de l'excès de hauteur , les uns sur les autres , en prenant pour terme de comparaison le zéro de l'échelle du pont de la Révolution comme étant le plus bas de tous. ( INDICATION Hauteur des zéros des Les mêmes hauteurs DES ÉCHELLES. échelles au-dsssus du zéro de celle du pont de la Révolution. en anciennes mesures. Décimètres. Piedf. Pouc. Lig. Pont lie la Révolution. 0, 4 4 Pont des Tuileries. . . 1, 17Ï Pont au Change. . . . Z, 608 1 1 4 Pont de la Tournelle. . 18, 734 5 9 3 Estacade de l'île Louvier x%, o58 5 6 9 { ■^^^■" La pente de la rivière , du pont des Tuileries à celui de la Révolution, esta très-peu-près de j2 centimètres (6 lignes) de Tome U. VENDEMIAIRE an 9. Tt SîG JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE l'un à l'autre ; de manière qiie les échelles marquent sensible- ment la même hauteur d'eau , et indiquent les états de la rivière qui ne permettent pas la navigation au-dessous de Paris; savoir, lorsqu'elles marquent 2 pieds 6 pouces danà les basses eaux, et 1.4 pieds dans les hauies eaux. Les échelles de l'Estacade de l'île Louvier et du pont de la Tournelle indiquent les états de la rivière qui ne permettent pas la navigation au-dessus de Paris; savoir, lorsqu'elles mar- quent 1 pied dans les basses eaux , et 16 pieds dans les hautes' eaux. Comme la pente de la Seine dans la traversée de Paris n'est pas régulière, et qu'elle dépend tant des crues que des circons- tances locales , il n'est pas possible qu'elle indique le même nu- méro sur chacune des échelles. Le cit. Trony a trouvé que la pente totale de la Seine entre les ponts de la Tournelle et de la Révolution, varie depuis 6 i jusqu'à i3 décimètres (ou depuis 3 jusqu'à 4 pieds). On peut trouver par un calcul fort simple,- la pente totale de la Seine , correspondante à chaque joitr au- quel on auroit observé les hauteurs de l'eau aux ponts de la "Tournelle et de la Révolution. I^a règle consiste à ajouter 5 pieds 9 pouces 3 lignes à la hauteur observée au pont de la Tour- nelle , et à retrancher de la somme la hauteur observée à celui de la Révolution ; ainsi le 9 décembre 1708 l'eau à l'échelle du pont de la Tournelle, marquoit. . . o pieds, o pouces, o lignes^ Nombre constant 5 9 3. Somme.., 5 9 3. Le même jour l'échelle du pont des Tuileries qui donne sert' siblement tes mêmes cotes que celles du pont de la Révolution y marquoit 3 pieds 6 pouces o lignes. Différence ou pente totale. D'après cette règle appliquée aux hauteurs relevées de plu- sieiirs années aux ponts de la Tournelle et des Tuileries , le cit. Prony a trouvé que la pente moyenne étoit d'environ un mètre ou trois pieds un pouce. Le citoyen Prony pense qu'on s'est trompé en disant comme M. Ph. Buache , et après lui le cit. Dumontier, que le niveau de l'étiage du pont de la Tournelle répondoit à un pied de ET D' HISTOIRE NATURELLE. Z17 l'échelle de ce pont. Il paroît , ajoute le cit. Prony , que l'é- chelle dont il s'agit a été établie pour mesurer la hauteur des eaux au-dessus de l'étîage en coininenrant à compter de l'étiage même , et on a observé ensuite que la rivière ne devenoit navi- gable que lorsque les eaux s'élevoient d'un pied au-dessus de leur état le plus bas. Les vents règnans , ou des causes locales telles que des encombremens plus ou moins grands du lit de la rivière, rendent impossible la fixation exacte des étiages respectifs des deux échelles dont nous parlons. En effet , un nombre considérable de bateaux peut être regardé comme une espèce de barrage qui prbduit un remou , d'où il résulte un haussement de niveau dans les eaux supérieures. « Je pense néanmoins, conclut le cit. Prony, que la hauteur de l'étiage au pont de la Révolution est entre un pied six pouces et deux pieds de l'échelle qui y est placée/ et les assises de fondation des piles établies d'après l'ancienne cote d'étiage doivent être à découvert lorsque les eaux ont le plus grand abaissement possible. La navigation exige encore deux pieds de hauteur d'eau environ au-dessus de celle de l'étiage , et ne devient pos- sible qu'entre deux pieds et demi et trois pieds. » Tt a 328 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CKIMtE NOUVELLES LITTÉRAIRES. . Entomologie , ou Histoire naturelle des insectes , avec les différences spécifiques , la description , la synonimie et la fi- gure enluminée de tous les insectes connus ; grand in-^°. , par Cf. A. Oi-iYiER , de l'Institut national : aS^. livraison, , Cet ouvrage , retardé par un voyage de six années que l'auteur a fait par ordre du gouvernement, dans les contrées orientales , sera bientôt terminé ; il contiendra cinq volumes, ou à-peu-près 2.6 livraisons. Celle que nous annonçons aujourd'hui forme les trois quarts du quatrième volume , et comprend le discours de 56 planches. On peut s'adresser à l'auteur , rue Dominique d'Enfer , n". 734" Chez Carette , à la place Victoire , n». ii. Chez Bazan , marchand d'estampes, rue Serpente. Chez Tilliard , libraire, rue Pavée-André-des-arts. Ce superbe ouvrage est connu du public; nous nous conten- terons de dire que c'est un des plus beaux qu'il y ait sur les insectes; les descriptions en sont exactes et précises; les ca- ractères pris ordinairement d'après les organes de la bouche et delà nutrition sont bien tranchés. Les figures sont bien dessinées et bien gravées. On sait que les figures sont de la plus grande uti- lité pour des objets aussi petits , et qui sont souvent assez diffi- ciles à distinguer les uns des autres. On voit combien cet ouvrage est utile à ceux qui veulent étudier les insectes. Nouvelle voilur-e pour les vaisseaux de toutes grandeurs j et particulièrement pour ceux qui sei oient employés au com- merce, précédée de lettres à Franklin sur la marine, par David» I.EROY , membre de l'Institut national, de celui de Bologne , de la société des antiquaires de Londres , et de la société philoso- phique de Philadelphie ; écrit servant de suite et de complé- ment à ceux qu'il a publié.'ï sur la marine ancienne. A Paris , chez l'auteur , Palais des Sciences et des Arts ; un vol. in-8°. L'auteur a déjà publié plusieurs ouvrages que nous avonsi fait connoître , sur les voilures des vaisseaux. Il insiste sur les voiles basses qu'il croit plus utiles que les autres. Il a réuni ici ET D'HISTOIRE NATURELLE. 329 une partie de ce qu'il a publié à cet égard j ainsi le public ne peut que bien accueillir ce nouvel ouvrage. Tableaux élémentaires d'histoire naturelle à l'usage de l'é- cole centrale du département d'Indre-ct-Loire ; seconde partie. Cours de l'an pair, (animaux, l'homme). A Tours, chez F. ' Vauquer-Lambert , imprimeur de l'école centrale, un vol. in- 4". Ces tableaux paroissent très-bien faits et remplir le but de l'auteur ; aussi ont-ils obtenu le prix qui avoit été proposé. « Topographie rurale , économique et médicale de la partie méridionale des départemens de la Manche et du Calvados , connus ci^devant sous le nom de Bocage , suivie d'un exposé de quelques moyens propres à fertiliser cette contrée , et à rendre ses transactions commerciales plus faciles ; avec des notes, par le cit. Roussel j médecin de l'armée d'Italie. A Paris, de l'imprimerie de madame Huzard , rue de l'Eperon ; un vol. in-S". Cette topographie est très-bien faite et digne des talens du docteur Roussel. Il décrit avec clarté le local dont il parle, et fait voir toute l'influence qu'il peut avoir sur l'économie rurale. Journal de médecine. Les cit. Corvisart , J. J. Leroux et Boyer , tous trois professeurs de l'école de médecine de Paris , etc. etc. , se proposent de donner au public la continuation du Journal de médecine, chirurgie, pharmacie, etc. , rédigé suc- cessivement par MM. Vendermonde , Roux , les ce. B.vcher et DuMAivGiN , et enfin le cit. Bâcher. Ils conserveront le format in-12 de l'ancien journal, et ils emploieront les mêmes caractè- res. Il paroîtra tous les mois , à commencer en vendémiaire an 9, un cahier de ^6 pages. Le prix de l'abonnement est de 12 francs pour Paris , et de i5 francs pour les départemens , franc de port. On s abonne chez le cit. Aligneret , imprimeur , rue Ja- cob , n°. 1,186. Les noms des auteurs de ce nouveau journal sont bien dignes de mériter la confiance du public. Instruction sur V art de faire le vin, par A. A. Cadet-Devaux, tnembre des sociétés- d'agriculture des départemens de la Seine, de Seine-et-Oise, du Doubs , etc. etc. , publiée par ordre du gou- vernement. A Paris , de l'imprimerie de H. Agasse, un vol. in-S". Cette instruction est fondée sur les principes les plus certains de la physi{[ue. Elle ne sauroit être trop connue. S3o JOURNAL DE PHYSIQUE, j) E CHIMIE Conjectures sur la cause delà diminution apparente des eaux sur notre globe, adressées au cit. François de Neufchâtcau , par EusÈBE Sj^iverte. Ut potero explicabo , nec taineii ut pytlilus Apollo , cert^ ut sint ac fixa quœ dixeriin : Cic. tuscul. A Paris , de l'imprimerie de Demonville, rue Christine , n». 12, un vol. in-S". L'objet de cet ouvrage est du plus grand intérêt. P har niacica elementa' chimi(ie recentiorisfondamentis innixci, auctore Francisco Carbonell , pharmacopaeo botanico civitatis barcinonensis collegâ, philo sophîae ac medicinac doctore, ISihil est tant nobile et honori/icum quant in consimilium nostrorum utilitatem labores nostros impendere. S. Augusti- nus de civitate Dei. Quidfjuid prœcipies esto brevis ut cite dicta percipiant animi dociles tentantque fidèles. Horat, de art. poet. Barcinone et Pa- risiis apud Mequignon natu majorem bibliopolam via scholse niedicinœ. Un vol. in-S". Ces éléinens de pharmacie paroissent rédigés 4Vec beaucoup de soin, Visites à la prison de Philadelphie , ou énoncé exact de la sage administration qui a lieu dans les divers départemens de cette maison ; ouvrage où l'on trouve l'histoire successive de la rél'orraation des loix pénales de la Pensylvanie , avec des observations sur l'impolitique et l'injustice des peines capitales, en forme de lettres à un ami j par Robert J. "Turnebuli. , tra- duit de l'anglais et augmenté d'un plan qui en offre les diffé- rentes parties , par le docteur Petit-Radel , professeur aux écoles de médecine de Paris. Un vol. in-80. A Paris , chez Gabon , libraire , près les écoles de médecine.' Chez J.-J. Fuchs , libraire , rue des Mathurins. Chez Desenne , Palais-Egalité. On ne sauroit trop admirer l'administration des prisons de Philadelphie. Mémoire sur la peripneumonie chronique ou phtisie pul- monaire qui ajfecte les vaches laitières de Paris et des en- virons , avec les moyens curatifs et préservatifs de cette mala- die , et des observations sur l'usage du lait et de la viande des vaches malades, par J. B. Huzakd , vétérinaire, membrp ET D'HISTOIRE NATURELLE. 33i de l'Institut de France , du conseil d'agriculture du ministère de l'intérieur , du jury d'instruction de l'école vétérinaire d'A!- fort , etc. Nouvelle édition imprimée par arrêté de la société d'agriculture et de l'administration départementale de la Seine. A Paris , de l'imprimerie et dans la librairie de madame Huzard, rue de l'Eperon St. -André des- Arcs, n". ii ; un vol. in-S". Le succès de ce petit ouvrage prouve son utilité. Observations sur l'institution des sociétés d'agriculture , et sur les moyens d'utiliser leurs travaux , imprimées par ordre de la société d'agriculture du département de la Seine , par J. B. RouGiEK DE LA Bergerie. A Paris , de l'imprimerie de madame Huzard, rue de l'Eperon, n". ii. Un vol. in-8". Ces sociétés répandant des connoissances sur l'agriculture, on ne sauroit les trop encourager. Traité des engrais , tiré des différens rapports faits au dé- partement d'agriculture d'Angleterre j avec des notes, suivi da la traduction des mémoires de Klrwan , sur les engrais et de l'explication des principaux termes chimiques employés dans cet ouvrage , par F. G. Maurice , secrétaire de la société des arts de Genève , associé correspondant de la société des sciences belles lettres et arts de Bordeaux, de la société d'agriculture du département de la Seine, et de la société philotechnique de Paris. Arlda tanfum Ne saturare firao pingui pudeal sola , neve Effœlos cinerem immundum jactare per agrof. Virgil. , Georg. Un vol. în-S". A Genève, de l'imprimerie de la Bibliothèque britannique , et se vend chez Paschoud , libraire ; et se trouve à Paris chez Fuchs , libraire , rue des Mathurins ; Murand , li- braire , rue des Grands-Augustins , Henrichs , à l'ancienne li- brairie de Dupont, rue de la lui, n°. 1,201. L'industrie anglaise si célèbre jjar les arts utiles et les ma- nufactures est bien éloignée de négliger l'agi'iculture. On a établi un département uniquement pour l'agricidturCj et Arthur Young en est le chef. Ce département fait des rapports sur les différentes parties de l'économie rurale. Un des collaborateurs de la Bibliothèque britannique , F. G. Maurice, de Genève, a fait un savant extrait de ce qui a été 333 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE publié par ce département sur les engrais. 11 l'a enrichi de notes que lui ont iourni des expériences particulières qu'il a faites , ainsi que bien d'autres cultivateurs. Il a discuté par les princi- pes de la chimie l€s différens procédés qu'on suit. Enfin, il a, terminé son ouvrage par l'excellent mémoire de Kirwan sur les engrais. Ce traité ne peut donc qu'être très-utile aux agriculteurs, et il seroit à souhaiter qu'il fut très-répandu parmi eux. TABLE D?S ARTICLES CONTENtrS DAIfS CE CAHIER,' Lettre de G. A. Deluc à P. Bertrand. Page aSS Expériences sur Les eaux de Vamnios , par M. F. Buniva et Vauquelin. 2^3 Lettre de A. G. Camper à G. Cuvier , sur les ossemens fossiles de la montagne dç St. Pierre à Maëstricht. 278 Mémoire sur la tourbe pyriteuse du département de l'Aisne , etc. par J. L. M, Poiret. 29a "Notice deJ.-C. Delamétherie , sur une nouvelle méthode de blanchir le coton , publiée par Chaptal. 3o5 Extrait d'une lettre de Londres , sur les principes de l'acide muriatique. 3oa Rapport au ministre de l'intérieur , par le comité général de bienfaisance , sur des soupes de légumes , dites à la Rumford , par Parmentier. 3ïo Notice sur la micarelle , la sahlite , la v/ernerite , l'hO' nigstein et l'augite , par J .-C. Delamétherie. SaS Note sur Vétiage de la Seine 4 Paris , par L. Cotte. Ba^ Nouvelles littéraires. 328 topjiie %fe//ier /y / to^>/tte yi>&>r xl'ctti/' fe7ulemt4iiwey -^in o f'o^'/if^. Jc//û'r Jc4 PI /, J^,'est une roclie composée de teldspath et de hornblende. Le feldspath domine; mais ces sidistances sont si inlimement liées , qu'il est difficile de les distinguer. Le graustcin contient souvent de l'nlivine et quelquefois d'' l'au- gite. L'augite de Werner est votre pyroxène, et le beril votre aiguë- marine. Il est dit dans ce mémoire , que le mira ne sç trouve point dans le basalte : on le croyoit autrefois ; mais depuis on a trouvé que!(|ues roches de basalte renfermant dn mica. C'est le porphyre et non le tlionstein qui est riche en métaux. Ija wacke est une espèce de basalte. La graayvake est entièrement différente. Aussi M W'rner ai- raeroit mieux qu'on dise en français o-zwwwac/te que wacke grise. I FtJnte à corriger dans le même mémoire , page /^J'J., ligne 3j : les cristaux (ju'on obtint étoient bleus; lisez étoient blancs. ET D'HISTOIRE NATURELLE. 337 SUITE DE LA COMPARAISON DES TEMPÉRATURES PROBABLES De chaque constitution lunaire , annoncées dans l' annuaire météorologique , pour l'an Q , avec les températures observées de ces mômes constitutions pendant les six derniers mois de la même année , Par L. Cotte, Administrateur de la Bibliothèque nationale du Panthéon , etc. Après avoir donné dans ce Journal (année 1800, première partie, page 358) une pareille comparaison pour les six pre- miers mois de l'an 8 , je vais présenter aujourd'hui la compa- raison d(rs températures proljabies et dos températures observées pendant les ^^s. derriers mois de la même année. J'avois dit, d'apiès le cit hcmark , qu'il avoit trouvé une cause d'anomaliç qui tenoit à l'époque des quadratures de la lune avant o» après les lunistices ; dans le premier cas, disoit- il, la constitution atmosphérique est troublée; dans le second cas, elle marche assez régulièrement Depuis l'impression de mon premier mémoire , je tiens du même savant, que cet ap- perr.u étoit encore contrarie par des observations ultérieures. 11 résulte de cette incertitude et du tableau comparatif dont j'off'C aujourd'hui la suite, rju'il n'est pas encore temps de pré- dire iis températures, (lu moins pour des termes aussi rapproches que L sont le.-> coustitutions luiia'res, boréales et australes. Tout ie lé luit jnsqu'ci présent à soupçonner wne conformité de tem- péiature ions les dix-neuf ans , et encore cette conformité u'a- t elle rapport qu'à la température générale de l'année sèclie ou hiuuide , froide ou chaude. Mallipiions les observations , mais ne nous pressons pas de prononcer sur leurs résultats. S38 JOURNAL D C PHYSIQUE, DE CHIMIE On doit toujours savoir gré au cit. Lamark d'avoir fixé l'atten- tion des observateurs sur certaines périodes. On ne parviendra rà des résultats utiles , qu'en condjinant ainsi les observations météorologiques avec les divers phénomènes de la nature ; c est un enchaînement de causes et d'elfets que nous ne pouvons pas trop étudier. Températures probables. Constitution boréale , du ^ au i8 germinal. Vents de sud- ouest, de nord- ouest , de sud et d'ouest. — Temps couvert , humide , de temps en temps pluvieux , plus clair ensuite par intervalles. Constitution australe ^ du 19 germinal au premier floréal. Vents de nord , de nord- est , de nord - ouest et d'ouest. — Temps beau , souvent clair , sec mais froid , avec un peu de ge- lée la nuit et le matin; vers la fin temps nébuleux et sombre. Constitution boréale , du 2 au \3 floréal. Vents d'ouest, de sud-ouest , de sud et de nord - ouest. — Temps couvert froid et humide, pluvieux par intervalles ; en général mauvais et désagréa- ble. Constitution australe, du 16 au 'zà floréal. Températures observées. Vent sud. — Temps doux, couvert et pluvieux. Vent sud-ouest. — Temps doux et humide. Vents sud et nord -est. — Temps d'abord couvert , plu- vieux , assez doux ; ensuite beau, sec et chaud. Vents de nord-ouest, de nord, Vents sud ouest, est et nord- ET D'HISTOIRE NATURELLE. 539 Températures probables. Températures observées. de nord-est et même d'est. — est. — Temps d'abord sec et Temps d'abord nébuleux par chaud, ensuite froid, pluvieux, intervalles, j)uis clair ensuite venteux , point de gelées, et assez beau j mais sec et fioid en général j avec de petites ge- lées tous les matins. Constitution boréale , du 29 Jloréal au ii prairial. Vents de sud, de sud- ouest et d'ouest qui varieront; et sur la fin vent de nord-ouest. — Temps doux , couvert , plu- vieux, orageux , peut être tem- pétueux ensuite. Constitution australe, du i3 au 2.5 prairial. Vents de nord ouest, de nord foibles, de nord-est et mixtes. — Temps très- beau, sec, clair, calme , nuages élevés , inter- rompus , sur la lin pommelés. Constitution boréale , du 2.6 prairial au 1 o viessiilor. Vents foibles de sud est , de sud , de sud-ouest et même d'ou^ft , avec des variations dans leur force et leur durée, -r- Temps calme , chaud , nébu- leux ensuite et très-propre aux orages aux(|ae's pourront suc- céder des temiis pluvieux par intervalles. Vents d'abord sud- ouest, en- suite nord. — Temps d'abord doux , ensuite froid et pluvieux. Ciel presi^ue toujours couvert. " Vents nord- ouest et ouest. — Temps couvert , froid , assez, humide. Vents nord d'abord , ensuite ouest. — Timps couvert, froid, sec ; de la chaleur à lafiii, point d'orages. Sio JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Tempèraticres probables. Températures observées. Constitntidn australe , du n au l'î. messidor. Vents d'ouest , de nord et de nord-ouest , et peut-être de nord-est. — Temps encore un peu pluvieux par intervalles , et même chaud et calme. Constitution boréale, du 23 messidor au 7 thermidor. m Vents foibles de sud, de sud- est, de sud-ouest, et d'ouest verslafin. — Temps calme, très- chand , propre aux orages , et dangereux pour la campagne. Constitution australe , du 8 au 20 tlLermidor, Vents foibles de nord-ouest ou de nord pendant quelques jours ; de nord-est ensuite , et enfin d'ouest. — Temps chaud mais beau à ciel découvert , et nullement oraeeux. Constitution boréale, du o.\ thermidor au 4 fructidor. Vents foibles de sud-est , de sud et de sud-ouest , ou même d'ouest vers la fin. — Ciel d'a- bord assez beau et découvert , ensuite de plus en plus nébu- leux ; temps chaud et dange- i-eux pour les orages. Vents noid-est et ouest. — • Temps très-chaud et très sec. Vent nord - est. — Temps chaud et très-sec j point d'ora- ges. Vents nord et nord -est. — Temps très-chaud et très-sec. Vents sud-ouest et ouest. — Temps d'abord très- chaud et très-sec ; ensuite doux, pluvieux et ora.°eux. Tempéra tures ET D'HISTOIRE NATURELLE. 34 1 Températures probables. Constitution australe , du 5 au l 'j fructidor. Vents d'ouest , de nord ouest, de nord , et vers la fin peut-rtre de nord-est — Ciel d'abord très- nébuleux , mais qui s'éclaircira graduellement; ensuite temps calme , très-beau , avec des brouillards le matin. Constitution boréale , du i8 jructldor au premier complé- mentaire. Quelques jours d'air calme , ensuite vents de sud , de sud- ouest et d'ouest qui seront peut- êrre violons — Quelques joiirs de beau temp*-; ensuite ciel né- buleux , propre aux orages, et vers la fin peut - être tempé- tueux. Températures observées. Vents sud-ouest et nord -est. — Temps doux et liuxuide ; point de brouillards. Vert stid-onest. — Temps doux et pluvieux d'abord, en- suite chaud et assez sec. Fautes à corriger dans le mémoire de L Cotte, inséré au cahier de fructidor an 8 , de ce Journal , page 216. Page 218, dernière ligne; 5i , lisez 3i. — 925, ligne 6; tiennent, lisez tirent. ^ /Zi/W, ligne 20; Deparcieux , Visez Buache. — 226, ligne 14, Buache, Wsez Deparcieux. — iSo , ligne 14 ; solstice, lisez fluide. Dans le cahier de vendémiaire an 9, page 324.» ligne 28 ; puisé , Usez prise. Tome LI. BRUMAIRE an 9. Xx S42 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE MARCHE DU BAROMÈTRE ET DU THER CONSTITUTIONS BOREALES. EPOQUES DES CONSTITUTIONS. Du 4 gennin.ll au 18 dudil Du 2 llorédl au i5 dudit Du 2c) floréal au 12 prairial Du 2f> prairial au 10 mtsaidor Du 23 messidor au 7 thermidor Du 2 1 Ihtrmidor au 4 fructidor Du 17 fructidor au pruiniercomplcnn.nt. . Résultais. Rf.sultats de l'année. THERMOMETRE. Plus grande chaleur. D. 17,0 Z2,0 21,0 23,5 23,0 29,2 21,0 292 29,2 Moindre chnleu D. 2,0 6,3 6/J H,o 9,8 11,6 10,2 —7.2 Chaleur moycnn D. 8,8 12,3 12,6 i3, 1 k'^,3 ig,o 14,6 i3,7 8,3 BAROBIETRE. P!u; grande élevât. P. L 28. i,fio 27.11,00 23. 1,5» 2,16 2,9.3 3,10 1,65 Moindre Élevât, élévut. inoyenn. P. L.P. L. 27 5,3.3 27.10,16 6,66 6,^9 9,33 11,82 g.S.*") 28. 0,70 11,88 1,32 6,32 27.1 1,80 1,36 9,59 28 3,1027. 1,36/27.11,32 28. 4,95j27. 0,73 27.11,03 ET D' HISTOIRE NATURELLE. MOMÈTRE PENDANT LES CONSTITUTIONS, 3i CONSTITUTION vS- AUSTRALES. EPOQUES DES CONSTITUTIONS. THERMOMETRE. Plus l„, . , 1^, , , Moiadre Chaleur ° , chaleur, chaleur. Du 19 germinal au 1 floréal Du 16 floréal au 28 dudif • Du i3 prairiil au 25 dudit Du II messidor au z^ dudit Du 8 tlie. midor au 20 dudil Du 5 fniclidor au 1 7 dudit Piésullats. Résultats de l'année. raoyenn D. 21,5 22jO 18,0 26,0 26,6 19,1 2(;,6 26,6 D. 6,7 6,9 6,0 8,0 9,6 7,5 6,0 — 11,0 D. i,,6 l3,2 11,2 i5,8 17,0 12,9 i3,G 8,3 BAROMETRE. Plus j Moindre grande 1 , , , , ° élevât élevât. P. L.jP. L 2S. 1,60 27. 7,00 OjOO 27.11,87 28. 2,33 4,57 8,58 »'>7 3, c6 28. 0,14 Eiovat. moyenn. Il P. L. 1 27.1 1,6'j 8,82! 10,23 ■ 1 28. i,o4 1 1^39 1.11 27. 6,33 27.10,02 28. 3,16 27. 4,57 27.11,19 28. 5,8827. 2,4227.11,05 X X 2 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE DESCRIPTION D U NOUVEL APPAREIL OU GALVANIQUE DE M. ALEXANDRE VOLTA, Et expériences faites avec cet appareil par MM. NichOxson et Carx,islb (Journal de Nicholson). EXTRAIT DE LA BIBLIOTHÈQUE BRITANNIQUE. I Le célèbre professeur Volta , l'inventeur de l'électropliore , du comleiisatcur, et d'autres appareils électriques précieux aux physiciens, écrivit de Côine ( sa réiiHe.ice actuelle ) , à sir Joseph Eaiiks , président de la société royale de Londres ^ le 20 mars de cette année, pour lui couiniunicjuer une découverte qu'il venost de faire dans une suite d'expériences sur le galvanisme. Entre les diverses formes qu'on peut donner à l'appareil qui la met en évidence , voici lune des plus commodes. Prenez un nombre quelcorir|iie de disques ou plaques decuivre, ou, ce (jui est mieux, d'argent, et un nombre égal de disques de mêmes dimensions, d't-tain, ou mieux encore de zinc; ayez un même noiiibre de roudellcs de carton, de cuir, d'étoffe , ou d'une substance quelcon(|ue capable de demeurer longtemps humectée : plongez ces rondelles dans l'eau, ou dans de la sau- mure, ou dans une lessive nlkaline. On peut employer à cet appareil des pièces de monnoie , de cuivre, ou d'argent (1). Formez une pile j en superposant alternativempnt le zinc à l'argent et le carton au zinc , et ainsi de suite. Si la pile doit devenir (1) Nous avons employé des piastres avec beaucoup de succès [Note de Pictet). ET D'HISTOIRE NATURELLE. 545 bien élevée, il faut la maintenir entre trois tubes de verre. Quand elle est achevée , l'appareil est en état de fonctionner. Cette pile paroît être , tant qu'elle demeure bien humectée, la source conbtante et inépuisable d'un courant électrique fjui parcoure tout conducteur qu'on met en contact avec les deux extrémités de l'appareil. Si ce conducteur est un animal, et que les deux parties de l'animal qui touchent le haut et le bas de la pile soient mouillées (condition essentielle à l'effet) , l'animal reçoit à chaqvie contact , indéfiniment répété , une véritable coannotion électiique , plus ou moins forte selon les circons- tances (i). La sensation qu'on éprouve ressemble à l'effet d'une foible charge dans une très-grande batterie électrique. Sa tension est si peu considérable que son influence ne peut traverser la peau sèche. 11 faut donc mouiller une partie de chaque main, puis tenant dans chacune une pièce de métal toucher le bas et le haut de la pile, ou des conducteurs qui coiiimuniquent avec ces deux extrémités. On j)eut aussi faire arriver res conducteurs dans deux vases d'eau séparés, dans lesquels on plonge un doigt de chaque main. La commotion est d'autant plus forte que le nombre des pièces en contact est plus considérable. Vingts donnent un choc qui est senti dans les bras, lorsqu'on pre^ tube ^ ijui avoit i pouce de diamètre, fut rempli d'eau de rivière, "t on laissa les pointes à 1 pouce \ l'une de l'autre en dedans La (lile étoit de .-)6 petits écus, et autant de pièces de zinc et de carton. Heu après l'apjilicatioa du tube dans le circuit entre le haut et le bas de la pile, on vit paroître un petit courant de bulles t)ès- finrs qui seinbloicnt sortir de la pointe d.i fil de métal iiiiërieur dans ie tube, soit celui qui communipioit avec la pièce d'argent sur laquelle étoit élevé tout l'appareil; la pointe opposée se ter- nissoit à mesure; elle prit d'abord une coidenr oratige foncé , jiuis noire. Lorsqu'on renversoit le tube, le gaz sortoit de la pointe devenue inférieure et l'autre se terni'isoit proporti(jnnellem'nt. En le retournant de nouveau , les phénomè;:cs se présentèrent comme dans la première position. On laissa le tout en cet état pendant deux heures et demie. Le fil supérieur lâcha peu-à-peu des nuages d'une sorte d'écume blanchâtre quij vers la fin du procédé, passèrent au vert , et domeuroient susp^^ndus en partie en fdets verticaux au dernier demi-pouce du fil de métal : ce qui en échappa troubloit l'eau et formoit un dépôt , vert-pale. (i) Voyez, sur cet instrument j le tom. III de ce recueil , Science* et Arts , pag- 272 (iVb^a de Piclet). sur l El D' H I 3 T O I R E NATURELLE. S/f) Sur la partie inférieure du tube, alors incline d'environ 4° degrés à l'horison. Le fil inférieur, long de ^ de ponce donnoit constamment du gaz, excepté quand un autre circuit , ou communication par un conducteur parfait, étoit appliqué à l'appareil; l'émission étoit alors suspendue. Elle se renouveloit, au bout d'environ deux secondes , lûrsqu''on supprimoit de nouveau la communi- cation établie par le conducteur additionnel. Le produit aéri- fonne , durant les deux heures et demie de travail de l'appareil, s'éleva à ~ de pouce cube. On le mêla avec une quantité égale d'air commun, et il détonna au contact de la flamme d'un fil ciré. En renversant la pile, de manière que le zinc fût au bas, les effets furent aussi renversés; c'est-à-dire, que le gaz fut produit parle fil supérieur j qui alors étoit en communication avec la pièce d'argent. Ce ne. fut pas sans surprise que l'auteur vit dans ces singuliers résultats, l'hydrogène se dégager au contact de l'un des deux fils avec l'eau, tandis que l'oxygène secorabinoit avec l'autre CI , distant de près de deux ponces. Ce fait, nouveau, n'est point: encore expliqué , et il semblerolt dépendre de quelque loi gé- nérale dans le mode d'action chimique de l'électricité. Comme la distance entre les fils formoit une circonstance mar- quante dans ce résultat, il convcnoit d'en rechercher le niaa:i- mum. On n'obtint aucun effet dans un tube de trente six pouces rempli d'eau , dans les deux extrémités duquel arrivoient les fils disposés comme auparavant. On n'essaya pas des distances in- termédiaires ; mais il paroît qu'en général, la décomposition est d'autant plus rapide que les extrémités des deux fils sont plus rapprochées, sauf le cas du contact, dans lequel elle n'a point lieu. Le 6 mai, M. Carlisle répéta l'expérience avec des fils de cuivre et de l'eau teinte en bleu par le tournesol. Le fil oxidant, c'est- à-dire en communication avec le zinc, étoit en bas. Cette eau devint rouge au bout de dix minutes, environ, jusqu'à la hau- teur de l'extrémité supérieure du fil inférieur ; le reste de la liqueur conserva la teinte bleue (i). Il y auroit donc là un acide (i) Dans une expérience analogue, l'une Je celles que nous avons répétées dons une séance de la sociélé de physique et d'histoire naturelle de Genève , Tome Ll. BRUMAIRE an 9. Y y 35o JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE formé; ou bien une portion de l'oxygène se seroit combinée avec la partie colorante, de manière à produire l'eiïVt d'un acile. M. Nicholson observe, que la pile é]ectrirmoit une végéta- tion métalli pie ramifiée, dont le volume surpassoit neuf a dix fuis Ci lui du fil autour duquel elle étoit agglouierée. Il par. ît , dit l'auteur, que dans cette expérience, l'influen- ce de l'eiectricité angmentoit l'oxidabilité du fil supérieur , et produisant de rhydr02,ène naissant, à la surface du fil ijilérieur, 35i JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE {'àisoit agir ce dernier ingrédient comme précipitant d'une so- lution d'un seul et naême métal. « Il nous manque , ajoute-t-il en terminant son écrite un moyert~,de mesurer l'intensité d'action dans ces appareils. Pour- roit-on l'apprécier par les quantités d'eau décomposée, ou de gaz dégagé dans des circonstances semblables et un temps donné f Ou par quelque modification dans la température ? Ou enfin , par quelque autre circonstance susceptible de variations?" M. Carlisle n'a pas trouvé qu'un thermomètre très-sensible mis dans l'eau du tube où s'opère la décomposition, fût le moins du monde affecté par la formation des lluides élastiques. PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE CONTENANT Une description des organes des plantes et une exposition des phénomènes produits par leur oi"ganisalion , Far F. Senebier; 5 vol. in-8". Genève, chez Paschoud. A la renaissance des lettres les savans n'avoient d'autre moyen de communiquer entre eux et de faire connoîtrc leurs travaux , que de publier des ouvrages , et l'on conçoit qu'on ne se ha- sardoit à composer un livre, que lorsqu'on avoit un grand nom- bre de faits sur le même sujet; mais ensuite l'établissement des sociétés savantes et des journaux littéraires donnèrent à chacun la faculté de faire connoître les observations isolées, et les faits détachés. Dès cette époque il parut peut-être à proportion moins d'ouvrages fondamentaux ; mais les sciences firent cependant des pas bien plus rapides. Depuis 5o ans on acciunuloit les observations et les expériences sur la physique végétale , mais personne n 'avoit osé entreprendre d'en faire un tout. Le cit. Senebier vient de l'exécuter avec succès ; son ouvrage , qui va devenir la base d'une science importante, mérite d'être examiné sous deux points de vue ; relativement à l'ordre qu'il a mis dans les choses connues , et relativement aux faits nouveaux qu'il a fait connoître et aux théories nouvelles qu'il a déve- loppées, ET D' H I S T O I R E NATURELLE. 355 L'ordre que le cit Seneljier a adopté est eiiiièrenient nouveau, et sous ce point de vue doit intéresser les naturalistes ; il a in- troduit dans la physiologie des j)lantes la division adoptée dans celle d'anatoinie et de physiologie des animaux; U a su cepen- dant les lier l'une à l'autre de manière à ce que l'anatomiene fût pas sèche et à ce que dans la pliysiolo^ie il n'eût pas con- tiniiellement besoin de recourir aux notions anatomiques. Jusqu'ici nous n'avions point d'atiatomie végétale, mais seu- lement des descriptions de telle ou t; lie partie. En parlant de la racine, on deiailloit sa dissection , et on parloit de nouveau des mêmes fibres et des mêmes articules en parlant de la tige et de la feuille. Senebier a piis une autre marche ; il s'occvipe d'abord des parties élémentaires des végétaux, telles que h s fibres, les vaisseaux ^ les utricules et les tiachées; de là il passe aux parties organiques communes au plus grand nombre de plantes , telles que l'épiderme , le parenchyme , les couches cor- ticales , le liber, l'aubier, le bois et la moelle. En composant- davantage ces organes , il arrive aux organts essentiels à la \ ie ou à la santé d'un grand nombre de végétaux, comme les racines, les feuilles, les poils, etc; enfin il fait connoîlre les organes générateurs des plantes, il termine son anatocnie par un cha- pitie qui renferme l'histoire des fluides fournis par les [>lantes dans leur état de santé ^ comme la lymphe, les sucs, l'arôme, et de quelques matières solides qui s'y trouvent en même temps telles que la fécule , la gomme etc. La division de la physiologie n'est pas moins méthodique ; après avoir présenté quelques vues générales sur la nature et l'objet de cette science , l'auteur recherche les différentes subs- tances qui paroissent avoir des rapports déterminés et soutenus avec les plantes; il parle ici de terre et des engrais , de l'eau, de la pluie , de la rosée et des brouillards , de l'air, de la lumière, de la chaleur et de l'électricité. Il étudie ensuite comment la plante croît et traire de son développement et de son accrois- sement; ce qui le conduit à suivre les effets généraux de ce développement, savoir l'émission des boutons, l'extrémité des pousses , la direction des tiges et des racines ; de là il passe aux eff ts particuliers, tels que la naissance et la chute des feuilles : ayant ainsi développé l'histoire de la végétation d'un individu, il s'occupe de la reproduction qui doit perpétuer l'es- pèce ; et à l'oicasi.in des fruits, il parle des saveurs , des odeurs et de-i cmdcurs ; ici se termine l'histoire du végétal; le physio- lo^isio ajoute encore quelques mots sur la durée et la mort des ZSG JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE plantes , et devenant en quelque sorte métaphysicien , il en vient à discuter la réalité Je quelques propriétés attribuées aux plantes, savoir l'irritabilité , le mouvement et la sensibilité ; et à comparer les végétaux avec les animaux. Puis s'élevant encore plus loin, et devançant des yeux l'état actuel de la science , il termine son ouvrage par un tableau des principaux objets qui doivent attirer l'attention des physiologistes , et des principaux problê- mes dont la solution tendra à completter nos connoissances sur la vigétation. Tel est le plan du vaste ouvrage que le citoyen Sencbier vient de publier; l'ordreqa'ily a mis n'est qu'une foible partie de son mérite ; je vais chercher à faire connoître les idées nouvelles dont il a enrichi la science. De tous les organes des végétaux , le parenchyme étolt l'undes moins connus , soit à cause de sa position à l'intérieur des feuilles, soit à cause des difficultés qu'offre sa dissection. Senebier prouve qu'il est un organe composé de plusieurs ordres de vaisseaux superposés , communiquant entre eux et agissant de concert pour l'élaboration de la sève et la décomposition de l'acide car- bonique ; il montre qu'on y trouve des vaisseaux propres et lymphatiques qui sont les filets , formant les diflerens réseaux dont il est composé ; qu'on y suit la communication de ces diffé- rons réseaux par le moyen des injections ; qu'on y remarque même la liaison des trachées avec toutes les parties du paren- chyme; qu'enfin il communique pendant quelque temps avec la moelle ; mais qu'on ignore l'usage de cette communication ; il établit que le parenchyme vert qui élabore le gaz oxygène, ne peut être de même nature que le parenchyme coloré des pétales, et il indique aux anatomistes ce sujet de recherches. Comment en effet pourrons-nous établir de théories solides sur la végé- tation^ sans connoître à fond cet organe qui est le laboratoire des opérations alimentaires des plantes ? Le citoyen Senebier a enrichi l'anatomîe végétale d'un nou- veau moyen qui peut y devenir utile et qui l'a déjà été entre ses mains; jusqu'ici on n'avoit fait macérer les parties des vé- gétaux que dans l'eau et on n'avoit pu attaquer que les parties goaimeuses; il a imaginé de faire un sfjuelette de bois en ex- posant des tranches minces de sapin a l'action successive de Teau et de l'esprit de vin ; par là il a détruit successivement la gomme et la résine , et a laissé à nu les fdjres ligneuses. Ce squelette ressscrable à un réseau dont les fibres se croisent a angles droits ; leurs points de rencontre ne sont pas des nœuds ; on n'y découvre pas de trachées, les fibres étoient liées r'»'' *^® la ET D'HISTOIRE NATURELLE. 35/ la résine que l'esprit de vin détruisit , mais elU'S étoient encore encliaînées entre c41es par des vaisseaux particuliers cjui servent réciproquement à leur développement et à leur mitritic;n. A^ant pesé exactement les tranches de bois snumises à ces dissolvuns , l'auteur a vu que les bois nus d'abord dans l'eau ont plus perdu de matière que ceux qui avoieiit été d'aijord dansl'espiit de vin, et que les bois à mailles lâches comme le sureau , ont beaucoup plus perdu que les autres. L'écorce du sureau traitée de la même manière a plus perdu que le buis, son parenchinie a perdu les ^ de son poids dans l'esprit de vin. L'histoire et sur-tout l'usage de la moelle nous sont totale- ment inconnus; Senebier cherche à fixer sur cet organe l'atten- tion des physiologistes; par quelle cause, se demande-t-il la moelle et le tube médullaire lui-même disparoissent ils dans le cœur des vieux ai bres ? Il ne trouve que trois moyens pour exph- tjuer ce liait ; ou il se forme du nouveau bois pour remplir le tube, ou celui qui environne le tube se dilate, ou ilest comprime de manière que le vide se remplit : le bois du centre étant plus compact et plus dense on ne peut concevoir ni sa dilatation m sa compression, mais les fibres longitudinales qu'on remarque à la circonférence font penser qu'il peut s'y former des couches ligneuses qui, il est vrai, se dévelojipent plus lentement que celles de l'extérieur; cette opinion est d'autant plus probrjjle que la moelle est pleine de sucs résineux, et qu'on distingue les vaisseaux du parenchime qui peuvent lui porter les sucs propres ; quanta l'usage de la moelle, Senebier soupçonne riu'elle remplace l'emulsion Lies cotylédons, et sert de réservoir à un suc nourri- cier nécessaire à la plante ou à ses rameaux dans leur enfance. On s'apperçoit que la physiiiue végétale n'a point encore fait l'objet d'une étude spéciale en remarquant que toutes les par- ties qui ne sont pas en évidence sont fort mal connues ; l'histoire desracinesj par exemple, est encore couverte d'obscurité ; le cit. Senebier fait sur cet organe une observation intéressante; il re- marque que les plantes dont les feuilles élaborent beaucoup d'a- cide carbonique ayant moins jjesoin d'en tirer de la terre , ont de petites racines ; on a dit depuis longtemps que si l'on plan- toit un arbre la tête en bas elles racines en haut, il sortoit des racines de la place des feuilles et vice versa. Le citoyen Senebier analyse ce phénomène et montre par des expériences faites sur la menthe et le saule , que dans ce cas les racines ne sortent pas de la place des feuilles mais tout à côté, et qu'il en est de uiême de la naissance des feuilles ; il semble donc qu'il v a dans toute Tome LI. BRUMAIRE an 9. Zz 358 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE la plante des germes racines et des germes rameaux qui se dé- veloppent SPule lient dans certaines circonstances , et que la dis- ]io-ition des racines est déterminée coimne celle des branches. L'auteur a encore prouvé par une expérience directe sur le raifort, que les racines ne tirent l'eau que par leur extrémité. On trouve encore dans le pre nier volume un c!ia|)itre intéres- sant sur les nœuds ou articulations des tiges. Scncblef^' donne l'anatoinie des nœuds des graminées; il in.intre comme nt toute la plante tire son origine du premier nceud et. la compare ;\ une lunette à longue vue dont les tnyaux d'aijord enchâsses se dé- veloppent successivement; il compare les nœuds à de vrais bour- relets ; il l'ait voir que la feuille enveloppe la tige par sa con- tractilité, que la membrane qui se prolonge au-dessus de la gaine sert à empêcher l'eau de pénétrer, et garantit en particulier l'épi naissant; il remarque enfin , (|ue les nœuds s'écartent les uns des autres pendant la végétation ; il seroit intéressant d'étudier comparativement les nœuds des cariophyllées, on y voit au pre- mier coup d'œil de grandes différences. Les nœuds desgiamens sont devrais renilemeiis, et la tige ne se rompt qu'entre ces nœuds; ceux des cariophyllées sont des articulations où. la tige se rompt facilement. On a beaucoup étudié les plaies faites aux tiges afin d'en tirer des notions sur raccroissement. Senebier a répété des expériences analogues sur des feuilles; il a vu que si l'on coupe les nervures trop près du pétiole la feuille périt , mais que si on les coupe ;\ une certaine distance les anastomoses des nervures secondaires remplacent celles t[n'oii a coupées ; il a vu que les parties re- tranchées , que l'épiderme lui-même ne se régenéroient point, tandis qu'on sait que l'épiderme des tiges se régénère. Après avoir tlonné l'histoire anaioui'qne de la fructification, l'auteur s'élève h. des considérations p us générales et discute la grande question de la préexistence des g' rmes ; il embrnsse la théorie de Bonnet comme il l'sivoit déjà fait dans la préface de sa traduction de Spallanzani ; il pense qu'on peut apjiliquer aux végétaux toutes les preuves de cette théorie tirée du règne ani- mal; il s'appuie en particulier sur les observations de Spallan- zani qui montrent l'existence des graines dans plusieurs jilantes, lon^telnps a\aut la fécondation. Mais counnent expliijuer la mid- tiplication ]iar boutures ? Peut-on admettre cette multiiude de geruics ré[)andus sur toute la surface d'un végétal ? Peut-on croire (lu'i's ont été fécondés avec la graine ? Le citoyen Senebier le pçnse et développe les preuves de cette idée. ET D' Il I S T O I R E NATURELLE. S.nj Qiiîitons CCS sujets mystérieux qui passent probablement la force de notre intelligence et redescendons dans les détails où nous marchons d'un pas plus assuré. Etudions avec Senebier l'histoire de la lymphe , ce fluide important qui fournit à la nu- trition des végétaux; elle s'élève par les libres ligneuses et s'é- chappe par les sections qui pénètrent au bois : les pleurs de la vigne ne sont qu'une lymphe abondante. Senebier élève quel- ques doutes sur cette fameuse expérience de Haies où la sève s'est élevée à 44 pieds j ou 16 mètres dans des tubes soudés au-dessus d'un rameau de vigne pleurant. Comment , en eflet, une force aussi considérable seroit-t-elle arrêtée par une légère couche de gomme , par un morceau de papier fin appliqué sur la section ? Senebier fait l'analyse de la lymphe au moment où elle commence et à celui où elle finit; et il résulte de cette comparaison, que la durée de la végétation augmente la matière solide dissoute dans la lymphe, qu'il se combine alors une plus grande quantité de ces matières ; qu'il s'y trouve beaucoup plus de résine ; que la terre dissoute dans l'eau y est en très- petite quantité puisqu'on n'en trouve environ que —-- de son poids. Senebier donne une histoire détaillée de la fleur ou pous- sière glauque qui recouvre certaines feuilles et certains fruits; il pense qu'elle est formée par une exhalaison huileuse qui par son exposition à l'air devient cireuse et ()ui se moule en petits grains en sortant des pores de l'épiderme. Son usage est probablement de former une excrétion nécessaire à la perfeclion des sucs et de préserver les feuilles et les fruits d'une humidité qui pourroit les corrompre ; je remarquerai à l'appui de cette idée, que cette poussière n'est nulle part aussi abondante que sur les feuilles et les fruits charnus. Nous venons de parcourir la partie anatomique de cet ouvrage et nous avons fait connoître quelques-unes des idées nouvelles (]ui s'y trouvent : essayons, en suivant la même marche, d'ex- traire celles qu'on lit dans la partie physiologie. Ici l'auteur a ajouté aux travaux de ceux qui l'avoient précédé beaucoup plus que dans l'anatomie , et notre tâche en devient plus dirliciie. Rien n'intéresse autant l'agriculture que la corfnoissance des engrais et de leur manière d'agir ; sur, aucun sujet les phvsio- logistes ne se sont autant écartés des notions des agriculteurs que sur celui-ci. Le cit. Senebier analyse litillucnce des engrais avec plus d'exactitude, et met pour ainsi dire la physiologie d'accord avec l'agriculture ; les engrais, selon lui , servent aux ~" Z z 2 26o JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE plantes parce qu'ils contiennent du carbone et de la terre dans l'état le plus propre à être absorbé par les plantes. Ces élémens ne sont point suspendus dans l'eau, car l'auteur prouve par expérience que toute matière suspendue dans l'eau retarde ou empêche quelquefois la succion; ils y sont dissous ou plutôt ils forment une espèce de mucilage qui par sa fermentation dégage de l'acide carbonique. Celui ci dissgutune petite quan- tité de terre et de fer et est lui-même dîfisous dans l'eau ab- sorbée par la jjlantc. A l'appiù de cette théorie l'auteur cite un grand nombre d'expériences, et entre autres celle-ci, c'est qu'en faisant bouillir de la terre de jardin avec de l'eau et en décan- tant cette eau , la terre avoit perdu sa fertilité , et qu'elle la re- prit quand on y versa l'eaujpi'on en avoit extraite. L'eau se décomposet-elle dans les végétaux ? Cette question imjjortante a occupé d'une manière spéciale le citoyen Senebier et il se décile pour l'affirmative, en considérant l'existence cons- tante du gaz hydrogène dans les végétaux ; il a d'ailleurs éprouvé avec Huber que les pois pendant leur germination dégagent du gaz hydrogène; cette expérience importante prouve qu'au moins dans ce cas la décomposition s'opère , et c'est une grande in- duction à penser (pi'il en est de même dans l'acte de la nutri- tion. Mais comment s'opère cette décomposition , nous l'igno- rons 1 Nous voyons plusieurs exemples d'exhalation de gaz hy- drogène à la température de l'atmosphère, ensorte que nous ne pouvons d'après ce doute infirmer un fait aussi probable; peut- être cette décomposition a-telle lieu au moment de la formation des huiles. Le cit. Senebier ne s'est point laissé séduire par l'autorité : depuis Musschembroek on répétoit aveuglément que les goutte- lettes d'eaii qui se trouvent sur les feuilles le matin étoient leur transpiration ; Senebier a cherché à vérifier ce fait sur des choux, et il a vu que des choux sous cloche ne s'étoient point couverts tle gouttelettes , et que des feuilles sèches mises à côté d'eux s'en sont chargées coaime si elles avoient été vivantes , d'où il conclut que ces gouttes sont déposées sur le^ choux par la rosée. Cette expérience demande à être répétée sur plusieurs plantes de familles différentes. Tous les physiciens savent que les plantes donnent au soleil du gaz oxygène; si on les laisse se putréfier sous l'eau, elles exhalent du gaz acide carbonique mêlé de gaz azote; si on ex- trait avec la pompe pneumatique l'air qu'elles contiennent, les premiers coups de piston donnent de l'air atmosphérique, puis ET D' HISTOIRE NATURELLE. S6i on obtient de l'azote : ces faits découverts par Senebier offrent un problème curieux ; quelle est la source de cet azote? Il n'est pas produit par les plantes ; on ne peut imaginer comment l'air atmosphéricjue circvileroit dans les plantes , car on ne peut com- prendre comment il s'y introduiroit. L'auteur pense que cet azote s'y introduit condjiné avec le gaz acide carbonique dissous dans la sève, et en effet on sait qu'il s'y trouve presque tou- jours. Senebier ne croit point que l'air commun s'introduise et cir- cule à l'état d'air dans les plantes, et par les mêmes raisons il croit que l'acide carbonique s'y introduit dissous dans l'eau. Il pense que cet acide est décomposé dans le parenchime par l'ac- tion de la lumière; que son carbone se fixe tandis que son gaz oxygène se dégage; par cette théorie simple il explique toute la nutrition eles végétaux : mais comme il l'a déjà fait connoître dans ses précédens ouvrages, je ne m'étendrai pas sur ce sujet quelqu'intéressant qii'il soit, et j'inviterai les physiologistes à lire élans l'ouvrage même ce qui y a rapport. La fixation et le dégagement de plusieurs gaz produisent al- ternativement du froiel et du chaud. Ces alternatives se com- pensent-elles, ou en d'autres termes , les végétaux ont ils une chaleur qui leur soit propre ? Senebier ne croit pas qu'en géné- ral la températtrre eles végétaux s'élève au-dessus de celle de l'air environnant ; cela peut cependant avoir lieu dans quekiues cas particuliers ; ainsi on sait c[ue le chaton des arum devient chaud au moment de la fécondation; Senebier a observé ce fait avec soin, il a vu qu'à trois heures de l'après-midi l'air étant à i5'6ole chaton étoit à i6'i° , qu'à six heures trois quarts l'air étant à i4'9°» le chaton étoit à ai'b'jj qu'à dix heures et demie l'air étant à 14° le chaton étoit à i5'7 : le chaton noircit pendant ce temps ; peut-être la combinaison rapide du gaz oxygène de l'air avec le carbone du chaton est-elle la cause ele 'cette cha- leur. Senebier donne une histoire très-détalllée de la germination et rapporte plusieurs expériences c|u'ii a faites à ce sujet; elles montrent que l'eau est aspirée par la cicatricule, que les enve- loppes de la graine servent à empêcher l'eau d'y arriver avec trop de précipitation; il pense que des enveloppes cette lymphe pénètre jusqu'aux cotylédons , (ju'alors la matière farineuse se dissout et forme une espèce de lait végétal qui se verse dans la radicule , d'où il passe dans la plumule ; lorsque la plante peut se suffire à elle-même les cotylédons se dessèchent, mais si on 562 J O U R N A I- DE PHYSIQUE, DE CHIMIE les coupe auparavant, la plante reste petite et rabougrie. Les phénomènes delà germination considérés chimiquement sont en- tièrement ceux d'uiie fermontatioji. L'eau, la ciiaieur , le gaz oxvf^ène y jouenf. le même rôle que dans la fermentation. L'accroissement des végétaux conduit Sencbier à s'occuper de la succion et de la transpiration, deux |)hénoinènes qui sont intimement liés. Il montre qu'à l'obscurité les rameaux con- tinuent à pomper l'eau quoiqu'en petite quantité,, mais que la tiauspiration est arrêtée, ce qui rend raison de l'observation de Haies, que les plantes augmentent de poids pendant la niiit. Quehjucs gouttes d'acides siiUurique et niuriatique favorisent la .«succion ; le sult'ate de soude, le nitrate de potasse, la potasse, le tartrite de potasse et le muriate d'ammoniaque ont produit le même effet; l'eau transpirée n'est pas tout à-fait de l'eau pure, elle se corrompt plus facilement et laisse par l'évaporation une très-petite quantité de résidu gommeux et résineux. Ce résidu n'a été rpie de -—-jj dans une des expériences de Senebier. Apiès avoir décrit les faits relatifs à l'ascension delà sève, ] 'auteur est appelé à s'occuper de la cause de cette ascension , il rél'ute toutes les théories imaginées jusqu'à présent pouri'ex- ])liqucr, môme celle- de Demassnre, et finit par proposer une nouvelle hypothèse ; je vais essayer d'en donner une idée ; puis- ciue la succion s'opère par les fibres ligneuses , (jue celles-ci sont cncliaînées dans les arbres et même dans les herbes par tous les points , on ne peut admettre aucun mouvement de la fibre , nous savons au contraire que ces fibres ont de l'affinité avec l'eau et sont modifiées par l;i chaleur. On fait des hygroscopes avec du bois mort , le pyromètre montre (pie la chaleur les dilate. Imauinons donc que l'eau e'it pompée et conservée par la fibre au moyen d'une affinité hygix>scopi(jue, et que cette fibre, comme tous les hygroscopes, tend sans cesse à l'équilibre d'humidité, et nous concevrons pourquoi les arbres tirent également l'eau dans tous les sens, comment l'eau absorbée par une branche ou une racine, se communique aux autres; pourquoi l'inté- rieur des troncs est généralement humide ; comment des troncs coupés et exposés à l'air produisent souvent de nouvelles bran- ches ; pourcjuoi les feuilles transpirent; comment la transpira- tion est intimement liée à la succion ; comment une branche d'arbre introduite dans une serre s'y couvre de iéuilles et de fleurs avant les autres, etc. Trois objections se présentent contre cette théorie séduisante par sa simplicité; 1°. pourquoi les plan- tes sèchce ne reprennent- elles pas vie quand on les humecte, % ET D' H I S T O I R E NATURELLE, 3G3 rcmarfjuons que ])lusieur.s conscrvtiit après la mort leur affuiittî hygroscopique pour l'eau , mais leurs frêles vaisseaux rompus et distendus par une prompte tlcssication ne peuvent rejjrcndre leur action; 2". comment vivent les plantes aquatiques; mais on peut expliquer celte végi'lation encore inconnue en disant que puisqu'elles exhalent de l'air, il se forme un vide dans leurs articules qui est rempli par l'absorption d'une nouvelle quantité d'eau ; 3°. comment expliquer par là les pleurs de la vigne; niais ce phe]U)inèi)e particulier à un petit nombre de plantes, supposa une organisation particulière. J"ai d'ailleurs fait connoître plus liant les doutes qu'on peut élever contre les expériences de Haies à ce sujet. Je me suis arrêté longuement sur la théorie de l'ascension de la sève parce que le sujet l'exigeoit et je serai oKligé d'o- mettre plusieurs faits intéressans afin de ne pas allonger cet extrait outre mesure; je voudrois faire connoître avec quelques détails les expériences faites par Senebier sur l'évolution dos boutons , mais je préfère renvoyer à l'ouvrage même; je dirai senle:iient que l'auteur pense que l'ouverture et la chute des écailles est pro- duite par le double accroissement du bourrelet qui se trouve à leur base. Je voudrois raconter ses nombreuses expériences sur l'influence que la lumière exerce sur la coloration des végétaux , mais plusieurs sont déjà connues par les mémoires physico chimiques publiés il ya 18 ans. Je me contenterai de citer un fait observé par ffuber , mais qui demande à être vu do nouveau ; il a re- marlus rare; elle offre une dépression longitudinale , profonde et triangulaiie. Ces bé- lemnites sont quelquefois comprimées vejrs la. base. Il y a des bélemnites dont l'extrémité est striée , d'autres offrent une rai- nure longitudinale sur les faces opposées. La bélemnite cylin- dri(|ue arrondie à son extrémité se rencontre dans les crayères et dans la montagne de Maëstricht. On trouve dans la pierre calcaire amraitée de cette montagne ET D' HISTOIRE NATURELLE. 367 des bélemnites cylindriques arrondies, tenninjes par une pointe conique de deux lignes de long. Ces bélemnites sont creuses et blanchâtres j elles ont sept à huit pouces de long sur sept lignes de diamètre : les parois de leurs tuyaux sont minces et spatlieuses. Faujas a gravé dans son intéressant ouvrage sur les fossiles de la montagne de Maëstriclit, trois variétés de bélemnites, une en eêne aigu , l'autre cylindrique arrondie, la troisième cylindrique avec pointe conique. Voyez la planche 3o , lig. 1 , 2 et 3. Les crustacées qu'on trouve dans la montagne de Maëstriclit sont blancs et fiiables ; on a observé qu'il ne s'y rencontroit que des serres d'écrevisses et point de corps, ce qui n'est pas éton- nant si , comme le dit Faujas , ce sont les serres des bernards herniites. Cescrustacées, comme on le sait, n'ont point de taie , et ont àdécouvertles parties molles de leurs corps; aussipour se loger dans des coquilles livrent-ils la guerre aux poissons .qui les habi- tent , cequi a fait donner le nom de soldat au crabe sans calotte. La béleniirite en fuseau est renflée vers les deux tiers de sa longueur ; elle se trouve dans les mêmes lieux que la béleinnite conoïdale. Il y a des bélemnites en fuseau terminées par deux poirrtes , ce qu'on remarque dans les marbres grisâtres , qui font partie de la collection du Musée des mines: ces bélemnites ont une teinte d'un gris brunâtre , avec des traits longitudinaux un peu plus clairs ; elles offrent à leur base un cône de marbre blanc produit par l'alvéole qui est toujours d'une couleur différente du tuyau de la béleinnite. Ce même marbre renferme des bé- lemnites en massues. Un aiitre morceau de marbre grisâtre renferme une bélemnite dont la coupe longitudinale offre une série de chambres en mar- bre blanc de l'épaisseur d'une ligne , séparées par une cloison grisâtre ; ce même marbre offre des bélemnites en fuseaux chambrés. Il y a des bélemnites qui ont la forme d'un fer de lance ; elles sont applaties vers les bords et renflées dans le milieu: Faïq'as les a trouvées près Gap , ainsi que des bélemnites dont l'extré- mité est en massue ; mais les plus remarquables sont des bé- lemnites cylindriques grisâtres sur lesquelles il y a de petites ta- ches blanches allongées qui pénètrent dans l'intériieur, oia l'on remar.^iie sensiblement le syphon. Ce naturaliste a trouvé dans le ijiême lieu des bélemnites grisâtres applaties, ayant une rai- nure sur Us 'aces opposées et des inters; ctioiis transversales in- diquées par des lames de marbre blanc. 11 y a dans le Musée des mines un marbre rouge briqueté (jui A a a 2 368 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE renferme des béleinnites cylindriques, an centre desquelles est une raie noire en relief, quj enfile des cloisons calcaires, blan- ches , opaques et presque feuilletées. explication de la planche des bélemnites. Fig. I. Bélemnite en cône aigu de grandeur naturelle. Fig II. A. Béletnniie en forme de ftr de lance, vue en son plat. La fig. II B. en offre la coupe, et la fig. II. C. le profil. Ou voit en b. les couches ou lits. On voit en d. un sillon latéral. Fig. III. Bélemnite en massue à syphon central double; elle est striée dans sa cassure ; elle offre une goutiièreou rainure qui ne s'étend pas justju'à son extrémité arrondie. Fig. IV. Petite bélemnite en fer de lance fortement applatie ; ses côtés deviennent tranchans vers le basj elle olfre des seg- mens. La fig. IV b. en offre le profil. Fig. V. Bélemnite à segmens ; celle-ci plus élancée est aussi terminée en massue ; elle est un peu applatie et offre deux rai- nures assez profondes et opposées. Son syphon est au centre. La fio. V. b. préicnte la différence de la rainure d'une des faces. - Fig. VI. Bélemnite tigrée à syphon central ; sa couleur est noirâtre , ses taches sont blanches et disposées avec peu de symé- trie; elles pénètrent la masse et s'augmentent à mesure qu'elles s'enfoncent ; peut-être sont-elles dues à des espèces de pholades , comme le croit Denis Montfort , un des naturalistes les plus fa- miliers avec les fossiles , lequel a eu la complaisance de me des- siner ces bélemnites de Gap , qui font partie de la collé'Stion de Faujas; elles sont de la nature du marbre d'un gris noirâtre. Knorr a décrit dans son bel ouvrage sur les fossiles , douze variétés de bélemnites. 1. . . La bélemnite cylindrique à pointe aiguë. 2 .... cuirassée. 3 conique à pointe affilée. ^ émoussée. 6 pyramidale. rj fusiforme. 8 fusiforme en massue. g creusée d'un sillon. E T D' H I s T O I R E N A T U R E L L E. 36f, lo à deux, sillons. 11 à trois sillons. 12 à pointe courbée. Tout en estimant les recherches de cet homiie célèbre , je me suis écarté de ses données : le temps et l'observation ajoutent à nos connoissances. OBSERVATIONS SUR LES EFFETS DU RHUS RADICANS, Par WiLtEMET , professeur d'histoire naturelle à l'école centrale du département de la Meurthe , et directeur du Jardin Na- tional des plantes , à Nancy. • Sur la fin de l'été de l'an 7, au sortir d'une asseml^lée de la société de médecine , ayant fort chaud , j'allai cueillir , sans aucune précaution , plusieurs poignées de rAus rad'icans au jar- din botanique, pour l'usage d'un paralytique; le surlendemain ma tête se buursoufïla avec érésypèle au visage et ophtalmie ; deb démangeaisons insupportables se firent sentir par tout le corps, et une inflammation au scrotum; le tout se termina par un panaris au pouce de la main droite dont on voit encore au- jourd'hui la perte d'une partie de l'ongle , ce qui le défigure. Ll's émanations de cette plante dans tous les temps de sa ver- dure , sont extrêmement actives et délétères. Notre jarJ.inier botaniste à qui je faisois séparer des rejets de rhus rad'icans , pour le rajiltiplier, malgré de grandes précautions , n'en fut pas moins frappé d'ophtalmie, d'érésypèle au visage et la tête enflée; cet état lui a dure pendant huit jours. Un autre jardi- nier, chaque fois qu'il ratisse et nettoie les environs d'une trachée de cette plan'e , est attaqué de démangeaisons et d'une éruption au scrotum. Plusieurs de mes élèves, pour avoir coupé quelques poignées de ràus rad'icans ont eu des inflammations aux 370 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE •yeux , des gonflemens au visage et des éruptions miliaires : la peau s'est levée par écailles à l'un d'eux. Les émanations du rhus radicans ont également lieu par le Eoleil ainsi qu'à l'ombre. Chaque fois que je coupe cette plante , pour mes leçons de botanique, les gouttes de son suc qui tombent sur mes mains , offrent des taches noires semblables à celles qui proviennent d'un charbon enflammé , ou d'un caustique. Il y a plus de vingt-cinq ans que je cultive le rhiis radicans et le rhus toxicôdendron au Jardin National des plantes de Nancy ; il me semble qu'ils présentent absolument deux espèces diftéreiites* Je dois à la complaisance de mon ami , le professeur Dufresnoi , de Valenciennes, une certaine quantité de replans de ihus radicans , que j'ai fait propager par le moyen de ses surgeons. J'ai remarqué que cette espèce a toujours la tige ligneu- se , radicante et rampante , tandis que le r/ius toxicôdendron ne rampe jamais, et sa tige n'est point radicante; il s'élève en ar- brisseau ; ses feuilles et ses fleurs présentent à-peu-près le mêuie aspect qu'a son congénère. L'usage des feuilles du toxicôden- dron opère le même effet que celles du rhus radicans. Ses exha- laisons sont aussi perfides, son suc aussi caustique. Le docteur Maugrat , médecin en chef de rhô|iital militaire fixe de Nancy , praticien expérimenté , a fait user de l'extrait et de l'iniusion des feuilles de rhus radicans à plusieurs malades paralytiques et dartreux} deux seulement en ont ressenti de bons effets. ET D'HISTOIRE NATURELLE. S71 RAPPORT FAIT A LA CLASSE DES SCIENCES MATHÉMATIQUES ET PHYSIQUES, DE L'INSTITUT NATIONAL, Dans sa séance du 6 messidor an 8 , Par la commission chargée de répéter les expériences de M. Achard , sur le sucre contenu dans la betterave (1). Parmi les différens produits que l'homme s'est appliqué à ex- traire des végétaux , le sucre est un de ceux dont l'usage est le plus étendu. Sa saveur douce et agréable , la propriété dont il jouit de ser- vir de condiment à plusieurs de nos alimens , de nos boissons , et môme de nos médicamens, l'ont fait placer , à jiiste titre, au nombre de ces substances dont il seroit d'autant plus difficile de se passer , qu'elles sont devenues des objets de première nécessité. D'après l'opinion reçue q-ue la canne à sucre étoit la plante qui fouriiissoit le plus de sucre, on imagina qu'en la naturalisant en France on en obtiendroit assez de produit pour subvenir aux be- soins de la consommation (2). Dans le nombre de ceux qui le plus récemment se sont occu- pés de cultiver la canne en France , nous citerons le citoyen Bermond. (1) Les commissaires chargés de faire ce rapport , sont les ciloyens Chapfal , Cela, Darcet, Fourcmy , Guilon , P.irmenlier , Tessier, Vauquelia et Deycux. (2) On ignore l'époque précise de la première cullure dt^s cannes a sucre ea France; mais " il paroit que vers le quinzième siècle celte sorle de cullure de- vint une espeee d'engouement général. Benujeu, qui écnvoit en 155 1 , dit qu? les Provençaux en cullivoieni depuis deux ans, qu'elles avoient poussé .issez bien, mais qu'on n'avoil pas pu prononcer sur la qualité du sucre qu'elles do.anoicnt. » (^ Histoire de la vie ptivée des Français , par le cit. Legrand-d'AussyJ. 372 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CIUMIE C'est à la nouvelle Tempée , près de Nice , département des Alpes Maritimes, que ce citoyen li^ choix d'un terrein pour ses plantations'. Les tentatives du cit. Bermond, comparées à d'autres du même genre faites à différentes époques, et toujours intructueusement, durent faire renoncer aux espérances qu'on avoit courues : aussi ne paroît-il pas que depuis on s'en soit occupé. Il en fut a-peu-près de même de l'érable a sucre , acer sac*- chnrinum de Linuée. Le navet , la carotte , la châtaigne , le panais , les tiges de maïs , et beaucoup d'autres , furent successivement soumis à l'expérience; mais, malgré les assertions des enthousiastes, il fut prouvé que tous ces végétaux ne pouvoient pas suppléer la carme , et que les tentatives qu'on férolt pour extraiie le sucre qu'on présumoit qu'ils dévoient contenir , seroieiit sans succès. Tel étoit l'état des choses lorsque M. Achard, chimiste de Eerlin , annonça c|u'il avoil trouvé des procédés au moyen des- quels il pouvoit retirer de la betterave blanche une quantité de sucre assez considérable pour ([u€ , en calculant tous les fi ais 3 ce sucre ne revînt pas à plus de 28 « So centimes la livre , poids de marc (i). Déjà Margraf , aussi chimiste de Beilin , avoit fait connoître , il y a plus de quarante ans, la possibilité d'extraire un véritable sucre de cette racine ; mais couime la quantité du proJuit qu'il avoit obtenu , malgré l'exactitude de ses procédés , ne lui avoit pas seiublé assez considérable pour qu'on pût en tirer un parti avantageux , il s'étoit contenté de présenter l'extraction du sucre de la betti rave comme une simple découverte qui ajoutoit un produit nouveau à ceux de l'analyse végétale. Malgré la réputation dont jouit M. Achard , l'impression que fit la première annonce de ses procédés , ne fut pas aussi favo- rable qu'on pouvoit s'y attendre. Instruit sans doute de cetto incertitude, M. Achard crut de- voir la faire cesser en s'appuyant de l'autorité de plusieurs per- sonnes dignes de foi , en présence desquelles il avoit travaillé ; ensuite, pour ne rien laisser à desiier,«il publia, en allemand , un mémoire dans lequel il fit connoître ses procédés avec assez de détails pour qu'on put les répéter à volonté. ( 1 ) Voyez annales de chimie , n°. gS , p. 168, Cependant ET D'HISTOIRE NATURELLE. S?"^ Cependant il restoit une grande (|uestion à décider. Il s'agis- soit de savoir si les betteraves , en France, étoient aussi riclics en sucre que celles qui croissent à Berlin. C'est pour acquérir à cet égard des renseignemens sulfisans , que la classe, d'après la proposiiion d'un de ses membre, crut devoir charger une commission de s'occuper spécialement des expériences relatives à l'extraction du sucre contenu dans la betterave. Afin de mettre de l'ordre dans l'exposé de ses expériences, la commission a divisé ce rapport en trois parties. La première contiendra le détail des tentatives qui ont été faites pour constater la quantité exacte de sucre contenue dans la bette- rave cultivée en France. Dans la seconde on traitera du procédé de M. Acliard. La troisième offrira l'exposé des essais faits pour perfection- ner ce procédé. PREMIÈRE PARTIE. Tentatives faîtes pour connaître la quantité de sucre contenue dans la betterave. Les expériences qu'on va rapporter sont à-peu-près les mêmes que celles citées par Margraf, dans son Mémoire sur le sucre de différens végétaux. D'à pi es la propriété qu'a l'alcohol d'être un dissolvant du sucre, nous nous sommes procuré une certaine quantité de ce fluide, et nous l'avons fait rectifier jusqu'à ce que , à une tem- pérature de i5 degrés au thermomètre de Réaumur, il marquât 37 à l'aréomètre de Baume. Dans cet état , il nous a paru assez déphlegmé pour produire l'effet que nous desirions. Nous ignorons si celui dont s'est servi Margraf l'étoit davan- tage, puisqu'il n'en a pas indiqué le degré, et qu'il s'est con- tenté de dire qu'il étoit extrêmement rectifié. D'autre part, nous nous procurâmes l'espèce de betterave recommandée par M. AcIiard, comme étant celle qui contenoit plus de sucre (jue les autres, c'est à dire^ celle dont les racines sont fusiformes, grosses, bien succulentes, rougeytres à l'exté- rieur et blanches en dedans. Elles nous furent fournies pai le cit. Sygertt , membre de la société d'agriculture du département de la Seine. Tome LI. BRUMAIRE an 9. B b b S^-i JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Ces racines, récenimcnt tirées de la teire, aptes avoir éta mondées et cotapées par tranches minces , furent placées dans une etuve. En moins de trois jours elles devinrent sèclies et cassantes. Le déchet qu'elles éprouvèrent par cette opéi-ation fut évalué aux trois quarts de leur poids. Au lien de les réduire en poudre, comme Margraf le recom- mande, on préféra les casser par petits morceaux ; dans cet état on les introduisit dans un matras. Sur huit part'e> de ces rai incs ainsi préparées, on versa trente- fk'ux parties d'idcuhol lectifié comme on l'a dit plus haut. Api es trois jours de digestion sur un bam de sable nicdiocreiyeiit chaud, on se l)â a de décanter le fluide. Ce fluide avoit une couleur légèrement citrine, et une saveur décidément sucrée. Par le refroidissement il laissa précipiter une foule de petits cribtaux blancs qui tapissèrent l'intérieur du vase au point de lui faire perdre une partie de sa transparence. Lorsque nous jugeâmes que le précipité n'angmenieroit plus, on fit décanter l'alcohol et on le mit de côté. Une nouvelle quantité d'alcohol fut versée sur les betteraves restées dans le matras, et séparé, comme le précèdent, après ■quatre jours de digestion. Ce second fluide, moins coloré que le précédent, avoit cepen- dant encore une saveur sucrée. Une troisième dose d'alcohol n'ayant pas acquis, au bout de plusieurs jours de digestion , de saveur semblable à celle des deux premières , nous jugeâmes que tout le sucre contenu dans ks betteraves'Sur lesquelles nous opérions avoit été séparé. Alors on fit réunir les trois licjueurs, et , au moyen de la dis- tillation , on en sépara les trois qiiarts. Dans cet état, le fluide restant présentoit un véritable sirop par sa consistance et sa saveur : on le mit dans une capsule , et on l'abandonna à l'évaporation spt>ntanée. iNous nous attendions qu'il cristalliseroit promptement j cepen- dant ce ne fut qu'au bout de dix jours que sa surface se couvrit d'une croûte cristalline que nous brisâmes avec précaution afin que ses fragmens pussent se réunir au fond de la capsule. Peu de jours après nous aperçûmes des cristaux assez gros et isolés, adhérens aux parois du vase. Ces cristaux augmentèrent insensiblement ; enfin lorsqu'on jugea qu'il ne s'en formeroit plus; on fit décanter le sirop, qui alors avoit une consistance mielleuse. Présumant que cette circonstance s'opposeroit à la séparation ET D'HISTOIRE NATURELLE. 375 du sucre que le sirop devoit encore coutenlr , on le fit délayer dans suffisante quantité d'aicohol , et après l'avoir exposé pen- dant quelques minutes à la chaleur d'un bain marie , il fut aban- doiuié de nouveau à l'évaporation spontanée. Peu-à-peu il se forma de nouveaux cristaux , mais en petite quantité; enfin il ne resta plus qu'une véritable mélasse qui refusa absolument de se cristalliser. Le produit des deux cristallisations dont on vient de parler , après avoir été bien égoutté et séché , représcntoit , en poids , trois seizièmes de la racine sèclie employée. Sa saveur étoit aoréa- ble; et quoiqu'il eut une couleur jaune , on auroit pu s'en servir en place de certaines cassonades de cannes qui ne sont pas par- faitement blanches. On a dit plus haut que l'alcohol mis en digestion sur les bette- raves sèches, avoit laissé déposer, avant d'être concentré , un sédiment cristallin. Ce sédiment examiné nous a paru être un véritable sucre , il en avoit la saveur et les propriétés. Son poids s'est trouvé être de près d'un seizième de la racine sèche. Voilà donc , en réunissant les produits obtenus par les diffé- rentes opérations dont on vient de parler, deux parties de sucre fournies par huit parties de betteraves sèches , lesquelles, comme on le fait observer, étoient elles-mêmes le résultat de trente- deux parties de betteraves fraîches , c'est-à-dire pourvues de leur eau de végétation. * Ainsi, d'après ce premier apperçu , nous pouvons déjà éta- blir comme chose certaine, que la betterave fraîche sur laquelle nous avons opéré, contenoit au moins ~ de son poids de sucre cristal! isaUle. Nous disons aa moins , car il est plus que vraisemblable que pendant les différentes opérations que nous avons fait subir à la betterave, il y a eu une certaine quantité de son sucre qui a été convertie en mucoso-sucré. Nous sommes d'autant plus fondés à croire à cette conversion du sucre en mucoso-sucra , que d'après des expériences faites particulièrement par un de nous , nous savons qu'on ne peut jamais rapprocher une solution de sucre le plus pur, quel que soit le fluide employé pour le dissoudre , sans faire perdre à une partie de ce sucre lapvojiriété de cristalliser. C'est sans doute paj- cette raison qu'il nous est resté, après les cristallisations , une sorte à.'eau-mere assez semblable à la mé- lasse de canne. Bbb 3 S^a JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Malgré que le soin pris pour suivre nos expériences ne dût nous "laisser aucun doute sur la qTiantité réelle de sucre contenue dans la betterave, voulant ceiiendant acquérir une plus g-ande certitude à cet égard , nous crîlmes devoir opérer tur deux nouvelles doses de racistes sèches. Les résultats que nous eûmes dans ce cas , comparés aux pre- miers, ne nous ayant présenté qu'une légè e dii'terence , nous dûmes en conclure que le produit d'abord obtenu, étoit et lui sur Itquel on pou voit compter, et qu'il dcvoit servir de base aux calculs qu'on voudrait faire. Pour terminer cette première partie de notre travail , il res- loit à constater le déchet que le sucre provenu de nos dilïé- rentes opérations , éprouveroit par le raffinage. Pour cela nous en fîmes dissoudre soixante-quatre grammes dans sufiisante quantité d'alcôhol. La dissolution filtrée, évapo- rée, puis mise à cristalliser , donna en trois cristallisations, un sucre assez semblable au sucre candi du commerce. La perte que nous avons eue par l'eau-mère restée, a été évaluée à un huitième du total de la matière employée. L'existence du sucre dans la betterave une fois constatée, et la somme de sou produit bien connue , nous nous sommes occupés de répéter les expériences de M. Achard. SECONDE PARTIE. Procédé de M. Achard pour retirer le sucre de la betterave. Le procédé qu'on a suivi pour faire les expériences dont 11 va être (|uestion , nous a été communiqué par notre collègue van Mons, qui lui-même le tenoit de M. Achard. Ce procédé a été imprimé depuis, dans le n°. 96 des Annales de chimie. Il consiste à faire cuire les betteraves avec sufiisante quantité d'eau , jusqu'à ce qu'elles soient assez ramollies pour f|u'on puisse y faire entrer une paille; alors on les coupe par tran- ches , et à l'aide d'une forte presse on en exprime le suc. Le marc doit être mis en macération dans de l'eau pendant douze heures, après quoi on l'exprime : enfin on procède à l'éva- poration du fluide résultant de ces deux expressions. Pour cela on le fait bouillir continuellement jusqu'à ce qu'il ait la consistance d'un sirop liiiiude ; seulement on a la précau- tion de le passer de temps en temps au travers d'une étoffe* de ET. D'HISTOIRE NATURELLE. 377 laine, pour le séparer des corps fj^ui flouent dans sou milieu et qui troublent sa transparence. Le sirop ainsi rapproché doit être versé dans des terrines très- évasécs. Ou les place dans une étuve dont la chaleur est de 3o a. 35 degrés. Peu-à-peu il se forme à la surface du sirop une croûte cristalline qu'il faut briser lorsqu'on apperçoit qu'elle de- vient trop épaisse. Du moment où, au lieu de cette croûte, on voit une parti- cule gommeuse qui n'est pas grenue , c'est une preuve qne la matière ne cristallisera plus; il faut alors arrêter l'évaporalion. i'-e qui reste est un mélange plus ou moins épais de nioscouaJe et de matière visqueuse. Pour séparer la moscouade de cette espèce d'extrait, on met le tout dans un sac de toile mouillée , et on l'exprime gra- duellement. La moscouade reste dans le sac, et l'extrait liquide se séjiare. Cette moscouade, dit M. Achard, peut servir aux mêmes usa- ges que le sucre; par les opérations du ralfinage elle peut acqué- rir la plus grande blancheur et être convertie en pains sembla- bles à ceux qu'on trouve dans le commerce. Nous avons suivi avec la plus grande exactitude le procède qu'on vient de décrire. Les phénomènes indiqués par M. Achard ont eu lie:' ; mais nous avons remarqué pins que lui , que dès que la li [ueur commenr.oit à bouillir elle perdoit pres(]ue tout à- i'alt sa saveur sucrée, et ne la reprenoit que lorsqu'elle étoit réduite à moitié et qu'on la privoit de cette écume qui se forme si abondamment pendant tout le cours de l'opération. La plus grande ditliculté que nous ayons éprouvée pendant le cours de cette opération , a été de trouver le point de rap- prochi ment où le sirop devoit être porté pour cristalliser; aussi n'est-ce qu'après bien des tâtonnemens que nous y sommes parvenus. Nous avons aussi remarqué que pour obtenir facilement des cristaux, il fàl'oit opérer un peu en grand. Dans nos petits essais nous n'avions qu'un sirop qui, le plus souvent, refusoit de cristalliser ; il sembloit que tout le sucre qu'il c(mtenolt étoit converti en mucoso-sucré. C'est d'après cette observation que nous nous déterminâmes à opérer sur iiSa parties (ou iiSa onces) de betteraves à la fois. Cette quantité est la plus forte que nous ayons employée , n'ayant pas à notre disposition des vaisseaux pour travailler nlus en araud. S78 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Ces iiSa parties de betterave nous ont fourni un sirop qui , en deux cristallisations , adonné 18 parties (18 onces) d'une moscouade très - brune , très - poisseuse et d'une saveur peu agréable. On a essayé de la purifier en la faisant fondre dans de l'eau et en clarifiant sa solution avec du blanc d'œuf. La liqueur, mise ensuite à évaporer et à cristalliser , a donné en plusieurs fois une moscouade un peu moins foncée en couleur que la pre- mière. Par une secontle et une troisième purifications nous par- vînmes encore à dirainuer sa couleur , ce qui nous fit présumer qu'il auroit été possible de l'obtenir parfaitement blanche , si on avoit continué à la soumettre aux différentes opérations d'usage dans les raffineries. Il est bon de taire remarquer qu'à chaque purification on éprouve un déchet considérable. D'après des calculs ([ue nous avons faits, nous avons presrjue la certitude (|ue ce déchet pour- roit être évalué à près d'un tiers du poids de la moscouade em- ployée j si on vouloit pousser sa purification assez, loin pour qu'elle fût convertie en sucre parfaitei tient blanc. Il ne sufïïsoit pas d'avoir ainsi constaté la possibilité d'extraire de la moscouade de betterave un sucre pur , il restoit encore à comparer la quantité obtenue de ce dernier avec celle que pou- voit fournir la moscouade de canne. Cette comparaison nous parut d'autant plus nécessaire , qu'elle pouvoit servir à faire connoître l'avantage qu'il y auroit à em- ployer l'une de ces deux moscouades de préférence à l'autre dans les opérations de raffinage. Pour cela nous nous procurâmes de la moscouade de canne et de la moscouade de betterave : toutes les deux provenoient du premier produit de la cristallisation des sirops. Après les avoir fait dessécher à une douce chaleur , nous mîmes une égale quantité de chacune d'elles dans de l'alcohol rectifié. La digestion achevée , les liqueurs farcnt filtrées et évaporées jusqu'à consistance d'un sîrop épais. Au bout de quarante-huit heures nous apperçûmes des cris- taux dont I2 nombre et la grosseur augmentèrent avec le temps. Le produit de cette cristallisation ayant été bien égoutté et des- sèche,. nous trouvâmes qi'e la quantité de sucre fournie par la moscouade de canne étolt à-peu-près d'un seizième plus consi- dérable que celle de la moscouade de betterave. Ces deux su- cres d'ailleurs étoient assez purs pour l'usage ordinaiie. E T D' H I s T I H E N A T U R E L L E. ô?» On. volt d'apès ce qui precèJe , 1° Qu'à l'aide du procédé de M. Achard on peut obtenir des betteravf's une vé itable moscouade. 2". Que le produit en sucre pur retiré de cette moscouade , comparé avec celui que lourziit la moscouade de caune , présente une petite différence (|ui et à l'avantage de la moscouade de canne , puisque celle ci traitée par les mêmes moyens de purifi- cation , donne un peu plus de sucre que l'autre. 3°. Qu'il est constant que pendant les opérations que M. Achard recommande de faire subir aux betteraves pour en obtenir le si- rop dans lequel se forme la moscouade , une partie du sucre de ces racines se trouve décomposée au j.oinc de ne pouvoir plus cristalliser ; puisqu'on obtient moins ce moscouade qu'on en auroit réellement retiié si, au lieu de faire cuire les racines , elles eussent été seulement traitées par l'alcohol. Cette dernière considération nous a paru assez importante pour rechercher s'il ne seroit pas possible d'améliorer le procédé de M. Achard. Quoique les essais que nous avons faits pour y parvenir n'aient pas eu tout le succès que nous desirions , nous avons cepen- dant pensé qu'il pourroit être utile de les faire connoître à ceux qui, comme nous, voudroient s'occuper de« perléctionner le travail relatif à l'extraction du sucre de la betterave. C'est d'après ce motif que nous nous sommes déterminés à les consigner dans ce i apport. TROISIÈME PARTIE. Expériences faites dans l'intention de perfectionner les procédés de M. Achard. Lorsqu'on réfléchit aux avantages qui résulteroient de l'em- ploi du procédé de M. Achard , s'il fournissuit le moyen de re- tirer de la betterave une aussi grande quantité de sucre que celle qu'il dit avoir eu^ on n'est plus étonné de remjjressement qu'il a mis à lui donner de la publicité; mais ce qu'on doit re- gretter , c'est (|ue pour éviter à d'autres des tentatives infruc- tueuses , ce chimiste n'ait pas com.uuniqué les expérieiic s qu'il a sans doute été obligé de faire avant de se dét.rminer à adopter ce procédé de préférence à tout autre. N'ayant eu entre les mains que des extraits de l'ouvrage que 38o JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE M. Achaid a publié sur l'extraction du sucre de la betterave, et ces extraits ne nous ayant rien présenté jui fût relatilaux tenta- tives qu'il avoit laites avant d arriver au point où il s'est arrêté, nous avons tâché de suppléer à ce qui nous uianipioit, en va- riant la manière d'opérer et en cherchant à découvrir des moyens pour obtenir des belteiaves , non-seulement une plus grande quantité de suoe , mais même encore de l'avoir plus prompte- nient et plus facilement qu'en suivant le procédé recommandé par le chimiste de Berlin. Pour cela , aprè^ nous être assurés que la moscouade obtenue de la betterave ne devoit sa couleur brune foncée, sa saveur peu agréable et sa difficulté a cristalliser, qu'à la présence de quelques principes immédiats de ces racines, qui étoient forte- ment unis et môme combinés avec les molécules saccharines , nous essayâmes d'opérer la séparation de ces principes en sou- mettant le suc ex[)riraé des betteraves cuites aux différentes opérations employées lorsqu'on traite le suc exprimé de la canne. Il nous étoit d'autant plus aisé de suivre à cet égard les expé- riences qu'il s'agissoit de faire, que nous avions pour nous aider le cit. Mitouart , chef du laboratoire de chimie de l'école de mé- decine de Paris , qui, ayant travaillé pendant six ans en Aiiéri- que , dans irne sucrerie assez considérable , étoit très-au courant des opérations qui s'y pratiLjueient. L'eau de chaux , la lessive des cendres, le sang de bœuf, le blanc d'œuf , les filtrations, et généraleinent tous les procédés en usage dans les sucreries , furent successivement employés , et à diverses re|irises, sur plusieurs quantités de suc de betteraves cuites que nous avions fait préparer exprès ; mais malgré la cons- tance et l'exactitude que mit le tit. Mitouart à suivre les procé- dés qu'il croyoit devoir réussir , il ne put jamais faire arri\er ce suc à l'état particulier qu'acquiert ordinairement le suc de canne, et d'après lequel le maître de cuite prononce que son sirop don- nera de bon sucre. Cependant tous nos sirops, mis à l'étuvc, cristallisèrent, mais la quantité de moscouade ne fut pas plus considérable que lors- que nous avions seulement opéré comme M. Achard. Une ibis nous crûmes avoir trouvé le vrai procédé aufjuel il falloir s'arrêter , parce que le sirop que nous obtînmes nous donna , en assez peu de temjis , une mc-couade moins brune et en plus grande quantité que toutes celles de nos précédentes expériences. Voici y ET D'HISTOIRE NATURELLE.' 3fi Voici ce procédé qui , à ce qu'on nous a assuré depuis , est aussi employé avec quelques succès dans les raffineries, sur- tout lorsqu'il s'agit de purifier des moscouades extrêmement colorées. Après avoir fait évaporer jusqu'à moitié environ une quantité donnée de suc de betteraves cuites, et avoir séparé avec exacti- tude les écumes, au lieu d'y mêler de l'eau de chaux, nous y ajoutâmes de la chaux nouvellement éteinte à l'air. La liqueur se tuméfia tout-à-coup; l'effervescence fut si vive et si forte, qu'une partie du fluide dépassa les bords de la liassine. Il se fil ime grande quantité d'écume. La liqueur acquit alors une sorte de transparence, et pour l'avoir très-claire, il fallut seuieinenl la passer au travers d'une étoffe de laine serrée. Cette liqueur , évaporée jusqu'à consistance de sirop , et mise dans une étuve , nous donna au bout de trente jours du sucre en gros cristaux beaucoup moins colorés que toutes nos précédentes moscouades , et dès la première cristallisation nous eûmes plus de produit que nous n'en avions obtenu jusqu'alors des sirops qui avoient été traités par d'autres procédés. En examinant ensuite ce sucre, nous trouvâmes qu'il avoit une saveur nauséabonde, et telle qu'il étoit difficile de la sup- porter. La quantité de chaux employée dans cette expérience repré- sentoit à-peu près la 640''. partie du fluide sur lequel nous opérions. 'Ou a essayé de purifier ce suQre , mais il a conservé sa pre- mière savrur , qui sans doute étoit due à une certaine quantité de chaux unie ou combinée avec lui. Nous avons renvoyé à un autre temps l'examen de ce sucre , dont les propriétés essentiellement différentes de celles du sucre ordinaire , méritent bien d'être constatées d'une manière po- sitive. Le fait le plus essentiel qui résulte de l'expérience qu'on vient de citer , est ipi'à l'aide de la chaux on peut dépouiller le suc de betterave cuite d'une partie des matières qui se trouvent com- binées avec les molécules saccharines, et donner , par ce movenj à ces dernières une plus grande disposition à cristalliser. Nous avons ditj en donnant la description du procédé de M. Achard , qu'une des conditions essentielles recommandées par ce chimiste , étoit de faire cuire les betteraves avant d'en ex- primer le suc. Tome Ll. BRUMAIRE an 9. Ccc 382 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Eli pensant à ce que pouvoit produire cette opération , nous crûmes appercevoir (lu'elle devolt être plus préjuJicia!)le (ju'utile. En effet, il nous sembloit (ju'on ne pouvoit pas f.iire cuire les betteraves avec de l'eau, sans les priver d'une partie de leur sucre, et sans que le sucre rebtant ne se combinât avec les autres substances qui l'accompagnent dans ces racines. Nous étions d'autant plus fondés à croire (pie les choses se passoient ainsi, que nous connoissions la différence bien sen- sible qui existe entre un extrait fait avec la décoction d'une plante , et celui préparé seulement avec le suc exprimé de la même plante. Voulant au reste ac(:|uérir une plus grande certitude à cet égard, nous nous décidâmes à faire les expériences suivantes} 1°. Au lieu de faire cuire les betteraves, connne dans le pro- cédé de M. Achard , nous les employâmes crues. Pour oi)tenir leur suc avec facilité , on les fit réduire en pulpe; à l'aide du moulin à râpe dont notre collègue Parmenlier a donné la description dans son Traité sur la pomme de terre. Cette pulpe fut soumise à l'action d'une forte presse. Par ce moyen on obtint de onze cent cinquante-deux parties de bette- raves fraîches j sept cent soixante-huit parties d'un fluide un peu trouble, d'une saveur décidément sucrée et d'une couleur ijrune. Après l'avoir laissé déposer pendant quelques heures dans un endroit frais , on le fit décanter et passer au travers d'une étoffe de laine. Quoiqu'il ne fut pas encore très-clair, nous crûmes ne pas devoir l'attendre plus longtemps, dans la crainte que la fer- mentation ne vînt changer la nature du produit qu'il s'agissoit principalement d^obtenir. Ce suc ainsi dépuré a été évaporé jusqu'en consistance dé sirop , à l'aide d'une chaleur assez forte pour le tenir toujours en ebulition. Pendant cette opération il s'est séparé beaucoup d'écume qu'on fit eidfver à mesure qu'elle se formoit. Avec cette précaution le sirop devint assez clair ; il fat alors versé dans une terrine évasée, et placé dans une étuve (i). (i) Ce n'est pas sans raison qu'on recommande de tenir toujours la liqueur en ébu'llion , et de séparer conlinuellemonl les é^-umes a mesure qu'elles se fur- ment. Sjns ces deui précautions le sirop devient cp;ûs , visqueux et ae donne pas ET D'HISTOIRE NATURELLE. 383 Après quarante jonrs d'evaporatioii spontanée, nous obtîn- mes, en deux cristallisations, vingt-qnaire parties de moscoua- de, quantité qui représentoit le quarante-huitième de la bette- rave employée. Cette moscouade étoit moins brune que celie du procédé de M. Achard; mais la mélasse dans laquelle elle s'étoit formée , étoit très-l)rune, visqueuse et fort épaisse. Cette dernière fiit abandonnée lorsqu'on vit qu'elle ne donnoit plus de cristaux. 2°. Au lieu d'employer seul le suc de betterave crue , comme on vient de le dire , on en fit évaporer une quantité égale h celle de la précédente expériencej jusqu'aux trois quarts : alors on y mêla de l'eau de chaux. Cette addition parut faciliter la clarification , et le sirop fut moins visqueux ; après l'avoir suffi- samment concentré, on le mit à l'étuve. Au bout d'un mois rous trouvâmes qu'il avoit déposé dans la terrine ving,t parties de u-.oscouade un peu moins brune que celle précédemment obtenue. La mélasse qui surnageoit, remise ensuite à l'étuve, a refusé de cristalliser. 3°. Présumant que l'action de l'eau de chaux n'avoit pas été assez marquée , nous essayâmes de traiter du suc de betterave crue avec de la chaux j il se forma aussitôt beaucoup d'écume. Tant que la liqueur restoit bouillante elle paroissoit claire , mais en refroidissant elle se troubloit. Les irop ayant été mis à l'étuve , la cristallisation ne se fit pas plus promptement, et la quantité de moscouade fut à-peu près la même que celle que nous avions eue dans l'expéiience où on avoit employé l'eau de chaux. Au reste, la saveur de cette moscouade étoit désagréable et assez semislable à celle dont on a parlé lorsqu'il a été question du suc de betterave cuite traité par la chaux. On voit, d'après ces expériences, qu'il ne doit plus rester la moindre incertitude sur la nécessité , sur-tout dans une opora- tion en grand , de préférer le suc de betterave crue à celui de ia même racine cuite, puisque le premier donne plus de moscoua- de, et que cette moscoui^de est décidément moins colorée, et par conséquent plus iacile à purifier. Un autre avantage qu'il est essentiel de ne pas perdre de vue. lie moscouaje. Il faut aussi ne pas poTJSscr Irop loin la cuisson du sirop. Enfin , lorsqu'on le met a l'étuve, il faut que les terrines qui le contiennent soient recou- vertes d'un papier percé de plusieurs petits trous, ou d'une toile dont le tissit peu serré. ♦ o^ype Ce c : S84 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE et qui confirme la préférence qu'on doit donner au suc de bette- rave crue ; c'est que les frais pour convcitir ce suc en sirop sont moins considérables que lorsqu'on se sert de la méthode de M. Achard ; car dans ce dernier cas, il faut employer une certaine quantité de combtwLible qu'on peut économiser lorsqu'il ne s'agit que du suc de betterave crue. Le seul inconvénient qu'il y auroit à employer ce dernier suc , seroit l'embarras de réduire la racine en pulpe; mais iJ seroit facile d'y remédier si, comme on peut supposer nue cela devroit jêtre dans une grande opération, on a voit un moulin fait exprès, et plus facile à faire mouvoir que celui auquel nous n'avons eu recours que parce que nous n'en connoissions pas de plus corçmode. Au i-este , on conçoit la possibilité de construire des moulins à râpe qui, étant destinés seulement à réduire la betterave en pulpe, réuniroient une perfection toile, qu'en peu de teuips on parviendroit à obtenir , sans beaucoup de frais, toute la'quan- tité de cette pulpe dont on auroit besoin. liéflexions générales sur les expériences précédentes. Parmi les différens agens employés pour extraire de la bette- rave le sucre qu'elle contient, l'alcohol est celui qui jusqu'à présent, paroît avoir le mieux réussi. En effet, les expériences que nous avons citées prouvent d'une manière incontestable, qu'à l'aide de ce fluide on peut obtenir, d'une qtianlité donnée de betteraves fraîches, deux trente- deuxlèufes de sucre. Mais comme l'emploi d'un semblable moyen deviendroit très-dijpendieux s'il s'agissoit d'une opération faite en grand , et dont le résultat seroit de prouver que le sucre de betterave doit être moins cher que celui de la canne, nous avons du chercher à vérifier si , comme on l'avoit annoncé , le procédé de M. Achard étoit décidément plus économique que celui par l'alcohol. On a vu , d'après ce que nous avons' dit dans ce rapport, que onze cent cinquante-deux parties de betteraves fraîches, traitées parce procédé, avoient donné dix- huit parties de moscouade , que cette moscouade étoit d'un brun foncé , et que sa saveur étoit peu agiéable. Nous avons fait observer que cette moscouade pourroit diffi- cilement être proposée^our sucrer les aliinens et les boissons, à cause des matières étrangères au sucre qu'elle contenoitj mais ET D' II I S T O I R E NATURELLE. 385 nous avons ajouté qu'il étoit possible , par des puriiîcations sut- iisantes, de lui donner toute la perfection du sucre de c.nine. Nous avons dit aussi que la inoscouade de betterave , compa- rée à celle de canne, fournissoit, lors de sa purification par l'alcohol , un seiziènae de sucre de moins que cette dernière. Enfin nous avons insisté sur la perte que la moscouade de bet- terave éprouveroit si on vouloit la soumettre aux différentes opé- rations d'usage dans les raffineries. C'est ^rès avoir réuni toutes ces données, que nous avons essayé d'établir le prix du sucre des betteraves de France. D'abord nous avions pensé que pour obtenir à cet égard un résultat à-peu- près certain , il suffisoit de connoîire l'état de nos dépenses et de le balancer avec celui du produit; mais nous ne tardâmes pas à nous appercevoir que cette manière de calculer seroit détéctueuse. En effet , il étoit facile de concevoir que nos opérations n'ayant été faites que sur de petites quantités , le sucre que nous avions obtenu devoir être nécessairement plus cher que si nous eussions travaillé en grand , puis(|ue les frais n'auroient pas été plus con- sidérables , si au lieu de ne traiter, par exemple;, à la fois que trente-six kilogrammes de betteraves , nous eussions opéré eh même temps sur plusieurs centaines de kilogrammes de ces racines. Nous nous déterminâmes donc à faire nos calculs autrement , et pour leur donner plus d'exactitude , voici le procédé que nous avons suivi. D'abord on a supposé une opération faite en grand avec le produit en betterave obtenu d'une étendue de terrein de trois mille quatre cent dix-neuf mètres carrés (un arpent de 900 toises carrées ). Ensuite, pour connoître la quantité de ce produit, on s'est adressé à différens agriculteurs accoutumés à cultiver la bette- rave ; on a pris aussi auprès d'eux des renseignemens sur les frais de culture. Enfin on, a calculé tous les frais de fabrication. Il est résulté des détails qu'on a reçus sur tous ces points, 1". Que le terme moyen auquel il falloit évaluer le produit d'une étendue de terrein cul' ivé en betteraves, de 3,(19 mètres carres, étoit de 26,000 kilogrammes pesant de ces racines (ou 5o milliers ). 2°. Que tous les frais pour semence, labour, culture , engrais, etc , pouvoient représenter une somme de 2.5o francs. 38G JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE 3". Que dans cette somme, il ne falloit pas comprendre la location du tenein, attendu qu'elle étoit aaipleiaent payée par le produit des feuilles données aux bestiaux comme fourrage. 4". F-nfin, que les frais de fabrication du sucre dévoient être évalués à i5o francs. 11 étoit évident, d'après ce calcul , qu'avec 4oo francs on pou- voit , non-seulement se procurer 25,ooo ki'ogrammes, ou 5o milliers pesant de betteraves , mais même encore subvenir à toutes les dépenses nécessaires pour convertir cette quantité en un sirop susceptible de donner de la moscouadc. Restoit à connoître la quantité de moscouade qu'on devoit attendre de ce sirop. La commission put aisément se satisfaire à cet égard, en con- sultant le journal de ses expériences. Satlia«t en efftt combien dans ses essais particuliers , elle avoit eu de moscouade d'une quantité donnée de betterave, il lui étoit facile d'évaluer ce qu'elle en auroit obtenu , si elle eût opéré de même sur 25,ooo kilogrammes de ces racines. l,e résultat de son calcul fut que 2,5, ooo kilogrammes pe- sant de betteraves, devroient fournir Spi kilograinmes ,ou ycia livres environ de moscouade j la(|uelle, à raison du déchet qu'elle cproiiveroit par les opérations du rafiinage, ne donneroit plus que 224 kilogrammes j ou 448 livres de sucre par, a qui par conséfpaent devroit établir le prix de ce sucre h ^3 centimes le demi-kilogramme , ou à 18 sous la livre. Ce prix qui comme on voit, n'cs^. pas doj,i très-considérable, poiirroit cependant encore être diminué, si , au lieu du procédé de M. Achard , on en adoptoit un autre qui ne favorisât pas auta'it la décoinposltion du sucro , et qui fut aussi moins dis- pendieux. Alors on conçoit que la quantité de moscouade, tontes choses égales d'ailleurs , étant plus grande et ics frais pour se la procurer moins considérables , il devroit nécessairement en résulter une diuiinution sensible dans le prix du sucre. Quelqu'avantugeuse que paroisse l'extracliori du sucre de la betterave, d'après l'exposé qu'on vient de faire, il s'en faut de beaucoup qu'elle le soit autant que M. Achard l'a annoncé. Cependant, avant d'accuser ce chimiste d'exagération, il fau- droit savoir -si les racines sur lesquelles il a travaillé à Berlin , n'étoient pas plus sucrées que celles qui croissent en France , et principalement dans les environs de Paris, où ont été récol- tées celles employées par la commission pour fùrc ses expérien- ces ; il faudrait aussi savoir si, comme le prétenJ encore M, ET D' HISTOIRE NATURELLE. 387 iichard, on peut, par une culture soif^née, rendre les bctte- Javes plus sucrées qu'elles ne le sont ordinairenieiit. Enfin, il auroit fallu pouvoir comparer les betteraves de Berlin arec celles de France. Relativement à ce dernier objet, la commission a fait beau- coup de démarches , mais jusqu'à présent il lui a été impossible de pouvoir se procurer des betteraves de Berlin. Au reste , il seroit très-possible que les betteraves de ce pays fussent plus sucrées que celles de France; dans ce cas , on conce- vroit facilement comment le sucre que M. Achard a retiré ne lui est j)as revenu à plus de 60 centimes le kilogramme , ou 6 sous la livre. Peut-être aiissi existe-t-il dans quelques départemens de la France des endroits plus favorables à la culture delà betterave blanche, que ceux des environs de Paris. Des expériences, pour s'en assurer, sont, à ce qu'on prétend, déjà commencées, en sorte qu'il est vraisen.blable qu'avant peu, on sera en état de prononcer d'une manière positive sur la question dont il s'agit. En attendant , nous croyons devoir prévenir ceux qui se sont livrés à ce genre de culture , que quand même le produit en sucre qu'ils obtiendroient de leurs betteraves , seroit ^dus considëra- ule que celui qise nous avons eu des nôtres, ils n'en doivent pas moins s'occuper des rnoyens de perfectionner le procède de M. Achard qui j ainsi que nous l'avons fait remarquer , est défec- tueux sous quelques rapports. On sera sans doute étonné que jusqu'ici nous n'ayons pas fait mention de l'alcohol et du vinaigre que M. Achard assure qu'on peut retirer de la betterave , en la faisant passer à la fermen- tation. Ces deux produits qui, selon ce chimiste, doivent augmenter le bénéfice auquel ont droit de prétendre ceux qui s'occuperont de l'exploitation de cette racine , ne nous ont pas paru devoir être pris en grande considération, sur-tout si , comme le deman- de M. Achard , on se sert , pour les avoir , des rejets qui pro- viennent de l'expression du suc des betteraves cuites. La uiélasse qui reste après la cristallisation de la moscouade, ainsi que celle qui se forme lors de la purification de cette derniè- re, pourroient seules présenter quelqu'avantage , si on les con- vertissuit en alcohol , Li grande ressemblance qu'elles ont avec la mel.isse de canne , ne doit même laisser aucun doute à ce sujet. Il est vraisemblable aussi que l'alcohol qu'elles fourniront sera 38S JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE de bonne qualité, mais nous ignorons quels sont les irais qu'il faudra faire pour obtenir ce résultat. Au reste, nous n'avons pas néj^ligé de constater la possibi- lité de fiire passer la belteiave à la fermentation spiiiineuse et acide; et si nous avons eu la preuve qu'on pouvoit en obtenir un bon alcohol, nous sommes cei tains aussi (|ue le vinaigre qu'elle iburnit est trop foible en qualité, pour qu'on puisse le conserver. C O N C L U S 1,0 N S. Il résulte de ce qui précède : i". Qu'il est certain c|ue la betterave qui croît en France , et qui est reconnoissable à sa chair blanche traveisée par des l>andes ou veines rouges , contient du sucre ^ ainsi que celle de la iiiêiue espèce cultivée à Berlin, sur laquelle M. Achard a travaillé ; 2°. Que ce sucre peut être extrait par dillerens procédés, et acquérir, à l'aide de purifications suffisantes, toutes les qualités du sucre de canne j 3". Que la quantité de sucre que cette racine contient est assez considérable pour mériter qu'on s'occupe de son extraction ; 4°. Que si , comme l'annonce M. Achard, on peut, pour ainsi dire, rendre à volonté cette betterave plus riche en sucre, en soignant sa culture , il est à désirer que des expériences soient faites pour s'en assurer ; 5". Qu'indépendamment de ces expériences , il sera utile de savoir si, parmi les variétés de la betterave, il n'en existe pas quel(iues-unes plus pourvues de sucre que celle que M. Achard a indicjuéc ; 6°. Qu'en admettant le succès des expériences qu'il s'agit de faire à ce sujet, il doit rester pour démontré que la betterave pourra, jusqu'à un certain point , suppléer la canne à sucre ; 7°. Que s'il est vrai de dire qu'à la rigueur le prix du sucre de betterave ne pourra être déterminé d'une manière très-positive, que lorsqu'on connoîtra le résultat d'opérations faites en grand; cependant, dès-à-présent , on a lieu de présumer que ce prix ne devra pas s'élever plus haut que celui du sucre de canne , dans les temps ordinaires ; 8"^: Enfin que si Margraf doit être cité, à juste titre, comme étant l'auteur de la découverte du sucre dans la betterave , il faut ET D' HISTOIRE NATURELLE. 38;) faut convenir aussi que M. Acliard est le premier (jui ait fait une heureuse application de cette découverte, non-sealeinent en annonçant le parti avantageux qu'on pouvoit en tirer , mais même encore en indiquant les procédés auxijuels il làlloit avoir recours pour réussir. ■ Telles sont les conclusions que vos commissaires ont cru devoir tirer des expériences qu'ils ont faites sur la betterave. HISTOIRE NATURELLE DES POISSONS, Par le C. Lacépède, Tome second. A Paris, chez Plassan, imprimeur-libraire, rue du Cimetière- Andrédes- Arts ; un vol. in 4°. EXTRAIT. L'auteur, dans le premier volume, avoit parlé des poissons cartilagineux ; dans celui-ci il donne l'histoire des poissons os- seux dont il décrit les cinquante-sept premiers genres. Leur caractère principal est que l'épine dorsale est composée cfe vertèbres osseuses, au lieu que chez les poissons caitilaelueux elle est composée de vertèbres cartilagineuses. Il fait qtiatre grandes divisions des poissons osseux. Ses carac- tères sont pris de leur forme, des dents et de leurs positions. La première division a un opercule branchial et une mem- brane branchiale. La seconde division a un opercule branchial ^ point de membrane bronchiale. La troisième division n'a point d'opercule branchial , et a une membrane branchiale. La quatrième division n'a point d'opercule branchial ni de membrane branchiale. Chacune de ces divisions ou sous divisions a quatre ordres à raison de la nature et de la position des nageoires. I. Ordre. JpoJes. Poissons qui n'ont point de nageoires inférieures. II. Ordre. Jugulaires. Poissons qui ont une ou deux nageoi- res sous la gorge. Totae Ll. BRUMAIRE ao 9, D d d Sgo JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE III. Oi.uiiK. Ilioracins. Poissons qui ont une ou doux nageoi- res sous la poitrine. IV. Ordre. Abdominaux. Poissons qui ont une ou deux iia- geores sous l'abdomen. • L'auteur déciit, avec ce talent qu'on lui connoît , chaque es- pèce , dont il peint les mœurs, le caractère et les habitudes. Nous regrettons de ne pouvoir le suivre dans tous ces détails. Il a décrit un grand nombre d'espèces qui ne l'avoient pas encore été. 11 a fait précéder ces descriptions d'un discours sur la durée des espèces. Il examine la durée des espèces et les changeuiens qu'elles ont pu éprouver. Les êtres, dit-il , commencent , s'accroissent, décroissent et finissent. L'augaientation et la diminution de leur niasse , de leur forme et de leurs qualités composent seules leur durée par- ticulière. Elles se succèdent sans intervalles : autant la nature est constante dans ses lois, autant elle est variable dans les effets qui en découlent. C'est par une suite de ces lois que les espèces éprouvent des modifications plus ou moins considérables; elles s'altèrent et finissent quelquefois par s'éteindre. Une espèce peut s'éteindre de deux manières. \°. Elle peut jîérir toute entière par une catastrophe subite et violente qui bouleverse la portion du globe qu'elle habite. ■2.°. Elle peut disparoître par une longue suite de nuances in- sensibles et d'altérations successives. Trois causes principales peuvent l'entraîner ainsi de dégradation en dégradation. Premièrement, ses organes peuvent perdre de leur figure , de leur volume, de leur souplesse, de leur élasticité, de leur irii- tabilité , au point de ne pouvoir plus prodidre , transmettre ou faciliter lesuiouvemens nécessaires à l'existence. Secondement , l'activité de ces mêmes organes peut s'accroître à un si haut degré , que tous les ressorts tendus avec trop de force ou mis en jeu avec trop d'activité , et ne pouvant résister à une action trop vive ni à des efforts trop fréquens soient dé- rangés, déformés et brisés. Troisièmement , l'espèce peut subir un si grand nombre de modifications dans ses formes et dans ses qualités, que sans rien perdre de son aptitude au mouvement , elle se trouve par sa der- nière conformation et par ses dernières propriétés, plus éloignée de son premier état que d'une es[)èce étrangère. Elle est alors méiauiorphosée en une espèce nouvelle. ET D'HISTOIRE NATURELLE. S91 Maintenant si nous voulons suivre la marche de ces oljscrva- tions, nous pourrons y distinguer douze degrés pnncipaux. Le premier sera dans l'altération de leurs tégumens et le chan- gement de couleur. Le second sera dans un plus grand changement de ces tégu- mens qui en altèrent la nature. Le troisième et quatrième degré seront dans le changement de la grandeur et des proportions du corps. Le cinquième tiendra aux altérations dos formes du corps. Le sixième, à celle des organes intérieurs. Le septième , à l'affoiblissement ou exaltation de la sensibilité. Nous y découvrons par conséquent toutes les nuances de per- fection ou d'Jiébétation (|ue peuvent montrer le tact et le goût, toutes les variétés qui résultent de la présence ou de l'absence delà vue, de l'ouie, de l'odorat, et toutes les diversités d'in- tensité que peuvent offrir ces trois sens moins essentiels à l'exis- tence de l'animal- Le huitième degré. Les qualités qui proviennent de ces gran- deurs , de ces dimensions, de ces formes, de ces combinaisons de sens plus ou moins actifs et plus ou moins nombreux constituent ce huitième degré. Le neuvième degré est constitué par la force et la puissance que ces qualités font naître. » Les dixième , onzième et douzième degrés naissent des modi- fications successives que l'espèce éprouve dans ses habitudes et dans ses mœurs , qui se composent de l'influence des habitudes les unes sur les autres , et enfin dans l'étendue et la nature de son séjour sur le globe. Loisque les causes qui produisent cette suite naturelle de pas faits par l'espèce vers sa disparition, agissent dans un ordre dif- férent de celui qu'elles observent ordinairement, elles déran- gent la, succession que nous venons d'exposer. Les changemeiis subis par l'espèce sont jcs mêmes , mais les époques où ils se manifestent ne sont plus coordonnés, de la même manière. La dépendance mutuelle de ces époque» est encore plus trou- blée lorsque l'art se joint à la nature pour altérer une espèce et en abréger la durée. L'auteur fait ensuite l'application de ces principes aux pois- sons. Nous avons, dit-il , chaque jour sous les yeux des exem- ples de poissons qui transportés dans des eaux plus troubles ou plus claires, plus lentes ou plus rapides, plus chaudes ou plus froides, non-seulement se montrent avec des couleurs nouvelles, D dda 392 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE mais éprouvent encore des changemens plus marnués dans leurs tégnmens. Baignés , attaqués et pénétrés par un fluide dif- férent de celui qui les arrosoitils présentent des écailles, des ver- rues, des tubercules, des aiguillons, très-peu semblables par leur figure , leur dureté , leur nombre ou leur position , à ceux dont ils étoient revêtus. H est évident que ces modifications pro- duites dans le même temps et dans un lieu différent , ont pu et du naître dans un temps différent et dans le même lieu , et contribuer par conséquent dans la suite des siècles à diminuer la durée de l'espèce aussi bien qu'à restreindre les limites de son habitation lors d'une époque déterminée. Si l'on se rappelle , ajoute t-il , ce que nous avons dit dans l'ar- ticle du requin et du squale-roussette , siir la grandeur de ces espèces à une époque un peu reculée , on les verra nous offrir deux exemples bien frappans de la cinquième modification qu'une espèce peut subir , c'est-à-oce-belone , la cliipée-alose , la clupée hareng , le cyprin carpe , le cyprin-goujon , le cyprin- tanche , et douze autres cyprins , l'hamburge, le cephale, le vaudois, la dobule , le gris- lagine, le spirlin, le bouvier, Table, la brème , le véron , le roux et le nez. «Tous ces poissons vivent encore dans les diverses mers euro- péennes , qui entourent pour ainsi-dire et le lac de Constance et le territoire vénitien : et la comparaison la plus exacte ne feroit remarquer entre les individus que l'on pêcheroit dans ces mers européennes et ceux qui sont encore gissaiis sous les couches d'OEningen ou du Bolca , aucune différence plus grande que Celles qui séparent souvent des produits de la même ponte. » Mais d'un autre côté il paroît qu'il y a quelques espèces per dues; telles sont deux espèces du Mont Bolca , et décrites par le savant Gazola. La première est V uranoscope-rateau (uranosco- pus rastrum) , la seconde est le kurte -porte -voile (kurtus veli- fer). L'auteur place encore parmi les espèces perdues un che- todon à filament dorsal du Mont Bolca. «Cependant, ajoute-t il, ce n'est qu'avec une grande réserve que nous devons dire qu'une espèce a terminé sa durée ; nous ne connoissons pas assez la surface du globe ni les mers qui l'en- vironnent pour prononcer formellement qu'on ne retrouvera dans aucune eau douce ni dans aucun parage des analogues trè;-rcs- semblans des individus fossiles que nous n'avons pu encore ins- crire dans aucune espèce décrite et vivante. » OBSERVATIONS METEOROLOGIQUES, FAITES Fructidor et jour. ^K a»Ba ^CÇ^^n«-B«^ "• ■— ^ÎS"« O T Il E R M M ETRE. BAROMÈTRE. sa Maximum. Minimum. .\ Midi M A X I M u M. MINIMUM. A M l D I . 1 à2''ls -4-22,5 à 5 ' m. -l-l4;9-|-2',2 à 9 ' S. . . . 28. 2,3o à midi. . . 28. 2,20 28. 2,20 ' 2 à 1 ! s -|-2i,7 à () m. -f jfi,0-|-21,r) a t) m. . . 28. I, 'o à 5 b J s. . . 27.11,20 28 30 , > 3.à 2 s. -(-i6,2 à 5 m. + s.s-t-i.-s.s à ni. . . . 27.10,70 à 8 s. . . 27. 9,5o 27.10,751 n 4 à midi. -|-i3,Slà 5 m. + 7>" 4»i3,8 à midi. . . 27. 9,âo à 2 s. . .' 27. 8.5z 27. g,5o 5 a 2 s. -|-i3,o'à 5 m. + 7,5 à 9 s. ... 27. 9.96 à 5 m. ... 28. 8,.55 27. 9,12 6 3 2 5. -1-12,5 à 5 1-m. -1-10,0 à g 5 27.10,2.1 a 5 -J m. . . 27. g,4o 27. 9,86 7 8 à 2 s. -j-i3,5'à 3 i m. + 9.* à 9 s. . . . 28. 0,20 à 51 m. . . 27.10,80 ■27. 11,20 a.j± s. + i6,5,à5lm. + 9^2 à f5 i s. . .28. 1,60 a 5 1 m. . . 28. o,fio 28. 0,70 j 9 lO à 2 s. -1-18,2 à 5 {m. -1-10,0 àSfs 28. 2,20 à 5 i m. . . 28. i,5o 28. 1,70 \ à 2 s. 4-18,0 à 5 \m. -1-12,0 à 5"^ m'. . 28. 2,3u à 8'is. . . 28. 1,64 28. 2,20 i 1 1 à 2 s. -i-18,2 à 5 } m. + 11,2 à 8 5 s. . . 2b. 2,.'53 à midi. ... 28. \,ib 28. 1,75 1 12 à 2 £. + '7>2 à 5 { m. 4-11,6 à 5| m. . . 28., 5,3i à 8 !; s- . . 28. 2,33 28. ..75 i3 t: 2 s. -4-19.1 à 5 1 m. 4-11,0 à 5 { m . . 28. 1,70 àSÏs.. . . 28. 1,16 28. 1,.'J2 "4 i5 à 2 s. -)-l5,6 a 5 j m 4-10,0 a 5 1 m.'. . 28. 0,7s à8 îs 28. 0,16 28. 0,44 3 2 s. -1-17,9 à5J ■»■ ^ g,'* à 8 s 27.11,35 à midi. . . . 27.1-0,81 127. 10,81 iG à as. +20,0 à 6 ^ m. +12,^1 à 8 s 28. 0,2s à midi. . . . 27.11,86127. 14,86 17 à a s. -1-18,8 à4i m. 4-12,8 à 5s m. . . 27.11,45 à 8 s. . . . 27.10,18127. 10,57 à 2 s. +14,8 à 5 i m . 4-12,5 à 5 1 m. . . 27. 8,t)7 à midi. . . 27. 7,86127. 7,86 '9 20 à 2 3. -t-i5,o à 5 im. 4-11,5 à 5 3 m. . . 27. 8,io à 8 s. ... 27. 6,82 27. 7.12 à 2 s. -t-14,0 à 5 1 m. 4-11,2 à 8 s. ... 27. I\fif) à midi. . . 27. 3,56 27. 3,59 21 à 2 s. 4-16,2 àôïin. 4-12,0 à 8 s. . . . 27. G,65 à 5 -Lm. . . . 27. 6,20 27. 6,54 22 à 2 s. +17,1 à 5 3 111. 4-11.8 à 8 s 27 10,33 a 5 3 m. , . 27. 8,20 27. 9,70 • 23 à 2 s. -|-i5,6 àSim. -H'2,1 à 8 s. ... 28. 0,08 à 5 5 m . . 27.11, io'2.S. 0,02 2i à 2 s. M-i7," à 5 1 m -|-'i,5 à 7 5 s. . . 28. 3,53 à 5 ^m. . . 28. 2,4528. 3,12 25 a 2 s. + 17.G à 5 i m. 4-10,2 à 5^111. .. 28. 3,45 à mïdi. . . 28. 3,17^28. 3,43 i 2G i 2 s. -}-i3,o à 5 ^ m -t-11,/1 .=,7 fs 26. 3,85 à5i m. . . 28. 3,70^28. 3,5a 27 28 à 2 s. H-'9.J à 5 4 lu . -hi',7 à 5 1 ra. . . 28. 3,70 à midi. . . 28. 3,/|o'2S. 3,4o 2,57 à 2 s. -|-2o,6|à5^ m. -1-12,8 37^8.... 28. 3,02 à midi. . . 28. 2,57'28. ^9 00 à 2 s. -j-21,0 a 5| m .4-13,2 kq\& 28. 2,83 à 5 J m. . . 28. 2,2o'28. 2,49 à 2 s. -h 18,6 à 5 Im. + ';',o à 5 f m. . . 28. 1,92 à 7! s. ... 28. i,2g'28. 1,56 1 à 2 s. +>S,6 à 5 j m. -+-i4,8 à 5 ^ in. . . 28. 1,20 à 7 i s. ... 28. 0,78 28. o>93 2 à 3 s. -+-.8,1 à 5 j ra -(-12,2 à 5 î m. . . 28. Oj'iS à 7 As. . . 27.u,44 27. 11,64 3 à 2 s. -^-15,4 à 5 j m. -Hii,o à midi. . . 28. o,2G à 7 1 s... 27.11,99 28. 0,26 4 ;'i 2 S. i5,8|à 5 Jm. -t- 9,6 à 5 5 ra. . . 27.10,43 kl \&. . . . 27. 9,48 27. g,8o 5 U 2 6. -+-i3,4|à 5 \ m .4-11,2 à 7 3 m. . 27.10,26 à5 Jm. .. 27. 7,28^27. 9,0a II K É C A P I T U L A T I N. Plus grinc e éléV'ilion du niprcure. . . 28. 3,85 le 2f>, ïloindre t ïlévation du mercure Elévation moyenne. ... 27. 3,56 le 2 • • • 27.11,77 Plu,-^ granc 1 degré de chaleur 4-21,6 le 2 Mûiiiilre t e""ré de clinlcur — f- 7 le 3 Chaleur moyenne. ' ' ■ • . +i3,7 T^oni jrp dp loiirs iieHilx ... . . 12 de couverts [ de i)luie. . . - . - ûo A 1_«. *i.^ |JkLiA\./> • * Déclinaison de l'aiguille aimantée, 22° 6', le a6 vendémiaire entre 4 e'5 heures du soir. . 1 1 A L'OBSERVATOIRE NATIONAL DE PARIS, contph me.'itarres an nu. - Hyc. POINTS c Vents. A Midi. LUNAIRES. 1 45,0 Sud. 2 54,0 S. NouT. Lune. 3 59,0 S-0. 4 0. EqujQ. descend 5 N ttS E. i; M. 7 NE. H N. 0. Prem. Quart. lo W-O. Périgée. 1 1 S. \-2 N. ^^ ÎS-E. 14 N-E. i,S N E. if. NE. P'eine Lune. 1 7 M-E. S-O. £(juiii. ascend. 1>> S 0. S. •ao 0. 21 S-O. :îj S-O. . 20 s 0. Apogée. 2 t s 0. Deru. Quart. 2:5 E. 26 E. :^7 NE. 7 M N-E. 21-) S-O. JU S-E. I 2 S-O. b-O. Notiv, Lune. |:quin. descend. ■ ) s 0. 4 S-O. 1 SO. VARIATIONS DE LATMOSPHERt. Cii'l couv. par inlerv. ; quelq. goultes d'eau vers mitli. PI. ci Ion. avanl le jourjéclaircis pariiit. averse a 4 h. .s. Pluie presque cunlinuelle ; éclaircis le m ul le s. Ciel cou V. ; pi. l'apres-iniji ; quelques éclaircis le soir. Ciel couvcut et tonnerre le matin; nuigeiix le soir. Ciel couvert; pluie le malin et vers midi. Couvert et pluie l'après-tnidi. PI. et toTin'.'rre d ms la matinée ; assez beau le soir. Ciel nuageux; pluie vers midi. . Couvert; pluie et tonnerre le matin. Ci<-1 nuageux. Idem. Id.llli H, m. Quelques nuage». Ciel couvert; brouillard vers midi. Eclaircis par intervalles ; pluie et tonnerre. Ciel nuageux; pluie le matin. Pluie, tonnerre et grêle le matin. Ciel nuageux ; pluie le soir. Eclaircis par intervalles ; petite pluie le malin. Ciel nuageux. Idem. Q.ieUjues nuages. Idem. Iditm, Ida m. Quelques nuages le matin ; couvert le soir. Couvert le matin; pluie et brouillard; nuagei'.x lesoir. Nuageux. Même temps; éclairs dans la soirée. Idem. Ciel nuageux. Pluie le matin; à demi-couvert l'après-midi. RECAPITULATION. de vent 5o de gelée o de tonnerre 10 de brouillard 3 de neige O Le veut a sou£Bé du N 4 foi*- N-E 7 E i SE 2 S 2 S-O M 4 N-O * 396 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE EXTRAIT D'UNE LETTRE DE M. CRELL A J-C. DELAMÉTHERIE, SUR UN NOUVEL ALKALI APPELE PNEU M. M. Ilalineman d'Altona vient de découvrir un nouvel alkali an feu (ju'il appelle pneiim , parce qu'en rougissant il s'étend à un volume vingt fois plus grand. 11 cristallise en grands cristaux prismatiques hexaèdres qui ne changent pas à l'air; ils ne tom- bent ni en deliquium , ni ils n'eflleurissent ; pulvérisés ils se dissolvent à 65° Fahrenh. dans presqiie leur eau de cristallisa- tion ; c'esà-dire 140 parties dans environ 5oo parties d'eau ; par le fioid il se sépare de l'eau ; il ne se dissout pas dans l'esprit de vin : en saturant cet alkali d'acide vitrioliqne il fait peu d'ef- fervescence. L'alkali saturé d'acide vitriolique se dissout ditlici- lement dans l'eau , et point du tout dans l'esprit de vin. Les sels neutres formés avec cet alkali et les acides nitreux , marin et phosphorique , sur-tout ceux avec l'acide du vinaigre , se dissolvent plus facilement dans l'eau et dans l'esprit de vin. Tous ces sels, excepté ceux avec l'acide phosphorique, per- dent leurs acides à la ciialeur ; l'acide vitrioli(jne demande la clialeur rouge ; l'acide nitreux seulement 3oo° Fahrenh. ; il ne détonne pas sur les charbons rouges : il ne décrépite ni n'étin- celle. Il est difficile de saturer cet alkali d'air fixe ;et lorsqu'il l'est , il prend la forme d'une terre légère. Il agit sur les couleurs végétales ; il précipite les métaux et les terres de leurs solutions dans les acides , de la même ma- nière et comaie les autres alkalis. Il ne change pas le mercure doux, mais il donne au sublimé corrosif la couleur de carmin. Il précipite le nitre d'argent en blanc. Combiné avec les huiles , il forme un savon qui se dissout dans l'esprit de vin. Telles ET D'HISTOIRE NATURELLE. Zç^j Telles sont le.s principales qnalités de cet alkali dont M. Hahnenian promet de nous faire cnnnoître l'origine ; mais en attendant il iiidii|uele marchand où on peut aclieter de ce sel. HISTOIRE NATURE L LE, GÉNÉRALE ET PARTICULIÈRE^ Par LeclercdeBupfon; Nouvelle édition accompagnée de noies , et dans laquelle les supplémens sont insères dans le premier texte à la place qui leur convient. L'on y a ajoiité l'histoire naturelle des quadru- pèdes et des oiseaux découverts depuis la mort de B. ff'on , celle des reptiles, des poissons, des insectes et des vers, enfin l'histoire des plantes dont ce grand naturaliste n'a pas eu le temps de s'occuper j Ouvrage formant un cours complet d'histoire naturelle, rédigé par C S. Sonini , membre de plusieurs sociétés savantes. Tom. XXVTII, XXIX, XXX, XXXI, XXXII, XXXIII , XXXIV. A Paris, de l'imprimerie de P. Dufart , rue des Noyers , n". 22. On souscrit chez lui et chez Bertrand , libraire , rue Mont- martre, n°. ii5, et à Rouen ^ chez Vallée, rue Befffoy , 11°. 2: EXTRAIT. Ce bel ouvrage qui formera un cours complet d'histoire natu- relle se continue avec le plus ^raad succès. Il est très impor- tant de réunir nos connoissances en ce genre dans un seul oVi- vrage , car le commun des lecteurs ne sauroit aller cheicher dans IfS divers auteurs ce que chacun a dit. Rien n'est donc pins capable de propager la connoissance des £»its de la nature ijne cette entreprisse Sonini et ses collaborateurs apportent un soin Tome U. BRUMAIRE an 9. Eee SgS JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE tout particulier pour le rendre digne du public; s'il leur échappe (juclques objets , on pourra les ajouter dans des éditions posté- rieures ; mais le cadre est tracé , et c'est un objet essentiel. Le romlirc des souscripteurs qui s'augmente chaque jour , prouve combien cet ouvrage est agréable au public. Les volumes que nous annonçons contiennent plusieurs addi- tions considérables au texte de Buffon , et plusieurs articles nouveaux : nous allons en faire connoître quelques-uns. \S éléphant. Sonitii a ajouté à l'article de l'éléphant plusieurs observations qu'il a faites sur ceux qu'on a amenés de Hollande à Paris (tome XX VIII). Virey a. aussi fait quelques remarques importantes sur les mêmes animaux. Rhinocéros. LatrelUe a fait plusieurs additions à l'article du rhinocéros. Buffle. Sonini a fait des additions considérables à l'article du bufïle; il fuit voir que c'est une espèce distincte du bœuf, et que quoique vivans ensemble ils ne s'accouplent jamais. Zèbu (tome XXIX). Addition par Sonini, qui dit qu'il existe trois races de zébus qui se distinguent par la taille , la grande, la moyenne et la petite. Le 'vtf X: , ou hufjle à queue de cheval, par Sonîni(tom. XXIX). Pallas a fait le premier connoître cette espèce qui vit dans les montagnes du Thibet. Tapir. Le professeur Allamand a fait des additions considéra- bles à l'article du tapir, dont il a vu en Hollande deux individus vivans , l'un mâle et l'autre femelle. Uélan et le renne (tome XXX). Le professeur Allamand a fait des additions considérables aux articles de l'élan , du caribon et du renne. Camper ; le comte Mellîn et le chevalier de Buffon ont égale- ment fait des observations sur le renne. La gazelle à bourse sur le dos (tome XXXI). Décrite par M Aitamand. C'est le capitaine Gordon qui l'a fait connoître le premier j elle se trouve en Afrique , du côté du Cap de Bonne- Espérance. "Legnou. Décrit par M. le professeur Allamand (tome XXXI). Cet animal à- peu-près de la grosseur d'un âne, du genre des ruminans, se trouve au Cap de Bonne-Espérance. Le hueque du Chili ^ par Sonini (tome XXXII). Cet animal ressemble au lama avec lequel Buffon et plusieurs autres naturalistes l'ont confondu. ET D'HISTOIRE NATURELLE. o()3 Le guemul du Chili , [)ar Soniiii ( tome XXXII). Cet animal a aussi- quelque ressemblance avec le lama. \j& paresseujc ours , par Soiiini (tome XXXII). Cet animal est peu connu. Dc-Iamëtherie en a donné la des- cription et la figure ftans le Journal de physique, février 1792- l^e mégathère , par Sonini (tome XXXII). C'est l'animal dont on a trouvé le squelette fossile dans un terrein sablonneux au Paraguai. Ce squelette est au cabinet d'iiis- toire naturelle à Madrid. Le hamster. Addition par l'éditeur hollandais (tome XXXII). C'est un animal du genre des souris. Le guanque , par Sonini. Espèce de rat du Chili. Le chinchilla , par Sonini. C'est une espèce de mulot du Chili. Degu , par Sonini. ÎSom que les Chiliens donnent à une espèce de rat. Le maulin jf par Sonini. Molina l'a vu au Chili; il dit que c'est une espèce de rat, quoiqu'il soit deux fois plus gros qu'une marmotte. TljQ caraco , par Sonini. Nom que les Mongols donnent à une espèce de rat décrite par Pallas. h'écureuil de Gingi , par Sonini. Cet animal , décrit par Soniierat , se trouve dans le royaume de Gingi , aux Indes. La gerboise. Additions de M. le professeur Allamand , qui donne la figure de la gerboise sautante et celle du kanguroo. Latreille a donné aussi des observations intéressantes sur les gerboises. La mangouste , par Sonini. Ce savant a donné des observations très-intéressantes sur cet animal fameux^ connu sous le nom de rat de Pharaon. Le rayé des Indes, par Sonini (tome XXXIII). C'est le chat sauvage à bandes noires , des Indes, de Sonnerat. Le muys-hond , par Sonini. Il se trouve au Cap de Bonne-Espérance , et a été décrit par Levaillant. Il a quelque ressemblance avec le coati. Le chorok , par Sonini. Animal de Sibérie , qui a quelque ressemblance avec l'her- mine, et a été décrit par Pallas. Le cuja du Chili, par Sonini. E e e î 400 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Animal cjui a quelque ressemblance avec le putois décrit par Molina.. La qu'iqiii du Chili, par Sonini. Espèce de belette du Chili, décrite par Mplina. IjQ maki à front blanc , par Sonioi. *^ Le maki roua: , par Sonini. Ces deux espèces de makis ont été décrits par Audebert. LV'wrt'/v' , par Sonini. Espèce de maki de Madagascar , décrite par Sonnerat. Autre espèce de maki , par Sonini. Cette espèce a encore été trouvée à Madagascar, par Sonnerat. he i;alago , par âSonini. Animal qui forme le passage des niakis aux tarsiers, a été d'abord observé au Sénégal, par Adanson. IjCs ga/eopitÂèques , par Sonini. Ces animaux, décrits par Pallas , ont été appelés chats vo- lans , parce qu'ils ont des aîlés comme les chauves souris ; mais ils en diffèrent entièrement. Le ga/eopithèque roux, se trouve aux îles Pelew. Le galeopithèque varié. 'L.Qsanglier cV Afrique . Addition par M. le professeur Allamand. \jC (Tuigna , par Sonini. Espèce de chat sauvage du Chili , décrite par Molina. Le colocolla , par Sonini. Autre espèce de chat-tigre du Chili, décrite par Molina. Le culpcu , jiar Sonini. Animal du Chili qui a quelque ressemblance avec le chien. Il est décrit par Molina. Le viscaque , par Sonini. Animal du Brésil , qui a autant de ressemblance avec le re- nard qu'avec le lapin , a été décrit par Molina. hc guil/ino , par Sonini. Cet animal du Chili a beaucoup de ressemblance avec la loutre et avec le castor , suivant Molina. hc cojpu , par Sonini. Anim'al du Chili que Molina appelle rat d'eau, mais qui res- se\nble davantage à la saricovienne JJurigne , par Sonini ( tome* XXXIV ). Espèce de phoque du Cliili, qui rapproche du phoque com- mun , décrite par Molina. Le cochon marin, par SiDnini. Espèce de phoque du Chili, décrite par Molina. Le bec d'oiseau , par Sonini. ET D'HISTOIRE NATURELLE. 4oi Cet animal a été apporté d'un lac de la nouvelle Hollande , par sir Joseph Banks j sa grandeur est celle d'une souris. La forme de son coros est celle d'une jietite loutre. Au lieu di; mâ- choirts, comme les autres quadrupèdes, il a deux manJihules allongées, aplaties, dentelées sur leurs bords, et à très-peu- près pareilles à celles du bec de canard. Cette conformation ex- traordinaire a valu à cet animal la dénomination grecque d'or- uithorynchos de ornithos o\sea.\x , rjnchos bec; ce qui veut dire bec d'oiseau. Ce trente quatrième volume est terminé par une exposition inéiliodique des quadrupèdes, faite par Latreille , qui a prolité des travaux de Cuvier et de Lacépède. Cet extrait fait voir que les auteurs de cette édition des ou- vrages de l'illustre Bufton , ne négligent rien pour lui donner toute la perfection dont elle est susceptible. «s: EXTRAIT D'UN JOURNAL DE LIMA, Sur une maladie qui attaque les hommes et les animaux dans la province de Chicas, intendance duPotosij par le professeur Prou st. I^a maladie que le docteur Côme Rueno a nommé folie furieuse {furiosa locura) , est un fait des plus remarquables dans l'his- toire de cette province. C'est particulièrement dans le village de Tutasi , district de Chicas, qu'elle surprend les hommes et les animaux ; mais parmi ces derniers , ceux qui comme le bœuf, le cheval , la brebis, etc. nous sont venus d'Europe ; car la vigogne i le guanaco et au- tres quadrupèdes du pays n'y sont point exposés. Il n'y a point de force capable de retenir un malade dans les premiers accès de sa frénésie. Etranger tout-à-coup aux sm- timens de la pudeur et de ses besoins, il s'échappe du lit, et s'enfuit pour courir avec une extrême violence les montagnes des environs. Il vole de précipice en précipice , et finit par s'é- lancer de la première loche escarpée (]ui se trouve sur son passage. Ordinairement l'infortuné se met en pièces j mais si, par vm 4-'-^ JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE rare hasard , sa chute n'a pas été mortelle , il recouvre In^'ntôt ia raison et la santé pour n'avoir plus à craindre le retour de cette funeste folie. Je ne m'arrêterai pas , dit l'auteur , à rechercher si les effluves minérales qui s'élancent du sein d'une terre exposée aux con- vulsions voIcani(|ues^ n'auroient pas autant de jmrt à ce phé- nonicne que la constitution des habitans : mais ce qu'il y a de certairi c'est qu'il se renouvelle assez souvent dans cette pro- vince. Ce fait, ajoute-t-il, a tant d'analogie avec ce que nous lisons dans les métamorjthoses d'Ovide , au sujet du saut de Leucade, qu'il semble que l'un a servi d'original à l'autre. Qui sait, dit- il encore, si cette antique iablc n'a pas pris naissance dans des maladies semblables à celle que nous venons de rapporter ? P. S. Un chirurgien de Madrid est parvenu à dissoudre le camphre dans l'eau par l'intermède de l'acide carbonique. Cette dissolution camphrée injectée dans la vessie des personnes souf- frantes de la pierre en calme les douleurs avec une promptitude étonnante. CHIRURGIE. OPÉRATION DE LA TRACHÉOTOMIE. Le 9 brumaire, vers le soîr, un enfant âgé de 7 ans et demi jouoit avec des haricots blancs ; il en mit un dans sa bouche , qui dans une forte inspiration fut entraîné dans la trachée ar- tère. Sur-le-chainp il causa une grande diiliculté de respirer et une toux convidsive et suffoquante. L'enfant déclara à ses pa- rens effrayés, qui cherchoient tous les moyens de le secourir, qu'il avoi»: avalé un haricot; ils lui prodiguèrent , jusqu'au len- demain matin , tous les soins qu'ils crurent propres à le soulager. 11 avoit alors un ralement continuel , et de temps à autre des douleurs très-vives qu'il rapportoit au larinx, et au milieu des- quelles il faillit plusieurs fois périr de suffocation. Le lendemain , 10, tous les accidens devenant plui considé- rables , il fut conduit à l'hospice national du Sud et mis entre ET D' HISTOIRE NATURELLE. 4oj les mains du médecin qui lui ordonna l'émétiqne (tartiite de potasse antiiuonié ) qui ne produisit pas l'effet qu'il en atten- doit , car le corps étranger ne fut point expulsé de la trachée. Le 11 , après 36 heures passées dans les plus criicis tonrrnen?, le malade fut confié aux soins du chirurgien en chef. Ce pra- ticien jugea facilement que la fève étoit dans le conduit qui transmet l'air aux poumons. Le larinx que l'enfant indiquoit dans ses accès de suffocation , lui fit croire un instant que c'ctoit dans cet organe que la fève étoit arrêtée ; il étoit d'autant plus porté à juger ainsi, que cet enfant senibloit ii'éprohver aucune douleur dans la trachée ; mais les intervalles assez longs de tran- quillité apparente dont jouissoit le malade, le persuadèrent bien- tôt que ce corps étranger ne pouvoit être autre part que dans la trachée artère. Après de mûres réflexions qu'il me communi- qua , il posa son pronostic, que je trouvai très-juste, et l'opé- ration fut décidée entre nous. Je n'entrerai ici dans aucun détail sur tous les symptômes que la maladie présenta, ni sur l'état pathologique du cou, au mo- ment où l'opération fut faite, ni enfin sur les difficultés qui se présentèrent lorscju'on la fit. Le cit. Caron se propose d'en ren- dre un compte exact et détaillé; je dirai seulement que par une incision pratiquée à la partie antérieure du cou ^ et pénétrante dans la trachée artère, nous ne tardâmes pas à avoir en notre possession le corps étranger qui avoit causé des maux si effrayans, et à jouir de la satisfaction d'avoir arraché des bras de la mort tin enfant qui aujourd'hui, neuvième jour de l'opération ^ est dans le meilleur état que l'on puisse désirer. M. N. Allard, chirurgien , premier interne de V hospice national du Sud. NOTE SUR L' ANALYSE DE LA CRYOLITE, ou ALUMINE rl-UATÉE, PAR KlAPROTH. Ce chimiste, dans l'analyse qu'il vient défaire A? celte subs- tance , en a retiré une grande quantité de natron. Nous ferons connoître plus en détail ses expériences. 4>i JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE NOUVELLES LITTERAIRES. Descr'ipt'iou des plantes nouvelles et peu connues , cultivées dans le jardin de J. M. tels , avec fig. , par E. P. V£Ntenat , de l'Institut national de France, l'un tles conservateurs de la bibliothèque du Panthéon. Vol. in-4'>. de 20 pagps et 10 j)'an- ches ; de l'iaipriaiei ie de Cra]iclet. Paris, clii z l'auteur, à la bibliothècjue du Panthéon ; Barrois l'aîné, rue de Savoie ; Fnchs, libraire, rue des Matlunins, et Kœiùg , libraire , quai de Vol- taire. Prix 12 francs, et grand raisin vélin 3o l'r. Ver.teiiat, déjà connu y^ar son bel ouvrage. Tableau du règne végétal, et plusieurs savans mémoires , entreprend aujourd'hui la description des plantes nouvelles et peu connues du jardin de Cels. Ce zélé cultivateur a réuni un grand ncnibre de ])lantes rares qu'il cultive avec un tel soin, que son jardin le dispute aux plus beaux de ce genre. L'ouvrage de Ventenat sera distribué en vingt fascicules. Ce preiuier que nous annonçons renferme la description de dix plantes. La première et la seconde sont du genre des mimosas. La troisième plante , goodnla ovala , appartient à un genre établi depuis peu par Smiili. La quatrième plante, robinia viscosa , est un grand arbre, découvert par Michaux sur les monts Alléganis , dans la Caro- line méridionale. La cinquième, e terrestre et les autres corps |)l;métaires on! été formes par la concrétion d'un fluide aéritbrme émané du_^soleil, » vient à se persuader rme c'est une grande concep- tion ; il en fait l'auplication aux phénomènes volcaniques , et en tire les conclu.sions suivantes : Que les matières solides vomies par les volcans , sont dues à des sul)stancrs gazeuses devenues concrètes; ce qui peut ex- pliquer la [iroduciion intarissable des laves, et la masse énorme de leurs éjections qui ont embarrassé les observateurs : que ces matières inépuisables sont le produit d'une circulation conti- Jiuclle de ces diverses substances gazeuses, comme les rivières sont le produit de la circulation dts eaux : ipie hs couches schisteuses primitives sous-marines sont aux volcans ^ ce que les montagnes sont aux fleuves; les unes et les autres attirent et condensent des fluides qui deviennent ici des torrens d'eau, là des torrens de feu et de matières solides : que les volcans sont ainsi des émanations de fluides sans cesse renouvelles , dont une ]iartie se condense en coulées de laves , comme les fontaines des Alpes se forment pendant l'hiver en coulées de glace : ç^-ae sans ce renouvelloment, qui répare à mesure la consommation, les éjections volcaniques laisseroieiit de tels vides , que le sol ne pourroit se sou.tenir que par un miracle continuel : enfin , (nie leur nliment principal est dans les eaux de la tner , comme contenant le sel umrin ou l'acide muriatique , et plus encore' dans les mers voisines de l'équateur , parce qu'elles sont plus charj^ées de cet acide. Ces conclusions sont étayées sur un long exposé de combinaisons de chimie pneumatique, suppo'ées opérées dans les éruptions des volcans et toujours ronais!>&nTes, qui font pas';er les substances volcaniques de l'état aériforme A. une consistance solide. Si les phénomènes volcaniques n'étoïcnt pas essentiellement liés à la géologie , je n'entreprendrols pas l'examen de ces conclu- sions; je les laisserois à la chimie pneumatique à qui elles aptidr- tii nnent. Mais il falloit en tirer les volcans qui ne lui appar- tieinient pas, et rappeller l'attention à des vérités qu'on fait perdre de vue. ET D' HISTOIRE NATURELLE. 4" J'ai vu et observé plusieurs volcans ; je les ai observe dans Ictirs détails et leur ensemble; je les ai vu en activité et je les ai vu éteints, et je n'ai jiiniais été conduit à cette conclu- sion , que les matières ([ui les produisent sont intarissables , non. plus qu'à celte idée, que la masse de leurs éjections est telle- ment t'/zo7-//ze , qu'il faut en chercher la source dans ime repro- duction continuelle, sans laquelle les terreins volcaniques s'en- . f'oiiceroient dans des abîmes. Toute grandeur d'une masse quelconque se juge comparati- vement. Un homme comparé à une fourmi , paroît un colosse , mais un homme comparé à \nie montagne paroît une fourmi. Un grand volcan considéré seul, est sans doute énorme , mais comparé au sol quii'environne seulement àdix lieues de distance, il devient petite et on a le sentiment que les matières qui l'ont formé ont pu sortir de cette étendue et sur-tout de sa profon- deur^ sans y causer des vides qui puissent m.eiiacer la solidité du sol. Cliaquoéininencevolcanique est la réunion de toutes les matiè- res solides de ses éruptions dès leur origine, car ces matières ne se dissipent point. Or que sont ces éminences comparées à l'étendue et à la profondeur du sol qui les environne ? Qu'est le Vésuve conqiaré à l'Apennin qui l'a voisine ? Qu'est l'Etna lui-même comparéà toute la Sicile? C'est l'horaine, qui de colosse qu'il paroissoit, devient fourmi comparé à une montagne. L'eau salée de la mer est, sans doute, nécessaire pour exciter la fermentation dans les matières qui produisent les volcans et déterminer leur inflammation, puistju'en portant nos regards sur tous les volcans actuels, nous ne les voyons que sur le bord de la mer ou formant des îles. J'ai déjà fait cette observation d'après laquelle je tirai, il y a longtemps, cette conséquence, que tous les volcans anciens observés dans l'intérieur des tenes , avoient brûlé sous les eaux de l'ancienne mer; c'est pourquoi il n'existoit aucune trace de leurs éruptions dans la mémoire des hommes, et non point parce que ce souvenir étoit effacé par une accumulation de siècles , résultante d'une grande an- cienneté de nos continens , supposée par quelques géologues. Les eaux de la mer et l'air atmosphérique peuvent être né- cessaires i l'entretien du fluide igné et des autres fluides élasti- ques qui s'évappient des volcans , et devenir l'une des sources re- productrices de ces fluides; mais quant aux matières solides, leiw origine est dans les profondeurs du sol ; là sont leurs magasins; c'est de là qu'elles partent et viennent au-dehors, au travers des 4ia JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE couches svipérieures, par des galeries de communication que leur ouvrent les fluides expansibles dilatés , et de l'etfbrt de ces fluides naissent les secousses de treniblemens de terre qui préccdcnt les éruptions. Nous voyons les eftets et nous pouvons en entrevoir les causes; mais la manière dont elles opèrent, les combinaisons et les fermentations qui se produisent, resteront toujours un sujet de conjectures. Il suffiroit de se placer sur la lave de l'Etna de i6C>^ , et de mesurer de l'œil sa masse et son étendue, pour voir s'évanouir comme un être de l'imagination , cette hypothèse, que la matière des laves sort d'entre les feuillets des schistes , provenant de guides aériformes qui s'y seroient condensés. Il ne seroit pas besoin pour cela de discours; le sentiment seul produiroit cette conviction , en comparant l'effet à la cause et à la place assignées, ec se faisant cette question : Cela est il possible K Les matières volcaniques ne sont pas non plus intarissables ; elles s'épuisent au centre même de toutes les conditions exigées pour leur renouvellement ; c'est-à-dire au milieu de la mer ou sur ses bords ; et de cet épuisement résulte aussi la fin de leur inflammation. Sans recourir à des exemples éloignés, quoique très- no mbi eux, ■jetons un coup-d'œil sur ceux que présente la niéditerranée , coiume plus à portée de notre observation. Nous y voyons le groupe des îles de Liparl composé de se p îles, toutes volcaniques, dont deux seulement brûlent encore. Nous y voyons les îles Ponces; l'île d'ischia et celle de Procida ;' l'île Pantalarie entre la Sicile et l'Afriipie; tontes les îles vol- caniques de l'Archipel, et le volcan d'Agde, qui sont éteints depuis nombre de siècles, et il peut en exister bien d'autres que je ne connois pas. Les matières solides qui ont formé tous ces cônes volcanirpies ont donc tari, quoique toujours environnées du fluide qui devoit les renouveller sans cesse. Et de tons ces nombreux volcans, il n'en reste que quatre qui brûlent encore , qui peuvent s'ettindre à leur tour. Si l'ôn.objectoit que ces quatre bouches existantes, l'E'na , le Vésuve et les îles de Stromboli et de Vulcano, suffisent pour constater cette reproduction, parce qu'elles peuvent éma- ner des mêmes sources qui ont produit toutes les a\iircs, je ré- pondrois , que bien qvie le fondement de cette objection soit sans nulle vraisemblance, puisque tout indique que chaque volcan a son foyer particulier , elle perdroit déjà toute sa force , par la ET D'HISTOIRE NATURELLE. 4i3 très-grande réduction du nombre de ces volcans. Mais il existe des faits au-dessus de toute objection. Rien ii'tst plus isolé au milieu des mers, et plus éloigné de tout autre soupirail volcanique , que les îles de l'Ascension et de Ste. Hélène, et plusieurs autres que je pourrois citer, re- connues volcaniques , qui sont éteintes depuis un temps immé- morial. Tout a doue fini pour ces volcans, quoique environnés de tout ce qui pouvoit alimenter leurs éjections. Les matières solides, el mêmes les fluides inflammables se sont épuisés au milieu des mers , qui , dans l'hypothèse , contiennent au plus haut degré tous les principes de leur renouvellement. Que devient donc ici cette circulation incessamment reproductrice f Toujours persuadé , malgré les faits, que les volcans ne s'é- teignent qu'autant qu'ils ne reçoivent plus l'influence des eaux de la mer, M. Patrin dit : «Tous les volcans en activité sans exception , sont dans le voisinage de la mer , et à mesure qu'elle s'est éloignée des autres, ils se sont éteints. j^Ce sont là deux gran- des erreins. La mer ne se retire point, et les volcans s'éteignent au milieu même de ses eaux. M. Patrin croit voir la confirmation de son hypothèse dans la méditerranée. « Cette mer , dit-il , perd par l'évaporation , in- comparablement plus d'eau qu'elle n'en reçoit parles fleuves : et pour rétablir l''équilibre rompu par cette déperdition , les eaux de l'océan y coulent avec une très-grande rapidité par le détroit de Gibraltar , et lui apportent journellement une immen- se quantité de sel qui, une fois entré n'en ressort plus. H y a donc longtemps que le bassin de la méditerranée seroit comblé de sel. marin, si les volcans des deux-Siciles , placés au milieu de cette mer, n'étoient là pour en opérer la décomposition. « Eh ! que seroient ces quatre bouches volcaniques pour décom- poser tout le sel marin apporté par un courant rapide de quatre à cinq lieues de largeur et d'une grande profondeur, lors même qu'elles npèreroient l'effet que l'on suppose r La cause productrice l'emporteroit tellement sur celle île consommation, que la mé- diterranée seroit comblée de sel. Mais c'est l'esprit du jour de votdoir tout soumettre aux conceptions humaines, sans réfléchir à leurs bornes étroites et leur incertitude , et à l'immensité des moyens de la souveraine sagesse , toujours proportionnés à la grandeur des objets. On voit certains effets dans de petits fburntaux , et quelquefois on croit les voir; puis , partant de là, on se croit en état de juger de toutes les lois établies dans la nature. /,i4 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE I! existe doue qucl'[u'a\ure moyen de co'ii;ensati' ii , puisque les quatre volcans de la méditcrr aiiée semieiit si fort 'nsuffisans. L'opiiiioii leçue qn'il y a un couran! an fi»! 1 du détroit (|ni sort de cette mer et balance celui de la sui l'ace , n'est pas suis vraisemblance; et l'excès de. ré\'aporation snr l'eau qu'.i'le reçoit ]3ar les iltuves, si cet excès existe, seroit réparé par ks pluies, dont 'M. Patrin ne parle pas. Si les volcans de la méditerranée étoient là pour décomposer le sel marin , et produire une circulation nécessaire, bans la- (luelle le bassin de cette mer se combleroit de sel , tclie devroit être aussi la destination de ceux tjui brûient dans l'océan. Il seroit trop contraire à l'unilormité de la mai clie établie dans la nature, de supposer cette destination aux uns et de la refuRer a\ix autres. Pourquoi donc s'éteignent-ils ? £t quand on les com- pare à l'étendue du fluide qui les environne et qui embrasse le ;j!obe entier, les volcans ne sont-ils pas comme des grains de sable sur le livage de la mer? Les sels tenus en dissolution dans l'eau de la mer, contribuent beaucoup, sans doute , à produiie les volcans; combinés avec d'autres substances qui existent dans les profondeurs du sol, ils dégagent sur- tout le fluide igné, d'où résultent l'incandescence et ia t'usion des matières solides. Mais les faits nous apprennent, par la cessation absolue des éruptions volcaniques qui arrive si fréquemment, que ces substances s'épuisent et rie se reproduisent plus dans le lieu où elles ont été co"nsumées ; laissant à la surface du sol, et plus encore, saus doute, dans les pi-of'ondeurs sou- terreines , les matières f|ui avoî?r.t passé à l'état de t'usion. Les rivières et les fontaines auxquelles M. Patrin a comparé la circulation liypothéiique des éjections des volcans , sont- né- c-jssaires dans la nature; c'est pourquoi le cr^'^/^wr a établi des lois d'après lesquelles elles se renouvellent sans cesse ; lois d'où découlent la réproduction et la circulation d'un fluide néccss.n- re à la vie de tous les êtres. Mais les volcans sont des émana- tions locales, qui peuvent cesser sans que rien souffre dans la nature; ce dont nous avons la preuve dans le très grand nom- bre de volcans éteints^ et le petit nombre de ceux qui brûlent encore. ( i ) (i) Il est une rlislinclion essen'ielle à délerminer pour s'cnt>»ndre. J'appelle donc volcans itainti; ceux qui ayant commencé à brûler sur les bords de la mer ou au milieu de ses eaux, ont cessé de brûler; et volcans anciens, ceux qui ET D'HISTOIRE NATURELLE. 4i5 Ponr établir la iiéces>ité d'une reproduction des matières vol- Cclni,]ues, M. Patrin cite l'Italie. «Ce pays, dit-il, d'après les oliservat'mns les plus récentes, est crilj'é de volcans et couvert d'iui bout à l'autre de laves et de ii/fo d'une épaisseur énorme: S'il existoit des vides souferreins proportionnés à de telles éjec- tions , l'Italie seroit suspendue sur des abîmes et prête à dis- paroîire de l'Europe. » C'est-là une très grande exagération dans les faits, d'où résul- toit natiirelleiiient l'exagération de la conséquence. Si l'on vérifioit tous les exemples cités en faveur d'une opinion qu'on veut accréditer, on seroit souvent bien étonné de rccon- noître qu'elle ne doit ses succès qu'à des exagérations doniiées pour des faits. Tel est cet exemple tiré de l'Italie. La chaîne entière de l'Apennin et toutes ses ramifications, qui occupent une si grande partie de cette péninsule, n'ont rien de voicanirjue , non plus que sa partie orientale. Les terreins volcaniques sont sur la côte occidentale, séparés même fré(|uem- ment par des terreins naturels; et ces terreins volcdniques, oii l'on reconnoit plusieuis cratères éteints depuis tant de siècles , quo'que voisins de la mer, ajoutent une nouvelle preuve à celles qne j'ai citées, que les matières volcaniques s'épuisent et ne se renouvellent pas. L'Italie restera donc ferme et stable, quoique ce renouvellement ne s'opère point, parce qu,'^ll,e n'est pas cribke de volcans , et qu'elle n'est pas couverte, d'un bout à l'autre de leurs éjec- tions. « C'est entre les tropiqups , dit encore RI. Patrin, que les eaux de l'océin sont plus chargées de sel que par-tout ailleurs, et c'est ciussi entre les tropiques qu'existe l'immense majorité de volcans bru ans. » la qvmntite des volcans brûlans entre les tropiques n'est pas immense; c'est-là encor£ une de ces exagérations cjui font perdre de vue la réalité. Ils seroient bientôt comptés si nous en avions la li^te sous les yeux, et ils sont en bien petit nombre, comparés à ceux qui ne hrûltnt plus. A la suite du passage que je viens de citer est une note en ces existent au milieu des terres , qui ont brûlé sous les eaux fie l'ancienne mer , lorsqu'elle couvroit nos conlinens. Am.si, d'après cette distinction, le Puy-de- DLine en Auvergne est. un volcan ancien, et l'île à'ischia . sur la côte de N aples , est un volcan cteini. 'itô JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE termes : « Qi.and cet article fut lu , le citoyen Laplace a fait la remarque importante , que dans le soleil ', les taches qu'on y observe sont toutes dans le voisinage de l'équateur. » On ne sent pas quel rapport il peut y avoir, entre les volcans voisins de la ligne , et les taches du soleil ; lors mè ne qi'ellcs serolent toutes près de son equateur , et tous les volcans voisins de la ligne. Les volcans brûlans ou éteints sont des éaiinences fixées à la place où les éruptions les ont élevées, et les taches du soleil varient et dlsparoissent même entièrement. Au passage de M r- cure en iy86 , il y avoit au soleil plusieurs taches, à celui Je l'année dernière on n'en voyoit aucune. Je cite ces époqu' s , parce que les oljservateur? de ces deux passages ont pu le remar- quer ; car c'est un fait bien connu , que les taches du soleil ne sont pas permanentes. Ce n'est pas ici le cas d'entrer dans une disferfation sur la cause de ces taches, qu'on peut entrevoir; il suffit i|u'il est bien évident que cette cause , quelle qu'elle soit , n'a point de rapport avec les volcans du globe terrestre. Il est très-apparent que les laves ne sont pas un produit de la fusion de couches semblables à celles que nous pouvons observer ; et il rn'a toujours paru que les analyses qu'on en fait, d'api es lesquelles on les nomme porphyriques, graniticjues^ schisteuses ou de pierre de corne, pouvoient être trouqieuses , non qu'on ne puisse y trouver des principes analogues à ceux des substances qui composent nos couches ; car' il est vraisemblable que ces principes sont répandus dans la masse entière du globe, diffé- remment combinés : mais il y a loin de là à cette idée , que les laves et les cônes des volcans proviennent d'une concrétion de fluides aéri formes qui se renouvellent, ce que j'ai dé:nontré contraire aux faits: ce qu'on peut en conclure avec vraisemblance, c'est qu'elles ont leur source au-dessous de toutes les conches connues ; et les secousses de tremblemens de terre qui précèdent les éruptions , le prouvent encore. M. Patrin place le siège des fermentations volcaniques dans les schistes primitifs sous marins qui , suivant ce naturaliste, se prolongent depuis les montagnes des continens jusques sous le fond des mers, où ils forment d'autres montagnes semblables , qui absorbent par leurs feuillets et leurs fissures le fluide mu- jiatique, dont elles sont abreuvées, et les divers fluides de l'atmosphère que les eaux leurs transmettent; l'acide sulfurique abonde dans ces schistes , et par des combinaisons déduites de la . { ET D'HISTOIRE NATURELLE. 4i7 la cliiiuie nouvelle, les volcans se produisent et se perpétuent continuellement. « Je ne parlerai pas', ajoute M. Patriii, des couches secondaires et tertiaires, elles n'entrent pour rien dans les phénomènes volcaniques; cllus ne peuvent qu'y mettre obsta- cle, n M. Pluniboldt, cité plusieurs fois par M. Patrin^ comme aiitori;é en chimie , s'exprime , dans une lettre écrite de Cumana , en ces termes. « Le pic de Ténérifl'e est une immense montagne basalti- que, dont le cratère produit une énorme quantité de soufre et de sulfate de fer; il paroît reposer sur de la pierre calcaire dense et secondaire. » Et partant de cette idée, il propose cette question. « Le soufre se compose-t-il , ou ne vient-il pas de celte roche calcaire au-dessous des basaltes qui , identique avec celle d'Andalousie et de Krezez6^7itz en Pologne, pourroit bien le fournir ? On sait que la pierre calcaire et gypseuse d'Andalousie pourroit Ibuniir du soufre à toute l'Europe (i ). » Voilà deux opinions bien opposées. M. Palrin exclut les cou- ches secondaires , et place le siège des fermentations volcani- ques dans les schistes primitifs; il fait mêaie suivre ces schistes pour former la charpente des volcans , dont les interstices ser- vent de cheminées par lesquelles les gaz viennent s'échapper à leur sommée. M . Hum boldt au contraire pense'que l'immense volcan basaltique de Ténériffe, repose sur de Xa. pierre calcaire dense et secondaire qui peut fournir, par l'abondance de ses soufres, l'aliment des fermentations volcaniques. La vérité est, que ni l'une ni l'autre de ces opinions ne sont fondées. Les volcans sont des émincnces qui n'existoient pas avant les éruptions qui les ont élevées par accumulations; et leurs matières ne soi tent pas d'entre les iéuillets des schistes. Et d'un autre côté , l'on ne découvre rien , ni sur le pic de Ténéritfe ni dans toute l'île, d'où l'on puisse insérer que le pic repose sur de la pierre calcaire. Ce n'est pas ainsi que la chimie et la géologie se rappro- cheront. L'obeervaticn attentive ne favorise donc point les conclusions (i) Lettre de M. Hun)bolJt à M. Dc-lamélherie , insérée daus le cnhier d« frimaire dernier. J'ai fait l'examen de c|ucl(]iies-unes des opinions contenues dans cette kllre, qui a paru dans le cahier an pluviôse suivant^ pag. i4l à l46 , auquel je renvoie. 1 orne LI. FRIMAIRE an 9. H h h 4iS JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE <1iii ont fait le sujet de cet examen , et moins encore l'hypo- thèse étrange qui leur a servi de base ; d'où résulte que ce n'est pas dans les phénomènes volcaniques que I.i chimie nouvelle doit clieicher une confirmation de sa théorie. De ce résultat naît une réflexion bien naturelle. Si les vol- cans , ces grands laboratoires de la nature , n'étoient pas à la vue de tous ceux qui peuvent y porter une observation attentive, on nous feroit prendre , d'après eux mêmes , pour des faits et des réalités , ce qui n'est que des fruits de l'imagination et des conjectures On conclut si souvent du petit au grand; ne pourroit- oii pas cette fois conclure du grand au petit ? Je terminerai ces observations par une réflexion générale; Un volcan en éruption est un spectacle si grand et si impo- sant , qu'on est moins surpris d'en voir tirer des consécpiences exagérées j que de les voir resserrer dans des bornes plus étroites tju'elUs ne le sont réellement. Laziro Moro étonne moins lorsque , parlant des phénomènes volcaniques , il attribue la formation des couches et des mon- tagnes à l'action des feux sou terrcins , que M. de Buffon lorsqu'il ne voit dans les volcans que du bruit , du feu et de la fumée ; qu'il place leur foyer dans une montagne déj:^ existante et leurs feux à son sommet. Il seroit difficile de réunir à-la-f'ois dans une opinion, plus de légèreté et moins de connoissances. Avant donc de former aucun système d'après les phénomè- nes volcaniques, il fiut les bien connoître, et s'assurer si l'on en saisit tout l'ensemble; afin d'un côté , d'éviter de s'égarer dans des conjectures et des exagérations, et de l'autre de meconnuî- tre ce qui leur appartient. J'examinerai dans un mémoire suivant, l'objet particulier des prismes ou schoris volcaniques que M. Patrin lie à son liypo- tbèse, parce que c'est un point q^u'il est important d'eclaircir. ET D' HISTOIRE NATURELLE. 419 MEMOIRE Sur Je mode de rédiger et de noter les observa- tions météorologiques, afin d'en obtenir des résultats utiles , et sur les considérations que l'on doit avoir en vue pour cet objet. Les vérités même les plus utiles sont toujours extrêmement didiciles à persuader et à répandre , quand depuis longtemps l'opinion n'est pas dirigée vers elles , et lorsqu'il faut vaincre une habitude de voir et d'agir autrement. La météorologie, dans ce moment , ottre une nouvelle preuve de ce principe bien reconnu. En efï'et, on sait qu'elle est à- peu-près la seule des sciences physiques qui depuis un derai- siècle n'ait fait aucuns progrès. On ne sauroit douter cepen- dant qu'elle ne soit encore loin d'avoir atteint le terme où elle peut parvenir. Dans le peu que j'ai publié sur ce sujet, j'ai tait voir que si cette utile partie des connoissances humai- nes étoit depuis si longtemps restée en arrière et sans avance- ment, cela tenoit unicjucment à la manière dont les météoro- logistes jusiju'à-présent avoient dirigé leurs observations jour- nalières , et en avoient présente les annotations. Il semble , pour eux , que le but unique des observations météorologiques ne soit autre que de procurer la détermination des termes extrêmes et des termes mo\ens des variations que l'atmosphère subit dans chaqiie climat. Il y a cependant grande apparence qu'on peut faire plus : personne au moins n'oseroit le nier. On a néanmoins pris une route qui ne peut conduire à aucune découverte, et lorsque la seule voie capable d'appren- dre quehjue chose est enfin indiquée et même démontrée , oa s'obstine à suivre celle dont on a l'habiiude , quoirpie l'on soit convaincu qu'elle ne mène nullement au but qu'il seroit utile d'at- teindre. Qui osera contester que les principaux changemens qui sur- viennent dans l'état de l'atmosphère , ne puissent être le résultat H h h » 420 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE de l'influence de la lune et du soleil? Or, s'il y a quelque pos- sibilité IJ RS lois. Ane. style. ÉpOQUr.s des points lunaires infliiens. Vents. Raro. Ther. 0) o à a u o -aj -q5 S 2 tf3 Obsi;Rvatiuns générales sur l'élat du ciel. I-unistice. 1 1 1 i 1 ! 1 1 É Q U INOXE LUNAIRE DESCENDANT. ■ ■ 1 " ■■!" 1"™'" ET D' HISTOIRE NATURELLE. 4:23 Explication du modèle. Les deux premières colonnes dans ce modèle sont destinées à l'indication du nom et des jours du mois du nouveau et de l'ancien style; on peut en supprimer une. La troisième colonne , qui est intitulée époques des points lunaires injluens , doit indicjucr les apsides, les syzygics , les quadratures et les lunistices. De ces points lunaires un seul de chacun peut se rencontrer dans chacune tableau , c'est-à-dire qu'il ne peut y avoir ou qu'un des deux apsides , ou qu'une des deux syzygies, etc. Mais on pourra quel'juefois voir coïnci- der le même jour un apside avec une syzygie ou avec une qua- drature, et si cette coïncidence se rencontroic à l'époque d'un lunibtice ou à celle d'un équinoxe lunaire, ou mieux encore à celle d'un équinoxe solaire, ces points seroient d'autant plus importans à noter et à mettre en regard avec les faits, qu'ils indiquent les influences les plus remarquables. On inscrira dans la quatrième colonne la direction des vents, et l'on aura le plus grand soin , lorsque le cas l'exigera , de noter les vents mixtes, c'est-à-dire les doubles et quelquefois les triples couians d'air diilérent qui régnent à-la fois. Dans la cinquième colonne on inscrira les observations baro- métriques , et l'on y mettra beaucoup de soin , car ces obser- vations , ainsi que celles des vents , sont des plus importantes pour faire obtenir les résultats désirés. La sixième colonne comprendra les observations du thermo- mètre que l'on aura attention d'exposer convenablement. La septième seia destinée à recevoir les observations hygro- métriques. Néanmoins si le défaut d'instrument comparable ne permet pas de s'occuper prolitablement de ce genre d'observa- tions , on pourra supprimer cette colonne, et reporter aux ob- servations générales les indices qu'on aura , soit d'une grande sécheresse de l'air , soit de sa très-grande humidité : on négli- gera les cas moyens comme peu importans. Dans la huitième colonne, qui pourra être étroite, on inscrira longitudinalement \sl saison météorienne co\xrant.e; eX.\ors(\ue la saison dont il s'agit changera, le premier jour delà t\ouvelle saison météorienne sera marijué dans le tableau par une *, comme dans l'annuaire météorologique. La considération de ces saisons est très importante en météorologie, parce qu'après la durée de cha- cune d'elles le soleil a tellement changé sa position dans l'éclyp- i^A JOURNAL DE PHYSIQUE, DE C H I 51 1 E ticjuo, que la nature de sou iiifliunce svir l'atiiiosphère A'un ciiiiuit déteimiiié eu est aussi changée d'une man'ère notable , et qu'il en résulte une moJilication réelle de celle des joints lunaires. Enfiu , dans la neuvième colonne , qui doit avoir le plus de largeur possible , ou notera toutes les observations relatives a l'état du ciel , et l'on indiquera particulièreinetit tout ce qu'on aura observé relativement à la quantité et à l'état des nuages, à la transparence de l'atmosphère , aux brouillards , aux pluies, aux orages, aux météores lumineux et ignés, etc. etc.. On donnera aux colonnes les dimensions nécessaires pour contenir les observations qu'elles doivent recevoir , et pour cela chaque tableau occupera au moins ujie deini-feuille entière du plus grand papier que l'on pourra se procurer. Comme pendant une déclinaison , soit boréale , soit australe de la lune, cette planète varie dans les degrés de sa déclinai- son et dans sa vitesse à parcourir ces degiés , j'ai distingué , pour mon étude particulière, la durée d'une constitution atmos- phérique en cinq sortes de jours; savoir : En jours équinoxiaux (lunaires) antérieurs. Jours moyens antérieurs. Jours lunisticiaux. Jours moyens postérieurs. Jours équinoxiaux (lunaires ) postérieurs. Je fus porté à me livrer à cette considération par la convic- tion où je suis que l'influence que la lune a sur jiotre atmos- phère (sur-tout dans nos climats) , varie dans ses effets non- seulement à raison de la nature de la déclinaison de cette pla- nète ; mais encore à raison de ses différens degrés de décli- naison , et de sa vitesse croissante et décroissante à les parcourir ; ensùrte qu'en certaijis temps le mouvement en déclinaison de la lune est fort rapide , tandis qu'en d'autres teujps il a beaucoup de lenteur. Il est donc nécessaire d'avoir égard à cette considération si l'on vent se mettre à portée d'apprécier convenablement les effets de l'induence de la lune dans ses déclinaisons , et découvrir la périodicité de certains changemens dans l'état de l'atmosphère , qui tiennent aux circonstances que je viens d'indiquer. Le tableau ci-joint présentant la durée d'une constitution at- mosphérique partagée en différens ordres de jours , aidera le lecteur à bien distinguer les circonstances dont il est question. DlTKÉE ET D'HISTOIRENATURELLE. 4=5 Durée d'une constitation atmosphérique partagée en différent ordres de jours , soit équinoxiaux (lunaires), soit lunisticiaux , soit moyens. Equinoxe liin. ascendant. i3 >4 i5 Lunistice. Jours équi- noxinux antérieurs. Jours moyens an- térieurs. Jours lu- . nisliciaux. Jours /moyenspos- 8i 8^ Equinoxe lun. descendant. Tome LI. FRIMaIRE an 9. ^ c 3 o B Nota.VouT ne pas admeltr» de fraction de jour, on ne complera que quatre Jours \^luinsliciaux dans les consti- tutions qui n'ont que l't joursj ' et dans celles qui n'en ont que treize, les jours lunisticiaux seront réduits à trois. 4a6 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE On trouvera dans l'annuaire météorologi que de l'an VIII , pag. 75, l'exposition du principe relatif à l'influence delà lune sur l'atmosphère dans chacune de ses déclinaisons , et dans Vannuaire météorologique de l'an IX, pag. 20 et 109 , l'indica- tion de quelques modifications que subissent les effets de ce principe de la part des six points lunaires suivans ; savoir des deux apsides , des deux syzygies et des deux quadratures ; et de la part de chacune des saisons météorieniies. Si, à ces considérations, l'on y joint celle relative aux cinq ordres de jours de chaque constitution atmosphérique présentée dans ce mémoire , on aura vraisemblablement le complément des objets qir'il faut considérer pour parvenir à déterminer la périodicité des principales variations de l'atmosphère dans nos climats. Telle est la seule marche qu'on doit suivre , le seul ordre d'annotation qu'il faut employer , et les principaux égards qu'on doit avoir en vue pour avancer la météorologie et découvrir ce qu'on a tant d'intérêt de coiinoître. J'invite les physiciens -météorologistes qui résident en France, à diverses distances de Paris, ceux qui habitent l'.^llemagne, l'Italie, l'Espagne^ l'Angleterre et même le nord de l'Europe ; enfin ceux qui sont dans le cas de faire des voyages de long cours ou de passer dans les latitudes australes; je les invite, dis- je, à suivre ce mode d'observations et à en publier ou m'en connnuniquer les résultats. L'importance du sujet de ces recher- ches est assez grande pour que l'on fasse quelque^ efforts pour atteindre le but. La différence des localités apportera, comme je l'ai déjà dit, (annuaire météorologicpie de l'an 9 , pag, 10) , des différences dans les faits que l'on observera ; aiais les effets de l'influence de la lune et du soleil, dans les diverses circonstances que j'ai indiquées , n'en seront pas xnoins reconnoissables par-tout où cette influence ne sera pas nulle. Lamarck . ET D'HISTOIRE NATURELLE. 42? EXPOSITION D'UNE MÉTHODE NATURELLE POUR LA CLASSIFICATION ET L'ÉTUDE DES INSECTES; Présentée à la société philomatlque le 3 brumaire an 9 , par le C. Duméril, La reclierclie des insectes, et surtout celle des papillons , fut un des amusemens de mon enfance. J'en avois recueilli un assez grand nombre, qne j'avois disposés méthodiquement, longtemps avant q^ue je fusse instruit que l'étude de ces ani- maux pût devenir le sujet d'une occupation sérieuse et utile. J'ignorois alors que plusieurs hommes célèbres eussent consa- cré la majeure partie de leur vie à faire connoître les mœurs et la structure de ces petits êtres; qu'ils eussent réuni leurs observations en un corps de doctrine dont ils avoient fait une science qui peut conduire à des résultats très-importans pour l'étude de la nature en général et dans ses applications aux avantages et aux besoins de l'homme en particulier. J'eus occasion de consulter par la suite ces ouvrages; je les étudiai : aidé des conseils de quelques amateurs, j'appris à con- noître les noms et , par fois, l'histoire des espèces que je m'étois procurées. J'abandonnai , non sans quelques regrets , l'ordre naturel que l'instinct m'a voit dicté , et d'après lequel j'avois disposé ma petite collection, mes premières richesses; j'adoptai le système des auteurs. Mais depuis dix ans à-peu-près que cette branche de l'histoire naturelle est devenue plus particulièrement l'objet de mes dé- lassemens, j'ai souvent éprouvé combien il ra'étoit diflicile de communiquer aux autres le peu que je savois : je regrettois même la peine que j'avois prise pour parvenir , avec le secours des livres , au point peu avancé où je me trouvois. Je me liai, à Paris, avec les entomologistes les plus instruits; I i i 2 • '»28 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE je profitai beaucoup de leurs leçons : mais j'eus occasion d'être plus parfaitement convaincu encore de la difficulté des systèmes adoptés jusqu'ici ; c'est alors que j'essayai , avec le cit. Cuvier , d'appliquer à cette science une méthode plus facile. Les moyens d'étude employés si avantageusement en botani- que, la méthode naturelle du cit. Jussieu , le système analy- tique de la Flore Française du cit. Lamarck , et sur-tout l'ou* vrage du cit. Latreille servirent de Jjase à ce travail. Ces premières tentatives insérées sous forme de tableau dans le premier volume des leçons d'anatomie comparée, obtinrent quelques succès auprès des naturalistes ; ce fut un grand motif d'encouragement. Aidé des conseils du cit. Cuvier , et consultant toujours les ouvrages de Linné, de Fabricius , de Degéer , d'Olivier et de Latreiile, je repris ce pre.i ier plan; je le soumis à de nou- velles recherches; je changrai l'ordre de quelques familles ; j'en ajoutai quelques-unes ; je distribuai dans plusieurs des genres oubliés, j'en établis d'autres , d'après des caractères très-sensi- bles, enfin je suis parvenu à terminer presqu'entièrement mon travail dans le courant de cet été ; je viens l'offrir aujourd'hui à la société et lui demander la permission de lui en exposer quelques détails, mais auparavant je profiterai de la franchise qui lègne entre les membres qui la composent, pour leur faire un aveu qui servira d'excuse à la précipitation que je parois mettre à le faire connoître. Livré, par la nature de la place que j'occupe, à des recher- ches jiériibles et qui permettent peu de distraction, j'ignore quand je pourrai publier mon ouvrage. Cependant avant d'aban- donner cette science et de m'exposer à ne plus être au courant des progrès rapides qu'elle paroît destinée à faire, j'ai rais par écrit tout ce que je savois ; je l'ai communiqué à quelques en- tomologistes ; j'ai môme dicté mes cahiers dans des leçons pu- bliques ; j'ai permis à plusieurs de mes amis de faire connoître cette méthode dans les écoles centrales où ils professent ; ils ont étuJié les insectes de ma collection , disposés dans l'ordre que j'ai adopté. Vous devez sentir qu'il est assez naturel que je mette quelqu'intérêt à prendre date du peu que j'ai fait pour la science , afin de m'assurer de la portion de mérite qu'on pourra peut-être y trouver. Les londeuiens de cette nouvelle méthode entomologique sont é'ablis sur les connoissances acquises; j'ai comparé tout ce qui ayoit été iait et j'en ai tellement profité, que j'avoue n'avoir / ET D'HISTOIRE NATURELLE. 429 fait qu'appliquer des moyens connus , employés ou indi(jués par les auteurs. Les ordres, par exemple, sont ceux d'Aristofe , de îinné , fondés sur la considération du nombre et de la forme des aîles, en ajoutant, avec le cit. Olivier, celui de ortlio[)tères ou des dermaptères de Degéerj et en considérant toujours en même temps, ainsi que l'a fait le cit. Olivier, la disposition générale de la bouche, autant seulement qu'elle nécessite une nourriture solide ou liquide. D'après cette considération j'ai eu pour tableau indicatif des ordres celui du cit. Olivier , mais simplifié. TABLEAU INDICATIF DES ORDRES. Ailes. Inégale: Ç Pllées en lies ioférieu-i travers. .. t. Coléoptères. A mâchoires : Ires f I ailes de consis- / i Pllssées 1 lance \ ^en long. . . 2. Orthoptères. Quatre :} I Egale : vRciticulées. J.NivROPTÈRES. [bouche. \ vtoutes. . . \ ^Veinées. . 4.HyMÉNopTÉRES. Sans-mâchoi-/ Un bec non roulé sur res, consistant) lui-même 5. Hémiptères. , en \ 1 Une trompe roulée sur 'elle-même 6. Lépidoptères. Deux : point de mâchoires 7. Diptères. Nulles 8. Aptères. Au nombre Ide. ... Prenant ensuite chacun des ordres en particulier, je les ai sous-divisés d'après des considérations diverses. Pour les coléoptères j'ai adopté le système de Geoffroy , la 43o JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE considération du nombre des articles aux tarses , et j'ai obtenu quatre sous- ordres on divisions principales. ORDRE PREMIER, LES COLÉOPTÈRES (*). Des mâchoires : quatre aîles ; les supérieures dures , les inférieures pliées transversalement. Ou sétacoes , non dentées; lélytres dures longues : tro- chanter aux cuisses posté- FiliformesXrieures I. Dures. . V. . 5.5.5 ; Antennes.< -A élytres..) I Molles. ... VI. Feuilletée.' II. . Perfoliée ou solide. . . . III. Moniliformes ; élylres courtes. . - . IV. . En masse. Dures : antennes a kderniers articles. . - ■''' 5..').4 : Élytres. Moniliformes , . . vn. . Filiîbrmus roads ou dentés. VIII.. s o 4.44 ■ Antennes.' 3.3.3. Molles IX. Portées sur un bec. . . . , X. . Sétiformes, longues. XI. Cilindrique. . XII. Applati. . . . XIII. Filiformes ou moniliformes XIV.. En masse : à corps. \ XV. Créophages. térédyles. Apalytres. pétal0cère5. Hélocères. Brachélytres. Photopiiyges. Ornéphiles. Épispastiques. Rhincocères. Xylophages. ClLINDROÏIlES. Omaloïdes. Phytophages. Trid.'.ctyles. (*) De KoPisès- , gaine, et de nripcy, aile. ET D' HISTOIRE NATURELLE. 43i Chacun de ces sous-ordres se partage ensuite en un certain nombre de familles ou de réunions de genres , dont les espèces ont toutes une manière de vivre, une organisation et des formes à peu-jirès semblables, et toujours diftérentts de celles des genres compris dans les autres familles. Ainsi la première sous-division des coléoptères , ceux qui ont cinq articles à tous les tarses , comprend six familles, dont les ca- ractères extérieurs sont tirés de la forme des antennes ou delà consistance des élytres. Les noms de chacune de ces familles sont empruntés du grec. Ils ont cependant un sinonyme latin francibo , ou entièrement français, lorque notre langue nous en a offert la possibilité; ils indiquent par leur étymologie ou les mœurs, ou la forme géné- rale, ou bien celle de quelques organes extérieurs et visibles de l'insecte. Ainsi la première famille, celle des carnassiers ou des créo- phages (i) , qui comprend tous les coléoptères à antennes , séta- cees ou filiformes, qui vivent de proie vivante, comme les ca- rabes, les cicindèles , les dytiques, etc. La seconde , celle des lamellicornes ou des pétalocères (2) , ceux qui vivent sous terre , et dont les antennes en masse sont feuilletées; ce sont les scaiabés de Linné. La troisième, celle des clavicornes ou des hélocères (3); ceux dont les antennes en masse sont perfoliées ou solides. Ils vivent tous de débris de végétaux ou d'animaux qui se corrompent ; tels sont les escarbots , les boucliers , les dermestes , les aiilhrè- nes, etc. La quatrième , celle des brévîpennes ou des brachélytres (4) , ceux qui ont les antennes monilitbrmes , les élytres courtes et la forme alongée. Ce sont les staphylins et autres genres voi- sins. La cinquième , celle des perce-bois ou tèrédylcs (5) 5 ceux dont les antennes filiformes sont dentées et les élytres dures : ils vivent dans l'intérieur du bois. Ce sont les taupins , les ri- chards; les vrillettes , etc. (1) De mpUr-xTcT , el allice Kf-aa- , rhair vivante. (2) De nsVaPic» , feuillet, laine; et de n'fxs- , corne, antenne. (3) De'H/.or , tête de clou, capitatu^ , et de t^sf^n-. (4) De Bfuitùs- , court, el de EAi-Tpov , élytres, gaines. (5J De Ttftt^tmvMt entrer dans l'esprit des plus grands maîtres d'en élever une autre sur des bases plus solides. Sans nous arrêter ici à énumérer la multiplicité des caractères que ces organes de la génération présentent à l'examen de l'ob- servateur , en faisant même abstraction de la facilité qu'il y a ordinairement à les saisir , et au nombre souvent immense, de fleurs et de fruits qu'une ^cule et même plante semble offrir au botaniste ( ce f|ui sufliroit cependant pour établir entre l'ento- mologie et la botanique une distinction très-îr.arquéc ) j nous allons voir si ce précepte peut être appliqué raisonnablement à. l'étude des insectes. Dans les végétaux, avons nous dit ^ toutes les fonctions sont ■épàrses ; dans les insectes, au contraire, elles commencent à -se centraliser. On leur reconnoît des organes pour le mouve- ment, les sensations, la nutrition , la respiration, la généra- tion , et dans chacune de ces fonctions ils offirent des dilférences nombreuses <|ui peuvent servir de caractères. C'est ce qu'il étoit iiiqiDSsible d'observer dans les plantes. Eh bien ! parce que 1h botanique , plus circonscrite dans son étude, avoit moins de moyens d'étendre ses observations sur un plus grand nombre de parties; parce que les observations anatomiques ne l'avoient point encore assez éclairée , failoit-il établir en précepte que la loi qui lui étoit applicable , l'étoit éga- lement à toutes les autres parties de l'histoire naturelle ? Non, sans doute ; et mettant à l'écart cette considération exclusive , on découvre une mine inépuisable de caractères fiappans qui conduisent directement et successivement à un groujie d'êtres indiqués à l'avance par une particularité dans la configuration des organes extérieurs. N'allez pas croire cependant que ces caractères , tires de parties peu importantes en apparence, n'aient pas néanmoins une valeur très-réelle. La moindre modilication dans chacun de K kk 2. -436 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE ces organes , iiiêtne dans ceux du mouvement , est souvent liée par les rapports l(^s plus constans avec les organes intérieurs, les fonctions et la manière de vivre de l'individu. C'est la consé- quence que nous avons l'avantage de tirer de notre travail. Supposons cependant que le précepte que nous venons de discuter puisse être ajipliqué à l'étude des insectes , examinons sans partialité les avantages que nous trouverions à le suivre , et voyons si nous n'en réunissons pas un y>^us grand nombre en nous en écartant. Voici , ce me semble, les avantages , en accordant que le ca- ractère soit pris dans un organe essentiel et inqiortant : Ks notes qui l'assigneront seront toujours courtes et comparatives. Mais aussi voilà les inconvéniens j c'est qu'elles seront insuf- fisantes, minutieuses et souvent douteuses , car elles résideront dans des formes de parties étudiées avec tant de détail, qu'on en saisira les moindres variétés pour en former des caractères. Ainsi , par exemple , dans le système fondé uniquement sur la considération de la bouche , une mâchoire avec une très- petite dent, une lèvre un peu echancrée, des palpes presqu'égaux Serviront à distinguer des genres très-éloignés d'ailleurs par la forme du corps (i). C'est en vain qu'on emploiera la foible res- source d'exprimer des formes semblables par des termes dilfé- rens ; qu'on éloignera le plus possible les genres les plus voi- sins , pour faire trancher les caractères d'une manière apparente, la difficulté restera et la science fera des progiès moins rapides. Parla méthode naturelle , au contraire , on obtient d< s notes caractéristiques qui, sans être /»/«* /o//^«(?5, sans cesser d'offrir des points de comparaison , sont devenues extrêmement posi- tives. Avant d'être parvenu à la détermination du genre , on a étudié successivement tous les organes extérieurs , et reconnu avec quels insectes il a le plus de rapport. On sait en quoi il en diflère ; et le grand avantage de cette méthode , c'est que les deux genres les plus voisins se trouvant nécessairement rap- prociiés et comparés , il est beaucoup plus facile d'en saisir et d'en retenir les caractères essentiels. 11 faut donc l'avouer , cette loi qui a servi de base à quel- ques systèmes d'entomologie , est un obstacle préjudiciable à la science dont elle a retardé les progrès. On voit, en effet, que ceux qui en ont le mieux mérité par leurs travaux, trop fidèles ( 1 ) Le cébrjon du malachie ; l'hydrophile du my labre ; la maulhe du grillon, etc. ET D'HISTOIRE NATURELLE. 407 observateurs do ce vain préiepte , n'ont pu assigner que clts caractères vacillans et minutieux à de très-bons genres, qu'ils se sont vus forcés de former par des considérations très-lrap- I)antes à la vérité, mais étrangères à leur propre système j au ieu de les ct/iblir solidement d'après leur caractère naturel. Cette discussion m'a entraîné dans des détails plus longs que ceux qu'elle n'auroit peut-être demandes, si je n'avois saisi cette occasion de développer davantage le plan du travail dont je viens de vous entretenir. Je vais maintenant vous mettre à portée de juger de la vé- ritable valeur de la méthode que je vous présente, en soumet- tant à votre examen tous les genres de l'une des familles les plus nombreuses de la classe des insectes, et le tableau synop- tique qui conduit à leur détermination (iV J'ai conservé le plus ordinairement les noms que les auteurs ont donnés aux genres que j'ai adoptés ; cependant je dois déclarer que beaucoup avoient été indiqués , sans dénomination particulière , par le cit. Cu- vier , dans son tableau élernsntaire des animaux. Cette famille est celle que Linné a renfermée dans son genre mouche , des premières éditions du systema. Beaucoup d'autres genres m'ont servi ainsi de divisions j elle est maintenant distribuée en vingt- un genres bien distincts. Le tableau suivant vous offrira d'un coup-d'œil les caractères essentiels et la division générale des diptères en quatre familles. (i) Nota. Le cit. Duméril avoit apporté à la société toutes les espèces qu'il possède dans cette famille. Elles étoieat uommées et distribuées pai genres. 'iHs JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE ORDRE Vile. LES DIPTERES (i). Deux aîles : pas de mâchoires : cinq articles à tous les tarses. '^ Saillant sortant delà téle dans le repos. . XLVII. . Sclérostomes , Prolongée en museau: r ) palpes longs. . . . XLV. . . Hvdromies. VA bouche Caché ) , Creuste pour k Irom- 'ounul. ^ V V^ '■ p^pes courts. XLVI. . . Sarcdstomes. (. Remplacé par trois points. . .XLVill. . Oestres. - ii.jii:; c">.-' '3 iiSi : t I (i) Atiriîfx ... de A/r , deux nrfpà , ailes. Les insectes du genre mouche de Linné appartiennent à la quarante- sixième famille de ma méthode: celle des sarcostomes ou àes proboscîdes , dont le caractère consls'tè dans 'ùhèïrdinpe :cliarnue reçue dans une -cavité ou fossette de la face, et dan» un suçoir qui, quand il existe, ne dépasse pas la bouclie : le tableau synoptique suivant est celui de cette famille. Je termine ici ce mémoire que je me propose de publier en attendant que je puisse donner le travail aussi complet que je le désire. |4 ■f. Il Tom. Li, pas 438. ORDRE SEPTIEME. DIPTERES. QUABANTE-SIXIÈME FAMILLE. LES SJRC0ST03IES (i)ou PROBOSCIDÉS. SlvOIK KE BIPASSANT PAS I.A BOUCHE : TROMPE CHARNUE; Portée sur un col : pâlies tr6i.-longues : corps linéaire. . , . lii. Ceyx. Plus court: à tête. ^ C Conique, courbe : pattes très-longues 24j. Dolychope. Tronquée\ r en arrière: à/ f Fuseau 244. Mulion. ^abdomen., j Ovale: antennes! /à dernier article I / Simple. . aSg. Mouche. len \ ( Reçues dans une k fossette : à cuille- I ron j Large,trcs- .Simple : à J V Palette, j (c ' ' article in(er-> i medidire. . Latéral. A poil isolé. Pluitieiix : à beCc l Plus long : â antennes, I Prolongé. , Non prolongé. Pointu ; à corps. Terminal ; à abdomen. AnTïNNis./ Arrondi : à écvsson. j Plat , ovale : à antennes. Sans poilj isolé : à abdomen. Arrondi j alongé : aîles à base. . . : ; (i) -Zu/r-tc-ii^u de Tu(l, trafxtT, de chair et de cr'tfta, bouche. \cJlié. . ■ . ï54. Thérève. Sessile. .. aSa, Syrphe. Dressées dans lel ^repos .à tête. . , ■ Isolée j ar- l,rundie. . . i5i. Sauge. Cflcliées dans une fossette du ifront 267. EcHtxoMYE. Dressées, dirigées en avant. 2^5. Tj;TinortBE. a56. C^KOGASTRE. . . . . • 255. LisPE. Velu 2'io. BiBioK. Glabre 229. Rhagior. (Très-gro53e.255. Ahtiirax. Arrondi; à tête.^ ^Très-petite. 255, Ocgoue. Épineux. . - ^48. HYPOLioir. Longues, en fuseau ^ réunies ^4 la base en Y z'iy. Siu/tycme. r Prolongé Courtes : enalè.)en bec. . . 249. Nr.roTÈrx. fne : à front. . . ) C Arrondi. . 25o. StQDE. ^arge. . . . 2i\5. Myuas Échancrée. 2'i6. Clrh. ET D'HISTOIRE NATURELLE. 439 Nota. Voici les noms de quelques-unes des espèces comprises dans les genres qni composent cette famille. Rhagion. Presque tontes celles qui sont comprises sous la même dénomination dans Fabricius , et quelques autres non dé- crites ou placées dans d'autres genres, comme musca nume- nia , lànn. BiBiûN. C'est le genre établi par Fabricius. DoLYCHOPE (Latreille). Cesont dts mouches de Fabricius. Pal- lipes, ungulata , nobilitata , nolata , glabrata , nigrlpes , ros- trata, ^fasciata, etc. Ceyx. Ce sont encore des mouclies dans Fab. Tetronella , cilindrica , fillforniis , ephîppîum , corrigiolata , cursiîans , etc. Tétanocère. Cesont les iiiouclicsdésignëes dans Fabricius, sous le nom de nigrlpennis , marginata, reticulata, vesicularia , elata , clavata , planifrons ,furcata , palustrata , cucularïa, etc. MuLioN. C'est le genre établi par Fabricius dans son supplé- ment. II en est de même des genres Mydas et Cérie ; cepen- dant l'espèce abdominalis de ce dernier appartient au genre mulion. Le genre Strattomp, est le même que dans Fabricius. Les espèces hypoléon et muscaria forment le genre Hypoléon. Les Némotèi-es sont celles de Fabricius. SiQUE. Comprend les espèces du même genre de Fabricius , de plus son stratyomys ephippium , et sa musca feuestralis . Les genres Sarge, Syh?he , Thérève et Anthrax sont les mêmes que ceux du supplément de Fabricius. OcGODES ( Latreille) . genre Henops d'IUigei ; syrphes de Fa- bricius. Gibbus , gibbosus , orbiculus. Cénogastre. Volucelle , Geoffroy. Ce sont les syrphes ù an- tennes pluiTieuses de Fabricius ; comme inanis , pellucens , bomhylans , injlatus , vacuiis , etc. EcHiNOMiE. Ce sont encore des mouches de Fabricius, telles que grossa , tremida , hystrix , fera , tesselata , lur'ida , etc. Les Mouches sont celles de Fabricius qui ont la soie latérale simple. Les Lispes (Latreille) , sont celles qui ont le poil latéral plu- meux. OBSERVATIONS METEOROLOGIQUES, FAITES PAU BOUVARD, asironome. THERMOMETRE. BAROMETRE. Minimum. I à 6 *■ m. a à G m. 3 à fi m. 4 à 9 s. 5jà 6 m. 6'à 6 m. T!à 6 m. Jjaô in. à 6 m. ,o]u 6 \m. 11," 9 s- 12 a 9 s. Maximum. il u 'j m. à 6 4 m. à6 \ in. à 6-, m. à 6 j m. à () { m . 4G im. 2 9 ai m. m. à 6 ^ m. à 6 j m à 7 m. ■i 75 m. VL 6 } 111. H (i j m . à 6 m. à 7 m. + 9.-^ + 8.3j + 8,0 + 9," + 7-8: + 7.5; + 9,2, + 8,5| + 8,5 +12,0| + 9,6 H- 7.6 + 6,7 + 7,3 +10,2 -t- 9,5 -|-10,2 + 8,3 + 8,0 + 6,3 + 5,0 + 8,0 + 8,0 + 5,6 -h 5,0 + 7/^ + 6,5 + 2,0 + 1,9 -h 3;0 a 2° s. à 2 s. à 2 s. a 2 s. à 2 s. ;i 2, s. a_2 s. à a s. à 2 s. à 2 3. à a s. à 2 s. à 2 s. à 2 s. à 2 s. à a 3. a 2 a. à a s. à 2 s. à 2 s. à a s. à 2 s. à 2 s. à 2 s. à midi, midi a a s. à a I s à a s. à 1 i s. .\MlDI + i/,,o +11,5 + «,9 +>3,i +11,3 +12,4 + 12,3 + 10,5 +'4,2 -4-12,8 +11,6 +i3,o + '5,5 + '4,5 + >5,o +14,1 + 12,9 +11,8 +12,0 + 10,8 + 11,3 +10,8 +10,2 + 11,2 + 10,.2 + 9.= + 1 1,2 +i3,5 + 6,2 Maximum. + 10/1 + y-6 + 11,2 +10,2 + 8,9 a 9 " s. . a 6 m. . à G m, . àg s. . , à G m. . à nildi. à G m. . . a 6 m. . à midi. a g s i g s. . à 9 s. . à 6 \ m . à g s. . . à g s. . . à G 3 m. à G :j m. à g s. . a 9 s. . . àg s. . . à 9 s. . à G i in. a midi, à 2 s. . à yim. à 7 5 m a midi. . +io,'i § à 6 1 m. f-i3,o 3 à 6 m. . r 5,9 i à 7 m. . 28. 0,54 28. 2,l5| 27.10,53 2b. 1,1 5! 28. 0,60 28. 0,90 28. 0,171 , 27.1 1,54' 27.11,12 28. 0,68 28. 0^7.6 28. 0,3,5 27.1 1,7s 27. 8, y/ 27. g, M 27.10,48 27. 8,02 27. 7,54 27.1 1,7:1 28. 2,52 28. 28. 28. 23. 28. 28. 28. 28. 28. 28. M 1 N 1 M U M. 5,70 6,CO 2,10 5 17 5,75 5,25 4.92 4,17 a,5o 1^70 à midi. . à 9 " s. . à nu li . a 9 s. à midi. . à 6 m. . à 9 s. .i G j m. à 9 s. . . à 9 s. . . à g s. . . à 6^ m. à raidi. . à midi. . à 9 s. . . à midi. . à 6 j m. à g "s., à 9 s. . il midi. . à 6 ^ m. . à 9 s. . . à G 4 m. à G ^ m. à 2 I s. . à 2 i s. . à 2 s. . à 8 s. . . à 9 ,s. . . à 1 i s. . lMidi. . 27.1 1,20 27. 27.ii,97ji8. . 27.11,20127. . 28. 0,02 k!8. . 27. g,Goi27. . 28. o,o5|28. . 27.1 1,09 27. . 28. 0,021^7. • 27,10,95,27. . 27.1 1,30 28, . 27.11,0327. . 28. 0,06 j 28, . 27.11,72:27. . 28. 0,20 27, , 27.10.3327. . 27. 6,87 27, • 27. 7,7^ [27. . 27. g,6z;27. • 27. 7,82;27. . 28. 1,08 28. ..28. /|,I7'28. . 28. 5,38|28. . 28. 2,00 128. 28. 3,75,28. 28. 5,25! 28. 28. 28. 28. 28. 28. 4,G6 28. 4,58 28. 3j5o 28. 1,75^ 28. 1,42'23. 1 1,2 0,45 9,60 0,78 ",'45 o gS 11,68 1 1,20 11,12 . 0,45 ,11,72 . 0,20 1 1 ,3o , 687 8,45 io,3o 7,92 G,623 1,52 4.92 5,G4 3, 10 4,75 5,5o 4,75 4,92 4,08 ',92 RÉCAPITULATION. Plus grande élévstion du iiiercure. . . 28. 6,ao le 32. Moindre élévation du mercure. . . . 27.iG,62 le 18 Elévalion moyenne 28. o,5i Plu.i grand dcj^ré de rh.ileur + i5,5 le 14 Moindre dt^gré de chaleur + 1,9 le a-i Chaleur moyenne + 8,7 Nombre de jours beaux 6 de couverts 14 de pluie ig Déclînaîson de l'aiguille aimantée, le 26 vendémiaire an 9, 22° 5', vers l'ouest. A L'OBSERVATOIRE NATIONAL DE PARIS, J'endémiaire an ix. Hyc. o a Ve n t s. 3 A Midi. 1 S-O. 2 s-o. .1 S-O. 4 0. Cl 3-0. R 0. 7 S-O. S so. 9 S-O. lO 1 r 3-0. 0. 1 2 il 3-0. 1 1 S-O. iS S-O. II! S-O. 1 7 s fort. 1 ri SO. ") S., '20 N-O. 1 1 NO. ■2J 0. ■J,1 6o,o S-O. ■1 t 5:;,o S-O. ,>..') 62,5 N. •'fi 6o,o Calme. ■-'-7 59,0 E. 7 H 6:';,5 Cilrae. 2q G5.0 S-O. JO •ï6^o N-Oî POINTS LUNAIRES. Périgée. Prem. Quart. £quiii. ascead. Pieiue Lune. Apog Dern. Quart. Equin. descend, Nouv. Lune, rérigée. VARIATIONS DE l' ATMOSPHÈRE. Ciel couvert ; pluie le malin et vers midi. IJein. Pluie toule la journée. Pluie le malin; ciel nuageux depuis midi. Couvert avant midi; quelques écliircis le soir. Ciel nuageux; couvert le soir. Piuie une partie de la journée. Ciel nu.igeux; petite pluie avant midi. Couverl; pluie une partie de la journée. Couvert toute la journée ; temps très-humide. Ciel nuageux ; pluie le matin. iJeni. Ciel couvert par intervalles. Pluie , grêle et tonn. le mal. ; assez beau l'après-midi. Ciel nungeux. Nuageux avant midi ; couverl le soir. Petite pluie le malin; nuageux l'après-midi. Ciel nuageux; pluie vers midi. Pluie le niitin; quelq. éclaircis vers midi i beau le soir. Ciel nuageux. Ciel couvert; quelques éclaircis par intervalles. Qutlqucs échircis le malin ; pluie fine l'après-midi. Ciel snns nuages le malin et le soir , nuageux vers midi. Quelq. écl lircis avant midi ; beau par intervalles le s. Quelques petits éclaircis par inlervalles. Ciel couvert. Qnelq. nung.; gel. bl. , brouil. le m.; nuag. et brouil. s. JJtm le malin ; couvert el pluie fine le soir. Ciel couvert par intervalles. RECAPITULATION. de vent 28 de gelée o de tonnerre 2 de brouillard 1 de neige O de grêle 1 Le vent a soufRé du N 3 foi*. N-E 1 E 2 SE o S I S-O j5 5 N-O 3 "o.vieLI. l'KlMAIRE an 9. Ll\ B-3«»«ï«»^SS»ïi:ffîa*itlWM5««l^-KJTIll!3»CÏ-3r.a 444 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE MEMOIRE SUR LES CRISTAUX MICROSCOPIQUES^ ET EN PARTICULIER SUR LA SÉMÉLINE, LA MÉLILITE , LA PSEUDO-SOMMITE ET LE SELCE-ROMANO; Par Fleuriau-Believue. Parmi les différentes substances du règne minéral qui affec- tent une forme régulière , il en est r|ui présentent des ciistaux de diverses grandeurs, tandis que d'autres n'en ont offert jus- qu'ici (jue d'un très petit volume. L'exiguité presrpie constante de ces derniers est telle , qu'au premier apperçn l'on seroit tenté de partager ces sidjstances en deux ( lasst s , et pour ainsi dire, d'assimiler sons cera|ipprt, ces petits cristaux aux familles des animaux infusoiros^ aux co- ciuilles ni'crosciipiques et à p'usieurs ciyptogaines. Comme dans ces familles la rature sendjie avoir Ijoiné au-des';ous de trois à quatre milliirièti es toute leur étendue , toute la faculté de cris- tallisaiion de leurs molécules pour former un solide légulier. Quelcui'en soit la cause, le travail de la nature paroîf s'arrêter là , ou bien n'excède ces liniitts que dans des cas iniinimcnt rares. '* Tels sont en particulier les cristaux à^oisrrnite , de pirtite , de clurlte , de iiiéliliLe , de dioptase , dç \ herzolite , i\(i IJpi- dol'tte , de koupholite , et sur tout ceux di s régules de la plupart des métaux ; enfin , les cristaux de quelquts .substances qui n'ont point encoie été décrites et s examiner et de d- terminer leur dure- té, leur pesanteur spécifi|ue et ii^urscaractèreschimiques s'accroît en raisun de leur petitesse. Mais cette difficulté même est un motif de plus pour décrire autant qu'il est possible ce qu'on peut appercevolr des formes cristallines. Quand la nature, plus voilée qu'à l'ordinaire, ne présente que (|uel j es traits bien pronon- cés , ne doit-on pas s'empresser >\e les saisir et de les rassembler tous, si l'on veut approcher d'un résuitit cerlain ? D'autres obstacles se présentent enc